LES CONDITIONS DE LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE (2)

 

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   OCtobre-1917

 

La seconde condition de la révolution prolétarienne

 

  1. La contradiction fondamentale du mode de production capitaliste étant pleinement développée comme nous l’avons examiné précédemment la classe capitaliste internationale ne trouvera plus d’autres façons pour survivre que de se lancer dans de multiples guerres pour le partage des zones d’influence, pour le partage des secteurs de ressources, des zones d’exploitation de la main-d’oeuvre et pour le partage des marchés, afin, espérera chacune des alliances impérialistes concurrentes, de relancer le processus de reproduction élargie de son capital en panade. Ces guerres de rapines se mèneront d’abord aux marges des zones d’influence de chacune des alliances, dans les Balkans, dans le Caucase, en Ukraine, au Moyen-Orient et en Afrique pour une des alliances; au Nicaragua, au Venezuela, en Colombie, en Afrique, au Népal, au Vietnam, au Myanmar et en Corée du Nord pour l’autre alliance. Le monde vit sous cette conjoncture de guerres locales plus ou moins larvées, plus ou moins contrôlées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (au moins 100 guerres locales entre 1945 et 2015). Puis, les conditions de reproduction et de valorisation du capital se détériorant encore davantage,  puisque ces guerres ne feront rien pour relancer la valorisation du capital, les différentes alliances impérialistes en viendront à s’affronter directement, ce sera la Troisième Grande Guerre mondiale qui forgera la seconde condition objective pour le déclenchement de l’insurrection prolétarienne.

 

La révolution empêchera la guerre ou la guerre entraînera la révolution

 

  1. Au cours du siècle passé, les communistes ont espéré que la révolution prolétarienne pourrait empêcher le déclenchement d’une guerre mondiale et ils ont été déçus par deux fois. C’est difficile à admettre, mais seule la détresse provoquée par une guerre internationale meurtrière – apocalyptique – , l’appauvrissement de la classe ouvrière et des masses paysannes en pays sous-développés – la destruction d’une grande quantité de moyens de production (de capitaux), la dislocation anarchique des rapports de production capitalistes, convaincra le prolétariat, si souvent trompé, si souvent trahi, si souvent bafoué, si profondément aliéné à se présenter sur la scène de l’histoire pour imposer son alternative ultime à la déperdition capitaliste.

 

  1. Les organisations de la gauche bourgeoise et prolétarienne n’ont aucune prise sur le processus insurrectionnel prolétarien spontané. La responsabilité de la gauche communiste révolutionnaire refusant la bolchevisation de leur organisation, le sectarisme et le dogmatisme qui l’accompagne et accordant le droit de fraction ; sera de bien comprendre le processus insurrectionnel spontané et désordonné, d’en apprécié correctement le développement, et au moment opportun, de proposer une direction révolutionnaire via les mots d’ordre appropriés. Surtout, aucun mot d’ordre réformiste comme le feront des dizaines et des dizaines d’organisations de la gauche bourgeoise opportuniste déjà excitée à l’idée de se partager l’assiette au beurre du pouvoir bourgeois « rénové » (sic).

 

Lénine a dû se résigner à proposer des mots d’ordre réformistes comme le slogan « Pain, paix et terre« , car le gros des forces révolutionnaires bolcheviques était composé de moujiks, de petits bourgeois et de salariés de l’État. Le prolétariat russe, minoritaire, manquait d’expérience et de maturité révolutionnaire.  Ce compromis sera non seulement inutile dans les conditions de la prochaine insurrection prolétarienne, mais il serait un crime et une trahison contre la révolution. La prochaine insurrection prolétarienne mondiale ne fera pas dans les conditions d’un mode de production de transition entre le féodalisme paysan et le capitalisme ouvrier ascendant. La prochaine insurrection prolétarienne spontanée se fera dans les conditions extrêmes de l’impérialisme décadent et agonisant, mais encore méchant.

