Le Timée de Platon

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ANDRÉ LEFEBVRE:

Le texte est, évidemment, un dialogue puisque Platon présente toujours la pensée de Socrate dans des dialogues. Les personnages du dialogue sont Socrate (qui est Grec), Timée (qui est Italien), Hermocrate (Italien) et Critias (Grec). (Pour lire le dialogue au complet aller à) :

http://ugo.bratelli.free.fr/Platon/Platon-Timee.htm

Au début du dialogue, Socrate « présente » ses interlocuteurs présents avec qui il avait discuté la veille :

« …Reste l’espèce des gens comme vous, qui, par leur naturel et leur éducation, tiennent à la fois du philosophe et du politique. Notre ami Timée, par exemple, qui est citoyen de la ville si bien policée de Locres en Italie, et qui dans son pays ne le cède à personne ni pour la fortune ni pour la naissance, a exercé les plus grandes charges et joui des plus grands honneurs dans sa patrie, et il s’est élevé de même au faîte de la philosophie dans toutes ses branches. Quant à Critias, nous savons tous ici qu’il n’est étranger à rien de ce qui nous occupe. Pour Hermocrate, de nombreux témoignages nous forcent à croire qu’il est, de par son naturel et son éducation, à la hauteur de toutes ces questions. C’est en pensant à vos talents qu’hier, quand vous m’avez prié de vous exposer mes vues sur l’État, j’y ai consenti de grand coeur. Je savais que personne ne serait plus capable que vous autres, si vous le vouliez, de poursuivre un pareil propos. Car après avoir engagé la cité dans une guerre honorable, il n’y a que vous parmi les hommes de notre temps qui puissiez achever de lui donner tout ce qui lui convient. Maintenant que j’ai traité la question dont vous m’aviez chargé, je vous prie à mon tour de traiter celle que je vous propose à présent. Après vous être concertés entre vous, vous êtes convenus d’un commun accord de reconnaître mon hospitalité en me rendant discours pour discours. J’ai fait toilette pour recevoir la vôtre et vous m’y voyez tout disposé.

HERMOCRATE

Sois sûr, Socrate, que, comme l’a dit notre ami Timée, nous y mettrons tout notre empressement et que nous n’alléguerons aucun prétexte pour te refuser. Dès hier même, en sortant d’ici, pour gagner la chambre où nous logeons chez Critias, nous avons, à peine arrivés, et même avant, tout le long de la route, réfléchi à ce que tu demandes. Critias nous a fait alors un récit reposant sur une ancienne tradition. Redis-le-lui, Critias, pour qu’il nous aide à juger si elle répond ou non à ce qu’il requiert de nous.

CRITIAS

Écoute donc, Socrate, une histoire à la vérité fort étrange, mais exactement vraie, comme l’a jadis affirmé Solon, le plus sage des sept sages. Il était parent et grand ami de Dropidès, mon bisaïeul, comme il le dit lui-même en maint endroit de ses poésies. Or il raconta à Critias, mon grand-père, comme ce vieillard me le redit à son tour, que notre ville avait autrefois accompli de grands et admirables exploits, effacés aujourd’hui par le temps et les destructions d’hommes. Mais il en est un qui les surpasse tous, et qu’il convient de rappeler aujourd’hui, à la fois pour te payer de retour et pour rendre à la déesse, à l’occasion de cette fête, un juste et véritable hommage, comme si nous chantions un hymne à sa louange.

SOCRATE

C’est bien dit. Mais quel est donc cet antique exploit dont on ne parle plus, mais qui fut réellement accompli par notre ville, et que Critias a rapporté sur la foi de Solon ?

