Les Francs saliens!!!

Les Francs saliens

Le terme “Franc” signifie les « hardis »; les « Vaillants ».

Les Francs se composent de deux ligues guerrières principales : les Francs Ripuaires et les Francs Saliens. Les premiers éviteront au maximum les contacts avec l’empire romain mais les seconds s’y associeront intimement.

L’histoire officielle de ces « hardis-vaillants » commence à l’époque des premières Bagaudes qui se rebellent contre le poids de la fiscalité romaine en Gaule. Ces Bagaudes sont des groupes de paysans sans terres, soldats déserteurs et esclaves révoltés qui  s’arment et rançonnent le nord-ouest de la Gaule. En fait ce sont les Gaulois qui se rebellent sous le joug Rome. Cette rébellion gauloise est assez importante aux yeux de l’Empire de Rome pour justifier l’envoie d’un Empereur pour la combattre. Par contre elle doit être amenuisée historiquement ce qui justifie le peu d’information que l’Empire en laisse. Le panégyrique de Maximien qui les combattit nous dit : « Je passe en hâte sur cet épisode : je vois en effet que ta bonté aime mieux oublier cette victoire que s’en glorifier ». La raison de cette « discrétion » est assez simple à comprendre : l’Empereur avait combattu des citoyens de l’Empire qui, en plus, étaient Chrétiens. Ces révoltes  s’étendront jusqu’au IVe siècle. La prise du pouvoir par les Francs saliens étouffera la révolte des Gaulois d’origine  et les entraînera dans l’asservissement à une culture de « roi représentant divin sur Terre » appuyée par l’Église chrétienne. Le mouvement de révolte des Bagaudes est souvent soutenu  par celui des réfugiés bretons d’Armorique et des tribus basques en Espagne. Si on en croit l’opinion de l’écrivain Eugène Sue, cette rébellion des Gaulois d’origine s’étendra, cachée officiellement, jusqu’à la révolution française. Ce qui est une notion assez intéressante en soi.

C’est l’empereur Maximien Hercule, venu combattre les Bagaudes en 285, qui signe un premier traité de paix (faussement qualifié de Feodus) avec le roi des Francs Saliens Gennobaud en 288. Ce roi Franc (hardi-vaillant) se rendit sans combat, intimidé par la puissance de l’Empereur Maximien. Pour Rome la notion de « Feodus » était une entente entre un peuple barbare et l’empire de Rome. Pour les barbares, l’entente était celle entre eux-mêmes et l’individu empereur de Rome (mais pas pour tous les barbares, comme nous le verrons tout de suite). De sorte que ces traités de paix devenaient  caducs à la mort de l’individu en question.

Cette opinion des « barbares » sur le « Feodus » devient très logiquement défendable lorsqu’on limite ceux-ci à ceux qui sont considérés par Rome, non pas comme « Feodus » mais plutôt comme des « Lètes »; c’est-à-dire des vaincus privés de tout droit civique, déplacés de force et relocalisés dans une autre région conquise, ce qui fut le cas pour les Francs saliens. Ces « Lètes » étaient astreins au service militaire et se retrouvaient automatiquement sous la tutelle directe de l’Empereur et non de l’Empire. Cet état civil de « Lètes » fut celui des Francs saliens jusqu’à ce que l’Empire d’Occident perde de sa puissance en Gaule. C’est alors qu’on voit Clodion le chevelu s’affirmer comme premier roi des Francs  au Ve siècle. D’ailleurs son nom de « Chevelu » nous indique que les Francs de cette époque  reprenaient leur « dignité » et leur « liberté » en portant les cheveux longs comme ils le faisaient avant leur soumission à Maximien en 288. L’épreuve des « tondus » venaient de se terminer pour eux.

Voyons un peu cette « culture » des Francs saliens.

À l’époque de Mérovée, cette culture devient graduellement un amalgame germanisé de la loi salique. Marquée par leur statu social antérieur, la notion de « Lètes » s’imprègne dans la culture Franque. Par contre aucun texte écrit de la loi salique n’existe pour la période mérovingienne. Elle aurait été, au départ, un pacte oral entre les « Lètes » qu’ils étaient et les officiers germano-romains.  Ce qui est plutôt étonnant puisque les « Lètes » n’avaient aucun droit et exclusivement des obligations. Ce n’est qu’à l’acquisition de leur liberté que les Francs saliens ont pu négocier avec les germano-romains et alors, on ne parlait plus du tout de « Lètes », mais de mercenaires barbares.