 

Guerre mondiale puis insurrection prolétarienne internationale

 

  1. La guerre mondiale est donc la seconde condition de la crise qui provoquera les soulèvements sociaux, qui enclencheront à leur tour l’insurrection prolétarienne mondiale, qui, nous l’espérons, pourra provoquer l’avènement de la révolution prolétarienne communiste. Voilà l’ordre de mise en place de la révolution mondiale. Voilà la troisième condition d’une insurrection prolétarienne réussie se transformant en révolution prolétarienne communiste à l’échelle planétaire. La société socialiste de transition entre le mode de production capitaliste et le mode de production communiste ne peut absolument pas se construire dans un seul ou dans quelques pays isolés comme l’a démontré l’échec du pseudo « camp socialiste ». Cette édification devra se faire sous la dictature du prolétariat dans un très grand nombre de pays simultanément sinon les capitalistes mèneront une guerre de destruction contre le ou les jeunes états socialistes encore instables et désorganisés. Mais comment une insurrection prolétarienne spontanée et mondialisée peut-elle se transformer en révolution prolétarienne mondiale communiste ?

 

  1. Nous avons vu précédemment que ce scénario révolutionnaire a effectivement été réalisé en 1917 dans le cadre de la Révolution bolchevique qui frappa toutes les Russies. Pourtant, cette Révolution ne fut pas une Révolution prolétarienne communiste jusqu’au bout parce que l’insurrection populaire qui là précédé s’appuyait surtout sur les masses paysannes en révolte. La Première condition fondamentale d’une Révolution communiste mondiale c’est qu’elle origine d’une insurrection qui si elle n’est pas prolétarienne au début – le devienne rapidement par la suite – sans quoi – l’insurrection populaire sera récupérée par d’autres classes ou segments de classes sociales non révolutionnaires intéressées par la défense de leurs intérêts privés. Le Parti bolchevique a dû se substituer à la classe prolétarienne et imposer sa dictature de parti afin de mener à bien le renversement de l’État féodal tsariste. Une telle confusion ne doit pas se reproduire.

 

  1. Qui dit classe prolétarienne pense mode de production capitaliste monopoliste d’État largement développé, productiviste, moderne, mécanisé, numérisé, informatisé, à très haute productivité, globalisé, internationalisé et interdépendant mondialement en un procès de développement inégal (d’un pays à un autre) et combiné (d’un secteur économique à l’autre, d’une zone industrielle à une autre). Bref, la classe prolétarienne est la classe sociale internationale qui exprime par son développement mondial le niveau de développement du capitalisme à son stade impérialiste décadent le plus avancé. Marx a expliqué que sous le capitalisme les deux classes sociales antagonistes – prolétariat et bourgeoisie – étaient intimement liées l’une à l’autre dans la phase ascendante – durant la phase d’apogée – et dans la phase déclinante – impérialiste – du mode de production capitaliste. Les idéologues marxistes ont ajouté que seule la classe prolétarienne développée, moderne, formée, consciente et combative serait la classe sociale totalement et pleinement révolutionnaire jusqu’au bout. Les moujiks russes analphabètes, les paysans illettrés des rizières de Chine, du Vietnam, du Cambodge, les paysans affamés des hauts plateaux du Népal, les fellahs égyptiens paupérisés, les éleveurs touaregs nomades du Sahel, les  agriculteurs indiens  paupérisés, les paysans sans-terre de Cuba ou d’Amazonie, etc. ne peuvent en aucun cas enclencher une insurrection prolétarienne mondiale.

 

La quatrième condition pour une révolution prolétarienne communiste

 

  1. Crise systémique, guerre nucléaire généralisée, insurrection prolétarienne spontanée, entraîneront comme l’écrivait Lénine « L’impossibilité pour les classes dominantes de maintenir leur domination sous une forme inchangée […] impliquant que la base (sociale) ne veuille plus vivre comme auparavant et que le sommet [bourgeoisie] ne le puisse plus». De plus « L’aggravation, plus qu’à l’ordinaire, de la misère et de la détresse des classes opprimées  entraîneront plus qu’à l’habitude des soulèvements populaires en série. D’où l’accentuation de l’activité populaire des masses »  et éventuellement la révolution prolétarienne consciente pour l’édification du mode de production communiste (10).

 

  1. L’expérience lamentable des collusions de fronts unis inter classes entre des segments de la bourgeoisie dite « démocratique – libérale » et la classe prolétarienne (du Front populaire à la Seconde Guerre impérialiste, en passant par la guerre d’Espagne républicaine bourgeoise) nous a enseigné à rejeter ce type de compromis opportuniste où la classe se met au service d’une section de la bourgeoise – totalitaire libérale – afin de l’aider à imposer son hégémonie aux autres fragments de la bourgeoisie totalitaire « non libérale » (sic) et sur la classe ouvrière tout entière, cette dernière ne servant que de chair à canon dans ce marché de dupes. Aucune union interclasses antagoniste ne tient la route. Ils sont tous pareils, pendant les élections « démocratiques » bourgeoises, comme chez leurs banquiers, et devant leurs officiers de l’armée.

