L’ÉCONOMIE CAPITALISTE EN DANGER DE DISJONCTER

Par Robert Bibeau. Directeur LES7DUQUEBEC.COM

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David Stockman a travaillé comme directeur de l’Office of Management and Budget sous la présidence de Ronald Reagan (1). Peu d’économistes bourgeois comprennent l’économie mondiale mieux que lui. Sur le blogue  financier de Peak prospérité, Stockman affirme que l’économie mondiale se trouve désormais dans une phase de  «crack-up » («disjoncter»), et ce, pour quatre raisons :

  1. Le nombre croissant d’actions désespérées de redressements financiers des banques centrales.

Chaque semaine, une nouvelle banque centrale du monde abaisse ses taux d’intérêt jusqu’à les rendre négatifs pour tenter de faire repartir l’économie. Plusieurs pays ont maintenant des taux d’intérêt négatifs (sic). Selon Stockman, cela ne pourra pas durer,  les banques centrales ont perdu le contrôle et elles se sont engagées dans une course vers la chute, élaborant des théories de plus en plus contradictoires au fur et à mesure de la débandade économique.

  1. La volatilité et le désordre croissants sur les marchés financiers.

Au cours des trois derniers mois, les marchés boursiers se sont comportés comme des marins ivres. Mais derrière, ce ne sont qu’un paquet de robots et de traders qui font tout ce qu’ils peuvent pour interpréter correctement les graphiques et les données. Le marché boursier est totalement déconnecté de l’économie réelle.

 

Attention cependant, pour nous économistes marxistes, les expressions « économie irréelle » et « économie réelle » sont des métaphores pernicieuses qui contiennent un dangereux élixir réformiste. Ces expressions laissent entendre que l’économie boursière-bancaire- contaminée par le crédit désordonné – serait une excroissance cancéreuse, une malformation inopinée du corps sain de l’économie impérialiste temporairement malade. Tout ceci est faux. L’orgie de crédit, la pléthore de monnaie de pacotille, la surabondance d’argent bidon et sans valeur – dont la croissance des profits des CAC 40 en France donne une excellente démonstration – est une manifestation naturelle – conforme – parfaitement inscrite dans le processus évolutif normal du mode de production capitaliste à son stade impérialiste décadent et dont les guerres mondiales sont des manifestations ultimes de dégénérescence.  Lorsque ce système économique ne parvient plus à réaliser la plus-value produite, et encore pire quand il ne parvient plus à valoriser le capital existant et disponible, mais inutile (mort) – parce que non investit et non valorisé, il génère des anticorps, le « crédit à crédit ». En résumé, il n’y a pas deux économies capitalistes, l’une réelle et l’autre irréelle ou virtuelle et déconnectée de la première. Au contraire, ces deux soi-disant systèmes économiques s’emboîtent parfaitement et l’un sert de support au suivant et vice versa dans un processus dialectique mortel ce que les économistes bourgeois s’aperçoivent et se désolent.  Il y a un mode de production capitaliste parvenu à sa phase impérialiste globale et mondiale qui ne parvient plus à valoriser le capital et à se reproduire de manière élargie, ce qui signifie sa mort assurée. Aussi, dans un dernier sursaut désespéré cette économie capitaliste moribonde engendre une fausse valorisation et des profits bidon – inexistants – immatériels – matérialisé (!) par le crédit, de la monnaie de pacotille – inexistante parce que ne reposant sur aucune valeur réelle – tangible – aucune marchandise concrète à vendre. Ce phénomène s’observe aisément à la bourse quand mille fois plus d’argent circule en une année que toute la production mondiale n’en représente. Ce que Stockman relate un peu plus loin. Le crédit c’est de la plus-value pas encore produite que les capitalistes encaissent aujourd’hui (facticement) et qui n’existera jamais! Présentement, le capitalisme emprunte du temps de survie sur son temps d’agonie. Le seul et grand malheur de toute cette histoire économico-politique ubuesque est que si le prolétariat ne met pas fin à la  tragédie de ce système global et mondial dégénérescent le monde sera ramené dans le passé, par la guerre et des destructions gigantesques de moyens production. Le mode de production capitaliste (MPC) reprendra sa marche en avant au milieu des cadavres par centaines de millions et au centre de ce calvaire mortifère catastrophique, comme après la Première et la Seconde Guerre mondiale.

 cac40

Les taux d’intérêt sur les obligations souveraines sont devenus irrationnels, dit Stockman. Ils ne tiennent que par la seule promesse de Draghi que la BCE en achètera massivement (idem pour la Banque Fédérale américaine). Mais tous les pays européens sont pris dans le piège de la dette, les risques sont gigantesques.  Ajoutez à cela la possibilité que l’euro ne survive pas. Bientôt, les banques centrales pourraient faillir, et le marché subira alors une sévère correction pour refléter les risques réels induits par toutes ces dettes, et les perspectives peu réjouissantes de l’économie mondiale dit Stockman.

