LES MYSTÈRES AURIFÈRES ENFIN DÉVOILÉS

Bibeau.robert@videotron.ca    Éditeur.     http://www.les7duquebec.com

 

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Questions légitimes

 

Nous avons reçu ces questions dans notre boite aux lettres récemment : « Je cherche à comprendre comment s’est réalisé le renchérissement dramatique de l’or. En mars 1967, le lingot valait 5555 francs ou 847 €. Il vaut actuellement 37 750 €, la hausse est de 4 457 %, à qui profite le crime ? Pourquoi existe-t-il une inflation continuelle ? Pendant cette période la pauvreté s’est aggravée, les pauvres sont de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux et les riches de plus en plus riches. Y aurait-il un lien de causalité ? Est-ce à rapprocher de 2008 et de la crise des subprimes qui a eu le même effet ? Et le FMI et la Banque Mondiale n’est-ce pas une arnaque des pays riches contre les pays pauvres ? » (1)

 

Amorçons notre réponse par ces interrogations à propos du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale. Nous complèterons en traitant de la question de la valeur de l’or et des monnaies qui est de toute façon liée à la précédente.

 

Les organismes de la gouvernance internationale impérialiste

 

Le FMI et la Banque Mondiale ont été constitués à la fin de la Seconde Guerre mondiale dans le cadre d’une entente appelée les Accords de Bretton Woods (1944). Ce sont des ententes mises sur pied par le grand capital financier occidental pour l’assister dans son expansion mondiale (vers l’Asie et l’Afrique), afin de mettre les bourgeoisies nationales de ces pays « émergents », ainsi que celles des pays qui seraient bientôt en reconstruction (Europe), sous la botte du grand capital multinational. Le FMI et la BM ont été créés en tant que pendant financier de l’OTAN sur le plan militaire, de l’ONU sur le plan politique, et du CPI sur le plan juridique. Le tout constituant une structure de gouvernance chargée d’organiser l’hégémonie de la première économie capitaliste sur l’ensemble de l’impérialisme mondialisé.

 

Ces organismes financiers internationaux, inféodés à la classe capitaliste occidentale, étaient du type « police du fric » et leur mission spécifique consistait à forcer les bourgeoisies nationalistes des différents pays pseudolibérés (2) à rejeter le fardeau de la crise économique d’après-guerre sur le dos des classes ouvrières, paysannes et petites-bourgeoises nationales (ce qui comprenait les petites bourgeoisies eurocommunistes ainsi que d’autres comme ces communistes indonésiens que Soekarno le « non-aligné » fera exécuté, etc.). Les armées alliées avaient ordre de soutenir militairement cette stratégie économique adossée au Plan Marshal étatsunien. L’équivalent du Plan Marshall sera mis sur pied du côté soviétique.

 

C’est par cette stratégie tous azimuts – planifiée depuis l’Occident par la puissance impérialiste américaine (et par l’URSS du côté du Comecon) que le grand capital international assura son expansion finale sur l’ensemble de la planète, prenant pour l’occasion les noms de « mouvement de décolonisation et de lutte de Libération nationale antiimpérialiste, et de Révolution de démocratie nouvelle » (sic), c’est-à-dire, un mouvement de libération des anciennes puissances impérialistes européennes remplacées par le duo É.-U. – URSS. Ce à quoi la Chine « maoïste » allait bientôt s’opposer, réclamant sa part du gâteau des pays capitalistes « non alignés » dans l’esprit de Bandung et de la Tricontinentale (3). Les guerres de Corée et du Vietnam ne furent rien d’autre que le résultat de cette concurrence entre grandes puissances pour recruter les bourgeoisies nationalistes des pays en voie de développement, que l’on appelle maintenant pays « émergents ».

 

Pendant cette période trouble sur le plan économique et politique

 

Le FMI, la BM et d’autres organisations financières internationales avaient pour tâche de soutenir et de maintenir le taux de profitabilité du grand capital international pas exclusivement étatsunien, mais de tout le capital international imbriqué en un tout concurrentiel globalisé, ce que les altermondialistes, les « démondialisateurs » et les euros sceptiques découvriront cinquante années plus tard. Ne pas oublier qu’à cette époque l’impérialisme était en pleine expansion, d’abord vers l’Amérique latine et vers l’Asie, et ensuite vers l’Afrique. Maintenir le taux de profitabilité se révéla une tâche impossible à réaliser. Les lois inhérentes au mode de production capitaliste empêchaient l’atteinte de cet objectif de produire toujours plus de plus-value pour assurer la profitabilité des investissements en utilisant de moins en moins de capital variable – vivant – unique source de plus-value, et c’est ici que nous allons aborder la question de l’or international et des monnaies nationales.