 

  1. La réciprocité de ces prémisses est évidente : plus le prolétariat agira résolument et avec assurance, guidé par des mots d’ordre pertinents et révolutionnaires (sans compromis) et plus il aura la possibilité d’entraîner sous sa direction les couches intermédiaires, plus la classe dominante sera isolée, plus la démoralisation s’accentuera chez elle. Par contre, la désagrégation des appareils de la gouvernance capitaliste (dont l’État bourgeois est la pièce maîtresse) est obligatoire, d’où la nécessité pour les communistes de rejeter tout recours, tout appel au renforcement des lois et de la gouvernance de l’État bourgeois. C’est la raison pour laquelle les communistes ne participent pas aux ralliements pour demander à l’État bourgeois de sortir de l’OTAN, de renforcer l’État national bourgeois, de sortir de l’Euro ou de l’ALENA, ou signer des pétitions pour réclamer la clémence de l’État et de renforcer la « sécurité ». Les communistes savent que c’est l’État bourgeois qui est le premier responsable de l’insécurité et du terrorisme.

 

Le parti prolétarien révolutionnaire communiste

 

  1. Mais si l’estimation objective d’une situation révolutionnaire paraît sujette à caution, l’intervention d’un ultime vecteur, qui unifiera les différents facteurs et matérialisera, leur interaction corrige, les dangers de « volontarisme révolutionnaire ». Certains marxistes le considèrent comme la condition dernière dans le dénombrement, mais non dans l’importance de la conquête du pouvoir par la classe prolétarienne « le parti révolutionnaire, en tant qu’avant-garde unie et trempée de la classe », ou alors un regroupement d’organisations communistes révolutionnaires aura la tâche de faire en sorte que la classe prolétarienne prenne pleinement conscience de sa mission historique qui n’est pas de corriger les injustices du capitalisme, ni d’enrayer la destruction de la planète, mais de créer un nouveau mode de production – communiste qui enrayera la destruction de la planète. Quant à Lénine, il fait de cette dernière condition le point de différenciation entre la révolution prolétarienne communiste et la crise révolutionnaire insurrectionnelle sans lendemain « La révolution ne surgit pas de toute situation révolutionnaire, mais seulement dans le cas où, à tous les changements objectifs énumérés, vient s’ajouter un changement subjectif, à savoir : la capacité, en ce qui concerne la classe révolutionnaire, de mener des actions de masse assez vigoureuses pour briser complètement l’ancien gouvernement, qui ne tombera jamais, même à l’époque des crises, si on ne le fait choir. » (10).

 

 

Sur le même sujet :  Bibeau, Robert. (2014). Manifeste du Parti ouvrier. Publibook. Paris. http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

 

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(1) Plateforme du Courant Communiste International (CCI) adopté par le Premier congrès. (1975) http://fr.wikipedia.org/wiki/Courant_communiste_international

(2) K. Marx (1859)  Contribution à la critique de l’économie politique.

(3) Daniel Bensaïd, « Mémoire de maîtrise, La notion de crise révolutionnaire chez Lénine », 1968, à retrouver sur ce site : http://danielbensaid.org/La-notion-de-crise-revolutionnaire

(4)  http://danielbensaid.org/La-notion-de-crise-revolutionnaire

(5) Nicos Poulantzas, Pouvoir politique et classes sociales, éditions Maspero, p. 11.

(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperinflation_de_la_R%C3%A9publique_de_Weimar et http://fr.wikipedia.org/wiki/Reichsmark

(7) http://fr.wikipedia.org/wiki/Franc_fran%C3%A7ais#IVe_R.C3.A9publique

(8) Tom Thomas (2011) Étatisme contre libéralisme ? Éditions Jubarte. Paris. Page 1.

(9) Lénine, Œuvres, tome I, éditions de Moscou, p. 175.  et  http://danielbensaid.org/Une-introduction-revisitee

(10) Lénine, Œuvres, tome I, éditions de Moscou, p. 175.  et  http://danielbensaid.org/Une-introduction-revisitee