Le Général Dallaire, un homme d’exception

 

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Le général Roméo Dallaire quittera le Sénat le 17 juin prochain.

Questionné sur les raisons de son départ, l’illustre ex-Lieutenant-Général a dénié tout projet de retraite, un mot qu’il ne connaît pas a-t-il dit. Pour lui, pas question de rester inactif. À preuve, deux livres à écrire, son projet Initiative enfants soldats, les opérations génocides, une année de recherche sur les syndromes post-traumatiques à l’Université California à Los Angeles, et invitations par la Communauté internationale des Droits de la Personne à visiter des pays en conflits pour instigation; bref, un rythme effréné à soutenir et des déplacements constants tout au long de l’année.

Nommé au Sénat en 2005 par Paul Martin, il démissionne de son poste de sénateur afin de se consacrer à ses projets humanitaires internationaux. Souvent invité par les Nations-Unies à participer à des missions, il se retrouve en conflit avec les horaires du Sénat, raison de son départ qui n’aurait rien à voir avec la crise que l’entité traverse présentement ni avec l’exclusion des 32 sénateurs libéraux du caucus par Justin Trudeau.

Reconnu à travers la planète, cet homme hors du commun est apprécié pour son intégrité, sa probité, son héroïsme, sa force de caractère, son humanisme et son dévouement.

En 1994, il dirigea la Mission des Nations-Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) au moment du génocide de la communauté tutsie par les branches extrémistes hutus où il fut témoin d’un effroyable théâtre de guerre. Plus de huit cent mille Rwandais (Tutsis pour la plupart) périrent. Jamais il n’oubliera le sang versé, les horreurs, encore moins l’abandon de la communauté internationale qui n’envoya pas de renforts. M. Roméo Dallaire ne mâche pas ses mots quand il affirme que les pays qui avaient la capacité de réagir et qui ne l’ont pas fait, portent à jamais l’odieux de cette catastrophe.

Quand il revient au pays, il est brisé et tentera même de se suicider, puis fera face. Il souffre de troubles post-traumatiques. Pendant quatorze ans, il va suivre une thérapie et absorber chaque jour une bonne quantité de médicaments. Malgré ces outils, et l’aide de pairs, il en souffre encore aujourd’hui. Il ne parle pas de maladie, mais d’une blessure opérationnelle qui l’a rendu très vulnérable. Même s’il ne sera plus jamais le même, il croit qu’il peut encore se rendre utile. Sa vie est une réelle démonstration de courage et de don. Chaque jour, il choisit de s’investir pour œuvrer pour le bien de l’humanité. C’est là qu’il puise sa force et son courage.

Ses recherches sur les syndromes post-traumatiques prennent une grande place dans sa vie car il cherche à améliorer non seulement son sort, mais celui des personnes qui ont vécu les mêmes traumas. Particulièrement affecté par les suicides de plusieurs compagnons de travail, il déplore le peu de reconnaissance et d’aide qu’on leur a accordé et souhaite qu’il y ait un jour fusion entre le ministère des Anciens combattants et le ministère de la Défense, ce qui empêcherait d’isoler un vétéran blessé hors du milieu dans lequel il a toujours œuvré et cru.

S’il a choisi la date du 17 juin pour quitter le Sénat, c’est pour souligner un autre 17 juin, celui d’il y a vingt ans, au Rwanda, où on lui avait annoncé la venue des Français avec l’opération Turquoise. Une initiative qu’il a considérée bien mal placée, car au lieu d’arrêter le génocide, ils ont protégé les génocidaires et mis en péril le reste de sa mission en entraînant d’autres pays franco-africains. Cette position lui a paru le comble du ridicule : il se voyait comme une force des Nations-Unies entre les rebelles et une force armée et équipée pour faire la guerre.

Aujourd’hui, le général Dallaire ne veut plus parler du passé. Il œuvre dorénavant pour la prévention de génocides. Il désire se réorienter vers un futur positif.

Néanmoins, il reste conscient que nous traversons une ère de résolution de conflits. Il dit : « Pas de casques bleus, mais des casques d’acier bleus ».

Il considère que la politique internationale vis-à-vis la stabilisation des pays, la prévention des catastrophes, n’existe pas. On s’implique véritablement seulement sur le plan individuel.

Il est père de trois enfants, tous dans les Forces canadiennes, dans la réserve. Deux dans la marine et l’autre dans l’armée.

Le général Roméo Dallaire : un homme d’honneur et de foi ! Un homme utile à la société.

 

Carolle Anne Dessureault

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

7 pensées sur “Le Général Dallaire, un homme d’exception

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    29 mai 2014 à 9 09 26 05265
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    Un homme d’exception a n’en pas douter. Ce serait bien de connaître ses réalisations dans les 9 années ou il as siégé au sénat, ainsi que son opinion sur les évènements mondiaux actuels de même que sur les politiques du gouvernement Harper face à ces évènements.

    bonne journée

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      29 mai 2014 à 10 10 10 05105
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      À suivre sans doute.

      Merci.

      CAD

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      29 mai 2014 à 12 12 12 05125
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      Très savoureux en effet. Drôle aussi, mais surtout véridique.

      Merci pour le lien.

      CAD

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    29 mai 2014 à 12 12 42 05425
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    Je changerais
    « où il fut témoin d’un effroyable théâtre de guerre »
    par
    « où il fut complice d’un effroyable théâtre de guerre »

    Le troupeau adore les psychopathes…

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      30 mai 2014 à 13 01 28 05285
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      Désolée, mais je ne le crois pas complice. D’où son profond sentiment d’échec et de troubles post-traumatiques. J’ai plutôt tendance à adopter sa pensée sur la communauté internationale actuelle qui n’a pas de plan de prévention de guerre. Seuls des individus très engagés s’impliquent dans ce sens.

      Je lis présentement le livre de Denis Morisset « Nous étions invincibles » sur son expérience dans les Forces Armées, en tant qu’un des 16 premiers membres de la Deuxième Force opérationnelle interarmées (FO12) de 1993 à 2001. Il est allé au Rwanda, en Croatie, Bosnie, Pérou, Afghanistan, et d’autres… Ce sont des intervenants derrière la scène… De sa division, 7 de ses compagnons ont commis le suicide

      Les guerres ne sont pas justifiables. Et les soldats sont des pions qu’on exploite.

      CAD

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        30 mai 2014 à 21 09 14 05145
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        Rwanda, Croatie, Bosnie, Pérou, Afghanistan, tous des pays victimes du système. Les 7 compagnons de Morisset n’ont pas pu résister à leur sentiment de culpabilité après les massacres dont ils ont été complices. Ça doit être effroyable d’avoir ce sentiment et de revoir dans leur tête les scènes de carnages. Ils croyaient s’engager pour la paix et la justice, je ne voudrais pas vivre ce qu’ils ont vécu. Il faut y penser sérieusement quand on s’engage dans l’armé, c’est pas de tout repos pour ceux qui ont une conscience.

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