 

Les Accords de Bretton Woods (4) régulaient strictement l’échange des monnaies, dont la « monnaie » universelle – l’or – que les capitalistes internationaux avaient la prétention de contenir et d’asservir. Ainsi les Accords prévoyaient que le dollar américain serait de facto la monnaie privilégiée du commerce international, mais à la condition que cette devise soit convertible en « quasi-devise » or. Cependant les Américains, entrevoyant les problèmes, exigèrent que cette convertibilité soit fixée à 35 dollars US l’once d’or. L’économie mondiale s’accroissant, le commerce mondial se démultipliant, alors que la quantité d’or sur le marché n’augmentait pas assez rapidement, le déficit commercial étatsunien eut tôt fait d’emporter les réserves fédérales américaines (comprenant l’or allemand stocké à Fort Knox). En 1971, le Président Richard Nixon baissa les bras et décréta que le dollar n’était plus convertible en or et que la valeur de la devise américaine allait désormais flotter au gré des marchés boursiers, ce qui de facto libérait la valeur de l’or qui retrouvait (ce qu’elle n’avait jamais perdu en réalité) son rôle de monnaie de réserve internationale. S’en suivit un renchérissement de la valeur de l’or (valeur refuge) qui ne finit plus de gonfler telle une baudruche, ce qui devrait se poursuivre jusqu’à la prochaine grande dépression.

 

La monnaie de réserve – la monnaie or

 

Dans une économie de marché, de types capitaliste ou soviétique, le rôle d’une monnaie est toujours de faciliter les échanges de marchandises. Une monnaie sert d’intermédiaire entre les marchandises en représentant adéquatement le quantum des forces de travail utilisées (investi) dans la production d’une marchandise, et la somme de toutes les marchandises disponibles sur le marché. La quantité de monnaie en circulation ne devrait jamais dépasser la valeur sociale totale des marchandises disponibles (produites) sur les marchés, sinon la monnaie sera dépréciée – c’est l’inflation – ou la valeur des marchandises va s’effondrer – c’est la déflation –. La surquantité de dollars, y compris sous forme de crédits (qui n’est que l’anticipation d’une valeur à réaliser), répandue sur les marchés est telle que la valeur du dollar, et des autres monnaies comme l’euro et la livre sterling, périclite alors que l’or, la quasi-monnaie de réserve de plus en plus rare (relativement) grimpe en flèche. Ce que notre correspondant constate en observant les indices boursiers.

 

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De plus en plus de dollars (d’euros et de yens et de yuans) sont à la poursuite d’un stock d’or limité. Attention toutefois, la valeur de l’or monte relativement à la valeur des devises qui descend, ceci signifie qu’il faut de plus en plus de dollars (euros, livres, francs, yuans) sans valeur pour acheter une once d’or ! Est-ce vraiment un renchérissement de la valeur de l’or ou un dépérissement inflationniste de toutes les monnaies ?

 

Pour conclure

 

Que devons-nous conclure de tout ceci ? La montée de la valeur relative de l’or signifie que la crise systémique du capitalisme s’intensifie et qu’elle entrainera un immense krach boursier international – les indices boursiers soufflés se réajustant à la valeur réelle de la quantité de force de travail social réellement investi, valorisée et spoliée aux ouvriers –. C’en sera fini alors des hyperprofits bidon issus de la spéculation boursière, immobilière et aurifère. Ceci ne sera que le premier acte de la tragédie des milliardaires et des millionnaires en faillite. Suivront la dévaluation de toutes les monnaies – la déflation – le chômage de masse – les fermetures d’entreprises, les technologiques et les banques en premiers, les autres par la suite. Sauveront une partie de leurs acquis – mal acquis – ceux qui auront stocké de l’or physique (5), dont les cours, s’envoleront. Le capital mondial atteindra des niveaux de concentration incroyable – des millions de riches perdront leur fortune de pacotille, et seuls en réchapperont ceux qui possèderont des réserves d’or, mais à une condition cependant !  À la condition que cette très Grande Dépression ne donne pas lieu au renversement du mode de production capitaliste – et à son remplacement – et que ce système moribond se maintienne sur les lieux de son crime, redonnant au marché, à l’or, et à l’esclavage salarié leurs valeurs d’antan. Pour ceux qui ne le savent pas, les capitalistes russes et chinois sont les premiers producteurs et les premiers thésaurisateurs d’or au monde. Quelles puissances impérialistes selon vous sortiront vainqueurs de ce bras de fer monétaire ?

