L’échec du sommet Kim Jong-un – Donald Trump

Par Robert Bibeau. Le 6.03.2019. Sur le Webmagazine http://www.lea7duquebec.com

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6.03.2019.Hanoi-English-italian-Espagnole-portuguese

La bromance des comparses de Hanoï

 

Ils ont fait déplacé 3000 journalistes et plumitifs médiatiques pour assister à un spectacle déchu d’avance et qu’ils souhaitent pourtant reprendre, pourquoi? La grosse souris Kim n’avait pas l’intention de faire le repas du gros chat Donald. Le chat Donald n’avait pas l’intention de se contenter de l’ombre de la proie nord-coréenne. La Corée du Nord voudrait être admise à part entière dans la communauté commerciale internationale (abolition des sanctions onusiennes) pour ainsi resserrer son étreinte sur la Corée du Sud, le gros fromage que la souris Kim convoite; alors que le vilain Donald voudrait que la Corée du Nord baisse sa garde et se livre toute entière au goinfre américain… plantant ainsi ses crocs à la frontière nord de la Chine, le véritable enjeu de ces tractations malsaines.

 

Chacun se méfiant de l’autre, aucun n’a souhaité signer le communiqué final ni faire le repas de son adversaire. L’américain n’offrira pas si facilement la Corée du Sud au Nord-Coréen avide – le Nord-Coréen ne s’offrira pas en repas à l’américain cupide, ouvrant ainsi une brèche vers la Chine, objet de ces marchandages.

 

Sans tergiverser, dès son arrivée au sommet de Hanoï, Donald Trump a fait miroiter richesse, développement et prospérité à ce pays «communiste» (sic) rempli de ressources, et soudainement fréquentable, s’il acceptait la domination de l’impérialisme américain au lieu de demeurer sous l’emprise de son suzerain chinois, auquel il est assujetti depuis la Guerre de Corée (1953).

 

La naïve Corée du Sud …?!

 

De son côté, inconscient (?) – semble-t-il – l’appât sud-coréen en a redemandé, croyant pouvoir avaler la petite économie nord-coréenne (99e rang mondial), lui qui trône au 14e rang mondial : « Le président sud-coréen, Moon Jae-in, cheville ouvrière du rapprochement entre Washington et Pyongyang, a également voulu voir le bon côté des choses. La rencontre a permis des «progrès significatifs», Donald Trump et Kim Jong un renforçant leur «confiance» et «compréhension mutuelle». La Maison Bleue, surnom de la présidence sud-coréenne, a déclaré que son administration allait «communiquer et coopérer étroitement avec les États-Unis et la Corée du Nord». Dans un discours prononcé à Séoul, Moon Jae-in a ajouté qu’il allait consulter Washington sur la possibilité de reprendre le développement de projets Intercoréen, en matière notamment de tourisme. (1)

 

Le grand capital sud-coréen ne semble pas s’apercevoir que derrière le petit capital étatique nord-coréen, facilement absorbable comme l’a démontré l’effritement des pays «communistes» (sic) de l’Europe de l’Est, se dissimule l’immense dragon chinois qui traversant les monts Taebaek l’avalera le temps venu.

 

La fable nucléaire coréenne

 

This picture from North Korea’s official Korean Central News Agency (KCNA) taken on May 8, 2018.

La saga coréenne est fondée sur le canular que la maitrise de l’arme nucléaire par la Corée du Nord est la planche de salut de ce régime nationaliste, ce qui est erroné. Si la Corée du Nord n’a pas été envahie par l’empire étatsunien ni en 1953 (alors qu’elle ne disposait pas de l’arme nucléaire) ni après, c’est à cause de la proximité du géant chinois qui a toujours souhaité conserver cet État tampon à sa frontière nord, quitte à l’équiper de l’arme nucléaire pour en faire une proie plus alléchante, et plus coriace, pour ses concurrents occidentaux. Voici comment le média à la solde propage ce mythe de la protection nucléaire du lilliputien nord-coréen :

 

« La Corée du Nord n’a rien fait pour réduire l’arsenal nucléaire dont elle dispose. Les propres patrons du renseignement de Donald Trump jugent que le dirigeant nord-coréen est déterminé à conserver l’arme qu’il considère comme la clé de la survie de son régime. Pyongyang dénonce de son côté ce qu’elle perçoit comme les menaces américaines, à savoir la présence militaire en Corée du Sud et dans la région en général. » (2)