 

Ce sera en effet le probable scénario bancaire-boursier de l’amorce de la grande dépression à venir. Les grandes fortunes des rentiers multimilliardaires s’effondreront en premier et les entreprises multinationales monopolistiques suivront dans une chute titanesque. Les réformistes seront alors contrariés eux qui espéraient arracher l’argent des riches pour la donner aux pauvres n’auront plus que des pauvres devant eux. Gageons qu’ils sauront inventer d’autres stratagèmes lénifiants pour défendre et conserver ce mode de production dégénéré.

  1. La déflation mondiale et les cours mondiaux des matières premières.

Les investissements sont maintenant suspendus, ce qui est susceptible de provoquer une énorme déflation sur les matières premières et énergétiques (pétrole) et les prix des produits industriels. Le minerai de fer ne vaut plus que 60 dollars, alors qu’il avait atteint un cours de 200 dollars à son apogée. Le Baltic Dry Index, qui décrit la vitalité du transport maritime, se trouve à son point le plus bas depuis le krach de Léman Brothers, d’abord en raison d’une chute de la demande, mais aussi en raison d’une surcapacité de production provenant d’une construction excessive de vraquiers pendant la période où les banques centrales ont inondé le monde avec de l’argent bon marché (du crédit remboursé par du crédit générant du crédit supplémentaire). Jamais dans l’histoire, il n’y a eu un tel surplus d’investissements – de capital à valoriser et incapable de se transformer en plus-value, son unique raison d’être, et jamais une telle surcapacité dans l’exploitation du minerai de fer, et de tous les autres minerais et aussi des sources d’énergie.  Les vraquiers, les aciéries, les usines d’aluminium, et ainsi de suite sont sur le point de s’arrêter et les aides aux investissements des gouvernements bourgeois seront totalement impuissantes à stopper cette dégringolade généralisée.  Quand le capitaliste ne peut plus vendre, ni même stocker sans danger, comme cette explosion  dans le port de Tianjin (Chine) l’a démontré (1) il devient inutile de produire davantage.

  1. Une demande anémique en raison de l’accumulation de dettes monstrueuses.

Selon l’économiste bourgeois McKinsey, la dette du monde s’élève désormais à 200.000 milliards de dollars, comparativement à 140.000 millions de dollars au début de la crise. Depuis 2008, la dette totale mondiale a augmenté de 60.000 milliards de dollars alors que les chefs d’État avaient promis de réguler les banquiers. Mais au cours de la même période, le PIB mondial ne s’est développé que de 15.000 milliards de dollars, et il ne s’élève qu’à 70.000 milliards de dollars . Autrement dit, près de 60.000 milliards de dollars de dettes (de crédits non adossés à des valeurs concrètes et tangibles – non adossés à de la plus-value réellement produite)  ont été générés grâce à l’impression de monnaie des banques centrales (Quantitative Easing aux États-Unis), alors qu’à peine 15.000 milliards de dollars de PIB supplémentaires ont été créés. Autant de dettes (du crédit volatile et évanescent) nouvellement créées, pour un rendement aussi faible.

 Investors look at electronic board showing stock information at brokerage house in Shanghai