 

China gold reserve stock (creative concept): golden bars (ingots, bullions) are covered with flag in the storage (treasury) as symbol of national gold and foreign currency reserves (gold holdings), financial health (stability) of state, economic growth, stabilization fund

 

Si après cette autre crise tout redevient comme avant, tout recommencera comme d’antan (après la Première et la Seconde Guerre mondiale). Il appartiendra au prolétariat révolutionnaire international de faire en sorte de trancher le nœud gordien et de construire un nouveau mode de production non marchand. De grâce toutefois, tenez loin de nous cette gauche bourgeoise sectaire, dogmatique et réformiste qui ne comprend rien à tout ce cirque.

 

 

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(1)    La finalité du mode de production capitaliste http://www.les7duquebec.com/7-au-front/217913/

(2)    Hormis ceux de l’Est, l’URSS et les pays du bloc de Varsovie ne s’intègreront pas directement aux Accords de Bretton Woods, ils le feront indirectement, via le marché international et le trafic des devises.

(3)    http://www.les7duquebec.com/7-au-front/non-alignes-tricontinentale-60ieme-anniversaire-22/

(4)    http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-invites/la-mondialisation-33/

et http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-invites/mort-et-resurrection-du-veau-dor-americain/

(5)    Nous spécifions « l’or métal », car les boursicoteurs et les banksteurs ont depuis quelques années imaginés un stratagème frauduleux qui consiste à émettre des « papiers à Ordre » (or), des parchemins qui ne valent pas le support sur lesquels ils sont libellés.

 

7 pensées sur “LES MYSTÈRES AURIFÈRES ENFIN DÉVOILÉS

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    28 juillet 2016 à 2 02 47 07477
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    bonjour Monsieur, vous vous trompez complètement, il ne s’agit pas du prix de l’Or qui augmente mais du prix du papier monnaie qui augmente. L’Or ne faisant que rattraper ce dernier. D’ailleurs il viendra un jour où le papier monnaie ne vaudra plus rien et c’est la véritable raison pour laquelle ILS veulent supprimer purement et simplement la monaie
    A vous lire
    Heerjeff

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      28 juillet 2016 à 7 07 35 07357
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      @ Heerjeff

      Il y a comme une contradiction dans ton assertion. Tu dis que c’est le « prix » du papier monnaie qui augmente et que le « prix » de l’or MONTE lui aussi. Puis tu déclares qu’un jour le papier monnaie ne vaudra plus rien… à force de voir son « prix » augmenter ?????

      Je ne te suis pas bien dans ton raisonnement.

      Je te conseil de bien réfléchir à la différence de sens entre le mot « prix » et le mot « valeur » qui sont très différent. Et de réfléchit à l’application de ces deux concepts dans le cas de la marchandise OR et de la marchandise PAPIER MONNAIE qui sont effectivement deux « marchandises » en économie politique capitaliste.

      Tu déclares ensuite que ILS veulent supprimer la « monnaie » ce en quoi tu as raison en un sens.
      Ce qu’ILS veulent supprimer c’est le symbole « papier » et pièces de monnaie – la représentation physique (le papier et les pièces de monnaies encombrantes et couteuses à manipuler).

      En effet la « monnaie » (L’argent – le moyen d’échanges monétaire) continuera d’exister mais elle n’aura plus l’apparence qu’on lui connaît (papier ou pièces de monnaie) la « monnaie = l’argent = la devise » aura l’apparence d’une carte de crédit et les fonctions d’une carte de crédits électroniques = de fait la carte de crédit actuelle joue déjà ce rôle de permettre les échanges et elle est déjà une forme de monnaie

      Bref, ILS songent simplement à étendre l’usage de la carte de crédit MONNAIE-ARGENT à tout, partout, en tout – éliminant le papier et les sous.

