LA VALORISATION DU CAPITAL COMMERCIAL

Bibeau.robert@videotron.ca     Éditeur.  http://www.les7duquebec.com

 

ILLUSIONS MYTHIQUES

 

Le fondement de l’illusion qui postule la constitution de la « valeur » au cours de l’échange commercial provient des économistes vulgaires obnubilés par les transactions monétaires commerciales, bancaires et boursières (1). L’astuce du prestidigitateur est de même nature que pour la pseudo « loi » de l’offre et de la demande. Les apparences mentent et laissent entendre le contraire de ce qui se passe réellement.

 

LA « LOI » DE L’OFFRE ET DE LA DEMANDE RÉEXPLIQUÉE

 

Ainsi, la « loi » de la demande qui conditionnerait l’offre et vice versa, est basée sur la l’apparence que ces deux variables sont fortement corrélées. Contrairement à une « loi » économique, cette corrélation est établie après coup – suite aux fluctuations du marché – conséquences d’un changement dans d’autres paramètres économiques. Si un État souhaite impulser la demande habituellement il n’influe pas sur l’offre, il lui suffit d’augmenter significativement le salaire minimum, à 15 $ l’heure par exemple. Aussitôt, impacter la demande de produits courants augmentera sans que les prix aient varié et l’offre s’ajustera à cet afflux de pouvoir d’achat. Évidemment, vous ne risquez pas d’assister à une telle hausse puisque cette augmentation du prix d’achat de l’offre de force de travail se ferait au détriment de la demande de profit, portion non payée de la journée du salarié (surtravail = plus-value) réduisant d’autant le rendement sur investissement et l’offre de capitaux et augmentant d’autant temps de travail socialement nécessaire, ce que les concurrents étrangers n’auront pas à assumer. Les entreprises nationales feront faillite ou délocaliseront, réduisant l’offre locale qui sera compensée par les importations. Offre, demande et prix resteront en équilibre comme il sera observé dans les statistiques l’année suivante. Après ces tribulations un économiste viendra vous présenter un graphique visualisant après coup les modifications que cette augmentation du salaire minimum (variable indépendante) à entrainer sur les variables dépendantes « offre », « demande », « prix », « crédit », « investissement », « monnaie ». C’est tout sauf une « loi ». Nous avons traité de tout ceci dans un article précédent (2). Comme nous le verrons, il en est exactement de même à propos de la valorisation du capital commercial.

 

LA VALORISATION DU CAPITAL COMMERCIAL

 

Malheureusement, Marx a lui-même a contribué à accréditer l’illusion du capital commercial « autonome » générant de la valeur. En effet, Marx a écrit que le propre du capital commercial autonome était d’acheter la marchandise à rabais et de la vendre le plus cher possible, l’argent produisant de l’argent comme le poirier produit des poires disait-il. Comme si le capital commercial avait la propriété de générer de la valeur d’échange simplement en transigeant et en transportant des marchandises d’un marché à un autre. Marx donne l’exemple des empires vénitien et génois qui vivaient disait-il du négoce des marchandises entre différents ports de Méditerranée.  S’il en est ainsi, pourquoi les capitalistes marchands ne multiplient-ils pas les intermédiaires commerciaux à l’infini faisant croitre la valeur d’échange entre chaque transaction d’achat à rabais et de vente au prix fort ? Même un économiste vulgaire saurait répondre à cet argument : parce qu’à la fin la marchandise serait trop couteuse et les clients peu fortunés seraient incapables de se procurer ce produit hors de prix.

 

Nous devons donc admettre qu’il n’y a pas création de valeur d’échange pendant l’opération marchande. Pourtant, l’économiste en herbe vous dira – mais je vois bien que l’acheteur de la multinationale Wal-Mart a payé le chemisier 5 $ CAD pièce au capitaliste vietnamien et qu’il la revendu 15 $ CAD pièce à la cliente montréalaise. Il y a bien eu triplement du prix de la marchandise au cours de l’opération. Marx avait donc raison d’écrire que le capital commercial achète bon marché et vend à prix élevé créant ainsi de la « valeur », du profit commercial. Marx, qui savait parfaitement qu’il n’en était rien, fut imprudent en ne spécifiant pas que de la sorte le marchand ne crée aucune valeur, simplement il capte monétairement une partie de la valeur d’échange déjà incluse dans le produit. Le marchand utilise son pouvoir d’achat immense (Wal-Mart, première entreprise commerciale mondiale) pour soutirer au capitaliste industriel vietnamien une part plus grande de la plus-value – cette portion de temps de travail socialement nécessaire qui a été exproprier aux ouvriers des sweats shops vietnamiennes. Wal-Mart devra cependant compléter la transaction en transportant le chemisier jusque sur le marché canadien, dédouaner le chemisier – moment où l’État canadien accaparera sa part de plus-value déjà incluse dans la valeur de l’article – puis vendre (salaire de la commis) le chemisier à une prolétaire canadienne qui utilisera une partie de son salaire – la forme monétaire du temps de travail socialement nécessaire qu’elle a perçu en travaillant à confectionner des chemisiers de luxe pour le marché européen.

