Le pouvoir et la hiérarchie chez les primates (4)

Une loi spéciale au Québec pour maintenir la paix sociale?

Dans le contexte social actuel qui se déroule au Québec mettant en scène le conflit entre les étudiants et le gouvernement qui dure depuis plusieurs mois au sujet de la contestation par les étudiants de la hausse des frais de scolarité, et au moment où le gouvernement s’apprête à déposer d’ici quelques jours à l’Assemblée nationale une loi spéciale sur la désobéissance civile, et le calendrier scolaire, la démission il y a quelques jours de la ministre de l’Éducation, Madame Line Beauchamp, remplacée par Madame Michelle Courchesne, les nombreux débats que ce conflit a suscités dans les médias et dans la population, on se rend compte qu’il n’est pas facile de vouloir la démocratie pour tous, et à la fois, désirer que l’ordre social soit respecté.

Il n’y a pas ici de jugement ni de critique sur la situation qui se déroule. Il y a suffisamment d’experts qui la commentent. J’ai plutôt le désir de comprendre les deux parties, et j’en déduis que nécessairement, les compromis (toujours difficiles à faire, signifiant souvent une perte de pouvoir ou de force), ne sont pas faciles à faire.

Difficile d’être impartial et juste! Difficile de ne pas se réfugier dans une position polarisée, d’un côté le bon, et de l’autre, le mauvais. La situation actuelle fait beaucoup réfléchir sur le sens de la démocratie et le respect de l’ordre. N’oublions pas qu’il y a du «chimpanzé» et de «l’humain» chez les deux parties présentement en conflit.

Dans cette optique, l’article présent porte sur la façon dont les primates vivent le pouvoir et la hiérarchie, et les similitudes qu’ils ont avec les humains.

Les thèmes énoncés sur la vie des singes s’inspirent du livre du primatologue hollandais, Frans de Waal, intitulé «Le singe en nous».

Démocratie représentative

La démocratie signifie un régime politique dans lequel le peuple exerce sa souveraineté lui-même, sans l’intermédiaire d’un organe représentatif (DÉMOCRATIE DIRECTE) ou par représentants interposés (DÉMOCRATIE REPRÉSENTATIVE). On comprend bien que notre démocratie est représentative uniquement.

Pourquoi, si les individus de haut rang se révèlent parfois si détestables, les garder? C’est d’abord pour régler les différends qui surgissent inévitablement dans une société. Le fait de savoir en toute certitude qu’une autorité supérieure agira en toute équité et usera d’un minimum de force soulage au fond tout le monde. C’est le bénéfice de la démocratie représentative. Mais, il y faut confiance et respect. Lorsque ces dernières qualités font défaut ou semblent faiblir, la population ou des groupes de la société manifestent leur désaccord.

La perte de pouvoir chez les mâles peut conduire au désespoir

Pour les chimpanzés mâles, le pouvoir semble constituer l’aphrodisiaque par excellence; il est une source particulière d’accoutumance. Arrive-t-il que leur pouvoir soit contesté, ou qu’ils le perdent, ils deviennent méconnaissables, pouvant même faire des crises hystériques en se roulant par terre, poussant des cris pitoyables dans l’attente d’un réconfort. Ils se comportent alors comme un petit que sa mère ne veut plus allaiter. Pour retrouver leur courage, il leur faut des manifestations de réconfort et la présence de la femelle alpha, sinon ils restent abattus. On peut y voir une similitude avec l’attachement du petit à sa mère – on peut penser à des expressions imagées évocatives, telles «s’accrocher au pouvoir» et/ou «être sevré de pouvoir.» Il arrive que la perte du pouvoir éteigne le goût de vivre du mâle et le conduise au désespoir, ultimement à la mort.