Solon est né à Athènes vers 640 av J.C. Il est décédé sur l’île d Chypre vers 558 av J.C. Il aurait instauré la démocratie et est membre des sept sages de la Grèce antique. Il fut responsable de l’accroissement considérable  de la classe populaire dans la politique. C’est un homme qui voyage beaucoup. Devenu archonte pour l’année -594-593, il abolit la condamnation de l’esclavage pour dette et affranchit ceux qui en étaient frappés. Il réduisit les dettes privées et publiques. Il mit en place le « tribunal du peuple » et étendit le droit de défense et d’accusation à tous les citoyens. Il est à souligner que Solon était un législateur vénéré de Platon et d’Aristote. Il serait surprenant que Platon lui mette dans la bouche des élucubrations.  D’après Hérodote, il aurait voyagé en Lybie et en Égypte. C’est de là que nous vient ce que Critias va nous raconter.

Un appui à la thèse que Solon se rendit en Égypte est une lettre de Thalès de Milet à Phérécyde          au sujet d’un traité sur les dieux. Phérécyde aurait appris la théologie en Égypte. Thales lui conseille de ne pas le rendre public avant qu’il le rencontre, lui et Solon :

« J’apprends que vous vous disposez à présenter aux Grecs le premier traité ionien des choses divines. Vous agiriez peut-être plus sagement en lisant votre ouvrage à vos amis, qu’en communiquant à n’importe quelles gens des écrits qui ne peuvent guère leur être utiles. 

« Si cela vous plaît, j’aimerais profiter de vos recherches et, si vous m’y invitez, je viendrai vous trouver au plus tôt. Car Solon d’Athènes et moi, qui avons déjà traversé deux fois la mer pour aller visiter la Crète, et pour aller en Égypte nous entretenir avec les prêtres et les astronomes du lieu, nous sommes assez sages pour ne pas hésiter à la traverser de nouveau pour aller vous voir. 

« Je parle de Solon, parce qu’il viendra avec moi si vous le permettez. Vous êtes un sédentaire, vous allez rarement en Ionie, vous n’aimez guère aller voir les étrangers, et vous ne songez, j’imagine, qu’à écrire.

« Mais nous qui n’écrivons pas, nous parcourons volontiers la Grèce et l’Italie. »  

La question est pourquoi lui conseiller de ne pas publier avant qu’ils en discutent face à face? Thales de Milet croyait-il que cette « connaissance » devaient rester cachée? Est-ce là le début des « écoles de mystères »?  Mais cette question ne s’est pas posée puisque Phérécyde, lorsqu’il reçu la lettre de Thales, était malade et décéde un peu plus tard. Il eut, cependant, le temps de répondre à Thales pour lui dire qu’il lui envoyait ses écrits et que celui-ci pouvait décider de la publication selon son choix. Seuls quelques fragments nous sont parvenus. Son écrit intitulé :l’Heptamychia ne donnent aucun éclairage sur la théologie égyptienne ou le récit de Solon. On peut donc concevoir que l’écrit de Phérécyde dont parle Thales ne fut pas publié ou qu’il est bien l’Heptamychia qui n’aborde pas la version de Solon.

 

CRITIAS

Je vais redire cette vieille histoire, comme je l’ai entendu raconter par un homme qui n’était pas jeune. Car Critias (le grand-père de celui qui parle) était alors, à ce qu’il disait, près de ses quatre-vingt-dix ans, et moi j’en avais dix tout au plus. C’était justement le jour de Couréotis pendant les Apaturies. La fête se passa comme d’habitude pour nous autres enfants. Nos pères nous proposèrent des prix de déclamation poétique. On récita beaucoup de poèmes de différents poètes, et comme ceux de Solon étaient alors dans leur nouveauté, beaucoup d’entre nous les chantèrent. Un membre de notre phratrie dit alors, soit qu’il le pensât réellement, soit qu’il voulût faire plaisir à Critias, qu’il regardait Solon non seulement comme le plus sage des hommes, mais encore, pour ses dons poétiques, comme le plus noble des poètes. Le vieillard, je m’en souviens fort bien, fut ravi de l’entendre et lui dit en souriant : « Oui, Amymandre, s’il n’avait pas fait de la poésie en passant et qu’il s’y fût adonné sérieusement, comme d’autres l’ont fait, s’il avait achevé l’ouvrage qu’il avait rapporté d’Égypte, et si les factions et les autres calamités qu’il trouva ici à son retour ne l’avaient pas contraint de la négliger complètement, à mon avis, ni Hésiode, ni Homère, ni aucun autre poète ne fût jamais devenu plus célèbre que lui. — Quel était donc cet ouvrage, Critias ? dit Amymandre. — C’était le récit de l’exploit le plus grand et qui mériterait d’être le plus renommé de tous ceux que cette ville ait jamais accomplis ; mais le temps et la mort de ses auteurs n’ont pas permis que ce récit parvînt jusqu’à nous. — Raconte-moi dès le début, reprit l’autre, ce qu’en disait Solon et comment et à qui il l’avait ouï conter comme une histoire véritable. »

