L’empathie pour les psychopathes?

L’empathie, cette belle qualité rare, est la capacité de se mettre en imagination à la place de la victime.

Nous l’avons vu la semaine dernière, dans l’empathie, le soi est le véhicule pour la compréhension d’autrui. Il ne perd jamais son identité. De son côté, la sympathie vise à la communion plus qu’à l’exactitude; de ce fait, la conscience personnelle s’en trouve réduite plutôt qu’augmentée.

L’empathie est l’accueil total de l’autre, caractérisée par un effort de compréhension de l’autre sans tenir compte de la sympathie ou de l’antipathie naturelle, sans se laisser parasiter par un état affectif ou émotionnel.

L’empathie permettant d’élargir notre vision personnelle, et de développer le sentiment d’être relié à l’humanité plutôt qu’à en être séparé, on comprend qu’elle demeure une éthique essentielle pour une communication saine en société.

Mais … comment avoir de l’empathie pour un psychopathe, psychotique ou autre?

Si j’excepte les psychiatres dont la formation les conduit à faire preuve d’objectivité et d’empathie même envers les êtres pervers et malades mentalement, est-il possible ou même souhaitable de tenter de se mettre à la place de ces personnes, pour mieux les comprendre?

Si l’empathie est la capacité de se mettre en imagination à la place d’une autre personne, de comprendre ce qu’elle ressent, est-ce qu’une personne «normale», «ordinaire» peut se mettre à la place d’un psychopathe? Ils ne sont pas dans la même réalité.

Le cas de Lucas Roco Magnotta

Prenons par exemple le cas de Lucas Roco Magnotta. Les avis des spécialistes sur sa maladie ou nature divergent. Tous s’entendent toutefois pour voir chez lui une forte déviance sexuelle, une identité déficiente, une personne probablement psychopathe. Certains voient en lui le profil d’un tueur en séries. D’autres non. Par ailleurs, tous pensent qu’il n’a aucune empathie pour les autres. Zéro empathie.

En quoi l’empathie des autres à son égard pourrait l’aider personnellement?

Personnellement, au premier abord, ce n’est pas de l’empathie que je ressens pour ce jeune homme, plutôt une antipathie proche du dégoût. Sa beauté physique, esthétique, ne fait pas oublier la froideur de son regard, l’insensibilité de son être. Je ne m’étends pas sur ses actes ignobles, largement commentés par la presse et les médias.

J’ai tenté de faire l’exercice de me mettre à sa place. Pas longtemps. Je comprends intellectuellement que derrière des actes abominables se cache une souffrance humaine, qu’il ne faut pas juger une personne dans son essence mais ses actes seulement, mais cette réflexion ne m’empêche pas de comprendre qu’il y a des arbres dont les racines sont pourries. Que fait-on d’un arbre mort qui ne donne plus de branches et de feuilles? On le sort de la forêt.

Je m’inquiète pour les jeunes et moins jeunes qui ont pu se complaire à voir les vidéos de Magnotta. Est-ce que ce malade leur donne des idées? Ce n’est pas impossible. En parlant de responsabilité sociale, ce point en est un important, tout ce qu’on dit et fait peut influencer les autres.

Il semblerait qu’après maintes difficultés, les forces policières ont réussi à retirer la vidéo de plusieurs sites hébergeurs, exception d’un site d’Edmonton où les personnes prétendent à une atteinte à la liberté d’expression.

Le cas de Guy Turcotte

Guy Turcotte va pouvoir retourner à la société. Surprenant? C’était à prévoir. Déjà qu’il avait été jugé non coupable du meurtre de ses deux enfants à l’automne dernier, et que les avis à son sujet divergeaient même chez les psychiatres! On se souviendra de la Dr Bourget qui recommandait fortement sa sortie. Pour elle, son trouble d’adaptation avec humeur dépressive était guéri puisque les conditions qui l’avaient incité à poignarder 49 fois ses enfants n’existait plus! Peut-être que la Dr Bourget manifestait plus de sympathie que d’empathie dans son jugement.

La Commission a rendu son verdict. Guy Turcotte aura droit à des sorties, sous forme de libération progressive, sorties surveillées et après sans surveillance.

De l’avis du psychiatre Gilles Chamberland de l’hôpital Sacré-Cœur, «La Commission n’a pas pris l’opinion des psychiatres.» La Commission a fait sa propre opinion, a coupé la poire en deux! Ainsi, Turcotte demeure en détention, mais la porte est grande ouverte pour lui. Cette ouverture est un pas énorme pour qu’il retrouve sa liberté.

De l’empathie pour Guy Turcotte? Pas vraiment. Je crains surtout qu’il ne récidive. Et s’il le fait, pour qui aurons-nous de la sympathie? Pour lui ou les victimes?

Il n’est pas facile d’être objectif et d’agir avec équité.

Je reste déçue de la décision de la Commission. Un invité disait hier soir à l’émission de Denis Lévesque que ce n’est que dans le futur que nous saurons si la décision de la Commission était bonne ou mauvaise, selon la manière dont Guy Turcotte réagira au stress. Récidivera ou pas.

Je partage le commentaire d’une personne qui disait qu’être détenu, c’est être derrière les barreaux et ne pas faire ce qu’on veut!

 Conclusion

L’empathie reste une qualité louable et viable. Elle ne signifie pas être faible et empêcher les autres d’assumer la responsabilité de leurs actes.

 Carolle Anne Dessureault
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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

2 pensées sur “L’empathie pour les psychopathes?

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    7 juin 2012 à 6 06 59 06596
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    Un bon procédé socioculturel involontaire pour créer de l’empathie envers un criminel: un procès. De Roxie Hart à Karla Homolka, de Henri Désiré [sic] Landru à Timothy McVeigh, le siècle dernier est parsemé de ces grands procès d’assises dont l’objet apparaît irrésistiblement comme une victime quasi-héroïque et paradoxalement sexy… Il semble que la vindicte institutionnalisée et médiatisée soit un puissant générateur d’empathie, ce sentiment n’étant pas, au demeurant, toujours bien rationnel..

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    7 juin 2012 à 7 07 11 06116
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    En tentant de me mettre à la place d’une femme, mère et grand-mère, j’appréhende très bien pourquoi vous pouvez mettre ces deux enfants qui, devenus adultes, ont transgressé les fonctions de votre nature profonde.

    Mais ne confondons jamais les effets avec les causes. C’est cela le difficile chemin qui mème à la responsabilisation et à l’empathie.

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