Évidemment, cette observation s’applique aussi aux humains. Frans de Waal cite le cas d’un de ses collègues, un professeur couvert d’honneurs, doté d’un prestige et d’un ego immense, qui ne remarqua pas qu’une conspiration s’ébauchait dans son dos, provenant de jeunes membres du corps professoral en désaccord avec lui et qui rallièrent des voix contre sa position. Ses propres protégés avaient fait campagne à son insu en faveur de la proposition adverse. Au moment du scrutin final, le résultat prit cet homme au dépourvu. Blanc comme un linge, il semblait avoir vieilli de dix ans, et se déplaçait comme un être vidé d’expression. Sa superbe en avait pris un rude coup.

Autre exemple d’une chute de pouvoir, celle de Nixon. Dans The Final Days, Bob Woodward et Carl Bernstein décrivent l’effondrement pathétique de cet homme lorsqu’il comprit qu’il allait devoir démissionner. Il se lamentait, tomba même à genoux, et son secrétaire d’État, Henry Kissinger, l’avait, dit-on, réconforté comme un enfant, le tenant littéralement dans ses bras.

La présence de la hiérarchie chez les chimpanzés et les humains

Chez les chimpanzés, la hiérarchie imprègne tout. Si deux femmes sont conduites à l’intérieur d’un bâtiment (par les gardiens du zoo) et sont attelées à une même tâche, l’une sera coopérative, et l’autre plus négative. C’est simplement en raison de la hiérarchie, car une femelle domine l’autre.

L’homme d’affaire qui désire passer un contrat avec une grande société prendra des rendez-vous avec toutes sortes de personnes qui lui donneront une image des rivalités, loyautés et jalousies qui existent au sein de la société qu’il contacte – exemple : qui ambitionne le poste de qui, qui se sent exclu par qui, et qui est sur la pente descendante. Ces perceptions sont aussi précieuses que l’organigramme de la société.

La politique des chimpanzés, comme celle des hommes, est une affaire de stratégies individuelles entrant en conflit les unes avec les autres pour déterminer qui arrivera en tête au final.

LA DÉCOUVERTE DU PECKING ORDER (ORDRE DE BECQUETAGE, OU ORDRE DE PRÉSÉANCE)

Chez les primates, ce terme de «becquetage» est relié à la hiérarchie. La société moderne anglophone utilise métaphoriquement ce terme de pecking order pour évoquer l’organigramme des grandes firmes industrielles ou la hiérarchie vaticane (les «primates» au sommet) reconnaissant l’existence d’inégalités.

On dit qu’on doit la découverte capitale de l’ordre des préséances à un petit garçon norvégien, Thorleif Schjelderup-Ebbe, au début du 20e siècle. Cet enfant tomba amoureux à l’âge de six ans des poules. Sa mère lui offrit son propre poulailler. L’enfant donna un nom à chacune d’entre elles. Il tenait des carnets détaillés sur les volailles, combien d’œufs elles pondaient et qui donnait des coups de bec à qui. Il était fasciné par les exceptions qu’il relevait à l’occasion dans la hiérarchie – des «triangles» qui faisaient que la poule A dominait B, qui dominait C, qui dominait D. Ainsi, il n’y a pas seulement des régularités de l’ordre des préséances, mais aussi ses irrégularités.

Si on observe un groupe d’individus, on note vite qui démontre le plus d’assurance, attire le plus les regards et les signes d’acquiescement, hésite le moins à interrompre une conversation, parle moins fort mais s’attend pourtant à ce que tout le monde l’écoute, émet des opinions tranchées.

DES INDICES DE PRÉSÉANCE SUBTILS, LA VOIX HUMAINE

Les scientifiques ont longtemps considéré la bande de fréquence inférieure à 500 hertz dans la voix humaine comme un bruit insignifiant, car en filtrant la voix en supprimant toutes les fréquences plus élevées, il ne reste qu’un bourdonnement. L’oreille ne saisit pas les mots.