Il est évident que les rois mérovingiens nuancèrent cette loi salique et se comportèrent selon les droits que leur donnait cette loi « nuancée ». Le roi reprenait les droits de l’Empereur romain sur les « Lètes » et les transposait sur les Gaulois d’origine. Il était le seul propriétaire foncier originel du territoire et donnait des terres à ceux qui le méritaient à ses yeux. Il était également le propriétaire des individus de son royaume incluant les membres de sa tribu. Les Gaulois d’origine n’avaient plus de citoyenneté et la loi salique ne s’adressait qu’aux guerriers francs. Une grande partie des clauses de cette loi s’adressait aux sanctions pour différents actes prohibés. Mais il ne faut pas oublier que cette loi s’adressait exclusivement aux Francs. Les Gaulois d’origine n’y étaient aucunement considérés.

Un autre aspect de la culture franque est leur paganisme. Ils partagent depuis toujours le culte des Ases avec les autres tribus germaniques, ce qui signifie que la royauté descend de la divinité. Les rois sont alors des chefs de guerre tout autant que des détenteurs d’un pouvoir spirituel. C’est ce qui permettra à l’Église de « consacrer » les rois mais permettra aux rois en question de nommer les évêques et les abbés. Les Papes parviendront finalement, après plusieurs difficultés, à faire séparer le pouvoir laïc du pouvoir spirituel en Occident. Mais ce sera d’autant plus difficile que les Papes se mêleront toujours d’influencer le pouvoir laïc.

Il est important de comprendre que les Francs saliens mérovingiens sont très éloignés de la culture gauloise romanisée. Ce sont encore des barbares germaniques mercenaires entraînés par la discipline militaire romaine mais « libérés » de l’autorité de Rome. Autrement dit, ce sont  des loups laissés dans la bergerie. C’est ce qui permettra à Clovis de supplanter ses rivaux qui, au départ, sont plus puissants.

On présente toujours Clovis comme un roi chrétien. Il est né en 466 et il a commencé la conquête de son royaume à l’âge de 15 ans, soit en 481. Selon Grégoire de Tour, Clovis fut baptisé entre 496 et 506; c’est-à-dire, au plus tard, à l’âge de 40 ans. On sait qu’il a régné 30 ans et donc, décédé à l’âge de 45 ans. Il fut un « roi chrétien » au moins durant 5 ans de son règne de 30 ans. Vouloir en faire un roi chrétien est tout près d’une prétention osée. J’opte pour la date de son baptême comme étant en 506 parce que cette date est celle de la bataille de Tolbiac qui est supposée être la raison de sa conversion, comme l’indique une lettre de Théodoric datée de fin 506. Difficile de placer le baptême avant la date de conversion, vous l’avouerez facilement.

Par contre, ce qui est étonnant c’est que la religion chrétienne était la religion officielle de l’Empire romain depuis l’édit de Thessalonique en 380. La réalité est que les habitants romanisés de la Gaule comme les Burgondes, les Ostrogoths, les Vandales et les Wisigoths étaient des Chrétiens mais avaient adopté l’Arianisme. C’est ce qui obligea l’Église « trinitaire » (catholique) à appuyer les barbares mérovingiens. Non seulement ces rois mérovingiens n’étaient pas Chrétiens au départ mais ils étaient les seuls à ne pas l’être en Gaule.

Clovis s’attaque éventuellement à Syagrius qui règne à partir de Soisson. C’est là le dernier fragment de l’Empire romain d’Occident. La victoire de Clovis lui permet de contrôler tout le nord de la Gaule. Syagrius se réfugie chez les Wisigoths. Il est discrètement égorgé l’année suivante. C’est suite à cette victoire, en 486 (Clovis n’.est pas encore Chrétien), qu’arrive l’épisode du vase de Soisson.

Suite à cette bataille « mémorable », l’armée de Clovis est rassemblée autour du butin. Juste auparavant, l’évêque de Reims a demandé à Clovis de lui remettre un vase liturgique d’une taille et d’une beauté exemplaire. Clovis demande donc à ses soldats qu’on lui laisse le fameux vase d’argent en plus de la part qui lui revient. Les soldats lui répondent que tout ce qui est là lui appartient ainsi qu’eux-mêmes qui sont soumis à son autorité (ce qui, évidemment, est la règle de la culture franque). L’un des soldats que l’on qualifie de « léger » et « d’envieux » mais qui pour moi se dresse plutôt comme voulant usurper ou du moins, s’opposer à l’autorité royale de Clovis, lui dit : « Tu ne recevras que ce qui t’est dû » et brise le vase avec sa hache. Clovis ravale l’affront et attend l’occasion qui se présentera  bien un jour. Je pense qu’il attendait que son autorité royale soit parfaitement établie parmi ses soldats.

L’année suivante, lors d’une de ses inspections de ses soldats, il s’arrête devant le soldat qui l’avait offensé à Soisson. Il fait la remarque à l’insolent soldat que ses armes sont mal entretenues. Il lui enlève sa hache et la jette dédaigneusement sur le sol devant lui. Lorsque le soldat se penche pour la ramasser, Clovis lui fend le crâne avec sa propre francisque en disant : « Souviens-toi du vase de  Soissons! ».