      Ce qui retarde l’opération dans des pays comme le Canada c’est la généralisation des moyens de communication personnelle Internet relié aux banques. Avec un petit gadget que l’on branche à son téléphone portable tout un chacun pourra acheter et vendre même dans une vente garage ou sur la rue entre deux amis. Alors la monnaie papier sera retiré du marché mais pas la « MONNAIE » = support abstrait du marché – cette « monnaie » aura l’apparence de votre carte de crédit électronique actuelle.

      Avantage subsidiaires de l’opération, la banque pourra désormais prendre sa cote même quand vous vendrez votre vieille chaise de bébé à votre voisine et la banque pourra signaler que Monsieur B qui touche l’assurance chômage reçoit à tout moment des montants (de l’argent électronique – une paye électronique) d’une usine ou de nombreux particuliers où apparemment il rend des « services » et tout le reste.

      Pour les milliardaires, propriétaires de la banque en question, – la banque conservera précieusement ses renseignements confidentiels – secret bancaire – vous comprenez.

      Robert Bibeau Éditeur. http://www.les7duquebec.com

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    28 juillet 2016 à 13 01 27 07277
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    Robert
    Ci dessous un de mes articles sur la question de septembre 2009 sur la question du rôle de l’or.

    OR et dollar les reliques de la barbarie capitaliste

    « Avec le développement du système de crédit, la production capitaliste cherche continuellement à lever cette barrière de métal, cette barrière à la fois matérielle et imaginaire de la richesse et du mouvement de celle-ci, mais revient toujours se buter la tête contre ce mur. Dans la crise on voit se manifester cette revendication: la totalité des lettres de change, des titres, des marchandises doit pouvoir être tout d’un coup et simultanément convertible en argent bancaire et tout cet argent à son tour en or. « K. Marx, Le capital,T.III, chap. XXXV .p. 607, ed. Moscou)

    Aux dernières nouvelles, alors que le dollar rechute à son plus bas niveau depuis un an, l’ or la relique barbare comme devait l’ appeler Keynes vient de franchir les 1000 dollars l’ once1. Tout laisse à penser que la relique barbare est de nouveau devenue la valeur refuge la plus sécurisante, un moindre mal, face à son ombre le dollar qui n’est plus « qu’un chiffon de papier ».

    Si la référence à l’or était, le plus grand signe de richesse d’un état à l’époque du mercantilisme, époque encore sous la domination de rapports féodaux et du capitalisme marchand et commercial; celui ci fut progressivement abandonné du fait du développement du capitalisme industriel qui exigeait pour son expansion d’importantes liquidités. Mais ce ne fut pas la seule raison, les tricheries et altérations sur le poids de la monnaie or étaient nombreuses. En effet dans sa fonction de moyen de circulation, l’or était devenu numéraire et dés lors il fut monnayé selon l’ étalon de la monnaie de compte. Des pièces d’or étaient mises en circulation selon un certain poids d’or livre sterling, shilling, etc, sous la forme de numéraire. L’état qui venait à peine de sortir des langes du féodalisme, décida de frapper la monnaie. Seulement, comme en témoigne le texte ci dessous, la contradiction entre l’ or trésor et l’ or numéraire sera l’objet de tricherie.

    « Jacob estime que, par suite du frai, sur 380 millions de livres sterling existant en Europe en 1809, en 1829, soit en vingt ans, 19 millions de livres sterling avaient complètement disparu 2. Si donc la marchandise sort de la circulation dès le premier pas qu’elle fait pour y entrer, le numéraire, lui, après avoir fait quelques pas dans la circulation, représente plus de teneur métallique qu’il n’en contient. Plus le numéraire circule longtemps, la vitesse de circulation restant constante, ou encore, plus sa circulation devient active dans le même laps de temps, plus son existence fonctionnelle de numéraire se détache de son existence métallique d’or ou d’argent. Ce qu’il en reste est magni nominis timbra [l’ombre d’un grand nom]. Le corps de la monnaie n’est plus qu’une ombre. Alors que le procès la rend plus lourde à l’origine, il la rend maintenant plus légère, mais elle continue de valoir dans chaque achat ou vente isolés la quantité d’or primitive. Devenu un souverain fantôme, un or fantôme, le souverain continue à remplir la fonction de la pièce d’or légitime. Alors que les frictions avec le monde extérieur font perdre à d’autres leur idéalisme, la monnaie s’idéalise par la pratique, son corps d’or ou d’argent devient pure apparence. Cette deuxième idéalisation de la monnaie métallique, opérée par le procès de circulation lui-même, ou, encore, cette scission entre son contenu nominal et son contenu réel, est exploitée en partie par les gouvernements, en partie par les aventuriers privés, qui se livrent aux falsifications les plus variées de la monnaie. Toute l’histoire de la monnaie, du commencement du moyen âge jusque bien avant dans le XVIII° siècle, se ramène à l’histoire de ces falsifications d’un caractère double et antagonique et c’est autour de cette question que tournent en grande partie les nombreux volumes de la collection des économistes italiens de Custodi. » (K. Marx, Contribution à la critique de l’ économie politique ed.sociale,p. 77-78 )

