Les exclus de l’informatique

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CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

On prend souvent pour acquis que tout le monde a accès à l’univers d’internet. De plus en plus, les transactions à tous niveaux se font par internet – même nos rapports d’impôt sont traités rapidement lorsqu’ils sont envoyés par internet ! Les individus comme les institutions et entreprises échangent des services et des informations via ce moyen de communication. Que ce soit pour un rendez-vous chez le coiffeur ou une recherche d’emploi, avoir accès à l’internet nous facilite la vie.

Internet est non seulement une bibliothèque prodigieuse nous donnant accès rapidement à de l’information, il a changé nos habitudes. Fini le temps où on devait payer nos factures à la banque, c’est tellement plus facile par internet. Passer des commandes à travers le monde pour des produits rares, à de bons coûts. Se créer un réseau social. Organiser soi-même un voyage en réservant les hôtels qui nous plaisent après avoir visualisé le site, la chambre, le prix, sans commission pour un agent. Même les billets d’avion sont émis par internet ! Il n’y a plus de limite à ce qu’on peut faire pare internet.

Donc, ceux qui ne bénéficient pas d’un équipement informatique se trouvent nécessairement isolés, exclus, en retrait.

Cet article sur les personnes qui n’ont pas accès à l’informatique est inspiré de celui publié par Roxane Léouzon dans le journal Métro du 25 août 2015.

Saviez-vous que 13,5 % des Québécois n’utilisent JAMAIS l’internet. Cette donnée provient d’un vaste sondage réalisé par le Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO).

De ce 13,5 %, voici comment le CEFRIO répartit les exclus de l’internet :

-32,9 % des Québécois qui gagnent moins de 20 000 $ par année

-51,8 % de ceux qui ont une éducation de niveau primaire

Pour arriver à ces résultats le CEFRIO a dû interroger 12 024 adultes sur une période de 12 mois en 2014.

En réalité, l’exclusion informatique touche des personnes de divers profils : par exemple, des personnes âgées qui n’ont jamais pris le virage numérique; des jeunes décrocheurs; des itinérants; des immigrants qui veulent s’intégrer au marché du travail. Des personnes en situation financière précaire. Ces personnes ont donc encore plus de difficultés à faire une recherche d’emploi car elles vivent une double exclusion et ne possèdent ni les compétences pour utiliser l’internet ni les outils physiques (tablettes, ordinateurs, téléphones), elles se retrouvent donc fort démunies.

La coordonnatrice du secteur informatique au Centre d’éducation populaire de Pointe-Saint-Charles, Malika Alouache, croit qu’aujourd’hui ne pas avoir accès à l’internet est un facteur d’appauvrissement.

Les difficultés d’accéder à l’informatique pour les personnes handicapées sont encore plus grandes. Souvent marquée par des problèmes d’apprentissage qui les empêchent de travailler et parce qu’elles ne possèdent souvent qu’une éducation de faible niveau, elles n’ont pas l’occasion d’apprendre à utiliser les outils informatiques – d’ailleurs ces outils sont généralement bien trop dispendieux pour ces personnes.

Bien que certains organismes communautaires reçoivent beaucoup de demandes pour des formations en informatique (l’organisme Paroles d’exclues en prodigue à plus de 100 personnes par année le maximum de sa capacité) les gouvernements provincial et fédéral n’ont pas de programmes pour appuyer ce passage des citoyens à la société de l’information. Il faut dire qu’il existait jusqu’à maintenant un Programme d’accès communautaire d’Industrie Canada qui permettait au Réseau communautique d’offrir des formations de base dans une quinzaine de centres communautaires, grâce à la collaboration d’étudiants en informatique qui donnaient des cours en tant que stagiaires.

Malheureusement le programme est en train d’être transformé pour être axé davantage vers l’expérience des jeunes stagiaires dans le marché du travail. Dans le cadre de ces changements, le coordonnateur de Paroles d’exclues, Manuel Cisneros, craint que son organisme ne puisse plus fournir autant de formations aux personnes démunies.

En réaction à la défaillance du système dans ce domaine, un groupe de personnes liées à Paroles d’exclues a créé INFORMATIQUE POUR TOUS. On demande la création d’un programme PERMANENT ET GRATUIT d’introduction à l’informatique et adapté aux besoins des personnes. Disons qu’une pétition lancée en 2014 a déjà recueilli plus de 1 000 signatures qu’on veut déposer à l’Assemblée nationale. La pétition réclame aussi une aide financière destinée aux ménages à faible revenu pour l’acquisition de matériel informatique et d’une connexion internet.

En conclusion, le GROUPE INFORMATIQUE POUR TOUS souhaite rencontrer le Bureau de la ville intelligente de Montréal pour demander l’installation de zones Wi-Fi gratuites dans les quartiers les plus touchés par l’exclusion informatique.

J’appuie cette pétition. Il faut trouver l’argent nécessaire pour munir ces gens d’outils informatiques. Aujourd’hui, utiliser internet est un bien nécessaire, comme se vêtir, manger, se loger. Ce n’est pas un caprice. C’est une manière de fonctionner dans la société. De faire partie de la société. Et d’y jouer un rôle.

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

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