Encadrer ou non la prostitution ?

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CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Voici un sujet où les avis sont partagés : celui de l’encadrement de la prostitution.

J’ai pensé vous présenter quelques témoignages de femmes qui sont ou furent escortes ou prostituées, et leur opinion sur le sujet. Certaines retirent de leur métier une gratification et s’en disent satisfaites alors que d’autres parlent de la destruction de leur estime personnelle et souhaitent une lutte contre cette façon de gagner sa vie.

D’une façon générale, l’argent est souvent la première raison pour se prostituer sauf pour les jeunes filles ou femmes victimes de proxénètes et de viols, ainsi que d’un environnement familial difficile.

Témoignage de Emmanuelle, escorte (Ici-radio-canada.ca, juin 2014)
(texte inspiré de l’article de Ici-radio-canada)
Emmanuelle est son nom fictif. Elle aime ce qu’elle fait. Escorte depuis treize ans, elle a accepté de parler de son métier et surtout de ce qu’elle pense du projet de loi entourant la prostitution. « Il y a des endroits où les gens sont obligés de se prostituer, mais beaucoup d’autres font ce métier parce qu’ils sont à l’aise de le faire. » Travaillant pour une agence de placement, elle ne rencontre ni proxénète ni ne prend de la drogue.

Pourquoi faire ce métier ? Tout d’abord, pour l’argent. Et aussi pour le bien qu’elle ait, car ajoute-t-elle : « Ce n’est pas que sexuel : les clients ont besoin de combler un vide. »

Ses clients proviennent de toutes les sphères de la société, du milieu de la construction à la médecine. Pour la plupart, ce sont des hommes qui veulent combler des besoins auxquels leur femme ne répond pas. « Des gens tout à fait normaux », résume Emmanuelle qui peut donc se permettre de choisir ses clients. Elle affirme n’avoir jamais rencontré de client violent. Néanmoins, elle reconnaît que certaines prostituées « sont prises dans la misère ; des proxénètes profitent de leur travail », ce qui n’est pas le cas dans son agence de placement.

Son revenu annuel s’élève autour 20 000 $ et est un ajout au salaire que lui procure son autre profession.

Parlons maintenant un peu du projet de loi sur la prostitution déposé le 4 juin 2014 par le gouvernement Harper pour encadrer la prostitution au Canada, visant à surtout les clients et les proxénètes qui vendent et profitent de la prostitution. Le projet de loi, baptisé Loi sur la protection des collectivités et des personnes exploitées, mettrait un accent particulier sur les amendes pour ceux qui achètent des services sexuels dans les lieux publics.

Voici l’opinion d’Emmanuelle: « Je ne suis pas d’accord que les clients fassent les frais parce que nos clients normaux – des hommes mariés qui viennent nous voir à l’insu de leur femme – cesseront de venir. Il ne nous restera donc que ceux qui sont en marge. » Cette situation, croit-elle, pourrait compromettre sa sécurité. La jeune femme serait plutôt en faveur d’une décriminalisation totale de la prostitution au Canada et ne croit pas du tout que le métier en serait banalisé. Au contraire, les femmes et les hommes qui le pratiquent pourraient obtenir un meilleur soutien. C’est son plus grand souhait : que la profession et ceux qui la pratiquent soient mieux encadrés.

Témoignage de Marie, ex-prostituée (Huffington Post, mars 2016 – par Delphine Jung)
Pendant quinze ans, Marie a vendu son corps à des jeunes comme à des vieux ; à des hommes mariés ; à des hommes violents. Puis, un jour, elle s’est dit qu’elle  valait plus et a lutté pour se sortir du milieu.

