Le FMI passe à l’ Extrême-Gauche

PIERRE JC ALLARD :

« L’idée ne sort pas du cerveau d’un économiste d’extrême gauche mais de celui des experts du Fonds monétaire international (FMI), plutôt réputés pour leurs potions libérales. Et pourtant, le remède de cheval qu’ils avancent pour rembourser d’un coup une bonne partie de la dette colossale de beaucoup de pays européen risque de faire tousser. Le FMI lance l’idée d’une taxe à… 10% sur l’épargne de tous les ménages ! »

Eh oui ! Et c’est le Parisien qui le rapporte  … Surpris ?  C’est que vous n’êtes pas un de mes lecteurs assidus. … Allez, sans rancune, il n’est jamais  trop tard pour bien faire. Voici la copie sans retouche de l’article que je publiais sur mon blogs le 8 aout 2011 et qui a été repris des dizaines de fois sur d’autres sites.   C’était avant Chypre….

Qu’y a-t-il de changé ? On disait alors que j’étais un économiste d’extrême gauche…. :-))

..***

08-08-11

LA DETTE ? Remboursons-la, Bon Dieu !

On vit dans un monde d’images et de symboles, de croquemitaines et de fantômes. Ainsi, les USA sont à vivre une terrible déprime, parce qu’on leur dit qu’on ne croira plus qu’ils peuvent rembourser leur dette… Ah bon ! Vraiment ? Avec les nouvelles règles qu’ils se sont eux-mêmes imposées, après un psychodrame télévisuel loufoque qui a duré des jours, les Américains vont sans doute bientôt devoir environ USD $ 15 000 000 000 000, (que j’appelerai ci dessous 15 trillions (15 T), n’en déplaise à l’Académie qui voudrait que je parle de milliers de milliards)

Revenant aux choses sérieuses, 15 trillions est beaucoup d’argent, bien sûr, mais ne disons pas de bêtises. On évalue les actifs des USA à 59 trillions de dollars. C’est environ 4 fois le montant de sa dette. On ne fait pas faillite parce qu’on est endetté du quart de son patrimoine. C’est sans doute le moment, toutefois de se demander à quoi on joue. Aux USA, aujourd’hui, on joue a nier la réalité et à se faire peur.

Il faut comprendre d’où sort cette dette. Le systeme capitaliste américain, basé sur la production et la consommation d’un masse de biens industriels, a compris depuis Roosevelt qu’il ne survivrait pas sans que les consommateurs aient l’argent nécessaire pour acheter ce qui est produit. Il n’était pas possible de permettre une concentration de la richesse qui ne garderait plus la demande effective.

De « libéral » au sens strict, le système est donc devenu « néolibéral », reprenant et donnant aux « Perdants » du jeu de la production la part de l’argent des Gagnants nécessaire pour que les roues continuent de tourner. Après l’échec d’abord du Fascisme puis du Communisme, on en a fait autant dans tous les autres pays développés. Par la fiscalité, les services sociaux et autres mécanismes de « péréquation » au sens littéral du terme, on a ajusté l’offre et la demande de biens et services pour que cette dernière soit effective.

Évidemment c’est du socialisme, mais aux USA on préfère ne pas le dire trop fort, pour ne pas choquer la population qu’on a convaincue de ne PAS vouloir partager. On a donc mesquiné plus qu’ailleurs sur la part du travailleur au moment du partage du revenu découlant de la production. On a calculé sa part au plus serré, de sorte qu’année après année, on ne lui a pas donné ce qu’il fallait pour que sa demande soit parfaitement effective.

Il n’en fallait pas moins que la production soit entièrement vendue, sans quoi ce n’est pas seulement la valeur de l’excédent non vendu que perdrait le producteur; c’est son capital investi dans la production qui ne vaudrait plus rien s’il apparaissait que la demande serait insuffisante pour que ses produits s’écoulent à profit.

Comment rendre la demande effective ? La réponse qui saute au yeux est de payer davantage les travailleurs qui sont l’essentiel des consommateurs. Mais les Capitalistes ne voulaient pas du tout. Les payer plus ? Vous rigolez ! Si on ne va pas chercher tout ce qu’on peut, on ne s’amuse plus !

Comment concilier, alors, que le revenu du consommateur reste bas, mais qu’il achète de plus en plus ? Simple. ON LUI OFFRE UN CREDIT ! Au lieu de rémunérer justement son travail, on va PRÊTER de l’argent aux consommateurs jusqu’à ce que leur demande soit effective. On va leur faire crédit.