« Il y a en Égypte, dit Critias, dans le Delta, à la pointe duquel le Nil se partage, un nome appelé saïtique, dont la principale ville est Saïs, patrie du roi Amasis (-571 à -526). Les habitants honorent comme fondatrice de leur ville une déesse dont le nom égyptien est Neith et le nom grec, à ce qu’ils disent, Athéna. Ils aiment beaucoup les Athéniens et prétendent avoir avec eux une certaine parenté. Son voyage l’ayant amené dans cette ville, Solon m’a raconté qu’il y fut reçu avec de grands honneurs, puis qu’ayant un jour interrogé sur les antiquités les prêtres les plus versés dans cette matière, il avait découvert que ni lui, ni aucun autre Grec n’en avait pour ainsi dire aucune connaissance. Un autre jour, voulant engager les prêtres à parler de l’antiquité, il se mit à leur raconter ce que l’on sait chez nous de plus ancien. Il leur parla de Phoroneus, qui fut, dit-on, le premier homme, et de Niobé, puis il leur conta comment Deucalion et Pyrrha survécurent au déluge ; il fit la généalogie de leurs descendants et il essaya, en distinguant les générations, de compter combien d’années s’étaient écoulées depuis ces événements.

Alors un des prêtres, qui était très vieux, lui dit : « Ah ! Solon, Solon, vous autres Grecs, vous êtes toujours des enfants, et il n’y a point de vieillard en Grèce. » A ces mots : « Que veux-tu dire par là ? demanda Solon. — Vous êtes tous jeunes d’esprit, répondit le prêtre ; car vous n’avez dans l’esprit aucune opinion ancienne fondée sur une vieille tradition et aucune science blanchie par le temps. Et en voici la raison. Il y a eu souvent et il y aura encore souvent des destructions d’hommes causées de diverses manières, les plus grandes par le feu et par l’eau, et d’autres moindres par mille autres choses. Par exemple, ce qu’on raconte aussi chez vous de Phaéton, fils du Soleil, qui, ayant un jour attelé le char de son père et ne pouvant le maintenir dans la voie paternelle, embrasa tout ce qui était sur la terre et périt lui-même frappé de la foudre, a, il est vrai, l’apparence d’une fable ; mais la vérité qui s’y recèle, c’est que les corps qui circulent dans le ciel autour de la terre (aujourd’hui, météorites) dévient de leur course et qu’une grande conflagration qui se produit à de grands intervalles détruit ce qui est sur la surface de la terre. Alors tous ceux qui habitent dans les montagnes et dans les endroits élevés et arides périssent plutôt que ceux qui habitent au bord des fleuves et de la mer. Nous autres, nous avons le Nil, notre sauveur ordinaire, qui, en pareil cas aussi, nous préserve de cette calamité par ses débordements. Quand, au contraire, les dieux submergent la terre sous les eaux pour la purifier, les habitants des montagnes, bouviers et pâtres, échappent à la mort, mais ceux qui résident dans vos villes sont emportés par les fleuves dans la mer, tandis que chez nous, ni dans ce cas, ni dans d’autres, l’eau ne dévale jamais des hauteurs dans les campagnes ; c’est le contraire, elles montent naturellement toujours d’en bas (crues du Nil). Voilà comment et pour quelles raisons on dit que c’est chez nous que se sont conservées les traditions les plus anciennes. Mais en réalité, dans tous les lieux où le froid ou la chaleur excessive ne s’y oppose pas, la race humaine subsiste toujours plus ou moins nombreuse. Aussi tout ce qui s’est fait de beau, de grand ou de remarquable sous tout autre rapport, soit chez vous, soit ici, soit dans tout autre pays dont nous ayons entendu parler, tout cela se trouve ici consigné par écrit dans nos temples depuis un temps immémorial et s’est ainsi conservé. Chez vous, au contraire, et chez les autres peuples, à peine êtes-vous pourvus de l’écriture et de tout ce