Par la suite, il fut découvert que ce bourdonnement assourdi constitue un instrument social inconscient. Il est différent pour chaque personne, mais au fil de la conversation les gens tendent à se retrouver sur la même fréquence. Ils se règlent sur un bourdonnement unique, et c’est invariablement la personne qui occupe le rang le moins élevé qui ajuste sa voix. Ce phénomène fut démontré pour la première fois par l’analyse d’une émission de télévision, le Larry King Live. Larry King ajustait son timbre de voix à celui des invités importants (tout ceci est fait inconsciemment, il va sans dire), comme Mike Wallace et Elizabeth Taylor. En revanche, les invités de moindre statut ajustaient le leur à celui de Larry King.

La même analyse fut appliquée à des débats télévisés opposant des candidats américains à la présidence. Dans les huit élections qui se déroulèrent entre 1960 et 2000, le vote populaire coïncida avec l’analyse de la voix; la majorité des électeurs votèrent pour le candidat qui ne se départait pas de son timbre plutôt que pour celui qui ajustait le sien.

Pourtant, en 2000, un candidat au timbre subordonné, George W. Bush, fut élu. Ce fait semble une exception, mais en réalité elle n’en est pas une puisque le vote populaire se porta sur le candidat aux harmoniques dominantes, Al Gore. Ainsi, chaque fois que nous parlons avec quelqu’un, de vive voix ou au téléphone, nous communiquons le prestige dont nous jouissons.

AUTRES FAÇONS DE DÉTERMINER LA HIÉRARCHIE, LE PRESTIGE PERSONNEL

Il existe bien d’autres détails qui confirment la hiérarchie  humaine. Cela va de la dimension de nos bureaux au coût des vêtements que nous portons, de la marque d’automobile que nous conduisons, du quartier que nous habitons, etc.

Dans un village africain, le chef occupe toujours la plus grande case et porte une robe brodée d’or. Lors des cérémonies de diplôme – dans la société occidentale – les professeurs sont revêtus de toges et défilent fièrement entre les étudiants et les parents. Au Japon, la profondeur de la courbette de salutations signale des différences de rang précises (à noter que les femmes s’inclinent plus bas), mais aussi entre membres de la famille d’âges différents. Au sommet de l’institutionnalisation de la hiérarchie, l’armée triomphe avec ses galons, barrettes et étoiles, tout comme l’Église catholique, où le pape arbore le blanc, les cardinaux le rouge, les évêques le violet et les prêtres le noir!

Pareil chez les chimpanzés. Le mâle alpha fait une démonstration de son importance en arpentant les lieux, le poil hérissé, et va frapper quiconque ne s’efface pas assez vite devant lui.

LA COMMUNICATION NON VERBALE RÉVÈLE LE HIÉRARCHIE

Les personnes qui travaillent avec les animaux connaissent leur sensibilité déconcertante au langage corporel. On dit qu’il est difficile de berner un singe, notamment parce que la parole ne vient pas distraire l’attention.

L’harmonie exige la stabilité, et la stabilité dépend d’un ordre social – la soumission est perçue come une défaite de la part d’un leader

Dans une colonie de chimpanzés en situation d’instabilité, les ennuis commencent lorsqu’un mâle qui respectait l’alpha se transforme en bruyant challenger semant la pagaille en attaquant de plus en plus le leader, en jetant par exemple avec violence des branches et des pierres dans sa direction.

Si au début l’issue des affrontements est incertaine, elle dépendra du soutien que chacun des rivaux recevra des autres. Si le leader jouit de moins d’appuis que son challenger, son pouvoir est menacé. Mais le moment critique est le premier acte de soumission du leader.

Plus la hiérarchie est nette, moins il devient nécessaire de la renforcer. Chez les chimpanzés, une hiérarchie stable élimine les tensions de sorte que les affrontements se raréfient : les subordonnées évitent le conflit et les supérieurs n’ont aucune raison de le rechercher. Les chimpanzés peuvent alors prendre du bon temps, s’amuser, jouer. Mais dès que l’un d’eux conteste l’ordre établi, la colonie cesse de s’adonner au jeu, et attend, inquiète.