    Mais cette falsification, ne devait pas suffire, elle va même se perfectionner par rapport à l’ ancien régime, comme dans l’ ancien régime il est nécessaire de lever des impôts et taxes en tout genre sur le citoyen en procédant à l’ éternel affaiblissement de la monnaie. Avec le billet de banque, l’ ombre de l’ or comme le dira Marx, l’ altération des monnaies métalliques recula quelque peu. Ce ne fut point d’un point de vue moral ou religieux, mais tout simplement parce que les gouvernements trouvèrent des moyens plus perfectionnés pour pomper le citoyen. Ce moyen fut le remplacement de la monnaie métallique par le papier monnaie. Avec le papier monnaie on retirait à la monnaie toute valeur intrinsèque, en cas de surémission de celle-ci, on avait cet avantage sur l’ or que son étoffe et sa valeur monétaire pouvait perdre la totalité de sa valeur, alors que sous le métallisme la valeur ne pouvait se déprécier que du montant de la différence entre la valeur intrinsèque de son étoffe et sa valeur monétaire, alors que le papier monnaie peut perdre toute sa valeur.

    Un bref rappel historique

    Si en 1609 les banques d’ Amsterdam remplacèrent la monnaie métallique par des billets de banque qui n’ étaient, que des certificats de dépôt en or; ceux ci ne pouvaient être considérés comme monnaie, mais comme de simple titre de propriété sur de l’ or. Nous pouvons dire que le billet comme monnaie symbole prend véritablement naissance en 1656 , initiative prise par Johan Palmstruch fondateur en 1657 de la Banco de Stockholm (banque de Suéde). Il fit imprimer des billets sous le nom de « Kreditivsedlar » une unité monétaire de ( papier crédit). La banque très rapidement eut des problèmes à cause de l’impression d’un trop grand nombre de billets de banque. Palmstruch fut porté en Cour, retenu responsable des dommages et condamné à la prison ( le Madoff de l’ époque). En France,la banqueroute du financier Law3 en 1720 et l’ expérience frauduleuse des assignats de la révolution , qui avait gagé les biens du clergé devenus biens nationaux ne fit que renforcer la méfiance vis à vis de la monnaie papier.

    Cette méfiance vis à vis du papier monnaie, aujourd’ hui le dollar, explique l’ engouement pour la relique barbare, « le vrai argent » qui tout au plus ne vaut en réalité « que le temps de travail socialement nécessaire à son extraction ». Ce qui veut dire en clair, que la hausse vertigineuse du prix de l’ once d’or, au dessus de sa valeur aura un atterrissage brutal dés qu’une autre valeur refuge se présentera comme plus sécurisante et rentable.

    La hausse du cours de l’ or est particulièrement intéressante pour les états endettés, ceux ci peuvent de temps en temps vendre ou louer une partie de leur stock d’or à des prix inespérés en prenant bien garde de ne pas faire tomber les cours, mais en maintenant une fluctuation haussière de ceux-ci, Le Figaro ne parle t’il pas d’une once d’or à 2000 dollars pour bientôt. , quant au Gold Anti-Trust Action Committee (GATA), il déclare que la stratégie de manipulation du prix de l’or par le gouvernement américain a commencé à échouer. Le GATA pense , qu’il y a un plan d’ étouffement du prix de l’ or, visant à cacher une mauvaise gestion du dollar américain, afin que celui-ci conserve son statut de monnaie de réserve mondiale.

