La vie dans une prison

Jean-Pierre Bellemare, prison de Cowansville.

Le sadisme des prisonniers envers les nouveaux arrivants dans les pénitenciers. Quand la violence engendre la violence.

Dossiers Chroniques d’un prisonnierCriminalité

prison-prisonniers-penitencier-bagnard-vie-carcerale Les jeunes prisonniers qui débaquent pour la première fois au pénitencier le font avec beaucoup d’appréhension et pour cause. Secoué par une lourde condamnation, ils doivent tenter de se reprendre en main le plus rapidement possible pour se préparer à un changement de vie radical. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les compagnons d’infortune exercent un sadisme qui dépasse l’entendement.

Les récidivistes, qui connaissent bien le tabac, identifient les plus faibles et s’amusent à les terroriser. Pour y arriver, ils utilisent tous les moyens possibles et imaginables. Ces jeunes, avec des craintes et une imagination déjà enflammées, représentent des proies faciles et vulnérables! Le stratagème le plus souvent employé est la description d’histoires scabreuses de viols collectifs et de meurtres sanglants avec détails. Il ne faut pas s’étonner que certains craquent et se suicident, lamentable réalité carcérale.

Faire son entrée en prison

Lorsque j’ai fait mon entrée au pénitencier, âgé d’à peine 19 ans, beau bonhomme, svelte et blagueur, j’avais beau me préparer psychologiquement à cet enfer, une odeur fétide provenant de mon arrière-train trahissait ma peur. Je me sentais semblable à un morceau de viande accroché, attendant la découpe d’un boucher maladroit équipé d’un couteau mal aiguisé. Des images d’horreur aveuglaient toute objectivité. Je ne voulais qu’une chose, me protéger. Pour y arriver, je pensais m’équiper d’un objet piquant ou tranchant à la première occasion. J’avais la ferme intention de défendre chèrement ma peau contre le premier qui essayerait de jouer au loup avec moi.

Mon second réflexe fut d’effacer mon sourire idiot (nervosité) pour des années à venir. Le remplacer par un masque d’allure patibulaire avec l’espoir que cela découragerait tout carnassier en mal de chaire humaine. Désirant mettre toutes les chances de mon côté, j’ai ignoré mon hygiène, espérant qu’un être dégoûtant en dégoûterait quelques-uns.

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Prisons et vautours sexuels

Toutes ces années passées, je suis resté sur mes gardes. Aujourd’hui encore, à 43 ans je me sens parfois dévoré du regard par quelques-uns de ces vautours sexuels qui chassent tout ce qui bouge.

Ce qui me ramène très loin dans un recoin de ma tête où j’avais coupé volontairement l’éclairage, un souvenir trop sinistre. J’avais à peine douze ans lorsque mes parents, en instance de divorce, tentaient pour la énième fois de se réconcilier. Mon père, un alcoolique violent et désespéré, n’arrivait pas à s’imaginer refaire sa vie sans ses enfants. La séparation était bien au-dessus de ce qu’il était capable d’accepter. Il mit fin à ses jours.

Avant d’en arriver là, il a commis une grave erreur de jugement aux conséquences désastreuses. Réfugiée dans le joli petit village de Ste-Clothide, ma mère essayait de retrouver un peu de quiétude et de sécurité auprès de sa famille. De mon côté, j’en garde de très bons souvenirs, ce n’était qu’une autre aventure d’enfant. J’étais un premier de classe et sortais avec une belle fille. Je m’amusais souvent à taquiner mes deux adorables sœurs et mon grand frère. La vie normale d’un jeune pré-adolescent qui grandit.

DPJ, centre d’accueil et prison

Jusqu’au jour où, deux fonctionnaires de la protection de la jeunesse (aujourd’hui DPJ) débarquent chez moi. Je voyais ma mère discuter fortement avec eux. Ils m’invitent à monter à l’arrière de leur voiture. Je pleurais tel un veau arraché à sa mère mais rien ne semblait les arrêter. Ma mère, impuissante, me regarde partir. On venait de m’enlever de force, devant ma mère, moi qui n’avais rien fait. Des années plus tard, j’ai découvert que mon père, en guerre contre ma mère, avait inventé une histoire abracadabrante pour qu’elle perde la garde de ses enfants.

Inconsolable, je fus placé dans un centre d’accueil, conçu pour me protéger, m’éduquer et m’aider à compléter mon développement, qui était, selon eux, compromis. C’est là que je fus abusé et agressé sexuellement par ceux qui devaient me protéger et m’éduquer! Trente ans plus tard, ces souvenirs pèsent encore très lourd et compromettent mon épanouissement. Plus jamais personne ne violerait mon intimité sans en payer le prix.