Il semble qu’une hiérarchie clairement établie se révèle indispensable à une collaboration efficace. C’est pourquoi les entreprises humaines tablent sur une coopération maximale, comme les grandes entreprises ou l’armée, qui ont des hiérarchies bien définies.

Chaque fois qu’une action décisive s’impose, une chaîne de commandement prend le pas sur la démocratie. Si les circonstances l’exigent, nous passons spontanément à un mode plus hiérarchisé.

Un paradoxe : hiérarchie et démocratie

Même si les positions au sein d’une hiérarchie naissent de l’affrontement, la structure hiérarchique, une fois établie, annule le besoin de poursuivre la lutte. Ceux qui occupent le bas de l’échelle auraient indiscutablement préféré un échelon supérieur, mais ils optent pour le deuxième meilleur choix : LA PAIX.

La hiérarchie chez les femelles (bonobos et chimpanzés)

L’union du genre féminin à l’adversité est un trait ancien. Les femelles gorilles remettent un nouveau mâle à sa place en s’en prenant à lui collectivement. Les femelles chimpanzés attaquent elles aussi les mâles en groupe, surtout ceux qui les maltraitent. Mais le pouvoir des femelles est moins flagrant chez les chimpanzés vivant en liberté.

En captivité, la proximité réduit l’écart entre les sexes. Les cris d’une seule d’entre elles mobilisent toutes les autres.

Les bonobos forment des groupes plus importants que les chimpanzés de sorte que les femelles se montrent plus sociables. Beaucoup d’épouillages et d’activités sexuelles entre elles a fini par entamer la suprématie mâle.

Qui est le bonobo mâle? Les hommes n’aiment pas se comparer au bonobo mâle. Il ne détient pas le pouvoir.

Les liens forts chez les bonobos concernant le pouvoir se fait entre mères et fils. Un mâle pleinement adulte suit les allées et venues de sa mère dans la forêt, bénéficiant de son attention et de sa protection, surtout si elle occupe un rang élevé. La hiérarchie des mâles est une affaire maternelle. Plutôt que de former entre eux des coalitions, les bonobos mâles se disputent la place dans les jupes de leurs mères. Le bonobo mâle doit guetter les possibilités de gravir l’échelle sociale. Il fait montre à cet égard du même esprit de compétition que le chimpanzé. Cependant, ici, tout dépend de sa mère et de la position des celle-ci vis-à-vis des autres femelles. Le bonobo mâle doit se montrer patient car il a moins de possibilités d’assurer son avenir que le chimpanzé mâle, libre pour sa part de nouer diverses alliances avec ses congénères.

Les alliances entre mâles, chez les bonobos, restent très rudimentaires, ce qui a permis aux femelles de prendre l’ascendant. La société bonobo n’est pas purement égalitaire. Les tensions existent, les mâles font preuve d’un fort esprit de compétition, les femelles aussi à l’occasion. Les mâles de rang élevé jouissent d’une plus grande tolérance de la part des femelles, en matière de nourriture et ont plus de partenaires sexuelles.

La façon dont les femelles plus âgées maintiennent leur emprise sur les plus jeunes est d’autant plus fascinante qu’elles y parviennent le plus souvent sans démonstration d’agressivité. L’aînée au pouvoir enverra aux cadettes (qui n’ont plus leurs mères à leurs côtés) des signaux de rejet, un refus de partager la nourriture ou les ignorera délibérément. En réalité, la femelle alpha exploite le registre émotionnel.

La vie dans une société matriarcale – chez les bonobos – a donc créé un mâle d’un autre genre. Il n’y a rien qui ne «va pas» chez le mâle bonobo, quand bien même la grande majorité des hommes ne souhaiteraient pas lui ressembler. Ce qui lui manque, c’est l’emprise sur son destin que les mâles chez les chimpanzés et les humains revendiquent comme un droit de naissance. Pour vulgariser, on peut dire que le bonobo mâle n’est pas un macho, plutôt un «homme rose».