Cet argent qu’on leur prête vient naturellement de ceux qui ont plus d’argent que de besoins à satisfaire. Les « Gagnants » du jeu… Comment convaincre les Gagnants de prêter leur argent ? En leur offrant un intérêt; en leur disant qu’on leur donnera plus dans un an ou dans dix ans. Le Gagnant inscrit sa créance dans ses livres et il est heureux: il a gagné plus !

Il a sacrifié un pouvoir de consommer immédiat dont il n‘avait pas besoin, en échange d’un bout de papier qui confirme qu’il a gagné davantage. On passe dans un monde d’IMAGES ET DE SYMBOLES. La dette que crée le credit passe à la Banque, puis à l’État et le jeu continue…

Mais il y a un os. Les biens consommés ne sont plus là. Le travailleur à qui l’on a prêté les a VRAIMENT consommés, car il en avait besoin. Si le débiteur remboursait sa dette, le créancier verrait qu’il n’y a plus rien à acheter avec cet argent. On peut compliquer indéfiniment l’équation – on enseigne comment le faire à Harvard et ailleurs – mais si on la simplifie et qu’on supprime les parenthèses, il ne reste que des biens réels qui ont la valeur de leur utilité…. et du papier.

Du papier qui atteste la propriété d’une richesse fantôme et qui concède le POUVOIR, mais seulement si on maintient la foi du charbonnier qu’ont les débiteurs en ce que disent les médias et la crainte révérentielle envers les riches qui subsiste, d’une époque préindustrielle où il y avait pénurie plutôt qu’abondance. Si la confiance disparait, on risque l’anarchie. La société peut exploser en individus dont chacun voudra s’occuper de ces affaires « à la Tea Party », mais aussi peut-être regler ses comptes « à la Kackzynski». Si ça commence, nos enfants n’en verront pas la fin de leur vivant.

Aujourd’hui, la confiance craque.  Pourquoi et a cause de qui est une autre histoire, dont nous parlerons un autre fois, mais il y a un problème urgent à régler. La solution est simple et facile : REMBOURSER LA DETTE. Il faut le faire en se souvenant que cette dette représente l’écart entre ce qu’il aurait fallu payer au travailleur pour rendre la demande effective et ce qu’on lui a versé. Ceux qui doivent la rembourser sont ceux qui en ont profité.

On rembourse donc la dette en imputant à chaque citoyen ou personne morale sa quote-part de la dette publique, au prorata de sa richesse. Si la dette publique des USA est d’environ 15 T (USD$ 15 000 000 000 000) et la valeurs totale du patrimoine d’environ 60 T. On peut faire les calculs exacts sur Internet, mais on n’en est pas à un milliard près. Si on réclame de chacun 25% de ses actifs, on peut rembourser intégralement la dette. Et ce n’est pas une coïncidence si ceux qui rembourseront seront largement les même que ceux qu’on remboursera..

Les détenteurs de la dette seront remboursés par ceux qui détiennent la richesse. Ceux qui n’ont rien ne payent rien. Injuste ? Simple constat de l’évidence que vouloir réclamer des pauvres est une mauvaise plaisanterie. Ceux qui n’ont rien que leur travail à donner ne rembourseront rien, car tout ce qu’on leur donne pour leur travail est le minimum indispensable pour consommer ce qui est produit et qui doit être consommé. Si on exige plus d’eux, la structure industrielle s’effondre et les riches n’ont plus en main que des monceaux de ferraille pour produire des biens qui ne se vendent pas et des liasses de papiers-créances.

C’est la même classe socio-économique qui remboursera et qui sera remboursée – sauf la dette aux détenteurs étrangers qui exigera une autre négociation – mais il y aura des ajustements. Tous les nantis ne sont pas également exposés à la dette publique, mais ils doivent tous en supporter le fardeau au prorata de leur richesse. Une perte pour certains, mais entre riches on se prête les uns les autres; c’est une partie importante du jeu…. Et ils jouiront tous d’une paix sociale qui,  autrement, risquerait de devenir une illusion.

Ce sont ceux qui ont beaucoup, bien sûr, qui feront les frais de l’opération à la hauteur de leur richesse, mais n’oublions pas que cette richesse s’est accumulée en sous-payant le travail… ce qui a été la cause principale du credit consenti pour équilibrer la consommation a la production. Y a-t-il d’ailleurs vraiment une autre solution ?