Se préparer à la prison

C’est avec ce genre de bagages que je m’apprêtais à affronter l’enfer de la prison. Les principaux outils utilisés par les rapaces sexuels sont tristement les mêmes que ceux utilisés par les gens qui désirent véritablement nous aider. Les sourires, l’aide apportée, le support offert, toutes ces approches n’avaient qu’un but précis, voir, toucher, posséder ma fragilité d’homme.

La principale conséquence engendrée par cette manière de faire a été la confusion qu’elle fit naître chez moi. Comment reconnaître la bienveillance de la malveillance lorsque quelqu’un s’approche d’un peu trop près? C’est l’élément déclencheur d’une méfiance permanente. Ce qui endommage aussi la plupart des relations affectives que j’ai eues par la suite. Pour moi, tout contact avec des personnes en autorité se révèle souvent catastrophique.

Ce drame a contribué en bonne partie à me rebeller contre toute forme de pouvoir. Incapable de gérer ma propre colère, je la déversais sur les autres. Mon malheur a provoqué beaucoup de peines, de tristesses et de blessures. J’en suis profondément désolé. Mon seul vœu est de donner un sens constructif à ma vie à travers mes chroniques, mes pièces de théâtre et mes projets d’émission de télévision, dans l’espoir de susciter une réflexion. Je ne serai jamais un saint, car c’est aussi sous cette couverture que certains abuseurs se cachent. Je me contente d’aider mon prochain de mon mieux, en respectant mes propres limites.

Grâce au magazine Reflet de Société, je vous renvoie un reflet sans miroitement d’une réalité que beaucoup d’hommes renient. J’espère transmettre aux lecteurs une meilleure compréhension de l’agir criminel.

Puissent les saboteurs de vie prendre conscience un jour des graves conséquences de leurs gestes. Tuer l’âme d’une personne n’est pas moins grave que de tuer le corps humain.

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Le livre est disponible au coût de 19,95$.

Par téléphone: (514) 256-9000, en région: 1-877-256-9009 Par Internet:
Par la poste: Reflet de Société 4233 Ste-Catherine Est Montréal, Qc. H1V 1X4.

Maintenant disponible en anglais: LOVE in 3D

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11 pensées sur “La vie dans une prison

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    23 octobre 2010 à 10 10 06 100610
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    Ton témoignage est émouvant et j’espère qu’avec ce que tu as entrepris dans ta vie, puisse t’emmener la paix à laquelle tous ont droit.

  • avatar
    23 octobre 2010 à 14 02 16 101610
    Permalink

    Monsieur Jean-Pierre Bellemare , vous avez très bien dit ; Puissent les SABOTEUR DE VIE prendre conscience un jour des graves conséquences de leurs gestes et que  » tuer l’Àme  » d’une personne , n’est pas moins grave que de tuer le corps humain.

    On m’a envoyé moi aussi en prison suite à pas une mais , à des histoires adracadabrantes que je ne pourrai révéler avant le 29 septembre 2011.=== Vous parlez de l’odeur fétide de votre arrière-train , j’en connais une dizaine qui vers la dâte citée plus haut vont l’avoir cette odeur fétide au cul. Le pire ce n’est même pas moi qui en ai le contrôle.

    M’empêcher de racconter sur  » INTERNET » a été la pire punition. Pour les autres , je m’en contrefoutte , j’ai 2 ou 3 mots pour toué la  » Queenne  » , Tu m’as enlevé mes armes pour 5 ans et il y en avait pour plusieur milles dollars , t’as oublié comme je l’ai dit aux policiers , de m’enlever les 2 principales(mon cerveau et ma main gauche) et comme je te l’ai dit devant le juge : je suis en agriculture et j’ai besoin de mes armes , alors je vais faire avec.

    Monsieur Bellemare , vous avez parlé de votre contact avec des personnes en autorité , ça se révélait souvent catastrophique et il en est de même pour moi. JE NE TOLÈRE PAS QUE L’AUTORITÉ SOIT , INNOCENTE , IGNORANTE ET INCOMPÉTENTE et qui en plus se servent de la  » BIBLE  » , pour se donner bonne conscience.
    J.M.D.S.