La locomotive chinoise est en panne
Enfin l’économiste Stockman cite l’exemple de la Chine, qu’il qualifie de «stupéfiant». En 2000, la dette du pays se montait à 2.000 milliards de dollars. Aujourd’hui, elle atteint 28.000 milliards de dollars. En 14 ans, la dette de la Chine a été multipliée par 14. Nulle part dans l’histoire, on ne trouve un exemple aussi frappant, et il est peu probable qu’une économie largement guidée par un système étatique rigide ait pu générer 26.000 milliards de dollars de dette supplémentaire sans que cela s’accompagne d’inefficacités massives et d’irrégularités multiples dans le système.
Au moment de la crise de 2008, la Chine se targuait d’un PIB de 5.000 milliards de dollars. Depuis cette époque, il a doublé, alors que la dette est passée de 7.000 milliards de dollars à 28.000 milliards de dollars. Le PIB n’a donc augmenté que de 5.000 milliards de dollars, alors que la dette, elle, a progressé de plus de 20.000 milliards de dollars. «Ce sont des déformations extrêmes non tenables, si l’on peut employer ce mot, qui ne fait que hurler « Danger à l’approche! »  Le chaos est arrivé. Et sa résolution ne va pas être jolie», conclut Stockman.
De fait, ce que l’exemple chinois démontre à l’évidence c’est que sous le mode de production capitaliste avancée – au stade impérialiste décadent – l’intégration d’une nouvelle économie impérialiste dans le circuit globalisé et mondialisé se fait à une vitesse vertigineuse et que les seules solutions aux contradictions économiques inhérentes au mode de production sont appliquées avec la célérité nécessaire pour que l’économie globale ne s’effondre pas… tout de suite. Une analyse attentive de l’évolution de l’économie indienne et brésilienne montrerait certainement les mêmes phénomènes avec plus ou moins d’ampleur. C’est en cela que nous affirmons que la présente crise économique du capitalisme est systémique, qu’elle est globale et mondiale, au stade suprême et ultime de son évolution. Elle est inscrite dans les gènes du système et aucune potion ni aucun élixir magique ne peuvent parer à sa dégénérescence accélérée.

 

La Grande dépression (bis)

Mac Slavo. « À l’aube de la catastrophe économique la plus destructrice depuis la Grande dépression ? »  écrit qu’alors que le prix du pétrole gravite autour des 44 dollars le baril, et que les inventaires américains de brut atteignent des niveaux record, le consensus semble être que bientôt  l’économie devrait être alimentée par un rebond des dépenses des consommateurs, puisque les Américains devraient dépenser l’argent qu’ils épargnent sur leur plein d’essence dans les magasins. De fait, les Américains ont depuis longtemps dépensé toutes leurs épargnes et ils vivent tous à crédit, avec de l’argent – de la valeur devrions-nous dire – pas encore produit et qui ne le sera peut-être jamais.

Mais sur le plan géopolitique, la situation du pétrole est bien plus complexe, et ne peut possiblement pas tenir dans les slogans propagandistes de trente secondes des commentateurs financiers. Bien qu’une baisse du prix du pétrole puisse sembler être une bénédiction pour l’économie américaine, les bilans des médias grand public ne mentionnent pas les données fondamentales qui sont nécessaires à la bonne compréhension du problème auquel nous faisons face déclare Slavo.
Comme vous le verrez dans le microdocumentaire de Future Money Trends (2), nous sommes sur le point de traverser de grandes difficultés. À commencer par le fait que la dette du secteur de l’énergie est passée à 1,7 trillion de dollars au cours de ces six dernières années, puisqu’on pensait que le prix du pétrole puisse demeurer aux alentours de 80 voire 100 dollars le baril. Comme nous le savons tous, son prix a récemment beaucoup baissé, ce qui signifie que toutes les sociétés qui ont contracté de gros prêts ne sont plus capables de rembourser leur dette, alors que certaines grandes multinationales du pétrole encaissent des profits records d’autres s’apprête à mettre la clé sous la porte.
La conséquence en sera une vague de faillites dans l’industrie pétrolière. Un véritable désastre que nous devrions voir se développer d’ici quelques mois prédit l’économiste. Dans le contexte actuel d’impression monétaire par les banques centrales; d’inquiétudes face à la déflation et de guerres des monnaies; la baisse du prix du pétrole pourrait être l’un des évènements les plus dévastateurs du monde économique depuis la Grande dépression. Le prix du pétrole pourrait faire preuve d’une grande volatilité et grimper de temps à autre pour s’écraser toujours plus, ce qui effraierait davantage les marchés déjà timides et détruirait tout espoir de reprise économique. Et les États-Unis en souffriront plus que tous les autres.
Des sociétés multimillionnaires comme Sanchez Energy et Goodrich Petroleum ont perdu 80 à 90% de leur « valeur boursière » depuis le mois de juin 2014. Non seulement le secteur énergétique a été drastiquement diminué, le reste de l’économie pourrait souffrir davantage. « Nous avons créé des structures financières qui ne fonctionnent qu’à condition que la croissance économique soit constante. Et nous avons quasiment perdu tout contrôle du système financier en 2008 » déclare  l’analyste.

