L’économie politique confucéenne en Chine «communiste»

confucius

FAIT ÉTRANGE

 

Il est tout à fait étrange qu’à l’extrême gauche quelques prêtres ouvriers désœuvrés, moult petits-bourgeois embrouillés et une horde de militants de gauche désorientée parviennent à se fourvoyer à propos de la nature de l’État capitaliste monopoliste chinois, cependant qu’à droite tous ont compris. Ainsi, les impérialistes américains haïssent les impérialistes chinois comme on haït un concurrent trop puissant. Il y a quelque temps que la Chine pêche dans les eaux troubles de l’Amérique en déclin et les Étatsuniens savent trop bien que le méchant mandarin n’attendait qu’une occasion pour devenir calife à la place du calife. C’est que l’économiste bourgeois utilise ses connaissances scientifiques pour analyser la réalité concrète. Le scientifique bourgeois peut très bien enseigner la métaphysique aux enfants, mais en aucun temps il ne se laisse embobiner par les billevesées qu’il psalmodie à ces innocents, alors que le militant de la gauche radicale utilise pour ses propres analyses les préceptes théocratiques et mystiques du confucianisme qu’il régurgite devant ses adeptes, s’appliquant à lui-même la cigüe dont il asperge ses fidèles.

 

AUTO-INTOXICATION

 

Pour nous convaincre de cette auto-intoxication théologique gauchiste, nous allons étudier quelques citations d’un observateur de «gauche» au pouvoir à Pékin, propos que ses diacres propagent parmi les sectes pratiquantes de la gauche occidentale. Le journal théorique du Parti communiste chinois Qiushi publie ceci : «Les néolibéraux chinois ont placé la main invisible d’Adam Smith à une place si élevée qu’ils croient que cette main peut résoudre tous les problèmes économiques. Ils pensent que l’État n’a aucun rôle économique à jouer. Sauf qu’il doit créer le meilleur environnement possible afin que cette main invisible puisse œuvrer. La crise financière en Occident prouve néanmoins qu’ils ont tort. Il est très important que nous n’abondions pas dans le sens de cette conviction lorsque nous parlons des fonctions du marché. » (1).

 

Voilà comment un adepte de la métaphysique de Confucius aborde un problème politique concernant la lutte des classes. L’organe théorique du PCC laisse entendre que si une fraction capitaliste néo-libérale pousse l’idée de vendre les entreprises de l’État à l’encan du néolibéralisme, c’est parce que ces hérétiques se sont entichés des idées d’Adam Smith et que la bonne façon de contrer ces malversations – à savoir liquider les intérêts industriels et financiers de certains ploutocrates du Parti « Communiste » – consiste à convaincre ces schismatiques de leur mauvaise compréhension des principes d’économie politique capitaliste.

 

Et ce puriste, adepte de la pensée de Ricardo et de Keynes – porte-parole de la majorité du Comité central du Parti « communiste » chinois, ceux qui possèdent de gros intérêts financiers et industriels – de rappeler à ses concurrents affamés de profits: « Nous avons voté en 2008 la loi sur les entreprises d’État, loi dans laquelle il est stipulé que ces entreprises jouent le rôle le plus prépondérant dans notre économie nationale » (2).

 

Selon la science matérialiste, les idées ne préexistent pas dans la conscience de l’homme (et de la femme) ; ils sont le reflet conscient de la réalité du monde qui nous entoure, des forces productives, des rapports sociaux de production et de la lutte des classes que ces forces déchainent dans la société.

 

Tout ceci est totalement étranger à la phénoménologie métaphysique confucianiste et taoïste qui considère que l’être est une somme morale (le transmis collectif), rituelle (la tradition éternelle) et humaniste (la condition humaine déterminée). Dans la pensée de Confucius, le mal et le bien préexistent à l’homme et se combattent de toute éternité sur terre, sur mer et dans les airs et cette guerre est éternelle et indépendante de l’espèce humaine qu’elle transcende. Il suffit pour chacun de se motiver et de se mobiliser pour faire le bien et combattre le mal. Aucune différence entre cette théologie chinoise et la théologie de la libération selon laquelle Dieu reviendra sur Terre à la fin des temps pour récompenser les bons et punir les méchants.

 

PAR-DELÀ LE BIEN ET LE MAL

 

Comment distinguer le bien et le mal direz-vous ? Il suffit de connaitre les rites anciens – « se restreindre et revenir aux rites », psalmodiait Deng Xiao Ping – tout comme il suffit d’obéir aux autorités pour connaitre la vérité. Voilà ce qui vous assure de faire les bons choix entre le bien et le mal. En d’autres termes, ce qu’affirme le Président est nécessairement bien et ce que murmurent ses détracteurs est obligatoirement mal. La métaphysique confucianiste est à mille lieues de la science marxiste.

