Le maître de l’esquive

Jean Gagnon Dossier Actualité économique

La session du parlement québécois s’est terminée vendredi dernier sans que ne soit lancée une enquête publique sur les malversations de secteur de la construction, comme le réclamaient tous les parties d’opposition, tous les éditorialistes et chroniqueurs des médias, ainsi que probablement une bonne partie de la population du Québec. Comment cela se fait-il que dans une société démocratique comme la nôtre, l’actuel parti au pouvoir puisse réussir à ignorer les demandes de tant de ses commettants ? Comment sommes-nous devenus si résignés devant la volonté et les décisions de nos dirigeants ?

image

L’apparence de malversations dans le secteur de la construction, et principalement celle liée à l’adjudication des contrats municipaux, était sûrement suffisante pour qu’à tout le moins le gouvernement démontre une ferme volonté d’aller au fond des choses.

Et ce n’était pas la première fois cette année que le gouvernement s’esquivait devant une question embarrassante à laquelle tout le monde exigeait une réponse. Rappelez-vous la saga de la Caisse de dépôt et de placement en début d’année. Là aussi le gouvernement Charest a esquivé la question, se contentant de réunir pendant quelques jours le Comité des finances. Henri-Paul Rousseau a su être suffisamment théâtral quand il le fallait pour désamorcer le débat. Et le Comité a réussi à éviter les témoignages plus importants de certains personnages liés de près aux transactions de PCAA, tel Luc Verville, que les ténors de l’opposition réclamaient pourtant à grand cri.

Non seulement, les questions suscitées par les performances désastreuses de la Caisse n’ont pas trouvé de réponses, mais ce gouvernement s’est même permis de nommer un nouveau président, Michael Sabia dans la plus grande controverse, à la suite d’un processus de sélection faisant fi de toutes les règles de transparence que l’on était en droit d’attendre d’un organisme qui après tout devrait avoir des comptes à rendre à ses déposants. Là encore, Jean Charest et son équipe ont esquivé tous les coups. Et six mois plus tard, les résultats de la Caisse continuent d’être mauvais, Michael Sabia est confortablement installé dans le fauteuil du président, et les critiques se sont tues. Le même sort semble guetter l’enquête publique sur le secteur de la construction et les octrois de contrats municipaux.

Et il semble que cette façon de gouverner se poursuivra. En effet, Denis Lessard, journaliste à La Presse généralement très bien branché à Québec, écrivait vendredi dernier que le gouvernement Charest tiendra un sommet important sur les finances publiques autour du 21 janvier 2010.  » Le premier ministre présidera l’évènement destiné à alimenter un débat déterminant sur le financement à long terme des services publics ”, écrivait-il.

Il y aura effectivement des décisions à prendre à Québec compte tenu de l’état des  finances publics. Les choix risquent d’être douloureux. On pourrait être amené à augmenter de façon significative les tarifs d’Hydro-Québec. On pourrait aussi être amené à hausser la taxe de vente, pourtant déjà si élevée. Et ça alors qu’on entre au cœur des négociations de la prochaine convention collective des employés des services publics.

En politique, esquiver ça peut se faire de deux façons. D’abord, en ne tenant pas compte des critiques qui nous sont dirigés, mais aussi en faisant tomber la responsabilité de décisions impopulaires sur d’autres. Après avoir esquiver les coups au cours de la dernière année, le gouvernement du Québec se prépare maintenant des appuis pour expliquer des décisions qui seront sûrement impopulaires l’an prochain.

Notez que je ne suis pas contre la tenue d’un sommet sur les finances publiques. Mais j’aurais vraiment préféré qu’on le tienne après que l’on nous ait annoncé d’abord une enquête sur les allégations de corruption dans l’industrie de la construction, ainsi que dans les bureaux municipaux.

4 pensées sur “Le maître de l’esquive

  • avatar
    9 décembre 2009 à 13 01 47 124712
    Permalink

    J’ai déja signé et je veux bien signer encore, mais n’est-il pas clair que le gouvernement a compris qu’il suffit de ne rien faire pour que les tempêtes se calment ? La démocratie est soluble dans la corruption. C’est fait.

    Le drame actuel, c’est l’absence de toute alternative révolutionnaire crédible. J’ai bien peur que nous n’écrivions que pour nos petits-enfants.

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/15/un-mauvais-moment/

    Pierre JC Allard

    Répondre
  • avatar
    25 décembre 2009 à 1 01 47 124712
    Permalink

    Ça fait des semaines que je réfléchis à la question… Nous écrivons, certes. D’autres aussi. En France également.
    Nous sommes confrontés à énorme problème: la démocratie s’est enfermée dans une huître. On contrôle maintenant tout de l’intérieur. Et les intérieurs se battent entre eux, et parfois font semblant.
    Le petit x est mort. Où sont les mécanismes qui permettent – et dans un temps raisonnable – de permettre à la population de s’exprimer et de « forcer »une action. Pas des parlementeries, des actions.
    J’ai l’impression que tant qu’il n’y aura pas une action ferme et « de chair », les choses ne bougeront pas. C’est bête à dire, mais il va falloir « blackmailler » d’un manière les gens en place. Autrement dit, les menacer sérieusement. Mais comme tout acte de désobéissance est perçu comme « mal » dans une société en apparence parfaite, cette perception donne un droit légal de réponse à des actions qui seront qualifiées de violentes.
    Le peuple est victime d’une berceuse: une chanson et une propagande – à nos frais – qui garde nos gens dans une certaine douilletterie.
    Les gens de ma génération se souviennent du slogan libéral de 1960: IL FAUT QUE ÇA CHANGE.
    On peinturait les routes de ce slogan.
    Nous sommes coincés entre deux maux, et le moindre n’est pas meilleur que l’autre. Si les gouvernements qui se succèdent ne répètent qu’en perroquet le précédent, nous sommes cuits et carbonisés pour un sapré bout de temps.
    Avec tout ça, on cultive le « citoyen parfait ».
    On se croirait en 1930 avec seulement des couleurs différentes. Ce n’est plus un parti qui mène, c’est une clique.
    J’ai l’impression d’être emprisonné dans un isoloir en carton avec un x. Une prison. Un goulag invisible.
    Et quand on connaît le contrôle de la presse, des autres médias, du grand cirque des émissions où tout le monde peut accéder à … n’importe quoi. Car le succès est désormais dépendant du citoyen. C’est la société parfaite. Ne reste qu’à vous brasser l’arrière train pour l’accès.
    C’est vôtre faute si vous n’êtes pas là.
    Manipulation. Manipulation. Et re…
    Toujours le cirque et ses petits chevaux de bois qui tourne en rond.
    Je suis désolé, mais il faudra faire sauter les parlements et leurs recettes passé date. Je ne parle pas de bombe au sens explosion chimique.
    Mais si on n’ouvre pas ce monde cuit, c’est foutu…
    On n’a jamais si peu écouté la population. Tout simplement parce qu’on sait qu’elle ne fera rien.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *