Le rayonnement de Saint-Vincent de Paul

La Société de Saint-Vincent-de-Paul est présente dans 142 pays! Grâce à l’effort de plus de 700 000 bénévoles, chaque année, environ 17 000 000 de personnes bénéficient de l’aide de la Société.

L’objectif de la Société est d’aider les pauvres afin de soulager leurs souffrances et de promouvoir leur dignité et leur intégrité humaines. Ce n’est pas tout. En plus de venir en aide aux plus démunis de nos sociétés, les bénévoles participent à l’aide humanitaire lors de catastrophes naturelles, telles que le Tsunami en 2004 ou lors de tremblements de terre, ou bien, en situations de guerre comme la récente crise du Proche-Orient. La Société donne quelques 49 000 conférences dans le monde entier  chaque année.

À Montréal même, 528 000 personnes vivent sous le seuil de la pauvreté, un montréalais sur 3! Fondée ici depuis 160 ans, la Société Saint-Vincent-de-Paul offre de nombreux services et activités grâce à la générosité de plus de 150 000 bénévoles. L’aide offerte est diverse : bons alimentaires; boutique de vêtements à prix modique; magasin de meubles usagés à très bas prix; service d’accompagnement; réinsertion sociale; aide directe aux personnes suite à une visite à domicile ou une rencontre personnalisée au bureau; opération Bonne Mine, un programme pour aider les enfants de milieu défavorisé; participation au dîner de Noël à l’Accueil Bonneau; journée mondiale du refus de la misère, et bien d’autres représentations.

Connaissez-vous la vie de Vincent de Paul? (1581-1660)

Laissez-moi vous la raconter.

Nous sommes en France au début du XVIIe siècle, en Gascogne, dans une famille d’agriculteurs de la petite noblesse et après avoir montré un grand intérêt pour les études en général, et celles de la prêtrise, Vincent de Paul est ordonné prêtre en 1600 et envoyé dans les paroisses les plus reculées et les plus pauvres. Grâce à ses manières bienveillantes, et à son rayonnement, il se hissera parmi les plus grands du pays et fera partie du conseil de conscience de la reine Marguerite de Valois (la reine Margot).

En 1618, le ministre du Roi le convoque et lui confie le poste d’Aumônier général des galères. Vincent de Paul refuse poliment. On lui fait comprendre qu’il n’a pas le choix. Non seulement c’est un honneur qu’on l’ait choisi, mais c’est un ordre. On ne dit pas non au Roi.

Bien à contrecoeur, il accepte cette nomination. Un jour, assis sur le pont avant du vaisseau du Roi – un bâtiment de guerre et de commerce – à côté des dignitaires, le vaisseau file majestueusement sur le fleuve. Plus loin, en contrebas, on aperçoit les esclaves crasseux et maigres, enchaînés au bâtiment dans la cale qui, sous le manque d’air, transpirent, crachent et rament avec effort sous les coups des fouets des bourreaux.

Clac! Clac! Clac! crient les fouets.

L’aumônier Vincent de Paul est raide sur sa chaise. Avec un air désolé, il observe le spectacle des galériens fouettés sans merci.

À ses côtés, s’avance pompeusement l’amiral dans son beau costume élégant, brillant de médailles d’or sur sa poitrine, près du cœur. Le torse bombé, les pieds bien campés sur le sol, il dit de sa belle voix onctueuse de mondain :

– Ce que vous voyez là, monsieur l’Aumônier, tous ces coups de fouet qui pleuvent sur ces … hommes de rien … n’est pas aussi cruel que vous le pensez.

L’abbé se tait. Ses yeux illuminés de l’intérieur se concentrent sur la scène. Son corps exprime humilité et respect.

D’autres coups de fouet s’acharnent sur les hommes. On les entend geindre, haleter.

– Je vous le dis, monsieur l’abbé, insiste l’autre, ces coups effleurent à peine leur chair. Ils ne sentent même plus la douleur, tant ils sont habitués. Le cerveau s’habitue à la douleur, ne le saviez-vous pas? Ces coups les aident même, ils stimulent leur sang. Si on ne les fouettait pas, ils imploreraient qu’on le fasse.

Médusé, Vincent de Paul ne répond toujours pas. Ces coups qui déchirent la chair des esclaves meurtrissent sa vision d’amour et le rendent malade de dégoût.

Il aperçoit un galérien qui, épuisé, est sur le point de s’effondrer. Sans hésiter, il se lève, court vers l’homme, le pousse gentiment afin de prendre place à ses côtés. De toutes ses forces, il rame, de ses bras maigres et non entraînés. Il pousse les lourdes pièces de bois sous la clameur des esclaves couverts de suer et de sang. L’amiral et ses aides regardent les yeux agrandis l’abbé faire ce geste déplacé.

Après cette scène, Vincent de Paul se démet de ses fonctions. Il va se retirer du monde. Sa position est sans appel.

– Je ne veux pas, dit-il d’une voix grave, participer à ce monde de pouvoir et de domination.

L’État lui retire tout ce qu’il possède, ses terres, la maison familiale. Il ira rejoindre les pauvres et les humbles. Pour mieux les comprendre, il va vivre comme eux, descendant toujours plus bas jusqu’à dormir dans les auberges et les maisons les plus crasseuses. Il découvre que la pauvreté engendre la déchéance, l’alcoolisme, la misère, la violence. La haine. Et il dira : «Être pauvre est une grande calamité».

 Cet homme fondera au cours de sa vie plusieurs mouvements pour accueillir les pauvres et les nourrir. Le premier se nomme LES LAZARISTES. À un ami prêtre venu le rejoindre dans sa mission, il dira :

– Nous avons tort de parler aux pauvres de leur âme. C’est de pain qu’ils ont faim. Après seulement, on peut parler de sauver leur âme.

Par la suite, il fondera LES FILLES DE LA CHARITÉ, aidé de madame Louise de Mérillac, une femme du monde. Celle-ci avait l’habitude de s’arrêter dans son abri et de lui parler. Un jour, elle le découvrit en train de laver lui-même les linges souillés et les torchons des malades et de tous ceux qu’il hébergeait – car il n’avait pas les moyens de payer une servante pour le faire. Madame de Mérillac décida de l’aider, retroussa ses manches, et les semaines suivantes, amena quelques-unes de ses amies du grand monde qui finalement prirent plaisir, une fois par semaine à jouer à la servante. Elles se firent même faire un joli costume de soubrette.

Avec le temps, de véritables servantes se joignirent à plein temps à l’œuvre de Vincent de Paul. Un jour, l’une d’elles qui arrivait de la campagne pour lui offrir ses services lui confia :

– Tant qu’à être la servante de mes maîtres, je préfère être la servante des pauvres de Dieu.

Pendant plus de quarante ans, Vincent de Paul se consacre aux démunis. Non seulement pour les accueillir, les soigner et leur donner à manger, mais surtout pour les aimer, ces mal-aimés dont plus personne ne voulait. Il savait que ces pauvres gens souffraient d’être pauvres et qu’ils aspiraient à être traités en personnes de valeur.

L’abbé Vincent de Paul avait l’habitude de dire :

– Les pauvres transportent leur pauvreté comme un vêtement impitoyable. Ces haillons qu’ils portent, ces maladies, ces misères, ces endroits où ils habitent avec les rats sont pitoyables … ce sont des hommes, il faut les faire rire aussi. Surtout les aimer, un défi pour le cœur.

À la fin de sa vie, sentant sa dernière heure venue, il fit venir la jeune servante Jeanne nouvellement arrivée.

– Ma chère Jeanne, tu es nouvelle dans le service. Je te sens bonne. Rappelle-toi toujours que ce n’est pas tout de donner le pain aux pauvres, car cela les riches peuvent le faire. Tu es la petite servante des pauvres, la fille de la charité, toujours souriante et de bonne humeur. Ils sont tes maîtres, le sais-tu, des maîtres terribles et exigeants?

Devant l’air ahuri de la jeune servante, il précisa sa pensée.

– Plus ils seront laids et sales, plus ils seront injustes et grossiers, plus tu devras leur donner ton amour. Car ce n’est que pour ton amour – pour ton amour seul – que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes.

L’intégrité de Saint-Vincent-de-Paul

Cet homme nous apporte un modèle d’intégrité et de don de soi sans illusion et sans attente.

La véritable intégrité est de garder une chose intacte, dans le sens d’incorruptible. Saint-Vincent-de-Paul était un être pur dans ce sens.

Il disait aussi : «Si aujourd’hui vous n’êtes pas meilleur qu’hier, c’est que vous êtes pire!

Il nous a montré par son implication personnelle que la société avait aussi sa part de responsabilité dans son comportement envers les plus démunis.