qui est nécessaire aux cités que de nouveau, après l’intervalle de temps ordinaire, des torrents d’eau du ciel fondent sur vous comme une maladie et ne laissent survivre de vous que les illettrés et les ignorants, en sorte que vous vous retrouvez au point de départ comme des jeunes, ne sachant rien de ce qui s’est passé dans les temps anciens, soit ici, soit chez vous. Car ces généalogies de tes compatriotes que tu récitais tout à l’heure, Solon, ne diffèrent pas beaucoup de contes de nourrices. Tout d’abord vous ne vous souvenez que d’un seul déluge terrestre, alors qu’il y en a eu beaucoup auparavant ; ensuite vous ignorez que la plus belle et la meilleure race qu’on ait vue parmi les hommes a pris naissance dans votre pays, et que vous en descendez, toi et toute votre cité actuelle, grâce à un petit germe échappé au désastre (À remarquer que la Grèce de l’époque se rendait assez près de la Mer Noire).Vous l’ignorez, parce que les survivants, pendant beaucoup de générations, sont morts sans rien laisser par écrit. Oui, Solon, il fut un temps où, avant la plus grande des destructions opérées par les eaux (la montée des niveaux océaniques), la cité qui est aujourd’hui Athènes fut la plus vaillante à la guerre et sans comparaison la mieux policée à tous égards c’est elle qui, dit-on, accomplit les plus belles choses et inventa les plus belles institutions politiques dont nous ayons entendu parler sous le ciel. »

Solon m’a rapporté qu’en entendant cela, il fut saisi d’étonnement et pria instamment les prêtres de lui raconter exactement et de suite tout ce qui concernait ses concitoyens d’autrefois. Alors le vieux prêtre lui répondit : « Je n’ai aucune raison de te refuser, Solon, et je vais t’en faire un récit par égard pour toi et pour ta patrie, et surtout pour honorer la déesse qui protège votre cité et la nôtre et qui les a élevées et instruites, la vôtre, qu’elle a formée la première, mille ans avant la nôtre (L’Égypte n’apparaîtrait que 1000 ans après les ancêtres des Grecs???), d’un germe pris à la terre et à Héphaïstos (dieu forgeron), et la nôtre par la suite. Depuis l’établissement de la nôtre, il s’est écoulé huit mille années : c’est le chiffre que portent nos livres sacrés. C’est donc de tes concitoyens d’il y a neuf mille ans que je vais t’exposer brièvement les institutions et le plus glorieux de leurs exploits (C’est là l’époque de la cité de Gobekli Tepe découverte dernièrement en Anatolie, il y a moins de 15 ans). Nous reprendrons tout en détail et de suite, une autre fois, quand nous en aurons le loisir, avec les textes à la main. Compare d’abord leurs lois avec les nôtres. Tu verras qu’un bon nombre de nos lois actuelles ont été copiées sur celles qui étaient alors en vigueur chez vous. C’est ainsi d’abord que la classe des prêtres est séparée des autres ; de même celle des artisans, où chaque profession a son travail spécial, sans se mêler à une autre, et celle des bergers, des chasseurs, des laboureurs. Pour la classe des guerriers, tu as sans doute remarqué qu’elle est chez nous également séparée de toutes les autres ; car la loi leur interdit de s’occuper d’aucune autre chose que de la guerre. Ajoute à cela la forme des armes, boucliers et lances, dont nous nous sommes servis, avant tout autre peuple de l’Asie, en ayant appris l’usage de la déesse qui vous l’avait d’abord enseigné. Quant à la science, tu vois sans doute avec quel soin la loi s’en est occupée ici dès le commencement, ainsi que de l’ordre du monde. Partant de cette étude des choses divines, elle a découvert tous les arts utiles à la vie humaine, jusqu’à la divination et à la médecine, qui veille à notre santé, et acquis toutes les connaissances qui s’y rattachent.

