Le chérif Hussein de La Mecque, fondateur de la dynastie Hachémite 2/3

RENÉ NABA — Ce texte est publié en partenariat avec www.madaniya.info.

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Note de la rédaction

La dynastie des Hachémites (Banû Hâchim, les «descendants de Hâchim») désigne les descendants de Hachim Ibn Abd Manaf. Longtemps, gardiens de la ville sainte de La Mecque, les Hachémites sont aujourd’hui la famille royale régnant en Jordanie. Ils ont régné sur le Royaume d’Irak jusqu’au coup d’état militaire du général Abdel Karim Kassem, juillet 1958, qui entraîna l’abolition de la monarchie.

Originaires de la péninsule arabique, les Hachémites sont, selon la tradition, les descendants en droite ligne de l’arrière-grand-père de Mahomet, Hachem Ibn Abd Al Manaf, (mort en 510), appartenant comme lui à la tribu des Quraychites, riche et commerçante, qui dominait la Mecque au VIIe siècle et à laquelle est dédiée une brève sourate du Coran.

Depuis le Xe siècle, les chérifs et émirs de la Mecque furent des Hachémites, voyant se succéder les empires fatimide, seldjoukide ayyoubide, mamelouk, et surtout ottoman, tout en conservant leur autorité.

Lors de la Première Guerre mondiale (1914-1918), les Français et les Britanniques cherchèrent à s’allier avec les Arabes pour lutter contre l’Empire ottoman. Ce fut l’objet de la correspondance Hussein-Mac Mahon ; Hussein Ibn Ali étant Chérif de la Mecque et Sir Henry Mac-Mahon étant le Haut-commissaire britannique au Caire. Le chérif, en opposition avec les Jeunes-Turcs, déclencha la « Grande révolte arabe » en 1916 avec l’aide de ses fils et l’aide de Thomas Edward Lawrence contre la promesse d’un royaume arabe après la victoire. Les fils de Hussein, Fayçal en tête, réussirent l’exploit de réunir les tribus arabes du Hedjaz jusqu’à la Syrie pour atteindre Damas le 1er octobre 1918 avec les troupes britanniques du général Allenby. Fayçal devint en 1920 Fayçal Ier, roi de Syrie.

06À la chute de l’Empire ottoman, Hussein devint roi du Hedjaz indépendant avec l’accord tacite du Foreign Office. Les Britanniques continuaient néanmoins à entretenir un autre allié, Ibn Seoud le wahhabite, ennemi de Hussein le hachémite, qui se lança à la conquête de la péninsule. En 1925, Ibn Seoud prit La Mecque, mettant fin à presque un millénaire de chérifat hachémite.
Fin de la note

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Le récit de Jaafar Al Bakli

… «Le chérif Hussein de la Mecque appréciait peu ce royaume de cailloux où il régnait.

La nature était désertique, Les maisons en pisé. Les mouches, le jour, envahissaient toute la place. Le moustique, la nuit, régnait en maître, dissuadant quiconque en quête de sommeil de fermer l’œil. L’humidité était suffocante et la poussière couvrait les êtres et les objets.

L’eau de mer désalinisée à Djeddah avait un goût répugnant. Nulle trace d’égout ou de canalisation pour l’évacuation des eaux usées dans le pays. Nulle trace non plus du moindre hôpital si l’on excepte les échoppes des charlatans. Nulle trace enfin de la moindre école, si l’on excepte les prétendues écoles coraniques.

La vie culturelle est inexistante, sauf à considérer les tirades ininterrompues des salafistes comme tenant lieu de culture.

L’administration locale du Hedjaz, au stade embryonnaire, était dans un état pitoyable, réduite à la présence de quelques bureaux surtout préoccupés par la collecte des impôts des pèlerins et de la population.

Ce pays de cailloux et de misère était irradié d’une chaleur étouffante. Il ne disposait que d’une ressource unique : les taxes prélevées sur les pèlerins à l’occasion du pèlerinage annuel aux Lieux Saints (La Mecque et Médine). Une taxe saisonnière mais multiforme qui vidait le pèlerin de toutes ses économies.

L’agriculture était toute aussi inexistante. Les rares récoltes étaient tributaires de la pluie, rarissime dans cette contrée. La pêche suffisait à peine à nourrir ses pêcheurs. Quant aux ressources minérales, elles étaient, elles aussi, inexistantes.