 

Ce en quoi Slavo et Stockman se trompent lourdement. Les ploutocrates capitalistes, les banksters, les rentiers multimilliardaires, tondeurs de coupons, ont perdu tout contrôle sur le système financier international en 1973 lors de l’abrogation des accords monétaires et bancaires de Bretton Woods. Les États capitalistes n’avaient pas le choix que de les abroger et ce qu’ils croyaient alors être un remède à la peste de la baisse tendancielle des taux de profits, s’avéra le choléra de l’utopique création de fausses valeurs, de fausses monnaies, sous la forme de crédit sans valeur, dont le système économique mondial atteint aujourd’hui la limite. Un colossal ajustement boursier, bancaire, financier et monétaire aura lieu bientôt qui jettera cette fraude de l’accumulation de richesse inexistante à la renverse. Alors, seront immenses les dangers d’une troisième guerre mondiale afin de déterminer quel camp impérialiste imposera son hégémonie sur les autres.
Poursuivons la lecture Slavo. Pour la première fois en dix-huit ans écrit-il, les exportateurs d’or retirent des liquidités des marchés plutôt que d’y injecter de la monnaie. Le monde approche aujourd’hui rapidement d’un passage à une autre devise de référence. Si le prix du pétrole restait le même pendant encore six à douze mois, l’industrie de schiste des États-Unis serait anéantie. Et les effets que cela aurait sur les obligations toxiques et autres produits financiers dérivés et frauduleux auraient de lourdes retombées sur le marché des actions et l’économie des États-Unis.
Et cette fois-ci, il ne restera plus rien pour rattraper l’épée au vol avant qu’elle ne s’abatte sur l’économie américaine. Ni la Fed ni le gouvernement ne pourront l’arrêter. Les liquidités se trouveront gelées, notre note de crédit sera révisée à la baisse, le marché boursier commencera à s’effondrer, et la Fed entrera en jeu pour gonfler le dollar. Le monde abandonnera alors pour de bon la devise de référence mondiale. La fin aura sonné pour le pétrodollar conclut l’analyste.
Bien que la baisse du prix du pétrole ait pu s’avérer favorable aux Américains au travers de l’Histoire, nous faisons désormais face à une situation complètement différente, puisqu’énormément de dettes sont liées à une industrie qui autrefois se croyait indestructible. Des centaines de milliers de licenciements sont prévus sur l’ensemble du secteur, et de nombreux analystes s’attendent à voir apparaître des récessions dans des États comme le Texas qui dépendent énormément du pétrole. Ces licenciements auront un impact immédiat sur les économies locales ainsi que sur le marché de l’immobilier déjà fragilisé. Ajoutez à cela la panique qui apparaîtra lorsque les sociétés pétrolières commenceront à fermer boutique et ne seront plus en mesure de rembourser leurs dettes, et vous avez un cocktail susceptible de générer un effondrement des marchés financiers globaux et des instruments de la dette.  Une reprise en pire de la crise des « subprimes » dont 2008 ne fut qu’une bien faible avant-première.
Le prolétariat seul détient la solution

 

Que faut-il que le prolétariat conclut de tout ceci ?  C’est que l’heure du bilan approche. Le temps n’est plus à se cantonner dans les vieilles analyses, les vieilles rengaines, les vieilles sectes ostracisées et heureuses d’être isolées parmi les bobos précieux – gage de leur intégrité théorique au marxisme (pensent-elles). Nous devons comprendre les phénomènes sismiques gigantesques qui se préparent. Comprendre que personne n’a la moindre emprise sur ces événements et que seule la classe prolétarienne détient la clé pour mettre fin à ce scénario de fin du monde en écrasant l’ancien mode de production et en créant un nouveau mode de production. Une fenêtre d’opportunité s’ouvrira bientôt pour notre classe sociale.  La question de l’unité préalable de la classe ouvrière dans sa lutte de résistance n’est pas pertinente. La question est de savoir si nous, communistes révolutionnaires, nous saurons nous faire entendre par la classe ouvrière afin de lui présenter sa mission historique inéluctable, mais en sachant toujours que l’émancipation de la classe ouvrière sera l’oeuvre de la classe ouvrière elle-même.

