L’apprentissage de la foi

ELYAN:

J’ai toujours eu un regard que j’ai gardé à dessein innocent sur les jeux de guerre, m’efforçant de vivre loin des prisons dans lesquelles elles tentent d’enfermer la beauté du monde, gardant à l’esprit qu’elles naissent des pires divagations de l’âme et qu’en scruter les intentions et les manifestations ne ferait que contribuer à leur donner plus d’emprise qu’elles n’auraient déjà sur le bien et le mal.

J’ai entendu les larmes de ceux qui ne pleurent plus. J’ai vu toutes les formes d’abandon dans les yeux des enfants. J’ai respiré les parfums de vie qui enseignent. J’ai touché, combien touché, parce que là réside la communion entre l’esprit et la matière qui l’entoure et celle qu’il arrive à créer.

J’ai vu la vie dans les parcs. Toute la vie: celle qui n’a pas besoin de mots pour raconter les choses utiles. J’ai appris à espérer tout, à n’attendre rien, sans toutefois abdiquer. J’ai évité d’être asservie par tout ce qui m’empêcherait d’évacuer par chaque pore la prétention des autres.

J’ai tenu dans mes mains les plus beaux bijoux, ceux dont on couvre les princes et les insensés. les uns s’en croyant l’incarnation, les autres les croyant éternels. J’ai pleuré ma vie dans des lieux déserts, cherchant à retirer le mal que m’apportaient les leçons, à l’y abandonner loin de l’humanité afin qu’il ne puisse retrouver son chemin.

J’ai aimé à savoir pourquoi il faut aimer, conservant chaque infime lueur en guise de partage, l’amour occupant toujours tout l’espace qu’on lui accorde, si petit soit-il. J’ai aimé d’esprit tant de gens que je pourrais faire rougir une putain.

J’ai pardonné qu’on ait entravé ma route, miné mes efforts, alourdit mon coeur et mes pas. Je m’étais invitée: je devais aux actes le souvenir de mes terribles méprises. J’ai connu l’impensable: celui qui découle de la folie des êtres. Celui qu’on ne peut prévoir, malgré qu’il eut suffi d’avoir pris les bonnes décisions, celles qui n’ont pas de règles fixes, qui ne sont soumises qu’à un raisonnement excessif faisant d’abord appel à l’instinct de survie.

J’ai connu les injustices, que malgré toutes les circonstances atténuantes qui peuvent les accompagner, j’ai refusé de cautionner. Elles sont la cause de tous les maux. On peut n’être que linéaire, sans bonté particulière, sans beauté particulière, sans gentillesse particulière, mais être injuste c’est d’abord éprouver de la haine.

J’ai été aimée plus par ceux qui me savent dépourvue de diplomatie dont j’ai choisi de ne pas user, puisqu’elle ne sert qu’à s’entourer d’un halo pénible à soutenir et qu’elle fait perdre à son jeu la liberté. J’ai été aimante parce qu’il n’y a qu’ainsi que je sois véritablement aimable. Je ne peux posséder l’amour des autres: que le mien. Tout aussi dommage que cela puisse paraître, il s’agit de la chose la plus rassurante qui soit. Il n’y a qu’ainsi que je peux savoir que l’amour existe vraiment.

J’ai eu la chance de naître en cette époque, sachant pertinemment qu’il fut un temps où j’aurais été brûlée vive, écartelée ou décapitée. J’ai eu celle aussi de connaître les géants dont on ne peut tracer la route, mais seulement tisser le coeur. J’ai eu la chance extrême de naître en cette époque où l’ensemble de l’évolution peut maintenant être disséquée, laissant très peu de place aux doutes soulevés par le résultat des refus d’amour de l’humanité, révélant ainsi l’importance qu’il revêt.

Je sais qu’il faut avoir immensément de sagesse pour survivre à la solitude et que le coeur a besoin que l’on parle au corps par des gestes étranges pour être rassasié. J’en veux à ceux qui touchent la peau sans le coeur ou qui refusent de toucher le corps de crainte d’y laisser leur coeur.