Mais le pèlerinage n’était pas aussi florissant qu’aujourd’hui. De nombreux pays musulmans étaient ravagés par la guerre, les épidémies et la famine, réduisant d’autant le nombre des fidèles. Les transports n’étaient pas, non plus, aussi développés et le chemin de La Mecque pas aussi aisé.

Le pèlerin venait à dos de chameau ou à bord de petites embarcations, des boutres. Le voyage prenait des mois. Le trajet n’était pas à l’abri des mauvaises surprises, des attaques des brigands et des bandits de grand chemin.

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Le pillage légal du pèlerin

Une épreuve supplémentaire attendait le pèlerin à son arrivée à Djeddah, à la fin de son parcours. Le chérif Hussein se faisait un devoir de le dépouiller de ses maigres économies. Tout était soumis à taxation :

  • Taxe en vue de rétribuer les institutions chargées d’inculquer aux pèlerins le rituel religieux du pèlerinage et le vrai enseignement religieux
  • Taxe en faveur du guide chargé de les accompagner dans l’accomplissement du pèlerinage. Pas de tarif de groupe. Chaque pèlerin devait se faire accréditer auprès d’un guide agrée.

Le monopole du trajet Djeddah-La Mecque était exercé par le Chérif Hussein et réservé à ses équidés (ânes, bourriques, baudets). Tout autre moyen de locomotion était interdit d’accès à La Mecque, que cela soit des charrettes, des véhicules ou même des équidés ne bénéficiant pas de l’agrément du chérif.

Pour verrouiller son monopole, le Chérif a d’ailleurs formellement interdit l’accès à La Mecque des véhicules automobiles. Et pour marquer sa détermination, il s’est employé à l’aide d’une barre de fer à démolir une voiture qui a eu la mauvaise idée de se garer dans une ruelle de la cité.

Le pèlerin devait loger dans les caravansérails du Chérif. Ceux qui souhaitaient se recueillir sur la tombe du prophète à Médine se devaient d’acquitter d’une taxe complémentaire élevée.

Vorace, le Chérif procédait à une augmentation annuelle des taxes. En six ans, les taxes ont doublé et leur usage s’est étendu : Taxe d’entrée, taxe de changes, taxe de timbres, taxe sur l’eau, taxe pour l’enterrement des morts.

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La commercialisation des reptiles séchés aux vertus aphrodisiaques

La cupidité du Chérif était telle qu’il s’est mis à vendre des reptiles séchés dans les marchés, notamment des lézards. Il avait en effet appris que les habitants de la Mecque et bon nombre de ses visiteurs étaient convaincus des vertus aphrodisiaques de ces reptiles dont le commerce était très florissant dans la ville. Il avait donc interdit aux commerçants de vendre ce produit aux clients. Quelques jours après cette interdiction, des pancartes étaient affichées sur l’ensemble des rues de la Mecque informant les clients des kiosques habilités à commercialiser ce produit, dont le chérif s’en est au préalable assuré le monopole.

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La traite des esclaves

Un autre trafic s’est révélé lucratif pour le chérif : La traite des esclaves. Bon nombre de pèlerins pauvres, notamment les Africains, étaient contraints de vendre leurs enfants (garçons ou filles) sur le marché des esclaves de La Mecque pour pouvoir financer payer leur retour à leur pays d’origine.

Un commerce hyper-lucratif tant pour les négociants, que pour les notables de La Mecque et pour la coterie chérifale.

  • Texte paru dans le journal libanais « Al Akhbar » http://www.al-akhbar.com/
  • Adaptation à la version française par René Naba pour www.madaniya.info
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René Naba

Journaliste-écrivain, ancien responsable du Monde arabo musulman au service diplomatique de l'AFP, puis conseiller du directeur général de RMC Moyen-Orient, responsable de l'information, membre du groupe consultatif de l'Institut Scandinave des Droits de l'Homme et de l'Association d'amitié euro-arabe. Auteur de "L'Arabie saoudite, un royaume des ténèbres" (Golias), "Du Bougnoule au sauvageon, voyage dans l'imaginaire français" (Harmattan), "Hariri, de père en fils, hommes d'affaires, premiers ministres (Harmattan), "Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David" (Bachari), "Média et Démocratie, la captation de l'imaginaire un enjeu du XXIème siècle (Golias).

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