 

  1. David Stockman Former Director of the Office of Management and Budget David Alan Stockman is a former businessman and U.S. politician who served as a Republican U.S. Representative from the state of Michigan and as the Director of the Office of Management and Budget under President Ronald Reagan. Wikipedia
  2. Born: November 10, 1946 (age 68), Fort Hood, Texas, United States
  3. Nationality: American
  4. Party: Republican Party
  5. Previous office: Director, United States Office of Management and Budget (1981–1985)
  6. Books: The Great Deformation: The Corruption of Capitalism in America, more
  7. Education: Harvard Divinity School, Lakeshore High School, Michigan State University, Harvard University
  1. http://www.lefigaro.fr/international/2015/08/15/01003-20150815ARTFIG00047-en-chine-le-bilan-des-explosions-chimiques-s-alourdit.php

 

 

6 pensées sur “L’ÉCONOMIE CAPITALISTE EN DANGER DE DISJONCTER

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    27 août 2015 à 4 04 26 08268
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    En effet les économistes bourgeois ont toutes les peines du monde à expliquer les causes de la crise.
    Et ce n’est pas sans raison. Ils vivent confortablement des subsides qui leur sont attribués, ce qui implique qu’ils ne remettent jamais en cause la propriété privée des moyens de productions qui est la cause première des crises qui se succèdent.
    La crise que nous vivons est bien celle d’un capitalisme sénile, incapable de relancer le processus de valorisation du capital.
    Parmi les fétichismes, bases de l’idéologie bourgeoise, figure le principal, celui de la marchandise.
    Le capital argent par exemple qui scelle les séparations sociales dans la production et la consommation entre les individus, est en temps normal le produit de la vente des marchandises (car il réalise la plus-value mais s’il y a mévente aucun profit n’est réalisé et cela peut être la ruine).
    Pour le capitaliste actif, cela passe par la production et la réalisation de la plus-value dans la production. Mais fondamentalement c’est le crédit qui permet d’accélérer la rotation du capital et si les montages financiers existent c’est pour mieux éviter l’écueil actuel du secteur de la production.
    Le fétichisme suprême étant de produire de l’argent avec de l’argent et dans le temps le plus court possible !
    Les capitalistes, contraints par une productivité qui aujourd’hui entraîne à contrario des décennies précédentes, une dévalorisation considérable du capital, vivent donc à crédit et font supporter le poids de la dette aux peuples.
    Si le capitalisme doit disparaître dans ces conditions et si aucune révolution n’y met un terme il disparaîtra avec la planète toute entière !
    Alors la question de la dette qui entraînerait tout le système vers son extinction naturelle, c’est un peu court. Il faut analyser les flux financiers entre les pays dominants (ceux du centre impérialiste) et les pays dominés.
    Il faut également approfondir les effets négatifs de la productivité capitaliste.
    Pour vous y aider, je vous livre la réflexion de Tom Thomas auteur de « les Mondialisations » en 2003 – paru aux éditions Contradictions – L’Harmattan.
    Pour ma part je retiens ceci : même si le capital financier s’est autonomisé par rapport au capital productif de plus-value il ne fait que de suivre la concentration oligopolistique du capital.
    Il ne se détache pas complètement de lui même si la part de profit réalisé dans la production baisse.
    La plus-value demeure la base essentielle de tout profit.
    Voici ce qu’en dit Tom Thomas
    « A la différence du système colonial, qui détruisait et interdisait l’industrie autochtone, il y a maintenant un fort développement industriel dans de nombreux pays du Tiers Monde. Mais sous la domination des pays impérialistes et de leurs oligopoles, qui y poussent au développement de la production de plus-value, et de sorte à ce qu’elle soit méticuleusement transférée aux Centres. Il se forme ainsi un réseau mondial, segmenté et hiérarchisé, du procès de valorisation.
    De même que Taylor achevait de séparer le travail ouvrier du travail intellectuel, et fragmentait au maximum les tâches afin de fixer le « one best way » pour chacune, de même cette mondialisation veut trouver le « one best country » pour chaque segment de la production. En gros, et pour simplifier, cela donne trois niveaux. Les fonctions intellectuelles, notamment scientifiques, financières, commerciales, médiatiques (maîtrise de la « communication » et de l’idéologie), ainsi que les fabrications à main d’œuvre très qualifiée, dans les Centres impérialistes.
    Ce sont les fonctions dont la propriété assure la domination de l’ensemble du procès de valorisation (mondial) et l’appropriation de la plus-value (mondiale), avec l’appui financier et militaire des Etats impérialistes. Puis les fonctions industrielles de production de masse de biens courants, elles-mêmes extrêmement fragmentées entre divers lieux et sous-traitants, qui sont le fait de filiales d’oligopoles et, de plus en plus, de capitaux de second rang (qui aspirent aussi à devenir oligopoles, mais n’y parviennent que rarement) des divers Dragons, Tigres, aux industries de pointe dans quelques segments, et des pays « émergents » où dominent les usines d’assemblage et autres maquilas.
    Enfin, tout en bas de la hiérarchie, la masse des pays « en développement » (PED), ou encore plus bas, les « moins avancés » (PMA), on se perd dans les appellations, qui fournissent main d’œuvre (et chômeurs encore plus) à très bas salaires, sur place ou émigrante, et des matières premières (quand ils en ont) à très bas prix (mais très hauts ravages écologiques). Pays des famines, des épidémies et pandémies, de la plus grande misère et mortalité[…]
    La productivité du travail dans bien des PED est maintenant égale ou supérieure à celle des métropoles. Dans l’échange entre eux de marchandises, il y a des différences de valeurs fondées sur des différences de qualification du travail qu’elles contiennent. Cela fait référence à ce que Marx appelait différence entre travail simple et complexe (plus qualifié), ce dernier fournissant au produit une plus grande quantité de travail simple dans le même temps. Mais plus encore que cela (qui se ramène à une simple différence quantitative dans le travail productif), il y a l’appropriation de la science comme moyen de production, capital fixe, par les Centres impérialistes.