Tout se fera en douceur, car la dette est une série d’échéances à rencontrer. Si l’État reprend son pouvoir régalien de battre monnaie – comme il devrait le faire – se sera encore plus facile, car la perception de la taxe sur le capital pour rembourser la dette n’aura pas à se plier aux échéances de remboursement de celle-ci. Une inflation sagement contrôlée pourra permettre les ajustements qui semblent opportuns.

De plus, même si l’imputation aux contribuables est immédiate, le paiement de leur contribution à l’État peut être fixé sur 5 ans, 10 ans, voire plus… en échange d’un intérêt à payer sur le solde. Ne serait-il pas jouissif qu’au lieu d’une dette publique sur laquelle les citoyens payent des intérêt, l’État dispose désormais d’une CRÉANCE sur ses citoyens bien nantis qui constituerait pour tous une rente ?

Pierre JC Allard

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11 pensées sur “Le FMI passe à l’ Extrême-Gauche

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    14 octobre 2013 à 9 09 29 102910
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    Merci pour le beau rêve mais ça ne restera qu’un beau rêve.

    Humain, trop humain.

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    14 octobre 2013 à 10 10 53 105310
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    @ PJCA,

    J’ai lu les commentaires de 2011. Beaucoup de matières grises de haut niveau.

    Ce serait jouissif en effet, le FMI pouvant agir mondialement et même inter-planétairement.

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      14 octobre 2013 à 14 02 39 103910
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      @ JFB

      Mais nous sommes tous conscients que la spéculation intellectuelle, même de haut niveau, n’est pas le premier intérêt… Du fric, du matériel (virtuel :-), du viscéral Pensez au ras-de-marée en faveur du premier parti politique qui, s’appuyant sur l’hyperlégitimité du FMI, proposera aux électeurs d’appliquer cette politique !

      Je vois déjà les slogans: « Redonne a tes enfants ton héritage qu’on leur avait volé !  » … « Ta retraite perdue ? … on vient de la retrouver » etc…

      PJCA

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    14 octobre 2013 à 11 11 36 103610
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    L’idée commence à germer, le Système lance déjà la perche. Ils sentent la soupe chaude à mon avis.

    On finira par se rapprocher du rationalisme théorique d’un Allais avec les attributs d’un Marx et le pragmatisme sévère d’un Feger pour un temps. Mais je ne crois pas que ça se fasse sans passer par des temps de tumultes sanglants.

    Après:
    Oeuvrer au lieu de travailler. Nouvelles Cités dans une Nouvelle Société.

    DG

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      14 octobre 2013 à 11 11 43 104310
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      Feder*

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        14 octobre 2013 à 14 02 55 105510
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        @ DG

        Pour les tumultes sanglants, j’y suis résigné. Pas seulement parce qu’il faudra arracher le changement des mâchoires du tigre, mais aussi parce que trop de gens ont souffert trop longtemps pour que l’on puisse éviter une sacrifice humain qui sera souhaité et ressenti comme libératoire.

        PJCA

        P.s Feger/Feder ?

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          15 octobre 2013 à 9 09 56 105610
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          Gottfried Feder – Kampf gegen die Hochfinanz, et son Weltanschauung qui a fait bondir l’économie allemande.

          « A mes yeux, le mérite de Feder consistait en ceci, qu’avec une tranchante brutalité, il précisait le double caractère du capital : spéculatif, et lié à l’économie populaire ; et qu’il mettait à nu sa condition éternelle : l’intérêt. Ses déductions dans toutes les questions fondamentales, étaient tellement justes que ceux qui, a priori, voulaient le critiquer, en contestaient moins l’exactitude théorique qu’ils ne mettaient en doute la possibilité pratique de leur mise à exécution. Ainsi, ce qui, aux yeux des autres, était un point faible dans l’enseignement de Feder, représentait à mes yeux sa force. » A.H.

          DG

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            15 octobre 2013 à 10 10 39 103910
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            Vous ne pensez-pas, Cher Gélinas, que l’article aurait pu titrer « Le FMI passe l’arme à gauche » ? sans que ça change vraiment de sens.