J’ai entendu les fous qui tentaient d’emmurer l’innocence et la fraîcheur. J’ai fait maison nette des insipides, des hurleurs et des affamés au ventre plein. J’ai sondé les bêtes et leur fragilité. J’ai tiré des leçons de courage de qui était censé en recevoir: preuves que toutes les quêtes ont un sens et trouvent réponse.

Je me suis réconciliée avec un Dieu, par tant de grandeur dans l’imperceptible. J’ai reçu au-delà d’attentes raisonnables, des cadeaux célestes qui ne suffisent pas entièrement à combler l’incertitude, mais qui augmentent la possibilité que même en l’absence de foi, celle-ci donne tout de même le tribut de ses oeuvres.

Je sais qu’il existe au-delà du raisonnable, du cartésien, une force puissante constituée d’amour à l’état pur, que celui-ci vit dans toute sa mesure au plus profond de ceux qui le cultivent et qu’il transporte des montagnes.

J’ai connu le désert. J’ai su que je n’étais qu’un grain de sable parmi les autres et qu’aucun des grains de sable qui composent ce désert ne peut prétendre briller plus qu’un autre car tantôt le soleil l’éclaire, tantôt il le retourne à l’ombre et le vent qui parfois les balaie n’a pas d’emprise sur la course du soleil.

J’ai quitté la route des meurtris d’orgueil et embrassé tous les nomades de coeur et de corps, selon ce que leur âme cherchait de lumière, la plus ténue en étant une. J’ai connu la lassitude des combats ainsi que le désarroi de ceux qui s’y sont perdus. J’ai marché les routes des revers, les choisissant parfois pour soulager mon âme.

J’ai foulé la terre qui prodigue ses soins car elle garde la trace des pas qu’elle fortifie et emporte l’orgueil. J’ai appris à connaître l’insensée qui sommeille, car il suffisait que je dorme pour qu’elle s’éveille. J’ai appris du silence les plus belles musiques et des cris les symphonies inachevées. Je sais que les discours qui s’élèvent du coeur ont parfois des airs de fête.

J’ai vu les eaux qui cachent les secrets qu’elles bercent sans se lasser. J’ai vu des pays de nulle part accrochés aux murets tapissés de lierres, les après-midi où les pierres se chauffaient au soleil retenant sans fin le même éternel été.

J’ai su qu’il me faut chercher tout ce que je n’ai pas découvert, comme un mendiant refait surface en recevant l’aumône. J’ai oublié d’oublier, retenant chaque chose, déballant lentement ce qu’elle cachait et j’y ai découvert des trésors.

J’ai su que je ne devais pas accepter d’être entraînée d’où je ne pourrais revenir, parce que là sont mortes toutes les âmes, les pires lieux de nulle part étant ceux qu’aucun éclat naturel ne transperce et où l’on entend que l’écho de l’ego.

J’ai appris que l’indiscipline a ses secrets qui permettent à l’esprit qui veille de libérer le corps de ses contraintes. Elle permet aussi d’espérer que l’esprit ne subisse pas le même sort, car le corps se souvient sans effort.

J’ai choisi et choisi encore la vie simple tant qu’elle demeure la seule façon que j’ai d’être libre et de ne pas céder à sa rivale et tant qu’elle me nourrit plus sûrement que l’abondance. Je sais que l’on comprend difficilement ce que l’on a perdu et qu’il vaut mieux en chercher l’explication plus loin que là où le dernier souvenir semblait s’arrêter.

J’ai aimé Beethoveen parce qu’il entendait les anges avec lesquels il jouait. Dans les cieux qu’il n’a jamais quittés, il leur répondait avec des mots-arpèges.

Je sais qu’il pleut toujours là où l’espoir grandit. J’ai su des luttes du solitaire qui refuse l’incurie, qu’il cueille les raisins de la colère pour les broyer de ses mains afin de n’en extraire que l’ivresse que lui procure sa soif d’un monde meilleur.

Sinon aussi… je sais que je ne sais rien et c’est en soi la plus belle promesse.

ELYAN

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