C’est cette constitution même et cet ordre que la déesse avait établis chez vous d’abord, quand elle (Athéna) fonda votre ville (Athènes), ayant choisi l’endroit où vous êtes nés, parce qu’elle avait prévu que son climat heureusement tempéré y produirait des hommes de haute intelligence. Comme elle aimait à la fois la guerre et la science (Comme Inanna  la déesse sumérienne (qui deviendra Athena chez les Grecs) qui vola les ME de Enki pour créer sa propre cité évoluée qui serait celle des premiers grecs. On découvre ici une confirmation des récits sumériens chez le prêtre égyptien), elle a porté son choix sur le pays qui devait produire les hommes les plus semblables à elle-même et c’est celui-là qu’elle a peuplé d’abord. Et vous vous gouverniez par ces lois et de meilleures encore, surpassant tous les hommes dans tous les genres de mérite, comme on pouvait l’attendre de rejetons et d’élèves des dieux. Nous gardons ici par écrit beaucoup de grandes actions de votre cité qui provoquent l’admiration, mais il en est une qui les dépasse toutes en grandeur et en héroïsme. En effet, les monuments écrits disent que votre cité détruisit jadis une immense puissance qui marchait insolemment sur l’Europe et l’Asie tout entières, venant d’un autre monde situé dans l’océan Atlantique. On pouvait alors traverser cet Océan ; car il s’y trouvait une île devant ce détroit que vous appelez, dites-vous, les colonnes d’Héraclès. Cette île était plus grande que la Libye et l’Asie réunies. De cette île on pouvait alors passer dans les autres îles et de celles-ci gagner tout le continent qui s’étend en face d’elles et borde cette véritable mer. Car tout ce qui est en deçà du détroit dont nous parlons ressemble à un port dont l’entrée est étroite, tandis que ce qui est au-delà forme une véritable mer et que la terre qui l’entoure a vraiment tous les titres pour être appelée continent (Ce qui serait le continent américain). Or dans cette île Atlantide, des rois avaient formé une grande et admirable puissance, qui étendait sa domination sur l’île entière et sur beaucoup d’autres îles et quelques parties du continent (Continent américain puisqu’on enchaîne ensuite avec « en deçà » et « de notre côté »). En outre, en deçà du détroit, de notre côté, ils étaient maîtres de la Libye jusqu’à l’Égypte, et de l’Europe jusqu’à la Tyrrhénie (Les Étrusques. Selon une étude sur l’ADN de rois étrusques, ceux-ci seraient d’une élite dominante « non assimilée » à la population d’alors). Or, un jour, cette puissance, réunissant toutes ses forces, entreprit d’asservir d’un seul coup votre pays, le nôtre et tous les peuples en deçà du détroit. Ce fut alors, Solon, que la puissance de votre cité fit éclater aux yeux du monde sa valeur et sa force. Comme elle l’emportait sur toutes les autres par le courage et tous les arts de la guerre, ce fut elle qui prit le commandement des Hellènes ; mais, réduite à ses seules forces par la défection des autres et mise ainsi dans la situation la plus critique, elle vainquit les envahisseurs, éleva un trophée, préserva de l’esclavage les peuples qui n’avaient pas encore été asservis, et rendit généreusement à la liberté tous ceux qui, comme nous, habitent à l’intérieur des colonnes d’Héraclès. Mais dans le temps qui suivit, il y eut des tremblements de terre et des inondations extraordinaires, et, dans l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit néfastes, tout ce que vous aviez de combattants fut englouti d’un seul coup dans la terre, et l’île Atlantide, s’étant abîmée dans la mer, disparut de même. Voilà pourquoi, aujourd’hui encore, cette mer-là est impraticable et inexplorable, la navigation étant gênée par les bas fonds vaseux que l’île a formés en s’affaissant. »

