Le mariage homosexuel au Canada: vers l’inévitable choc de la primauté des droits

YSENGRIMUS   Au Canada, les homosexuels se marient. Notre carte nationale est intégralement arc-en-ciel et ce, depuis le début du siècle. Nous sommes le quatrième pays au monde ayant pris ce tournant décisif (coiffé au fil d’arrivée uniquement par les Pays-Bas, par la Belgique et, de l’épaisseur d’un cheveu, par l’Espagne). Nous sommes le premier pays des Amériques à respecter et à protéger juridiquement l’intégralité de l’amour. Même nos politiciens conservateurs, pense-petits, vétillards, démagogues et rétrogrades, n’osent plus soulever la question de la définition du mariage et les diverses tartufferies afférentes. S’ils osaient, ils se mettraient à dos et le Canada juridique, roide et sourcilleux, qui interprète notre ci-devant charte des droits, et le Canada libertaire, débridé et séditieux, qui prendrait sans hésiter la rue sur cette cause, surtout dans nos trois pétales de villes: Montréal, Toronto, Vancouver.

L’affaire du mariage homosexuel est donc close au Canada… juridiquement, s’entend. Ethno-culturellement, c’est une toute autre histoire. Le multiculturalisme canadien paie, particulièrement sur cette question importante, le prix de sa non prise en compte de la tangible possibilité des dérives communautaristes. Certains de nos compatriotes planétaires viennent de régions du monde encore profondément patriarcales et où l’homophobie est purement et simplement une norme d’acier, implicite, évidente, sereinement dogmatique. Un enseignant de souche africaine d’une école secondaire du grand Toronto faisait récemment la promotion de la diversité des orientations sexuelles, en stricte conformité avec le programme académique de la province canadienne de l’Ontario. Un de ses élèves, de souche africaine aussi, lui annonça intempestivement que, s’il parlait comme ça de l’homosexualité en la valorisant, c’est qu’il n’était pas un vrai africain… Il y a aussi le cas de ce jeune homme, libanais de seconde génération, musulman, que sa mère a surpris au lit avec un autre homme… et qui, depuis le sermon unilatéral, rigide, sectaire et parfaitement illégal (couperosé notamment de menaces de mort) qu’elle lui a servi, craint que ses droits canadiens ne le mènent directement en «enfer»… Notons, et c’est absolument capital, que la dérive communautariste ne se restreint aucunement aux néo-canadiens. Nos bons compatriotes du cru, alors là, comprenons-nous bien, ne sont pas en reste. On peut ainsi mentionner ce jeune catholique de souche que son école catholique de souche a voulu empêcher d’aller au Bal de Graduation avec son amoureux, tout aussi catholique de souche. Ces deux là, certainement moins impressionnables que ne l’auraient été certains de nos compatriotes immigrants, sont allés dare-dare devant les tribunaux et ont eu gain de cause… juste à temps pour le bal. La charte canadienne des droits et libertés prime, en terre canadienne, sur les diktats des cultes et des sectes que notre multiculturalisme, tout aussi canadien et, il faut bien le dire, passablement élastique, autorise pourtant, malgré tout… et fort paradoxalement.

Il est clair, il est criant, il est patent qu’un jour ou l’autre, le choc de la primauté des droits va vraiment claquer sec sur cette question incontournable. Nos réactionnaires canadiens de souche, catholiques irlandais, italiens, canadien-français, et protestants anglais, écossais, loyalistes (dont les deux cultes sont, trois fois hélas, protégés par la vieille constitution canadienne de 1867) vont, à un moment ou à un autre, établir leur jonction «solidaire» (de la solidarité calculatrice des causes circonscrites) avec nos réactionnaires néo-canadiens patriarcaux, issus de tous les coins du monde, musulmans, hindous, juifs, sikhs, pour chercher de nouveau à coller l’homosexualité masculine et féminine (ainsi, corollairement, que l’égalité essentielle des hommes et des femmes) au mur. En visite, il y a quelques années, dans un grand pays dont je tairai ici le nom (il ne s’agit pas de cibler un groupe ethnique ou un autre mais bien de cerner un problème de principe), le premier ministre du Canada de l’époque de la mise en place du mariage homosexuel s’est fait niaiser et ridiculiser par des officiels bien couillus et bien railleurs qui se payaient sa poire en se tenant les côtes parce qu’il venait d’un pays où les gens de même sexe se marient. Notre premier ministre, modeste et discret comme tout premier ministre canadien terne et blême qui se respecte, n’était pas chez lui. Il a donc écrasé le coup sans faire de vague… fournissant ainsi, en fait, sans malice, l’exemple à suivre, en ces temps de transition de la grande plaque tectonique des mentalités. Simple. À Rome, il a fait comme les Romains…