Carolle Anne Dessureault

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

5 pensées sur “Le rayonnement de Saint-Vincent de Paul

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    1 mars 2012 à 6 06 09 03093
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    Dieu merci! Il a toujours existé de ces Modèles d’hommes et de femmes qui grâce à leur rayonnement d’Amour inconditionnel, ont entretenu la flamme de la compassion, de la fraternité et de l’espoir dans le coeur des générations. Ils ont ainsi contribué « à garder allumé le flambeau » du véritable sens de la destiné humaine. Le Maître Jésus nous l’a rappelé par ces mots: « Soyez parfait comme votre Père Céleste ». C’est un long et difficile chemin que nous devons tous parcourir afin de découvrir nos origines: NOUS SOMMES DES ENFANTS DE L’AMOUR DIVIN, FRÈRES ET SOEURS, ISSUS D’UN MÊME PÈRE ET D’UNE MÊME MÈRE CÉLESTES. N’est-ce pas magnifique?

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    1 mars 2012 à 8 08 59 03593
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    Non ce n’est pas magnifique du tout.

    Ce n’est pas magnifique qu’un homme affirme que le fouet n’est pas sentis sur le dos d’un galérien! Ce n’est pas magnifique qu’un autre homme soit obligé volontairement de prendre sa place sur le ban de la galère. Ce n’est pas magnifique qu’un homme n’ait pas le choix sur l’emploie qu’il fait de sa vie. Ce n’est pas magnifique qu’aujourd’hui, la situation réelle de l’individu n’a pas changé depuis le XVIIe siècle et même depuis bien avant. Ce n’est pas magnifique que notre système sociétal repose sur la nécessité qu’un enfant meure de faim pour garder son pouvoir. Ce n’est pas magnifique de dire « Il y aura toujours des pauvres parmi vous! ».

    Ce qui serait magnifique serait d’oublier cette peur de la pauvreté personnelle pour prendre la décision de tout laisser tomber » au seul profit de se consacrer à « l’entraide à chacun » sans aucune restriction causée par l’inquiétude sur son propre bien-être. Ce serait magnifique de se lever et hurler son désaccord sur la « mort » d’êtres humain causée par la faim. Ce serait magnifique de se lever contre l’assassinat systématique d’hommes de femmes et d’enfants pour supposément défendre leurs intérêts et leur liberté. Ce serait magnifique si les parents des aînés se rassemblaient et se rendaient tous ensemble à la résidence où vivent leur père et mère pour s’occuper eux-mêmes des besoins de leurs parents sans attendre la ministre, la sous-ministre ou le directeur de l’établissement. Ce ne sont pas des « foutus aînés » ce sont « NOS PÈRES ET NOS MÈRES ».

    Ça, ce serait MAGNIFIQUE!!!!

    Il n’y a rien de magnifique à ce que je vois présentement autour de moi.

    Amicalement

    Élie l’Artiste

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    1 mars 2012 à 13 01 53 03533
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    @Élie l’Artiste,

    Vous dites «IL N’Y A RIEN DE MAGNIFIQUE À CE QUE JE VOIS PRÉSENTEMENT AUTOUR DE MOI».

    Moi je vois du magnifique dans vos propos. Plus il y aura de personnes qui penseront de cette façon, et plus, les changements s’opéreront sur une base plus solide et humaine.

    Ce qu’il nous est difficile d’accepter, c’est que toutes ces belles intentions d’entraide demandent du temps et du courage.

    Carolle Anne Dessureault

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    1 mars 2012 à 14 02 03 03033
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    @Estelle,

    C’est vrai. C’est bon pour le coeur de savoir qu’il y a eu au cours des siècles précédents – dans des époques obscures semblables à celle que nous traversons présentement – des personnes qui ont gardé leur lumière et qui ne se sont pas vendus au pouvoir, mais ont plutôt partagé et donné.

    Des gens courageux. Qui ont gardé le flambeau. À notre tour, par nos convictions, de garder ce flambeau allumé!

    Une belle journée lumineuse.

    Carolle Anne Dessureault

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    1 mars 2012 à 14 02 46 03463
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    Oui! c’est magnifique de voir des gens s’entraider et fraterniser partout autour de nous et dans tous les domaines et c’est grâce à l’exemple de ceux que l’Amour habite à un degré tel qu’ils peuvent prendre la souffrance des autres sur leur dos comme l’a fait St-Vincent-de-Paul et comme le font beaucoup de gens inconnus qui mettent leur vie au service des plus démunis. L’Amour est la plus grande force de l’Univers et elle est un puissant transformateur d’humanité. Ça prend beaucoup d’humilité et de courage pour aimer au point de s’oublier pour l’autre. A mon avis seul Dieu peut aimer de cette façon à travers l’humain.

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