La dynamique du deux contre un – la théorie des coalitions : force égale faiblesse

La force peut devenir une faiblesse quand un singe a trop de pouvoir, et inversement, la faiblesse est une force quand les acteurs mineurs peuvent se réunir pour présenter une plus grande force. Ainsi, le pouvoir absolu est difficile à maintenir. Les chimpanzés mâles ont une connaissance intime de cette dynamique et semblent comprendre l’importance de leurs propres coalitions. Les luttes internes font peser sur eux une telle menace que les partenaires ne ménagent aucun effort pour se réconcilier – surtout celui qui a le plus à perdre, et qui occupe souvent le rang le plus élevé. L’idée est de présenter un front uni.

La dynamique du deux contre un est un problème bien connu des familles humaines comptant trois enfants, où l’un des trois est souvent évincé des jeux des deux autres. Dans le monde des affaires, nous demandons à un ami de glisser un mot en notre faveur pour appuyer notre position. Le même phénomène se produit chez des hommes politiques rivaux au sein d’un même parti. Une fois que l’un a été désigné comme le candidat officiel, le perdant ne perd pas une seconde pour approuver et soutenir sa nomination. Personne ne veut que l’opposition croie à un éclatement du parti. Les deux ex-ennemis se tapent dans le dos et sourient ensemble aux photographes.

Les nations recherchent des alliés contre d’autres qu’elles perçoivent comme une menace commune. Autrefois, c’était les mariages entre rois et reines de pays différents pour maintenir le pays dans un plus grand pouvoir. Des alliances stratégiques où la vie personnelle ne comptait pas beaucoup.

La nature des hiérarchies varie selon les cultures. Il y eut une époque où les anthropologues assimilaient l’égalitarisme à un modus vivendi passif, pacifique, qui permettait aux individus d’exprimer ce qu’ils avaient de meilleur en eux. Du point de vue biologique, cette situation ne peut pas durer. À un moment donné, l’intérêt personnel se manifestera et les gens se disputeront les ressources. L’égalitarisme, semble-t-il, n’est pas fondé sur l’amour mutuel et encore moins la passivité. C’est un état entretenu qui reconnaît le désir humain universel d’être aux commandes et de dominer.

Les petits singes, eux, soutiennent volontiers les vainqueurs. Les individus dominants rencontrent rarement une résistance. Les chimpanzés sont différents, car ils soutiennent les perdants aussi souvent que les vainqueurs. L’agresseur ne peut donc jamais savoir avec certitude s’il recevra de l’aide ou sera mis en échec. C’EST LÀ UNE DIFFÉRENCE CAPITALE AVEC UNE SOCIÉTÉ DE PETITS SINGES. La tendance des chimpanzés à se rallier à celui qui a le dessous crée une hiérarchie foncièrement instable dans laquelle le pouvoir au sommet se révèle plus chancelant que dans n’importe quel groupe de petits singes.

Il a été observé chez les chimpanzés une position médiane entre les hiérarchies rigides des petits singes d’une part, et la tendance  humaine à l’égalité de l’autre. On ne parvient jamais à l’égalité parfaite, même pas dans des sociétés d’échelle réduite. Et niveler la hiérarchie humaine représente un effort de chaque instant pour la simple raison que nous portons en nous un appétit inné de statut. Un individu peut être puissant sans occuper le sommet de la hiérarchie, ou, inversement, être au sommet sans avoir beaucoup d’emprise.

Sommes-nous parvenus à la démocratie au moyen d’un passé hiérarchique?

Il existe une école de pensée selon laquelle nous avons entamé notre marche évolutionniste dans un état de nature rude et désorganisé, gouverné par la «loi de la jungle». Nous serions sortis de cet état en convenant de règles et en déléguant leur mise en application à une autorité supérieure. C’est la justification habituelle du gouvernement directif.