    Il y a donc la rémunération « normale », bien que considérable, de ce capital (son amortissement pourrait-on dire) qui doit aussi être captée par eux. Et il y a en plus le fait que l’association du capital financier et de ce capital intellectuel dans ces Centres leur assure une propriété, une domination du procès de valorisation qui permet, comme nous l’avons vu, de bénéficier en plus de taux de profit supérieurs par captation d’une sorte de « supplément », « indu », de la plus-value produite dans les PED[…]
    La sphère, mondiale, des oligopoles bénéficie donc de fait d’une sorte de protectionnisme, qu’elle entretient et renforce soigneusement par tous les moyens. Elle est donc relativement étanche à l’arrivée de nouveaux postulants.
    En son sein, par contre, il y a concurrence, déplacements de capitaux (par la Bourse, par faillites, rachats, fusions, etc.). A ce niveau, dans la sphère oligopolistique, il y a donc bien une péréquation mondiale des taux de profit.
    On peut même dire que, pour la première fois dans l’histoire, cette péréquation est planétaire, puisque pour la première fois il y a une relativement libre circulation des capitaux à cette échelle[. ..]
    Circulation d’une branche industrielle à l’autre, d’un pays à l’autre, pour les capitaux qui ont la puissance suffisante pour s’investir dans la production de plus-value à l’échelle mondiale, c’est-à-dire les oligopoles multinationaux. Ce qui assure, entre autre, la répartition de la production entre les différentes branches et produits, en qualité et quantité, et tend à la formation d’un taux de profit mondial moyen dans cette sphère oligopolistique. Il y a aussi une circulation mondiale du capital financier (placements en papiers), beaucoup plus spéculative car beaucoup plus mobile à court terme, et tendance à l’unification des taux d’intérêts, tendance qui n’est pas en contradiction avec l’existence de taux différents dans différents pays en fonction de l’appréciation des risques politiques et sociaux. Bien que l’autonomie de ses mouvements, et les bénéfices énormes de quelques spéculations réussies, puisse faire croire le contraire, rappelons que la rémunération du capital financier n’est finalement jamais qu’une partie de la plus-value réellement produite dans un procès de valorisation concret[…]
    Les flux financiers aboutissent effectivement à vider le « Sud » et à remplir le « Nord ». Et donc à faire évoluer la mondialisation vers une sorte de bipolarisation (évolution qui n’est, là aussi, que le prolongement d’un caractère inhérent et originel du capitalisme)[…]
    Les délocalisations et la sous-traitance dans les PED mobilisent relativement peu de capitaux en provenance des métropoles. Une partie des investissements y est d’ailleurs prise en charge par les Etats, qui rivalisent pour attirer des activités en fournissant main d’œuvre bien soumise par la police, terrains aménagés gratuits, défiscalisation, subventions. Ils s’endettent pour cela lourdement, au profit des oligopoles qui font jouer la concurrence en choisissant les plus offrants. Une autre partie est fournie par le capital privé local (sous-traitance). Et une autre encore (pour environ 50 % en moyenne)98, par les profits des filiales des oligopoles réinvestis localement[…]
    C’est un fait connu, mais évidemment peu divulgué, que le Sud envoie au Nord beaucoup plus d’argent qu’il n’en reçoit, et de plus en plus[…]
    Les PED, qui croulent à la fois sous le poids de la pauvreté et de leur dette publique, se montrent très souvent insolvables. Les crises les frappent d’ailleurs en premier, puisqu’ils sont sous-traitants et dominés.
    Alors, les capitaux privés étrangers, prêtés en général à court terme, les fuient. Leurs monnaies dévaluent sans cesse, jusqu’à finir par ne plus rien valoir puisqu’elles ne représentent bientôt plus que des dettes. Ce qui pousse davantage les possédants locaux à abriter leur fortune dans le giron du dollar, monnaie supposée « as good as gold », dans un mouvement de thésaurisation (« fly to quality »), qui ne fait qu’accentuer la fuite des capitaux et aggraver l’insolvabilité, tout en remplissant davantage les coffres US, suisses, ou de quelque paradis fiscal[…]
    Arrive alors le FMI (Fonds Monétaire International, créé dans la foulée des accords de Bretton Woods de 1944 avec la fonction de stabiliser le système monétaire international). En effet, il faut que l’Etat débiteur rembourse, sinon où irait ce système mondial entièrement fondé sur le crédit? Pour qu’il puisse le faire, le FMI va lui fournir d’autres prêts et organiser le rééchelonnement de sa dette (avec parfois une remise partielle de prêts d’Etats impérialistes, ce qui revient alors à faire rembourser les créanciers privés, banques et autres, par leurs contribuables). Mais cela à condition qu’il accepte et applique un « Plan d’Ajustement Structurel » (ou Cure d’Austérité), qui est supposé renflouer ses finances de sorte qu’il puisse rembourser les nouvelles échéances à venir.
    L’Etat endetté doit ainsi s’engager à réduire ses dépenses (entendues comme ses dépenses sociales), diminuer ses investissements, vendre les entreprises nationalisées, qui sont alors achetées à bon compte par les multinationales (en même temps que les entreprises privées mises à mal par la crise), hypothéquer ses ressources naturelles. Il doit aussi s’engager à prendre des mesures pour attirer les capitaux privés internationaux afin d’améliorer sa balance des paiements, donc leur offrir des exonérations fiscales, des zones franches, une main d’œuvre sans droits, des droits à polluer, à ravager les forêts et autres ressources naturelles. Il doit enfin s’engager à orienter encore plus l’économie du pays vers les exportations, pour se procurer les devises nécessaires aux remboursements. C’est-à-dire fournir aux pays dominants les produits dont ils ont besoin pour continuer à dominer et accaparer (matières premières, produits de consommation courants bon marché), donc s’intégrer encore plus comme sous-traitants dominés dans la nouvelle division mondiale du travail.
    De sorte qu’est ainsi rogné toujours plus, et finalement entièrement perdu, tout ce qui pouvait subsister de potentialités d’un développement économique nationalement plus ou moins autonome, plus ou moins autocontrôlé.
    Le résultat de tous ces « remèdes » administrés par le FMI est aussi inévitable que bien connu: accélération de la spirale de l’appauvrissement, de l’endettement, de la domination.

