La répression des soulèvements d’émancipation bourgeoise

Par Mesloub Khider. Le 4.03.2019. Sur le webmagazine www.les7duquebec.com

 

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Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la population française était exsangue. Que dirait-on des populations « indigènes » des colonies françaises ? Dans tous ces pays colonisés, notamment l’Algérie et Madagascar, les populations étaient accablées de misère et affamées. Mais le grondement de la révolte troublait déjà sourdement l’atmosphère sociale. L’insurrection bourgeoise anticoloniale, embusquée derrière le fracas des échos de la débandade française, accentués plus tard par l’effondrement du régime de Vichy, fourbissait ses armes. L’heure de la lutte armée anticolonialiste bourgeoise sonnait l’alarme du réveil des consciences politiques subversives et  libératrices. 

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Après le long sommeil d’asservissement, marqué d’une vie coloniale cauchemardesque, le soulèvement insurrectionnel s’est résolu de sortir de son lit pacifique pour emprunter la voie tumultueuse de l’indépendance nationaliste bourgeoise militaire. 

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Contre la pusillanimité des organisations indigènes œuvrant pour l’indépendance par voie légale et pacifique, indépendance conçue dans le cadre de l’Union française et du maintien des intérêts économiques de la France, de nouvelles formations politiques révolutionnaires bourgeoises se sont données pour programme maximaliste le soulèvement armé contre la puissance française colonialiste. Le baptême du feu a été déclenché en Algérie, le 8 mai 1945. 

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En ce jour de la « libération » de la France de l’impérialisme Allemand et de sa sujétion à l’impérialisme Américain, tandis que la population française fêtait dans l’allégresse son adhésion à ses nouveaux maîtres, les Algériens ont cru bon de s’inviter aux festivités des libérations nationales pour revendiquer également leur « indépendance » capitaliste, la restauration de leur souveraineté nationale bourgeoise. Mais, aux yeux de la France colonialiste restaurée sous l’empire Étatsunien, l’indépendance bourgeoise de l’Algérie n’était pas prévue dans son menu de restauration des libertés aux bourgeoisies occidentales. Les bourgeois Algériens ne peuvent pas prétendre goûter les délices de la gestion nationale du capital transnational, réservée selon la conception colonialiste ancestrale aux seuls capitalistes Français et occidentaux. La bourgeoisie Algérienne naissante devait encore manger de la vache enragée. Subir le joug colonial, alimenter de profits et de dividendes le capital français affamé au sortir de cinq années de disette métropolitain. L’Algérien devait continuer à trimer pour le pied noir, garde chiourme du capital métropolitain parisien restauré. L’Algérien paysan ou prolétarien devait continuer de vivre dans l’indigence sous le code de l’indigénat et l’Algérien bourgeois se contenter de servir de courroie de transmission au salariat indigène.

 

Pourtant, sans avoir reçu d’invitation, la bourgeoisie algérienne est entré dans la scène de la nouvelle histoire amorcée le 8 mai 1945, jour de la Libération de la France coloniale-colonisée par l’impérialisme Allemand. La populace algérienne s’est emparée de la rue pour réclamer elle aussi sa libération du colonialisme français et l’indépendance nationale pour sa bourgeoise vernaculaire. Dans la liesse, dans plusieurs villes d’Algérie, des manifestations populaires donnaient le « La » des revendications des indépendances nationales bourgeoises aux autres populations africaines colonisées. Mais la France coloniale ne comptait pas laisser le peuple Algérien occuper la rue, réclamer « sa » libération nationale bourgeoise et semer le germe de la rébellion aux autres bourgeoisies africaines subjuguées. Comme à l’accoutumée, la France coloniale réprima dans le sang ces manifestations populistes. Bilan : 45 000 morts en quelques jours.
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À Madagascar, à partir de 1946, des manifestations violentes se déroulèrent dans différentes villes de l’île contre l’arbitraire colonial qui pesait sur les épaules de la nouvelle bourgeoisie naissante et de surcroit sur le dos de la population paysanne asservie à deux servages – celui du colonisateur métropolitain et celui de ses gardes chiourmes nationaux bourgeois. Ces manifestations se transforment rapidement en émeutes, aux cris de « Vive l’indépendance ! ». 

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Plus tard, le 29 mars 1947, des centaines de paysans, d’artisans et petits commerçants se soulèvent contre la misère, et surtout contre les exactions des colons-capos imbus de leur supériorité.  Armés seulement de sagaies et de coupe-coupe, ils attaquent la flicaille et l’armée d’occupation des villes côtières et des plantations. Ils s’en prennent aux Européens. Le soulèvement s’amplifie. Rapidement, toute l’île s’embrase. 

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La réaction coloniale est violente et brutale. Elle débute le 4 avril, appuyée par l’instauration de l’état de siège.
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La France bourgeoise coloniale – à peine relevée de l’occupation en métropole – dépêche immédiatement à Madagascar des troupes coloniales (tirailleurs sénégalais – des esclaves pour tuer d’autres esclaves). Au total 18.000 hommes début 1948 : infanterie, parachutistes et aviations attaquent les civils désarmés. La répression va s’abattre sur la population malgache révoltée. Ces premières révoltes sont durement réprimées : tortures, exécutions sommaires, regroupements forcés, incendie de villages, etc.

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Au cours de cette expédition punitive à Madagascar, l’armée française expérimente une nouvelle technique de guerre psychologique : des suspects sont jetés vivants d’un avion pour terroriser les villageois de leur région.  En l’espace de quelques mois, la « pacification » fera 89.000 victimes Malgaches. Les forces coloniales perdent 1.900 hommes (essentiellement des supplétifs malgaches). On compte aussi la mort de 550 Européens, dont 350 militaires. 

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Au reste, il faudra plusieurs mois aux forces armées coloniales pour venir à bout de la rébellion.  Le 7 décembre 1948, Mr De Chevigné, Haut-commissaire de France à Madagascar, déclare : « Le dernier foyer rebelle a été occupé. » Bilan : l’île est ravagée et on dénombre 89.000 morts reconnus officiellement, sans compter les blessés, les personnes arrêtées, les torturés. Voilà ce qu’a coûté au peuple chair à canon les velléités d’autonomie de la bourgeoisie commerçante malgache qui s’en remettra et obtiendra sa « Libération » en 1964. Acquérant ainsi l’autorisation de servir de courroie de transmission néocoloniale pour le capital impérial français.

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Tristement, au cours de ces longs mois de massacres, dans la métropole, les organisations bourgeoises malgaches et françaises ont brillé par leur silence criminel. Aucune formation politique n’a dénoncé les répressions, encore moins apporté son soutien aux insurgés malgaches. De même, les dirigeants du mouvement ouvrier ne manifesteront aucune sympathie pour les insurgés, mais prononceront au contraire une condamnation sans appel. Ce fut le jour où la gauche française retira le deuxième de ses masques après celui de sa participation à la guerre mondiale impérialiste.

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Comme lors de l’écrasement du soulèvement du peuple algérien le 8 mai 1945, le Parti communiste français, participant au pouvoir impérialiste français (après la libération du capital national français), a également observé un silence criminel. En revanche, il a manifesté son soutien indéfectible à l’empire colonial français. 

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En juin 1947, au onzième congrès du PCF à Strasbourg, Maurice Thorez déclare : « À Madagascar, comme dans d’autres parties de l’Union Française, certaines puissances étrangères ne se privent pas d’intriguer contre notre pays» Déjà, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, dans l’organe théorique du PCF, les « Cahiers du communisme » d’avril 1945, on peut lire : « À l’heure présente, la séparation des peuples coloniaux avec la France irait à l’encontre des intérêts de ces populations. » 

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Il est de la plus haute importance de relever que l’une des plus sanglantes intervention militaire de l’impérialisme français commence sous un gouvernement socialiste, auquel participe également le PCF. Ce dernier occupe, entre autres, le ministère de la Défense nationale (François Billoux). Le parti communiste ne manifeste aucune opposition à l’envoi de renforts militaires, comme à la répression des insurgés. Déjà, lors de la répression contre le soulèvement de la bourgeoisie algérienne entraînant à sa suite le prolétariat algérien, le 8 mai 1945, le ministère de l’air et de l’armement était dirigé par un membre du PCF, Charles Tillon. Les sociaux-démocrates avaient voté les crédits de guerre – les communistes auront voté les crédits du néocolonialisme d’après guerre.

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Mesloub Khider

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