La rage du trop gentil

Raymond Viger Dossier Dyslexie

trop-gentil-dépendant-affectif-gros-nounours J’ai déjà partagé avec vous mes problèmes d’apprentissage et de dyslexie. Suite aux différents commentaires, un internaute m’a fait parvenir une demande. Parler des gens qui sont trop gentils et qui vivent un enfer à être gentil.

Je ne parlerais pas d’un tel sujet d’une façon théorique. Mais plutôt de ce que j’ai pu vivre en étant le gentil nounours de tout le monde et des conséquences que j’ai eu à subir.

Gentillesse et dépendance affective

J’ai été un dépendant affectif. Toujours jouer le rôle du gentil est peut-être une des conséquences de ma dépendance affective. Peur de déplaire, peur de perdre, peur de ne pas être aimé… Aujourd’hui, j’aime les gens, mais pas au point de me perdre. Je veux faire un bout de chemin avec eux, mais pas au point de perdre mon propre chemin…

J’ai longtemps donné plus d’importance aux autres qu’à moi-même. De 16 à 21 ans, je me suis occupé de ma mère, divorcée et orpheline, qui avait le cancer. Je ne me suis pas donné le droit de prendre ma place devant ma mère, de lui parler de mes limites, de mes besoins. Finalement, j’étais le fidèle serviteur qui refoulait toutes ses émotions.

Après la mort de ma mère, il y avait mon père qui était très souffrant. Lui aussi était habité par la dépendance affective. Incapable de survivre au départ de sa femme, sa souffrance était plus importante que la mienne. Parce qu’être un éternel gentil c’est de toujours penser que la souffrance ou le bonheur des autres sont plus importants que les miens.

Pendant les réunions, c’est le gentil qui s’occupe de la musique, des boissons, faire la vaisselle, de ramasser les dégâts des autres…

Pendant que les autres s’amusaient, que les autres bénéficiaient des services du gentil, une rage, une frustration, une injustice grandissait en moi. Les autres étant toujours plus important que moi. Quand ils me quittaient, d’une façon ou d’une autre, je sentais un vide qui grandissait en moi.

Et mes relations amoureuses! J’en ai écrit plusieurs livres. Je n’ai jamais quitté une relation amoureuse. Ce sont les autres qui m’ont quitté. Je ne voulais pas leur déplaire et ne pouvait, n’y partir, n’y exprimer mes besoins.

Conséquences d’être trop gentil

Un vide qui ne cesse de se remplir de cette rage. Un gentil ne peut pas se choquer. Il ne peut pas déplaire. Entre mes besoins et mes émotions, j’avais créé un mur pour m’empêcher de penser à moi et de vivre mes émotions que je pensais être négatives. Jusqu’au jour où tout a explosé comme un volcan. Ce qui m’a plongé dans une profonde dépression, suivi de deux tentatives de suicide. Toute cette rage qui m’habitait, je l’ai retourné contre moi.

Après avoir fait plusieurs thérapies, j’ai réussi à trouver un équilibre entre être gentil pour les autres et être gentil pour moi-même. Si je ne mets pas des limites, si je ne prends pas soin de mes besoins, je ne pourrais plus m’occuper des besoins des autres. Comme dit le dicton que je suis amusé à déformer: Gentillesse bien ordonnée commence par soi-même!

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10 pensées sur “La rage du trop gentil

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    26 décembre 2009 à 7 07 25 122512
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    @ RV:

    Cet article m’ouvre une fenêtre sur tout un univers que je connais mal. Ma première réaction est de réfléchir sur tous les élément que vous apportez et qui sont infiniment complexes.

    Ma seconde réaction, qui est la bonne, je crois, est de ne PAS entreprendre cette démarche qui bousillerait tout mon agenda – car je puis être un peu obsessionnel – et de me limiter à en saisir les aspects émotifs qui permettent l’empathie, sans susciter un désir de maîtrise intellectuelle du thème.