                Ceux qui ont lu mes écrits sur les sumériens se rappelleront qu’un seul établissement de cette civilisation disparue  n’aurait pas subit cette catastrophe de la montées des niveaux océaniques et aurait survécu sur les rives de la Mer Noire jusqu’en 5,400 av J.C.

Voilà, Socrate, brièvement résumé, ce que m’a dit Critias, qui le tenait de Solon. Hier, quand tu parlais de ta république et que tu en dépeignais les citoyens, j’étais émerveillé, en me rappelant ce que je viens de dire. Je me demandais par quel merveilleux hasard tu te rencontrais si à propos sur la plupart des points avec ce que Solon en avait dit. Je n’ai pas voulu vous en parler sur le moment ; car, après si longtemps, mes souvenirs n’étaient pas assez nets. J’ai pensé qu’il fallait n’en parler qu’après les avoir tous bien ressaisis dans mon esprit. C’est pour cela que j’ai si vite accepté la tâche que tu nous as imposée hier, persuadé que, si la grande affaire, en des entretiens comme le nôtre, est de prendre un thème en rapport au dessein que l’on a, nous trouverions dans ce que je propose le thème approprié à notre plan. C’est ainsi qu’hier, comme l’a dit Hermocrate, je ne fus pas plus tôt sorti d’ici que, rappelant mes souvenirs, je les rapportai à ces messieurs, et qu’après les avoir quittés, en y songeant la nuit, j’ai à peu près tout ressaisi. Tant il est vrai, comme on dit, que ce que nous avons appris étant enfants se conserve merveilleusement dans notre mémoire ! Pour ma part, ce que j’ai entendu hier, je ne sais si je pourrais me le rappeler intégralement ; mais ce que j’ai appris il y a très longtemps, je serais bien surpris qu’il m’en fût échappé quelque chose. J’avais alors tant de plaisir, une telle joie d enfant à entendre le vieillard, et il me répondait de si bon coeur, tandis que je ne cessais de l’interroger, que son récit est resté fixé en moi, aussi indélébile qu’une peinture à l’encaustique. De plus, ce matin même, j’ai justement conté tout cela à nos amis, pour leur fournir à eux aussi des matières pour la discussion.

Et maintenant, car c’est à cela que tendait tout ce que je viens de dire, je suis prêt, Socrate, à rapporter cette histoire non pas sommairement, mais en détail, comme je l’ai entendue. Les citoyens et la cité que tu nous as représentés hier comme dans une fiction, nous allons les transférer dans la réalité ; nous supposerons ici que cette cité est Athènes et nous dirons que les citoyens que tu as imaginés sont ces ancêtres réels dont le prêtre a parlé. Entre les uns et les autres la concordance sera complète et nous ne dirons rien que de juste en affirmant qu’ils sont bien les hommes réels de cet ancien temps. Nous allons essayer tous, en nous partageant les rôles, d’accomplir aussi bien que nous le pourrons la tâche que tu nous as imposée. Reste à voir, Socrate, si ce sujet est à notre gré, ou s’il faut en chercher un autre à sa place.