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    23 octobre 2010 à 20 08 00 100010
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    Beau témoignage, j’ai trouvé ça intéressant de te vous lire et je vous invite à continuer, vous avez une belle plume. Pour ma part, j’ai été plus chanceux dans ma vie mais cela ne fait pas en sorte que je sois plus heureux que vous dans la vie. Je suis très sensible à ce qui se passe dans le monde et ma lucidité fini par me gruger un peu.

    Je vous encourage à parler, je crois que c’est une bonne façon de se libérer de son passé. Rendu dans la quarantaine (j’en suis très près!) c’est le temps de bâtir son bien être avec les connaissances que l’on a acquis dans la vie. Je crois que l’on devient un jour maître de sa vie que l’on a plus rien à blâmer, c’est à ce moment que l’on n’est plus une victime. Mais je peux comprendre que les cicatrices peuvent être très profondes et que cela peut prendre une vie pour y arriver, si on y arrive bien sûr!

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    24 octobre 2010 à 12 12 38 103810
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    Texte magnifique . Merci .

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      30 octobre 2010 à 7 07 10 101010
      Permalink

      Merci pour votre commentaire et votre présence.

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    24 octobre 2010 à 13 01 45 104510
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    Il existe des agresseurs en prison parce que les détenues sont abandonnées à leurs propres sorts ça devient alors la loi de la jungle; les plus forts survivent, les plus faibles craquent.

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      30 octobre 2010 à 7 07 10 101010
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      C’est un fait M. Léonard que les prisons sont des jungles où la vie n’a plus le même sens qu’en dehors.

      • avatar
        30 octobre 2010 à 8 08 12 101210
        Permalink

        Et moi qui croyait que c’était à cause du genre d’individus qu’étaient les détenus. :-$

        Comme quoi l’erreur est humaine. Les vrais responsables sont les gardiens de prison. C’est clair comme de l’eau de roche.

        Amicalement

        André Lefebvre

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    24 octobre 2010 à 14 02 29 102910
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    J’ai moi aussi été touché par ce témoignage qui vient droit du coeur. Je serais curieux de savoir combien de temps il vous reste à faire. Mais je vois que vous êtes déjà plus libre que plusieurs d’entre nous.

    Je retiens ce passage comme étant particulièrement troublant, mais que je ne cesse de réaliser combien vrai et beaucoup beaucoup plus répandu qu’on ne voudrait le croire:

    « Inconsolable, je fus placé dans un centre d’accueil, conçu pour me protéger, m’éduquer et m’aider à compléter mon développement, qui était, selon eux, compromis. C’est là que je fus abusé et agressé sexuellement par ceux qui devaient me protéger et m’éduquer!« 

    On enlève des enfants des bras de leur mère pour supposément les « protéger » et c’est dans ces lieux qu’ils sont le plus souvent cruellement abusés. Même problème avec le foyers pour personnes âgées. Un problème auquel personne ne veut faire face.

    Merci de révéler ce fait honteux et horrible.

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    19 février 2012 à 23 11 19 02192
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    Beau témoignage : jai un ami de 19 ans et dans un mois et demi il senvas en prison pour la promiere fois de sa vie je voudrais savoir si vous pourrais pas lui donner des truc pour laider a survivre en prison je voudrais bien laider jasielle de mon possible pour lui donner des consielle
    mais je nai jamais ete en prison jai seulment 16 ans alors je me suis dit que quell qun qui a deja ete pourais lui donner des consielle

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    20 février 2012 à 13 01 47 02472
    Permalink

    Monsieur Maxime Léveillée , on ne sait pas grands chose au sujet de votre ami. ===Est-ce que comme moi il a été en prison alors qu’il était innocent ? Si non , vous avez ici l’adresse d’un gars qui les a toutes vu et qui raconte. Cela fait 22 ans qu’il y est en prison ce Monsieur Jean-Pierre Bellemare. Il écrit même dans la revue Reflet de Société.

    Monsieur Léveillée , vous dites : mais je n’ai jamais été en prison jai seulement 16 ans et moi j’y ai été j’avais 62 ans et rien n’est fini de régler. L’odeur fétide entre les 2 fesses de ceux qui m’ont envoyé en prison , je la respire jusque chez moi et je n’ai même pas envie de me venger , c’est trop agréable en parler sur le Web.

    Dites à votre ami que : la révolte ne résoudras rien et que dans tout le système  »JUDUCIÈRE » , il y a : du prisonnier au Juge , DES GENS BIENS ». Gardez contact avec votre ami et qu’il vous redise si ça va pas et redites-nous.
    Jean-Marie De Serre.

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