    C’est la lecture de votre article qui m’a mené à ce choix. Vous m’avez appris quelque chose et je vous en remercie

    Pierre JC Allard

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    26 décembre 2009 à 9 09 52 125212
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    Raymond Viger

    J’aime beaucoup votre article.
    Je trouve que c’est vraiment un beau moment d’écrire ce blog dans le temps des fêtes.
    J’ai vécu cette expérience de la super-gentillesse-naïve et j’ai payé pour…………………………………………….
    Je ne regrette pas cette gentillesse car je me dis qu’il y a quand même certains qui l’ont appréciés.
    Le plus difficile c’est lorsque tes enfants oublient ces gentillesses et qu’ils sont dans la quarantaine c’est à dire que l’adolescence devrait être terminée……………..
    JOYEUSES FÊTES

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    26 décembre 2009 à 17 05 10 121012
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    Je crois à l’importance de respecter mes propres limites. Ce que je retiens de celles et ceux qui ont consacré leur vie au service de leurs semblables c’est leur enracinement dans leur milieu respectif, un peu comme un gage d’équilibre…quoique dans le fond, il y a quelque chose d’extrême dans cette voie! Aimer vraiment dépasse le rationnel, la logique, le calcul… »que ta main droite ignore ce que donne ta main gauche…côté coeur! »

    Je suis un grand égoïste qui aime beaucoup donner. J’apprends à ne rien attendre en retour, à la dure…Je crois que « tout » est don, en commençant par le souffle qui m’anime. Je crois qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime et que le véritable amour est inconditionnel.

    Je crois qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir mais comment pourrais-je donner si il n’y a personne pour recevoir. Si j’accepte de recevoir, je permets à quelqu’un d’autre de donner. Donner c’est aimer, aimer c’est donner…

    « Charité bien ordonnée commence par soi-même. »

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    26 décembre 2009 à 21 09 32 123212
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    Ceux et celles qui préfèrent les gens vrais aux gentils sont selon moi, ceux qui regardent au-delà des apparences…Un cactus dans le désert me préservera de la déshydratation tandis qu’un mirage, fut-il oasis verdoyant, sera ma désolation.

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    26 décembre 2009 à 22 10 26 122612
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    Il vaut mieux être gentil que con et il est con de ne pas être gentil si on peut se permettre de l´être sans que les autre abusent de cette gentillesse. Continuez d´être gentil à votre rythme.

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    26 décembre 2009 à 23 11 51 125112
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    Dommage que les personnes vraiment gentilles soient plus rares que les vrais cons…

    Essayer d’être toujours gentil peut devenir épuisant. M’accepter tel que je suis, choisir d’être moi-même, représente pour moi, l’accomplissement de soi.

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    27 décembre 2009 à 0 12 24 122412
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    Et j´ajoute que ceux qui semblent ne pas être gentils, qui communiquent difficilement, les cactus…, sont souvent fort gentils mais ne savent pas le montrer. Et il y a des gens qui semblent gentils mais ne le sont pas du tout; parfois la gentillesse qu´ils montrent leur sert à obtenir quelque chose qu´ils veulent.Ce sont des cas de fausse gentillesse. Et il y a la gentillesse obligatoire dont on est prisionnier dont parle (je crois) l´auteur de cet article.

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    27 décembre 2009 à 13 01 27 122712
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    @ Pierre JC Allard: le texte sert à sensibiliser, à savoir que cela existe. Ceux qui s’y reconnaisse peuvent faire les démarches pour mieux se connaître. Pour ceux qui ne se sentent pas visé, ni par eux, ni par leur entourage, n’ont pas le devoir de faire toutes les recherches que cela impose.

    @ Fern: Effectivement, la période des Fêtes est une belle occasion pour se regarder aller. Il n’est pas facile d’aider les enfants à couper le cordon et à devenir complètement autonome et indépendant.

    @ Daniel Charette: Merci pour ces images et exemples présentés.

    @ sopadeajo: vous avez raison de souligner qu’il y a différence entre gentillesse (libre de toutes attentes) et gentillesse forcée (celle dont on attend d’être aimé).

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    28 décembre 2009 à 1 01 03 120312
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    Raymond, je ne te trouve pas ‘trop gentil’ ni assez explicite dans ton analyse psychologique.

    Je préfère le vrai gentil au faux gentil. Le trop gentil peut être assimiler au faux gentil avec l’hypocrite et le peureux.

    Ce trop gentil avec carence affective et estime de soi ne donne pas le bon feedback quand c’est négatif par craindre de déplaire. Son interlocuteur court le risque d’assister a l’irruption volcanique.

    Le vrai gentil aide car ca lui apporte du plaisir même s’il a pas toujours un retour. il n’est pas susceptible car il a confiance en soi.

    Progressera tu dois encore; jeune skywalker. 😆

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    19 janvier 2010 à 6 06 59 01591
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    Le probléme c’est que lorsque vous en posséder l’étiquette, ou que vous étes d’un naturel gentil, avec le profil physique du parfait tombeur, ou menteur, il est difficile de trouver sa place..

    Car vous en devenez moins interessant et moins attrayant qu’une ordure ou un menteur

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