Maintenant âgée de 56 ans, elle vit dans un appartement à Montréal et a raconté qu’elle a débuté la prostitution à l’âge de quinze ans après avoir fui des parents adoptifs incestueux. Elle a bien tenté au début de se trouver un emploi à Québec mais chaque fois les patrons l’agressaient. Elle conclut que : « plus tu es jeune et prête à aller loin, mieux tu es payée »

Elle intègre un réseau de prostitution criminel à Montréal. Dans le centre-sud, sur Sainte-Catherine, dans des petits motels rue Saint-Hubert, sur l’île des Sœurs, elle se vend. Pour tenir le coup, elle prend de l’acide, de la cocaïne et même de l’héroïne. « C’est un cercle vicieux, raconte-t-elle, pour te donner de la force, tu te drogues. Mais pour payer ta dope, tu dois te prostituer. »

Rarement, elle utilisait des préservatifs, mais elle prenait la pilule anticonceptionnelle. Malgré cette précaution, elle est tombée enceinte à deux reprises. Elle les a perdus tous les deux.

Souvent, elle entre dans l’intimité des hommes qui sollicitent ses faveurs et ils lui parlent de leur vie, de leur femme et de leurs enfants. Il y a même des policiers qui ont profité de ses services. Elle dit que « pour une pipe, tu gardais ton casier vierge. »

Les pires étaient les clients qui ne se lavaient pas. Pires que ceux qui avaient une appétence pour le « sexe violent » ; à Montréal, l’un de ses clients réguliers, adepte du sadomasochisme, lui casse un jour le bras et une dent. On la transporte  à l’hôpital.

Un jour, Marie se dit que ça ne pouvait plus durer et qu’on allait finir par la tuer. Au fil «du temps, elle trouve un emploi de jour. S’inscrit à l’université et délaisse un peu ses activités.

C’est la peur qui la pousse à s’extirper de l’industrie du sexe, mais la peur des représailles aussi. Aussi, elle va changer son image. « J’ai décidé de me raser les cheveux, j’ai grossi volontairement pour être méconnaissable et j’ai réutilisé mon vrai prénom que mes clients ne connaissaient pas. »

Elle a travaillé fort pour terminer ses études.

Aujourd’hui, Marie travaille à la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) de Montréal et termine un doctorat en sémiologie musicale. Les cicatrices de son passé, elle les portera toujours, et il est encore très difficile pour elle d’avoir une sexualité normale : « Dès qu’on est un peu brusque avec moi, qu’on se comporte comme l’un des hommes que j’ai pu côtoyer, ça me refroidit immédiatement. »

Marie a un discours abolitionniste sur la prostitution. « Les femmes qui se prostituent valent autre chose, elles valent mieux que ça. Ce n’est pas un choix qui les a amenées ici, c’est un chemin. On leur doit mieux que ça. »

Témoignage de Gwyneth, escorte de plus de 10 000 hommes (aufildespages.ca/escorte-10000-hommes) + Journal de Montréal (par Laurie Bergeron) 2014
Gwyneth Montenegro, une Australienne de trente-six ans,  disait à ses parents qu’elle était mannequin, mais elle occupait un  «poste» d’escorte de luxe, payée 2 000 $ la nuit par des hommes mariés pour la plupart d’entre eux.

Gwyneth raconte son histoire dans le livre qu’elle a écrit et qui s’intitule : 10,000 Men and Counting. Pour survivre, raconte-t-elle, elle tenait un journal, pas seulement pour écrire son histoire mais aussi celle des  10 091 hommes différents avec lesquels elle a eu des relations sexuelles pendant ses douze années de prostitution.

Il y a trois ans, la jeune femme a changé de métier et est devenue pilote d’avion commercial !  La journaliste Laurie Bergeron du Journal de Montréal a pu trouver son livre sur Amazon à un prix, semble-t-il, exorbitant. Elle a lu les quelques extraits offerts gratuitement sur le site.

Gwyneth aurait eu une enfance heureuse, a été aimée par ses parents et particulièrement par son père. Malheureusement, elle souffrait d’intimidation à l’école, jusqu’au jour où elle en a eu assez.

L’élément déclencheur qui l’a poussée dans l’industrie du sexe ? À l’âge de dix-huit ans, elle est victime d’un viol collectif à la sortie du boîte de nuit. Par la suite, sans estime personnelle, elle commence à danser nue. « J’étais complètement ivre et je me suis fait 1 000 $ la première soirée. J’ai trouvé ça merveilleux et je pensais que j’étais faite pour ça.» À vingt-un ans, elle devient une escorte «de luxe».