Il va, un jour, falloir promouvoir cet exemple sous notre beau drapeau unifolié nunuche et mollasson, et choisir son camp. On va un jour, c’est triste mais c’est comme ça, devoir dire à certaines personnes: à Rome, eh bien… vous faites comme les Romains. Si vous aspirez à vivre en ce pays, à bénéficier de son mode de vie et de ses libertés si durement acquises, il va falloir respecter… son mode de vie et ses libertés si durement acquises. Il va falloir, un jour ou l’autre, le dire. C’est d’autant plus douloureux, emmerdant, contrariant, que le multiculturalisme est aussi une valeur canadienne et que de devoir l’écorner ainsi ne se fera pas sans arguties, jonglages et dilemmes divers. Mais bon, la liberté d’expression pleine et entière aussi est une valeur canadienne, et cela n’en rend pas la propagande haineuse, le racisme, l’antisémitisme plus légitimes ou légaux. Il faut ajuster, accommoder et surtout, trancher sans faillir ce nœud gordien du paradoxe du choc des droits… Racisme: non. Sexisme: non. Homophobie: non. Fin du drame. J’avale alors la pilule et me console comme suit. Si nos compatriotes néo-canadiens passionnels provenaient de quelque république communiste rouge vif, ils se feraient dire, vite fait bien fait, d’écraser le coup avec leur doctrine prolétarienne libertaire et de respecter le bon capitalisme canadien ronron, en la ravalant, en vitesse, leur petite conception trublionne de la lutte des classes… Le souci multiculturel de nos sophistes juridiques unifoliés prendrait le bord de la sortie sans complexe, face à des cocos utopiques aux idées sociales élargies. Et, alors, alors seulement, le choc de la primauté des droits ne soulèverait pas le dixième des arguties que nous imposent notre complaisance, aussi excessive que suspecte, devant le tataouinage abscons des cultes, le byzantinisme veule des sectes, la tyrannie rigide des croyances irrationnelles et le flafla bringuebalent des temples portatifs. Conclueurs, concluez.

Voici donc ma prise de parti. Limpide. L’égalité essentielle des hommes et des femmes et l’intégralité des droits, matrimoniaux, parentaux et comportementaux, des personnes de toute orientation sexuelle prime, au Canada, sur toute autre croyance ou diktat. L’égalité des hommes et des femmes et la diversité des orientations sexuelles sont des droits fondamentaux, axiomatiques, inaltérables, inaliénables. Ce sont des droits de la personne, au sens le plus crucial du terme. Quiconque veut vivre au Canada doit respecter ces droits en toutes circonstances, comme nous nous devons tous de respecter l’égalité des races, l’égalité des chances et le droit à la libre expression. Il n’est pas possible de s’adapter convenablement en terre canadienne sans intérioriser la complète symétrie des droits hétérosexuels et homosexuels et l’intégrale égalité des hommes et des femmes. Ces droits priment sur toutes autres croyances, convictions ou valeurs.

Et… le monde entier, un jour, comprendra cela. Je demeure, l’un dans l’autre, optimiste.

L’affaire du mariage homosexuel est close au Canada… juridiquement, s’entend
L’affaire du mariage homosexuel est close au Canada… juridiquement, s’entend.

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Ysengrimus

Voir ici: http://ysengrimus.wordpress.com/about/

11 pensées sur “Le mariage homosexuel au Canada: vers l’inévitable choc de la primauté des droits

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    12 septembre 2014 à 6 06 33 09339
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    Il ne faudrait pas oublier de légaliser la zoophilie, ce serait une grave injustice de ne pas la légaliser et aussi une grave discrimination contre certaines pratiques saines.

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      12 septembre 2014 à 7 07 20 09209
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      Tiens je me surprends de ne pas voir surnager la notion extrêmedroitière de « théorie du genre » dans votre petit cloaque d’immondices. monsieur H…

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        12 septembre 2014 à 12 12 10 09109
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        Je dois être aussi Soralien par conviction caca-extrè-me-droitière, je suppose.

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            14 septembre 2014 à 19 07 38 09389
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            Je suis réellement zoophiliste mais je le fais qu’avec des animaux mâles, tu dois sûrement comprendre ma situation si mes patrons venaient à le savoir ce serait la fin de carrière.

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    20 juillet 2018 à 1 01 52 07527
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    Les Canadiens auraient donc eux mêmes tressé la corde avec laquelle ils se pendent, en croyant simplement se suspendre à un idéal, et s’ils survivent, d’autres les pendront haut et court avec cette même ficelle, comme de simples brigands pratiquant, avec des armes morales de destruction massive de la santé mentale, le génocide pour autrui, et pour eux-mêmes. La langue d’Ysengrimus est un pur délice pour nous, Parisiens à la stérilisation bien avancée, mais qui cherchons avidement des bouffées d’air frais.