 

Dans l’ensemble de l’opération la valeur marchande n’a été produite qu’a une seule étape de la circulation du capital, à l’étape de la production – de la transformation des moyens de production en produits finis – le chemisier prêt-à-porter. Évidemment, chaque étape de transformation des moyens de production (le coton devenu fil et le plastique devenu bouton, etc.) requiert son temps de vie de travail spolié et génère ainsi sa part de valeur et sa part de plus-value extorquée aux ouvriers et qui sera réinjectée dans le produit fini par le dernier ouvrier. Toutes les autres étapes de circulation du capital marchandise ou de son symbole – le capital-argent – ne servent qu’à répartir cette valeur ajoutée (plus-value) entre les différents capitalistes intervenants. Si Wal-Mart transigeait ses achats de chemisiers via un grossiste qui lui-même transigeait par un supergrossiste, le seul résultat de la multiplication des intermédiaires serait de fractionner la valeur d’échange (la portion qui porte le nom de profit commercial au sein de la plus-value) entre tous ces intermédiaires. Si Wal-Mart tentait de tricher et d’augmenter le prix de ses chemisiers pour accroitre sa part de plus-value, ses concurrents se chargeraient de lui ravir ses parts de marchés avec des prix coupés.

 

L’argent ne peut en aucun temps produire de la « valeur », elle ne peut qu’assurer le partage de la valeur entre les protagonistes et produire de l’argent, c’est-à-dire que la banque centrale peut acheter les obligations pour rembourser l’emprunt et les intérêts que l’État a contractés, mais cela ne constituera jamais une production de « valeur » d’échange, mais simplement une émission de monnaie qui aura pour résultat de diminuer proportionnellement la valeur de la monnaie déjà en circulation si aucune production de valeur d’usage transformée en valeur d’échange marchande ne vient adosser cette émission monétaire.

 

MARX SE SERAIT-IL FOURVOYÉ ?

 

Mais alors, que voulait signifier Marx quand il écrivait : « La loi d’après laquelle le développement autonome du capital commercial est en raison inverse du développement de la production capitaliste se vérifie le plus clairement chez les peuples dont le commerce était un commerce d’intermédiaires. Les Vénitiens, les Génois, les Hollandais réalisaient avant tout du profit, non en exportant les produits de leur pays, mais en assurant l’échange entre les nations ou des communautés peu développées aux points de vue économique et commercial, par conséquent en exploitant les pays producteurs » (3) ?

 

À la fin de son texte Marx indique clairement que ce n’est pas l’activité commerciale qui génère la valeur, mais que la valeur provient de l’exploitation de la main d’œuvre – du temps de travail – des pays producteurs arriérés. De fait, ce qu’il faut comprendre c’est que le capital commercial de ces villes-états commerçantes provenait de leur propre économie productive, mais il était valorisé en servant d’intermédiaire entre deux modes de production différents. La marchandise produite sous un mode de production esclavagiste ou féodal arriéré – dans des conditions sociales affreuses réduisant le temps de travail socialement nécessaire à sa plus simple expression – était ensuite écoulée sur les marchés des villes européennes vivant déjà sous le mode de production féodale avancé et précapitaliste. C’est cette fonction d’entremetteur qui a permis de tels taux de profit. Je dirais pour ma part que ce capital commercial exploitait deux fois puisqu’il avait déjà spolié le travail salarié dans les chantiers navals, l’Arsenal (16 000 travailleurs salariés) et dans les ateliers des villes de la Renaissance. D’ailleurs, le mode de production capitaliste finira par absorber totalement le capital commercial qui n’aura d’autonomie que la prétention. Marx décrit ainsi l’agonie du capital mercantile : « À l’intérieur de la production capitaliste, le capital marchand se trouve dépouillé de son existence autonome pour n’être qu’un élément particulier de l’investissement de capital, et l’égalisation des profits réduit son taux de profit à la moyenne générale. Il ne fait plus fonction que d’agent du capital productif. Les conditions sociales particulières qui surgissent avec le développement du capital marchand ne sont plus déterminantes ici ; au contraire, là où il prévaut, règnent des conditions surannées. Tout ceci est même valable à l’intérieur d’un même pays où les villes purement commerçantes sont encore beaucoup plus poches des conditions archaïques que les villes industrielles » (4).

 

Pour conclure, le capital commercial n’a aucune autonomie et ne produit aucune valeur d’échange, puisqu’il ne produit aucune valeur d’usage (de marchandises) et sa plus-value ne provient pas de l’échange, mais du travail dont ce capital parvient plus ou moins bien, comme nous venons de le démontrer, à s’accaparer la portion congrue ou pansue.

 

NOTES

 

(1)   http://www.les7duquebec.com/7-au-front/le-sophisme-de-loffre-et-de-la-demande/

(2)   http://www.les7duquebec.com/7-au-front/les-mysteres-des-valeurs-boursieres/

(3)   Karl Marx. Le Capital. Tome I. Chapitre III. Édition de Moscou.

(4)   Karl Marx. Le Capital. Tome III. Capital industriel et capital financier. Éditions de Moscou. Page 343-344.

 

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