 

L’analyste chinois poursuit sa présentation du paradoxe qui confronte le Parti « communiste » chinois en ces termes : « Le problème, c’est que ces analyses et positions (celles du Président et du Secrétaire en exercice NDLR) ne se répandent vers le bas qu’au goutte-à-goutte et que, juste en dessous du niveau politique le plus élevé, des positions antimarxistes gagnent déjà en impact sans se heurter à une forte opposition (pourquoi cette faible opposition ? NDLR). La direction du parti parle avec de plus en plus d’insistance de réformes politiques, à propos de ce qui suit : il doit y avoir une plus grande implication des sous-niveaux dans l’élaboration de la politique, de sorte que les éléments de l’analyse marxiste complexe se développent vers le haut et le bas et que le contenu de ce que le parti appelle « modèle scientifique de développement » pénètre jusqu’au fond. » (3).

 

Si les idées d’Adam Smith progressent jusqu’au fond à l’encontre des idées de Keynes – sur lesquelles s’appuie la majorité du Comité central (que l’auteur qualifie de modèle scientifique de développement NDLR), c’est que le travail de propagande n’est pas suffisant conclut l’analyste idéaliste, si bien que les cadres intermédiaires, laissés à eux-mêmes, c’est-à-dire à leur pratique sociale concrète dans ce monde de prévarication, de corruption, de népotisme, d’enrichissement éhonté et de spoliation généralisée des biens de l’État, cherchent eux aussi à tirer leur épingle du jeu et à voler. Voilà comment de façon très pratique – matérialiste historique et dialectique – le mal prend le pas sur le bien. La pratique sociale du voleur engendre le prévaricateur.

 

L’EMBOURGEOISEMENT SPONTANÉ (sic)

 

L’analyste « communiste » de conclure : « Si cela ne se fait pas (l’endoctrinement selon Keynes), on obtiendra, dans l’environnement où se trouve aujourd’hui la Chine, un processus spontané d’embourgeoisement (souligné par nous NDLR) sur le plan des idées et des conceptions politiques et le courant néolibéral gagnera en permanence et en force. Et cela, l’Occident va l’encourager en engageant de nombreux effectifs et moyens. » (4).

 

Le processus d’embourgeoisement des cadres supérieurs, intermédiaires et subalternes du Parti « communiste » chinois serait le résultat, non pas de l’accès concret à la propriété privée des moyens de production pour les privilégiés; non pas le résultat de l’accumulation des richesses immobilières et mobilières et de la thésaurisation d’immenses capitaux (plusieurs centaines de milliardaires et des milliers de millionnaires dans la Chine post Deng Xiao Ping); non pas le résultat de la prévarication des biens de l’État et la résultante de la vénalité des fonctionnaires dans la plus totale impunité (excepté quelques bouffonneries répressives sporadiques), mais le résultat d’un processus «biologique» naturel. L’embourgeoisement rampant serait, selon les exégètes du Parti «communiste», l’émanation spontanée des idées d’Adam Smith, idées évanescentes remplissant l’air vicié des officines du pouvoir, à la manière de la pollution atmosphérique ou de l’odeur du purin quand on tient grandes ouvertes les portes de la «glasnost» et de la «perestroïka» chinoises.

 

IDÉALISME CRYPTO-RÉVISIONNISTE ET NATIONALISTE

 

Finalement, la réalité concrète et le monde réel sont des créations de l’esprit selon ces adeptes de Confucius, ces héritiers de Politzer et d’Althusser. Changez votre pensée individuelle et vous changerez votre vie et celle de vos amis, proclament ces idéalistes cryptorévisionnistes; vous transformerez de surcroit la société, les rapports sociaux de production et ultimement les moyens de production ainsi que les classes sociales qui les administrent, proclament ces dualistes chinois prémarxistes et leurs adeptes.

Selon ces moralistes idéalistes, ce n’est pas l’être social qui détermine la conscience, mais l’idéologie qui détermine la conscience et la réalité. Nous voici ramenés deux cents ans en arrière, avant l’apparition du marxisme, et ces catéchumènes prétendent renouveler la théorie marxiste avec ces artéfacts de la pensée hégélienne.

 

Au fur et à mesure que se radicalise la résistance des jeunes et des ouvriers ont voit surgir ces courants de pensée idéalistes anti-scientifiques et attardés prétendant que le marxisme est mort et qu’il faut renouveler la pensée avec ces idées kantiennes éculées. Heureusement, les jeunes partisans serrant les rangs sur les lignes de piquetage, décider à affronter l’antiémeute ne semble pas contaminés par cette mystique répandue par des groupuscules gauchistes utopistes. Nul ne devrait se lancer dans la reconstruction de la gauche sans s’imposer au préalable une propédeutique scientifique marxiste.

 

INVITATION À LIRE : http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

 

 

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(4) http://infochina.be/fr/content/l%E2%80%99affaire-bo-xilai-et-le-lib%C3%A9ralisme-au-sein-du-parti-communiste-chinois

 

 

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