    On peut alors résumer le rôle du FMI (et des autres organismes internationaux similaires) en trois points:

    1°) Vis-à-vis des banques privées créancières des pays dominants, il est le « prêteur en dernier ressort » qui alimente les débiteurs en liquidité le temps qu’ils puissent rembourser ces créanciers, et que ceux-ci puissent rapatrier leurs capitaux sans perte.

    2°) Les exigences du FMI vis-à-vis des pays qu’il « secoure » (et qu’ils sont obligés d’accepter, sauf à se mettre en faillite, et hors la loi du système économique mondial) aboutissent nécessairement à les soumettre toujours plus à cette division mondiale du travail spécifiquement capitaliste qui assure l’accaparement et la domination du côté d’une poignée de grandes puissances.

    3°) La situation des pays dominés s’aggravant de la sorte inéluctablement, ils plongent dans la spirale infernale d’avoir à s’appauvrir et se soumettre toujours plus pour rembourser des dettes qui, finalement, ne font que croître.

    De sorte que les transferts financiers des PED vers les métropoles impérialistes par le biais du service de la dette (paiement de la fraction du principal plus les intérêts) ne cessent d’augmenter[…]
    La dette est ainsi devenue le moyen principal des transferts financiers du Sud vers le Nord[…]
    La dette comme moyen de pillage et de domination, ce n’est pas non plus un phénomène nouveau. Au 19ème siècle, l’empire Ottoman, la Chine et d’autres semi-colonies avaient déjà été mis sous tutelle financière pour cause de dette, et jusqu’à devoir confier tout ou partie de la gestion de leurs finances publiques aux pays impérialistes créanciers. Ce qui est nouveau, c’est son ampleur, et qu’elle soit devenue le moyen essentiel du transfert des richesses sociales vers les pays riches[…]
    La croissance de ces transferts par le biais de la dette (+ 796 % en une vingtaine d’années!) a été considérablement plus importante que celle des échanges commerciaux. Ce qui est aussi nouveau, c’est l’association des créanciers dans la gestion de cette dette, via le FMI et autres clubs du même genre (Club de Paris pour l’Afrique, G8, etc. »