Je soupçonne qu’il venait de se débarrasser d’un concurrent potentiel tout simplement et non de tout le tra-la-la qu’on a pu faire autour de cet événement plutôt déshonorant qu’autre chose. La réalité mérovingienne était que seul le roi était propriétaire de tout et que c’était lui qui avait le pouvoir de distribuer ses biens à ceux qui le méritaient. Le soldat « inconnu » qui s’y était opposé s’était attaqué au droit du roi c’est-à-dire à sa « régence ». Je pense donc que ce soldat était une figure importante de l’armée Franque et qu’à l’époque de Soissons, il possédait un prestige important aux yeux des soldats. Sinon Clovis l’aurait tué sur place au moment de l’offense.

Chez les Francs saliens, tous les enfants mâles étaient automatiquement héritier du père; que ceux-ci soient légitimes ou « naturels ». C’est d’ailleurs cette caractéristique qui donnera du fil à retordre à l’Église pour s’assurer du pouvoir en Europe. À l’époque de cette rédaction de l’histoire, où l’on croyait que Marie était toujours vierge même après la naissance de Jésus (sans qu’il soit né par césarienne), le rédacteur de l’Église ne voulant surtout pas donner un fils « naturel » à son roi « catholique » Clovis, qui avait eu un premier fils nommé Thierry, lui attribua donc un premier mariage dont personne n’a jamais entendu parler. Il rapporte donc que:

Le deuxième mariage de Clovis sera avec Clotilde, fille de Chilpéric que le roi Gondebaud (son frère) vient de faire décapiter avec ses deux fils pour ensuite noyer la mère en la jetant dans un luit, avec une pierre au cou. Les deux filles de Chilpéric II sont exilées. L’une de ces filles se fera nonne et l’autre est cette Clotilde qui épouse Clovis à Soisson en 493. Ce mariage permet à Clovis de hisser les Francs au rang de grande puissance puisque Clotilde est d’un plus haut lignage que lui-même.

Que ce soit l’évêque Remi qui fut responsable de ce deuxième mariage de Clovis pour l’élever dans la hiérarchie est assez probable. De plus, cette amitié qui unit Clovis à Remi, évêque de Reims, est explicable du fait que Clovis, pour assurer sa royauté, a besoin de l’Église qui contrôle le peuple gaulois. Mais comme l’approche faite vers cette amitié fut initiée par St-Remi lui-même, cela nous indique que l’Église avait choisit Clovis, parmi les autres rois de la Gaule, pour en faire l’autorité suprême. Elle prenait ainsi les dispositions nécessaires pour effacer complètement l’Arianisme de la population gauloise et devenir « l’Église catholique romaine ».

C’est finalement en 511, au mois de juillet, que Clovis réunit un concile des Gaules à Orléans où il est désigné comme « Rex gloriosissimus fils de la Sainte Église catholique » par tous les évêques présents. Ce concile, entre autre, condamne, une fois de plus, l’Arianisme.  Curieusement, l’ami Remi, évêque de Reims, est absent. Pourtant St-Remi, évêque de Reims n’est mort qu’en janvier 533.

Le fait est que Remi ne s’est pas plus présenté à aucun des 6 conciles gaulois qui ont suivi. Remi était-il un adepte de l’Arianisme? Rien d’officiel ne le dit mais il est indéniable qu’il n’avait pas l’appui de tous les évêques de la chrétienté. Hincmar, responsable de l’écrit sur l’histoire de St-Remi au IXe siècle, a inventé un concile que l’évêque aurait organisé à Reims. À ce concile, Remi aurait réduit au silence un évêque qui penchait pour l’Arianisme. S’il ne s’est pas passé autre chose à ce concile imaginaire, on comprend la raison de cette « invention » historique. Il est clair que Remi, responsable du baptême du premier roi catholique, se devait d’être reconnu comme un évêque catholique; mais, certains éleveurs le savent, à vouloir gaver l’oie, on engraisse trop le  foie. Par contre, comme ici, ce n’est pas les oies qui sont gavées, on parle plutôt de la Foi.

Le concile d’Orléans de juillet 511 n’a pas porté chance à Clovis; car il décède, deux mois plus tard, dans sa capitale de Paris, le 27 novembre de la même année d’une affection aiguë (ce qui n’élimine pas du tout une crise de foie), courte maladie qui dura trois semaines. C’est donc dire qu’il « tomba malade » 5 semaines après le début du concile. Si le concile a duré 2 semaines, on est, ici, devant un « miracle païen » qui a puni Clovis à sa sortie du concile.  Il était âgé de 45 ans seulement.

À suivre

André Lefebvre

 

 

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Andre lefebvre

Mon premier livre "L'histoire de ma nation" est publier chez: http://fondationlitterairefleurdelyslibrairie.wordpress.com/ André Lefebvre

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