Durant ses douze années de carrière, elle a couché avec 10 091 hommes. Avec le temps, elle devient accro au style de vie impliquant la cocaïne et du champagne. Certaine d’avoir sauvé le mariage de plusieurs clients, elle affirme que ces hommes aimaient leur femme, mais satisfaisaient leurs besoins avec elle. « Ce n’est pas Pretty Woman, les hommes ne laissent pas leur femme pour une escorte. »

Toujours célibataire, elle n’est pas pressée de rencontrer quelqu’un. « Peut-être quand j’aurai 40 ans. J’ai appris qu’il faut vivre un jour à la fois durant mes années comme escorte. C’est la vie. »

Témoignage de Jenny (non fictif) février 2015 (affairesdegars.com – mars 2015, par Vice)
Selon un nouveau sondage britannique, une étudiante sur vingt se ferait engager par l’industrie du sexe pour payer ses études. L’une de ces étudiantes britanniques s’est confiée l’an dernier à la BBC.

Jenny (non fictif) est âgée de 22 ans et est dans l’industrie du sexe depuis déjà quelques années. Acceptant des rapports sexuels avec un inconnu à l’âge de dix-huit ans, elle se fait payer pour la première fois. Cela se passait dans une voiture.

 

Même si elle n’a jamais craint pour sa vie en accumulant les clients, parfois elle a peur et elle avoue être toujours sur ses gardes. Elle ne fait tout simplement pas confiance aux hommes.

Lorsqu’on lui demande pourquoi elle a accepté ce métier, elle répond : « J’ai juste pensé que je n’avais rien à perdre et je ne trouvais pas ce que je faisais dégradant. » Et surtout, son loyer coûtait très cher et, fière et orgueilleuse, elle ne voulait pas demander de l’argent à ses parents.

Jenny s’inscrit sur un site Internet dédié aux escortes. Elle raconte que chaque client est noté par les autres escortes. Si jamais l’un des clients n’a pas reçu d’évaluation, elle refuse de le voir. Il lui arrive de rencontrer des hommes louches ; dans ces situations, elle se tient sur ses gardes et termine ses activités le plus vite possible. Cependant, la majorité du temps, elle se sent en sécurité. « Les hommes hommes sont généralement plus gros et forts que moi. Je ne crois pas qu’ils vont me forcer à faire des choses que je ne veux pas, ni qu’ils vont me violer. »

Avec combien d’hommes a-t-elle couché ? Elle a perdu le compte au fil du temps. Selon ses dernières estimations, le chiffre se situerait entre 300 et 1 000 !

Afin de ne pas attraper de maladies transmissibles sexuellement, elle utilise un préservatif et passe des tests tous les trois mois.

Sa plus grande motivation est l’argent. « Dans ce métier, tu peux

Depuis le début de sa carrière, elle ne sait plus exactement avec combien d’hommes elle a couché. Elle a perdu le compte, tellement, en fait, qu’elle ignore le nombre exact de clients qu’elle a eu! Selon ses dernières estimations, ça se situerait entre 300 et 1 000.

Elle assure qu’elle prend les dispositions nécessaires pour ne pas attraper de maladies transmissibles sexuellement. Elle refuse, par exemple, de coucher avec quelqu’un sans utiliser de préservatif, et ce, même s’il lui offre de l’argent supplémentaire. De plus, tous les trois mois, elle passe des tests.

Même si elle a couché avec un grand nombre d’hommes, sa plus grande motivation reste l’argent : « Tu peux gagner beaucoup d’argent rapidement. Je pense que quelques filles voient ça comme une option facile. »

 

Sources :

aufildespages.ca/escorte-10000-hommes

ici.radio-canada.ca/regions/

affairesdegars.com

Huffington Post (par Delphine Jung) mars 2016

journaldemontreal.com

 

 

 

 

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

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