    Vous me direz…

    Pierre Lehoux

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    29 août 2015 à 8 08 34 08348
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    M. Lehoux
    Merci pour ce commentaire éclairant

    Simplement une remarque : je me demande s’il ne faut pas se méfier de cette typologie usuelle chez la go-gauche qui divise le monde en SUD et NORD – les pays du Sud colonisés ey les pays du Nord colonisateurs.

    Pourquoi s’en méfier ?

    Parce qu’elle implique une division du monde géographique, continental, nationale (pays) alors que pour nous marxiste une seule division du monde nous préoccupe et révèle l’essence de ce mode de production décadent = la division en classes sociales et dans chaque pays continent, etc. il y a deux classes antagonistes et en guerre de classe.

    Robert Bibeau

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    31 août 2015 à 9 09 32 08328
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    Je dépose ce commentaire au nom de PL – qui éprouve des difficultés à enregistrer le tout.

    « En réponse à ta remarque du 29 août 2015 à 8 h 34 min,
    S ‘il y a bien partout deux classes sociales antagonistes le capital est lui même scindé en deux entités .
    Les pays du Centre constitue le segment principal du capital mondialisé et captent les capitaux provenant des pays dont les capitaux représentent le segment secondaire du capital mondial.
    Ils sont propriétaires des moyens scientifiques et techniques ainsi que des brevets qui requièrent un capital beaucoup plus concentré et constituent donc le capital principal.
    Les PED n’auront donc jamais de « développement » semblables aux pays impérialistes car ils ne font pas partie du cercle fermé impérialiste et dominateur et en tant que tels ils constituent le socle sur lequel peut s’appuyer l ‘ ensemble du système d ‘ exploitation.
    C’est le fonctionnement naturel du capital.
    Ce sont les sciences qui partout produisent la productivité nécessaire pour maintenir le taux de profit. On l’a retrouve à des niveaux jamais atteints dans les pays dominés. C’est le résultat de cette phase nouvelle de la mondialisation qui a succédé au colonialisme rendu obsolète car trop coûteux aux Etats et en capital.
    Le capitalisme à pu s ‘étendre ainsi mondialement et jeter dans le prolétariat une masse paysanne toujours plus importante.
    Pour en venir aux réformistes de tous poils du type ATTAC, ils ne voient que les conséquences de cette mondialisation par exemple l ‘ atomisation du capital financier qu ‘ils considèrent comme le responsable de la crise.
    Ils sont incapables de remettre en question le capital pour ce qu ‘il est : la cause des séparations sociales entre des individus privés (de tout).

    Amitiés révolutionnaires

    PL

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    8 février 2016 à 15 03 25 02252
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    « Présentement, le capitalisme
    emprunte du temps de survie
    sur son temps d’agonie ! »
    Robert Bibeau

    Mais pourquoi est-il à l’agonie ?

    Est-ce vraiment
    parce qu’il n’arrive pas à résoudre
    les contradictions internes inéluctables
    de l’impérialisme rendu à son stade suprême et ultime ?

    Ou est-ce aussi
    parce qu’il n’arrive pas à résoudre
    une autre contradiction encore plus fondamentale ?

    Dans un univers holographique
    où le tout est dans chacune de ses partie
    et où chaque partie contient le tout,
    aucune partie de l’univers ne peut en posséder une autre.

    Les êtres humains,
    qui ne possèdent ni les atomes
    dont sont faits leurs corps,
    ni l’air qu’ils respirent,
    ni la planète où ils habitent,
    les êtres humains dis-je
    ne peuvent se donner à eux-même
    le droit de posséder quoi que ce soit,
    ni individuellement,
    ni collectivement.

    Qu’il soit capitaliste, socialiste, communiste ou autre,
    s’il ne respecte pas cet axiome de base,
    tout système ne peut être viable à long terme.

    En fait, toute forme de vie
    qui n’en tient pas compte
    est vouée à l’extinction.

    Voilà, c’est ce que j’en pense.

    Ceci étant dit, cela ne m’empêche pas
    de beaucoup apprécier les réflexions
    que Monsieur Bibeau partage avec le monde.

    Serge Grenier

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