SOCRATE

Et quel autre, Critias, pourrions-nous choisir de préférence à celui-là ? C’est celui qui convient le mieux, parce que c’est le mieux approprié au sacrifice qu’on offre en ce jour à la déesse, et le fait qu’il ne s’agit pas d’une fiction, mais d’une histoire vraie est d’un intérêt capital. Comment et où trouverons-nous d’autres sujets si nous rejetons celui-là ? Ce n’est pas possible. Parlez donc, et bonne chance à vos discours ! Pour moi, en échange de mes discours d’hier, j’ai droit à me reposer et à vous écouter à mon tour.

CRITIAS

Vois maintenant, Socrate, comment nous avons réglé le festin d’hospitalité que nous voulons t’offrir. Nous avons décidé que Timée, qui est le plus savant d’entre nous en astronomie et qui a fait de la nature du monde sa principale étude, serait le premier à parler, et qu’il commencerait par la formation de l’univers pour finir par la nature de l’homme. C’est moi qui prendrai la suite, et, après avoir reçu de ses mains l’humanité dont il aura décrit l’origine, et des tiennes certains hommes spécialement instruits par toi, je les ferai comparaître devant nous, comme devant des juges, et, suivant le récit et la législation de Solon, je ferai d’eux des citoyens de notre cité, les considérant comme ces Athéniens d’autrefois, dont la tradition des récits sacrés nous a révélé la disparition, et dès lors je parlerai d’eux comme étant des citoyens d’Athènes.

SOCRATE

C’est, à ce que je vois, un régal intellectuel complet et brillant que vous allez me rendre (C’est également mon avis). C’est maintenant, paraît-il, à toi, Timée, de prendre la parole, après avoir, suivant l’usage, invoqué les dieux.

Et nous voilà donc, entraînés dans une histoire abracadabrante, qui est inconcevable même si elle le fut et qui risque de nous rebeller contre des récits imaginaires inacceptables. J’espère que vous m’en excuserez, parce que mon but principal est de faire prendre conscience que les sujets actuels que nous abordons avec toute notre intelligence, sont les même sujets abordés il y a 2,500 ans. De plus la profondeur de perception, vous le verrez, est équivalente, pour éviter de dire « supérieure », à celle démontrée par une majorité de notre « élite »  sociale. Ceci permettra peut-être de nous induire à admettre que nous ne sommes pas les « plusse intelligents » que la Terre ait jamais porté.

À suivre

André Lefebvre

 

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Andre lefebvre

Mon premier livre "L'histoire de ma nation" est publier chez: http://fondationlitterairefleurdelyslibrairie.wordpress.com/ André Lefebvre

2 pensées sur “Le Timée de Platon

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    29 mai 2013 à 8 08 29 05295
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    L’éternel retour des mêmes problèmes humaines, les humains ne semblent pas apprendre de leurs erreurs et trouver des solutions durables. Qu’est-ce que la modernité sinon la puissance de la bêtise humaine multipliée par la technique et la science moderne. Nous avons des humains beaucoup plus instruits que par le passé mais il semble leur manquer quelque chose d’essentiel. Ce pourrait-il que la modernité, produit du siècle des lumières, soit en faillite? Le progrès n’est-il qu’une autre illusion tout comme les religions? Trouver les réponses satisfaisantes à ces interrogations, malgré tout le corpus de connaissances que nous possédons, n’est pas si évident.

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    29 mai 2013 à 14 02 07 05075
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    Monsieur André Lefebvre ,

    je suis d’accord avec vous que nous ne sommes peut-être les  » PLUS INTELLIGENTS  » que la terre ait jamais porté , mais Vous en aurai été un des  »CRIMES DE MEILLEURS 2013 sonon le  »MEILLEUR ». André Compte de sponceville , j’espère qu’il s’intéresse à vous lorsqu’il enseigne à sa J/sus-Christ de Tite-Clique…………….

    Je suis attentivement et hate de voir la suite,
    Jeau-Marie De Serre.

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