Et si c’était l’inverse? Si l’autorité supérieure était apparue d’abord, et les efforts tendant à l’égalité ensuite, comme l’évolution des primates semblerait l’indiquer?

Il n’y aurait jamais eu de chaos initial. Nous aurions débuté avec un ordre hiérarchique aussi clair que le cristal et nous aurions ensuite découvert des façons de le niveler.

L’harmonie, une utopie?

Rappelons que des animaux pacifiques et tolérants existent. Certaines espèces de petits singes se mordent rarement, s’empressent de se réconcilier après les bagarres, tolèrent la présence des autres autour de la nourriture et de l’eau et ainsi de suite. Toutefois, même si les petits singes sont accommodants, il ne sont jamais égalitaires. Il faudrait pour cela que les subordonnés orchestrent la rébellion et définissent des limites à ne pas outrepasser, ce que les petits singes ne font qu’à un degré limité.

Les bonobos se montrent d’humeur accommodante, eux aussi, et relativement pacifiques. Usant des mêmes mécanismes que les chimpanzés, ils les ont exploités au maximum en renversant de fond en comble la hiérarchie. Au lieu de semer la discorde d’en bas, le sexe faible agit d’en haut, ce qui en fait de facto le sexe fort. Physiquement, toutefois, les femelles bonobos ne sont pas plus puissantes que les mâles, elles doivent donc travailler en permanence à assurer leur position supérieure.  Au-delà de cette réalité, les bonobos présentent une organisation politique infiniment plus fluide que celle des chimpanzés. Là encore, c’est parce que les coalitions les plus cruciales, celles entre mère et fils, sont immuables. Les bonobos ne connaissent pas les alliances opportunistes et perpétuellement redéfinies, capables de faire sauter un régime. Ils sont plus tolérants qu’égalitaires.

La démocratie ne garantit pas l’intégrité des personnes qui en font partie

Nous voulons tous vivre en démocratie, en paix et en harmonie dans le respect de valeurs fondamentales, telles ÉGALITÉ, LIBERTÉ ET FRATERNITÉ.  Pour ce faire, il y faut toutefois une éthique personnelle suffisamment forte pour ne pas obstruer les voies de la démocratie. Sans cette intégrité, l’intérêt personnel prévaudra et polluera peu à peu la société et ses chances de vivre en harmonie.

Hier soir, les deux parties du conflit (étudiants et gouvernement) se sont largement éloignées l’une de l’autre. Le gouvernement s’est montré très ferme en annonçant le dépôt d’une loi spéciale, annonce à laquelle les étudiants ont riposté ave force et colère. Il y a définitivement un désir de la part de ces derniers de faire triompher de nouvelles valeurs, ce qui est louable en soi. Mais, espérons que la fascination du «mouvement historique» qu’ils viennent de créer selon leurs dires, ne les fera pas tomber dans l’attraction d’exercer un pouvoir abusif.

Les droits d’une personne ou d’un groupe doivent être respectés conformément aux principes de la Charte des droits et des libertés, en autant qu’ils ne nuisent pas au bien-être de l’ensemble.

Divers thèmes à venir

  • l’empathie, la sympathie, la cruauté, la gratitude
  • l’intérêt d’étudier les comportements des grands singes
  • les prophètes, les visionnaires, les saints, mystiques et poètes, les génies
  • le teste du cadre
  • le cerveau et l’intelligence du cœur
  • l’âme : mythe ou substance réelle?
  • la conscience, l’évolution

Carolle Anne Dessureault

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

10 pensées sur “Le pouvoir et la hiérarchie chez les primates (4)

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    17 mai 2012 à 1 01 05 05055
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    J’ai toujours pensé que notre animalité était notre ressort et notre handicap. Malheureusement, les faits me donnent raison.