 

La variable fondamentale qui a changé dans l’économie-politique mondiale et régionale, ce n’est pas l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche, ni l’arrivée de Xi Jinping à la Cité interdite, ni l’anémique programme nucléaire nord-coréen, mais la crise économique qui force les différents belligérants mondiaux à déplacer leurs pions pour se mettre en position de faire face à leurs concurrents à l’occasion de la dépression économique qui se prépare. (3)

 

Nous l’avions expliqué dans un article «Le premier sommet  KIM – Trump» (4) la soudaine attention américaine vis-à-vis la petite Corée du Nord diabolisée résulte de l’obligation pour l’empire étatsunien de transférer sa guerre commerciale, diplomatique, financière et militaire du Proche-Orient vers l’Extrême-Orient d’où vient la menace, non pas la menace du petit vassal coréen, mais celle de son immense suzerain, la Chine continentale. Il en est de même pour la Chine pour qui les deux Corées ne constituent pas une menace à son hégémonie régionale, mais une opportunité de secouer l’emprise américaine sur l’Asie de l’Est. L’enjeu économique de cette guerre de titan entre la Chine et les États-Unis est facile à comprendre quand on examine les chiffres de la croissance économique depuis 2009 : Chine +139%, Inde +96%, États-Unis +34%, Europe -2% ! (5)

 

La prochaine manche

 

Dans ce chassé-croisé diplomatique, qui dissimule la guerre commerciale par Corée interposée, on peut parier que les tractations se poursuivront. Parions que Mike Pompeo va reprendre ses allers-retours entre Washington et Pyongyang, secondé par Stephen Biegun, représentant spécial pour la Corée du Nord. «Il doit y avoir une raison pour les discussions», a déclaré Pompeo dans son avion quittant le Vietnam pour les Philippines. «La dynamique risque d’être difficile à tenir, reprend Marianne Péron-Doise. La relance du complexe économique de Kaesong entre les deux Corées, qui aurait pu s’envisager avec un allègement des sanctions, va être compliquée.» (6)

 

Lors de son discours prémonitoire du Nouvel An, le leader nord-coréen avait sentencieusement évoqué une «nouvelle voix pour défendre la souveraineté du pays […] si les États-Unis ne tenaient pas leur promesse […] et persistaient à imposer des sanctions contre notre république». Une ébauche de solution pourrait venir de la Corée du Sud de Moon Jae-in. Depuis un an, le Président n’a jamais manqué de lancer des initiatives et de jeter des ponts par-delà la zone démilitarisée. Dans un grand discours, il a prévu de faire de nouvelles propositions pour l’avenir de la péninsule coréenne à l’occasion du 100e anniversaire du Mouvement pour l’indépendance (sic).

 

Les amateurs de « roman d’espionnage » peuvent s’attendre à de nouveaux rebondissements dans cette algarade éventée. Le prolétariat international préoccupé, mais non interpelé par ces billevesées, ferait bien de s’informer des réactions de ses camarades étasuniens, chinois et coréens sur le front de la lutte de classe.

 


 

NOTES

 

  1. https://www.msn.com/fr-ca/actualites/monde/entre-kim-et-trump-un-échec-au-sommet/ar-BBUdMdJ?ocid=spartandhp
  2. https://www.france24.com/fr/20190227-vietnam-donald-trump-sommet-kim-jong-nucleaire
  3. La crise se prépare https://photo.capital.fr/34-signes-qui-montrent-que-la-crise-a-commence-33572#les-indices-d-une-prochaine-crise-economique-et-financiere-579289
  4. Le premier sommet KIM – Trump http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-invites/le-sommet-trump-kim-a-singapour-aura-bien-lieu/
  5. https://www.msn.com/fr-ca/actualites/monde/entre-kim-et-trump-un-échec-au-sommet/ar-BBUdMdJ?ocid=spartandhp
  6. https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/croissance-depuis-2009-chine-139-inde-96-etats-unis-34-europe-2-809418.html

 

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétarien depuis 40 ans. http://www.les7duquebec.com

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