Le Web 2.0 devant la Justice. Est-ce la fin du Web 2.0 ?

Raymond Viger   Dossier Internet.

Il y a des blogueurs qui génèrent des billets, du contenu, des prises de position. Tous les sujets se retrouvent sur les blogues.

Il existe une blogosphère qui est la somme des blogues, tout ce qui tourne autour de ces blogues. Les lecteurs et commentateurs réguliers d’un blogue sont le lectorat et le commentariat d’un blogue.

Le blogueur, comme un média conventionnel, veut se faire connaître et être lu par un nombre de plus en plus grand d’Internautes. Il y a des sites collaboratifs et agrégateurs
d’informations en ligne. Des blogueurs vont sur ces sites et présentent différents billets qu’ils ont publiés. Le public est appelé à voter sur la qualité de ceux-ci. Les meilleurs vont monter, les moins bons vont descendre et disparaître. Les blogueurs peuvent s’y faire connaître et les meilleurs augmentent leur visibilité et leur crédibilité en récupérant de nouveaux lecteurs.

Fuzz.fr est un de ces sites. Un blogueur aurait présenté un billet qui n’a pas été apprécié par une vedette française. Celle-ci poursuit le créateur du site Fuzz.fr, Éric Dupin pour avoir laissé publier un article calomnieux.

Cela ébranle la communauté du Web 2.0 et la met en péril. Le site linkertop.com
a eu peur et a fermé l’accès à son site en attendant le prononcé de la Justice envers Fuzz.fr.

Je me questionne énormément sur cet événement qui passera devant le juge le 19 mars prochain. D’une part, qui est responsable du contenu dans un site collaboratif ? L’auteur du billet qui vient le présenter ou le site qui offre à tous les Internautes de déposer son billet ? Si on dit que c’est le site collaboratif, alors est-ce que Google, MSN, Yahoo et autres vont être tenus responsables des référencements que leurs moteurs de recherches font sur des sites qui pourraient causer préjudices à une vedette ?

Le Web 2.0 n’est pas parfait. Il y a des histoires de dérapages. Quelle sorte de précédent la Justice française va nous réserver le 19 mars ? Certains médias conventionnels font face à la Justice. Mais les revenus publicitaires leur permettent d’envisager et de prévoir les conséquences. Les revenus du Web 2.0 sont embryonnaires et souvent inexistants pour plusieurs. Va-t-on tuer le Web 2.0 en faisant peur aux blogueurs et aux sites collaboratifs ?

Lien sur un billet pour une cybermanifestation
de Reporter sans frontière.

Merci à Renart L’Éveillé pour son aide sur quelques précisions apportées à ce billet.

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4 pensées sur “Le Web 2.0 devant la Justice. Est-ce la fin du Web 2.0 ?

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    17 mars 2008 à 9 09 22 03223
    Permalink

    Bonjour Raymond

    Ne devrait-on pas séparer les effets d’une censure d’État et les effets d’une poursuite judiciaire pour prétendue diffamation ? Selon ce que j’ai pu lire de votre article, un artiste, qui se sent lésé par un propos d’un blogueur, le poursuit en justice. Je ne crois pas qu’il y ait censure pour autant. Que ce soit pour les fils de syndication ou les forums citoyens ou les fournisseurs d’accès Internet, s’il n’y a aucun contrôle contre la diffamation, personne ne sera dès lors à l’abri d’atteintes graves à sa réputation.

    J’aimerais connaître votre avis sur cette expérience qui a tourné court en France : la notation en ligne des professeurs.

    Note2be, un site Internet qui proposait aux élèves d’évaluer leurs enseignants, n’a plus le droit de mettre en ligne le nom des professeurs concernés. Ses créateurs ont fait appel de cette décision, qui devrait faire jurisprudence. Ce cas précis fait appel la justice pour en interdire une notation ad hominem pour protéger les droits des professeurs. En opposition, il y a la liberté pour le citoyen de noter ce professeur au nom d’une information publique. Droit individuel vs droit collectif.

    Je terminerai en indiquant que le lien qui se rappporte à la manifestation de Reporters sans frontières touche davantage la censure d’État (droit collectif) que des recours en justice pour diffamation (droit individuel).

    Merci d’avoir éveillé notre attention sur ce phénomène.

    Pierre R. Chantelois

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    17 mars 2008 à 9 09 47 03473
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    Maître Pierre.

    Effectivement, il y a toute une réflexion à faire sur le sujet.

    D’une part, il faut éviter les dérives judiciaires à l’américaine ou tout le monde poursuit tout le monde pour n’importe quelle raison.

    D’autre part, il faut aussi éviter l’ingérence de certains pouvoirs dans la liberté de presse, un peu Sarkozy auprès des médias en France.

    La censure de l’état et les effets des poursuites sont effectivement 2 débats différents à faire.

    Dans le cas de Fuzz.fr, je me demande pourquoi le site collaboratif est poursuivi et non pas l’auteur du billet. Un site collaboratif doit-il être plus responsable que l’auteur ou que les moteurs de recherche tel que Google.

    Si on exige à tous les sites collaboratifs de modérer tous les billets qui sont déposés chez eux, doit-on exiger la même chose pour Google ? Cela obligerait Google de mettre au rancart ses robots de recherche pour faire de l’indexation manuelle. Ce qui est impensable à mon avis.

    Je pense que nous avons une liberté de presse à protéger, tout en rendant imputable de leurs écrits les auteurs. Le cyberespace est très différent d’un média conventionnel qui peut modérer et choisir ses correspondants. Le volume des textes Internet à modérer est immense.

    Dans le cas de la cybermanifestation de Reporters sans frontière, effectivement elle ne visait pas spécifiquement le cas de Fuzz.fr. mais plus globalement la censure et l’ingérence de l’État. J’ai supposé que les Internautes, sensibilisés par l’événement de Fuzz.fr, seraient intéressé de voir ce qui se passait de ce côté-là.

    En ce qui concerne la notation des professeurs, je dois vous revenir sur ce sujet.

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    17 mars 2008 à 15 03 27 03273
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    Monsieur Asselin

    Permettez-moi de reprendre les liens que vous avez proposés. J’inviterais le lecteur à consulter d’abord votre propos, fort bien étayé, sur la question : Les leçons à tirer de l’aventure Note2be.com. Il y a en deuxième lieu l’exposé fort bien documenté de Vincent Gautrais : Regard nord-américain sur l’affaire note2be.com.

    Vous avez noté avec beaucoup de justesse, monsieur Asselin : « On saura bien assez tôt si le principe de la liberté d’expression que voudront invoquer les promoteurs du site (ou d’un autre du même genre) sera suffisamment fort pour faire un contre-poids juridique susceptible de relancer l’expérience (ou une autre du genre)  ». Monsieur Gautrais a bien cerné la problématique de ces « forums ouverts  » : « Un équilibre qui doit être fait entre plusieurs intérêts catégoriels distincts : 1) les professeurs ; 2) l’entreprise intermédiaire ; 3) l’intérêt général que l’on peut déterminer ici sous l’appellation des « élèves » mais qui peut même être plus large. un équilibre qui doit être proposé, conformément à l’image de la balance représentant la Justice  ».

    Pierre R. Chantelois

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