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    17 mai 2012 à 16 04 22 05225
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    Merci pour ces articles intéressants.

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    17 mai 2012 à 23 11 38 05385
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    @ Abeilles
    Je ne sais si c’est précisément cette année qu’un bouleversement grave surviendra, bien que suffisamment de bouleversements graves deviennent chose courante maintenant, mais une chose est sûre: la connerie humaine s’accélère à un rythme tel qu’on aurait envie de mettre le tout sur pause.

    J’avais vécu cette analogie un jour dans la cour arrière d’une université alors qu’un joli écureuil s’amusait au sol, inconscient du fait qu’il détonnait dans son propre univers puisque de cette nature qui de tout temps avait été sa maison, il ne restait que quelques arbustes à peine moins humains que les gens qui couraient dans tous les sens et ne remarquaient ni sa présence, ni l’incroyable paradoxe d’être dans l’espace-temps d’un univers dont les règles de jeu étaient faussées. Ainsi tournait inlassablement, de plus en plus vite et sans apparente cohésion un monde mué par un mécanisme dissonant qui vivait à l’ombre de lui-même, possédant la nature mais ayant perdu la faculté de la voir. Il semble qu’à cet instant précis, il aurait suffi d’une ondée pour que la Vie se réapproprie sa place.

    Il appert que plus le tumulte est grand, plus il a l’effet d’installer un monde parallèle où la survie se réfugie en recréant ses règles de liberté. Il semble qu’à plusieurs égards nous en soyons là.

    Contre toute attente nous pouvons tout de même jouer de la vie à défaut d’en jouir, refusant de céder nos droits, imposant notre liberté, le tumulte n’ayant d’emprise que sur ce qu’il séduit. S’il grandissait tant qu’il faille suffoquer, quelqu’un d’intelligent appuiera sur pause. Il existe heureusement une loi qui soit au-dessus des hommes. L’immuable loi de la vie.

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    17 mai 2012 à 23 11 53 05535
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    Désolée. Je devais poster dans Le vote Le Pen. Je m’en excuse.

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    17 mai 2012 à 23 11 57 05575
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    @Elyan

    Cette loi de la vie n’est pas au-dessus des hommes. Nous sommes la vie et cette loi est en nous. Nous l’avons oublié. Tout ce qu’il nous reste à faire est de se souvenir de qui nous sommes vraiment. Nous y arrivons car comme vous dites tout se bouscule à un rythme si effarant que même personne ne pourra appuyer sur pause. Les choses doivent arriver et personne, je dis bien personne, ne pourra arrêter cette évolution. Dans ce cas-là, vaut mieux aller avec au lieu de résister.

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    20 mai 2012 à 13 01 53 05535
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    Monsieur Richard Sauvé , vous dites :<>. === Désolé , mais vous avez tort. Tout se bouscule à un rithme effarent , d’accord , mais vous oubliez sûrement les »HUMAINS » , qui habitent le  »BOUT des RANGS et ceux qui possèdent le bout des  »CUL-DE-SACS » . === Nous on se pose les vraie questions , tsé , quand cela fait 40 ans que tu te fais chier sur la tête par les  »ÉLUS »………
    Jean-Marie De Serre.

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    20 mai 2012 à 14 02 11 05115
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    Monsieur Richard Sauvé , il y a déjà plusieurs personne qui ont déjà appuyé sur pause. iMilliard 2 milliards peut-être plus , je ne sais pas , mais ils l’ont fait.

    L’ÉVOLUTION , est aussi contrainte et j’en parle depuis 10 ans déjà sur le Web , les micoplasme etc………….

    Je n’irai jamais avec ce qui se passe le 20/05/2012. , je  »RÉSISTE » === Vous voulez savoir pourquoi ? Presque tout est déjà sur le Web , pour le reste payez-moi une journaliste d’enquêtes qui a de l’expérience……………….
    Jean-Marie De Serre.

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