    Pourtant, tout n’est pas perdu pour les Canadiens, qui ont en réserve leur sagesse indienne enfouie quelque part, mais toujours vivante: je pense à Lia Mills, la jeune fille de 21 ans qui depuis l’âge de douze ans, tient en respect tous les suicidaires fous qui eux, croient tenir le manche. Et elle n’est pas seule! « pro-woman, pro-life, pro-choice », telle est sa devise et la nôtre. Et nous nous battons, avec elle, pour les hommes.

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    20 juillet 2018 à 8 08 49 07497
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    @ TOUS

    Je suis toujours triste quand je lis ce qui est certainement bien écrit, mais proclame des « droits » qui ne préoccupe que les bobos – multiethniques – pseudo internationaux et pseudos universalistes et pseudo humanistes.

    Il ne viendrait jamais à l’esprit d’un ouvrier de s’agiter ainsi pour proclamer ces « droits » alors que lui n’a pas droit à la sécurité sur son chantier de construction, pas droit au travail pour « gagner » sa vie honorablement et subvenir aux besoins de sa famille (voilà que je verse dans le patriarcat – l’ouvrier devrait abandonner ses enfants et sa famille afin de respecter leur droit à ne pas subir le patriarcat) idem pour la femme vs le matriarcat mais non je me fourvoie les bobos n’ont pas reçu ordre de lancer la guerre contre le matriarcat… donc ça n’existe pas jusqu’à ce que l’idée vienne à un intello de lancer ce nouveau front de lutte bobisque – J’allais oublié les droits des animaux à la vie sauvage pendant que l’être humain est aliéné et exploité et emmuré à Gaza ou dans une mine africaine où on lui nie le « droit » à la vie

    Et tous ces pauvres – ces milliards qui vivent avec 2$ par jour – les SDF quels sont leurs droits déjà ??? et ceux (fille ou garçon) qui meurent sous les bombes des drones au Moyen-Orient ont-ils des droits ??? et le droit d’épouser leur copain ou copine de même sexe sont-ils parmi les droits prioritaires qu’ils réclament avant de mourir ??? Leur droit à la vie en sécurité qui s’en préoccupe avant de les explosés ???

    Je me rend bien compte qu’au Canada on bat des records d’embourgeoisement (4e au monde nous dit-on) – Quand les bombes nucléaires nous tomberont sur la tête espérons que la sagesse amérindienne – autochtone – premières nations nous tombera dessus – si ces pauvres autochtones parqués dans leurs réserves et aliénés n’ont pas terminer de violer leur progéniture.

    Le droit à la misère humaine est immense chers amis, universel, inaliénable, indiscutable, mondial et partagé entre tous les prolétaires (masculin, féminin, transgenre, sans genre et les autres bobos catégories que j’aime mieux ne pas connaître)

    Robert Bibeau

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      20 juillet 2018 à 11 11 02 07027
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      Attendrissante redite doctrinale.

      Maintenant, Robert, si tu as une minute, il faudrait lire le texte. Ce sera pour observer qu’y est décrit le net fourvoiement du paradoxe des causes sociétales réformistes. Sous-groupe A aux droits gnagnan maximaux va se heurter à sous-groupe B aux droits tout aussi gnagnan maximaux, quand sous-groupe B va décréter que l’orientation de sous-groupes A, c’est de la merde. Et quand ils seront tous bien occupés à se polochoner pour leurs droits réformistes gnagnan maximaux mais antinomiques, eh bien t’inquiète pas que la révolution prolétarienne, ils y penseront pas trop, tu vois.

      Le bourgeois a compris que refuser des droits roses à tous était beaucoup moins contre-révolutionnaire que d’allouer des droits roses à tous. Alors ce fut: amusez-vous tous, dans toutes les directions, tant que vous restez bien capis. Et, diatribe de Robert Bibeau ou pas, on en est là. Les réalités sociétales fondamentales se ramènent pas aux frasque de Donald Trump. Il s’en faut d’une marge.

      Flétrir ces questions sociétales sous le prétexte rebattu que leur cote-prolo monte pas très haut, c’est raisonner comme nos militants qui reprochent aux français de trop s’intéresser au foot et pas assez aux manifs contre les exactions de Macron. Sauf que, comme c’est le foot qui les mobilise, tu fais quoi? Pour dire: l’analyse concrète de la situation concrète concerne tout le tableau effectif, pas seulement celui des lendemains qui chantent…

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    21 juillet 2018 à 12 12 55 07557
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    « Même nos politiciens conservateurs, pense-petits, vétillards, démagogues et rétrogrades, n’osent plus soulever la question de la définition du mariage et les Bla bla bla… » La gauche minable qu’insulte ceux qui ne sont pas fif!

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      21 juillet 2018 à 23 11 24 07247
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      Le couillocrate qu’enquiquine ceux qui veulent pas de sa vision rétrograde et pense-petit.

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