            Finalement, la politique, aujourd’hui, sait nous offrir ce spectacle si rare (une fois tous les énièmes millénaires) d’une civilisation qui se casse la gueule dans les escaliers de l’évolution, pardon les escalators on est modernes. 😀

            Bonne journée

            DW

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            15 octobre 2013 à 21 09 39 103910
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            @ DG

            Merci pour cette information. C’etait un lien manquant entre des éléments qu’il est important de relier

            Pierre JC

            @ DW

            Les commentaires à cet article sur Avox donne une vision plus complexe de ce que je pense de cet évènement

            Pierre JC

            @ RB

            Mon interprétation de l’annonce du FMI et de ces conséquences et si différente et je la vois si fondamentale qu’on me pourra qu’en discuter sen profondeur dans un autre document.

            Pierre JC

            DG+DW+RB

            Le système ne me permettait pas de faire trois commentaires distincts pour vous répondre. Un autre mystère…

            PJCA

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    15 octobre 2013 à 13 01 51 105110
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    Je ne cherche pas à dénigrer mon ami Pierre JC mais il fait totalement fausse route.
    1) Ce n’est pas un spectacle que la banqueroute des USA. Les problèmes et la décrépitude américaine est bien réelle et c’est d’ailleurs pourquoi l’AIPAC perd de son influence. Le pays perd de son influence. Ses alliés lui tiennent la dragée haute – Il se cherche des prêteurs ou alors il imprime de la fausse monnaie
    2) La comédie c’est de voir ces gens faire semblant qu’ils ne sont pas en faillite et font durer le suspense de quant le bateau ivre titubera et s’effondrera.
    3) Prenons un exemple citer de Pierre JC « On évalue les actifs des USA à 59 trillions de dollars. C’est environ 4 fois le montant de sa dette.» Ce n’est pas du tout ainsi que l’on doit calculer et comprendre le problème.
    4) J’explique. Pourquoi y a-t-il eu prêt d’argent des créanciers au débiteur USA ? Pas pour obtenir une mine de charbon, un tronçon d’autoroute, un parc d’éolienne, la statut de la liberté ou L’Empire State building, le Parc de Yellowstone à supposer que ces choses sont comptabilisés dans les actifs de 59 milliards annoncés ci-haut, ce qui ne peut être le cas car les propriétés privés ne peuvent être gagées par l’État fédéral pour couvrir la dette publique…(va pour le Parc public de Yellowstone – mais que peut faire le créancier avec ce parc… l’emporter en Chine ???
    5) Le prêteur prête pour obtenir une rente (financière-boursière) sur son prêt. A l’emprunteur de générer les revenus qui couvriront la rente à défrayer. Cela – ce remboursement de la rente annuelle l’ÉTAT USA ne le fait pas – ne le peut pas IL EMPRUNTE POUR PAYER L’NTÉRÊT DE LA DETTE IL DEMANDE AUX PRETEURS DE SE PAYER EUX-MÊMES LEUR RENTE À MÊME LEURS PRÊTS.
    6) Que cette structure de PONZI publique – universellement connue tienne encore tient non pas du miracle – pas du tout – mais de l’intime imbrication de l’endetté et du prêteur qui s’effondreront tous les deux en même temps…
    7) A la conclusion de la comédie du remboursement qui n’en n’est pas un et ne le pourra jamais.
    8) Japon, Chine, Canada, France seront tous des perdants dans ce grand crash financier qui nous attend.

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    15 octobre 2013 à 14 02 05 100510
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    Je dois corriger une erreur que je viens tout juste de commettre ci-haut

    En effet j’ai écrit que le Japon, la Chine, le Canada, la France seront les perdants dans le grand crash financier qui nous attend. CELA EST TOTALEMENT FAUX. Je me reprends donc ici.
    Les capitalistes financiers monopolistiques japonais, chinois, canadiens, et français seront les perdants de ce crash financier. Les péquenots de ces différents pays (ajoutez les travailleurs américains bien entendus) seront les victimes collatérales – très pénalisées – très souffrants (plus de jobs et donc plus de crédits à la consommation) de ce grand Crash. VICTIMES COLLATÉRALES sans aucun pouvoir – sans droit de décision – à qui on a jamais demandé l’avis et à qui on ne le demandera pas davantage. Sauf d’aller se faire tuer sur quelques terrains de guerres pour défendre QUI les intérêts de l’emprunteur QUI pour défendre les débentures du prêteur flouer. (C’est-à-dire tous des gens milliardaires que l’on nous accorde le privilège de regarder vivre à la télé servi par leur torche cul – les bobos et les vedettes qui paillent pas leur dette)

    Bonne émission Le Banquier – Occupation Double – Don Juan de la télé Star Académie et autre insanités… du genre TOUT LE MONDE PEUT RÉUSSIR DANS LA VIE (;-))

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