Les «incroyables comestibles» de Todmorden : gratuit et élevant!


CAROLLE ANNE DESSUREAULT:

En 1516, Thomas More, humaniste et chancelier d’Angleterre, fin observateur des injustices sociales de son temps, publie «L’Utopie ou le Traité de la meilleure forme de gouvernement», une œuvre qui offre le modèle d’une société égalitaire au sein de laquelle les hommes vivent en communauté, heureux et épanouis.  Même si Thomas More considérait la réalisation d’une telle société égalitaire comme souhaitable, il ne l’espérait guère …  Pourtant, les semences de sa vision sont peut-être en train de germer. Dans un grand jardin potager.

En effet, une communauté dans le nord de l’Angleterre démontre qu’il est possible de prospérer par l’entraide et de se libérer de la servitude du pouvoir. Le potager de l’avenir construit à Todmorden avec ses «incroyables comestibles» est en train de devenir un modèle pour d’autres pays. Utopie? Une expérience à tout le moins rafraîchissante qui nous change de la vision morbide des guerres et des catastrophes, de la corruption, de la violence et de la bêtise. Cette initiative débordante d’énergie a le mérite d’être audacieuse et axée sur le bien de l’ensemble. Elle vaut d’être saluée.

En tout cas, elle est grandement imitée. Un peu partout, en Australie, en Amérique du sud, en Suisse, en Autriche, et je le découvre avec plaisir, au Canada, à Montréal même, c’est l’éclosion de jardins potagers cultivés destinés au partage. Gratuitement. Et chaque semaine, des délégations internationales venant du Japon, de l’Inde, de la Suisse, de l’Australie, du Chili, du Brésil, et de bien d’autres, franchissent les portes de Todmorden pour s’inspirer de son expérience. Du coup, l’économie du tourisme est en pleine expansion.

La promotion d’une alimentation locale

Mais, commençons par le début, au moment où origine l’idée de créer des jardins potagers collectifs.

En 2008, la petite ville de 14 000 habitants, à proximité de Manchester, se retrouve en pleine crise économique et sociale. Désindustrialisée depuis les années 1970, le secteur immobilier s’effondre à son tour. Les entreprises locales ferment. Le taux de chômage grimpe. L’économie agonise. L’obésité et la malbouffe règnent. La délinquance fleurit. La dépression aussi. Ses habitants la désertent.

Trois femmes ont l’idée de créer un «réseau de jardinage», Incredible Edible, pour que leurs concitoyens puissent planter et récolter localement une nourriture fraîche et de saison. Une élue locale, Pamela Warhust, propose d’utiliser les espaces verts publics. Chaque citoyen est invité à participer aux plantations et à l’entretien des potagers qui vont rapidement se multiplier à travers la ville car chaque habitant est invité à entretenir un «bed», un espace de plantation. Au début, une soixantaine de personnes se joignent au mouvement. Il n’y a pas que des adultes comme volontaires, des enfants aussi! Avec le temps, le mouvement prend une ampleur insoupçonnée.

Lorsque vient le moment de récolter les fruits du travail collectif, chacun peut cueillir tout ce dont il a besoin. Puis, l’expérience du partage évolue. Des tâches sont confiées à des spécialistes. Par exemple, des apiculteurs gèrent les ruches récemment implantées. Le principe de base toutefois reste inchangé : tous les citoyens peuvent bénéficier des productions de miel.

Aujourd’hui, la ville s’est transformée en verger et potager à la disposition de tous. Le mot qu’on lit en y entrant, et inscrit devant les plantations est : share, partager. «Servez-vous, c’est gratuit.» Plus de 70 sites de plantation urbains fournissent fraises, petits pois, pommes, cerises, aromates, fenouil, carottes et oignons …

Ainsi, à Todmorden, on peut voir des légumes pousser devant le commissariat de police, la caserne des pompiers, ou sur les gazons de l’hôpital, à la gare, dans des bacs posés sur les trottoirs. Une charmante et ingénue initiative.

De plus, chaque école a sa plantation. Les enfants apprennent à jardiner. Ils participent ainsi à l’approvisionnement des cantines.

Le tissu social s’est reformé, la criminalité diminue d’année en année!

Un potager ouvert à tous, gratuit? N’était-ce pas ouvrir la porte au vandalisme, à l’abus?

Bien au contraire, le tissu social s’est reformé, les relations humaines se sont améliorées. La solidarité existe, un mot qu’ils expérimentent. Selon les statistiques, la criminalité diminue d’année en année.

Sans doute faut-il voir dans cette expérience un nouveau sens à la vie et aux relations que les gens découvrent? Avant, ils étaient peut-être méfiants, maintenant ils sont plus ouverts.

L’économie locale a pris de l’expansion. Quel économiste aurait pu prévoir un tel résultat en 2008, sinon celui de condamner la ville à une stagnation de plus en plus dégradante?

Peu à peu les gens retrouvent leur autonomie. L’éducation, l’économie et la collectivité semblent ici indissociables. Bien sûr, tout n’est pas terminé. Il reste encore beaucoup à faire. Le changement d’attitude des gens, leur vision élargie, voilà le grand gain humain.

Il est bon de savoir que la ville de Todmorden voit aujourd’hui des familles revenir s’y installer. Se lover dans son nid.

Une inspiration pour les élus

Le prince Charles visitait récemment Todmorden qu’il soutient fortement dans son projet. Une expérience qui sort de l’utopie pour devenir une nouvelle réalité. Est-ce la voie de demain? Une des voies? Il faudra bien qu’on se tende la main entre nations un jour ou l’autre plutôt que de se détruire!

Donc, tel que mentionné plus haut, partout aux quatre coins du monde, naissent des «incroyables comestibles.»

De plus en plus d’élus appuient une telle initiative. C’est même bénéfique pour leur image.

À Versailles, par exemple, le maire est un allié du projet. Dans plusieurs villes françaises, des structures se mettent en place.

Certes, certains analystes pourront critiquer la fragilité de cette initiative, y trouver des failles sur le plan de l’économie et du sens de la propriété, des limites de la collectivité, mais qu’importe, enfin, une bougie est allumée qui permet de voir quelque chose de bon dans la nature humaine. Il ne faut pas détruire cette sorte de semence, il faut plutôt l’aider à mieux s’épanouir.

Carolle Anne Dessureault

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

4 pensées sur “Les «incroyables comestibles» de Todmorden : gratuit et élevant!

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    13 juin 2013 à 7 07 08 06086
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    thank you for your wonderful observations, and for telling our story
    warmest regards from Todmorden

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    13 juin 2013 à 9 09 53 06536
    Permalink

    Je suis heureux que vous en communiquiez la nouvelle. Il y a des alternatives à notre genre de vie actuelle. La mondialisation a échoué, le libéralisme est en faillite, le consumérisme un pis-allé. Donc nous devons nous adapter en choisissant de nouvelles façons de vivre ensemble, Todmorden est un bon départ.

    Je vous conseil d’aller voir le site Ville en transition si vous ne le connaissez pas.
    villesentransition.net

    Des idées nouvelles et positives pour une nouvelle humanité!

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    13 juin 2013 à 11 11 16 06166
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    Je ne sais si vous l’avez remarqué. les commentaires empiètes souvent sur la fin des textes .

    Voila une idée qui pourrait changer le monde, sans violence et qui vaut la peine d’y consacrer de l’énergie !

    Mon grand-père disait: « Tu peux chialer sur tout et sur rien ou tu peux chercher des solutions et passer a l’action  »

    En voila un bel exemple !

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