    Il y a en apparence du vrai dans la réflexion du GATA, mais la raison des ventes et prêt d’or est bien plus motivée par le désir que l’ argent doit rapporter de l’ argent et en système capitaliste on ne s’ assoie pas sur son tas d’or, on cherche à le valoriser en permanence. Donc il parfaitement normal que les banques centrales vendent de l’ or quand il y a un pic du prix de l’ once. Par contre ce qui est plus original et qui porte à réflexion, c’ est le « carry trade d’or ». Comme tous les « carry trade » il s’ agit de jouer sur des différentiels, ici une banque centrale prête son or à un très faible taux, à une banque amie qui se charge de mettre cet or sur le marché. La vente de l’ or étant réalisée les fonds recueillis sont alors placés dans des fonds plus rémunérateurs ( type emprunts d’ état).

    L’ affaire est particulièrement juteuse, quand le loyer de l’ or est déduit, les rendements sont de 3% à 4%, un bon pécule. Seulement le prêt d’ or se négocie pour une certaine durée ( un mois à dix ans) et à échéance il faut restituer l’or physique. Si le cours de l’ or triple au moment ou il faut restituer l’ or , il est bien évident que nos banques se retrouveront avec une difficulté de plus. Selon les rumeurs 15 000 tonnes d’or auraient été prêtées. Il n’ est donc pas de l’ intérêt des banques de laisser s’envoler au delà d’ un certain seuil le cours de l’once d’or.

    A partir de la il est possible d’imaginer divers scénarios, quand l’ or emprunté refluera vers les banques centrales, celles ci pourront alors le vendre de nouveau à un bon cours, tout en faisant baisser les cours en fonction de la masse d’ or mise sur le marché, ce qui provoquera un effondrement du prix de l’or à la grande satisfaction des banques emprunteuses et aux détriments de ceux qui pensent que l’ or va atteindre le nirvana.

    A l’ approche du G2O à Pittsburg, le ministre des finances chinois à fait publier dans le « Wall Street Journal » une lettre ouverte, félicitant B Bernanke pour sa reconduction. Mais passé les politesses, la lettre prend l’ allure d’un avertissement elle accuse des politiciens irresponsables de vouloir monétiser la dette « Nous avons donc décidé de protéger nos avoirs en dollars et d’ acheter de l’ or ou des matières premières dont les cours monteront si le dollar baisse » indique la lettre ( voir La Tribune du 11 septembre 2009 p.9) . Tout laisse à penser que nous entrons dans une nouvelle phase de la crise dont Marx disait:

    « C’est là la phase particulière des crises du marché mondial que l’on appelle crise monétaire. Le summum bonum [le bien suprême] que, dans ces moments, on demande à grands cris comme l’unique richesse, c’est l’argent, l’argent comptant, et toutes les autres mar­chandises, précisément par ce que ce sont des valeurs d’usage, semblent auprès de lui inutiles, des futilités, des hochets, ou encore, comme dit notre docteur Martin Luther, simples parures et ripailles. Cette brusque conversion du système de crédit en système monétaire ajoute la crainte théorique à la panique pratique, et les facteurs de la circulation frémissent devant l’impénétrable mystère de leurs propres rapports économiques 4. » (K.Marx, Contibution à la critique de l’ économie politique, ed.sociale ,p.109)

    G.Bad 19 09 2009

    Notes
    1-1 once d’or pèse 28.3499 grammes ou encore 141.7498 carats.

    2- W. JACOB : An Historical Inquiry into thé Production and Consumption of the Precious Metals, Londres, 1831, vol. IL chap. XXVI, [p. 322].

    3-John Law, protestant écossais émigré en France avait émis dés 1705, l’ idée que le papier monnaie est bien supérieur aux métaux précieux comme instrument d’ échange à condition d’ en gager l’ émission sur des terres.

    4 Boisguillebert, qui voudrait empêcher les rapports de production bourgeois de se cabrer devant les bourgeois eux-mêmes, marque, dans ses idées, une prédilection pour les formes de l’argent où il n’apparaît qu’idéalement ou de manière fugitive. Ainsi avait-il fait pour le moyen de circulation. Ainsi fait-il pour le moyen de paiement. Ce qu’une fois encore il ne voit pas, c’est le passage immédiat de l’argent de sa forme Idéale à sa réalité extérieure, c’est que la mesure des valeurs, imaginée seulement, recèle déjà le dur argent à l’état latent. Le fait, dit-il, que l’argent est une simple forme des marchandises elles-mêmes apparaît dans le grand commerce, où l’échange s’effectue sans intervention de l’argent après que « les marchandises sont appréciées ». (Le détail de la France, ibid., p. 210.)

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      28 juillet 2016 à 16 04 12 07127
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      Merci Œil de Faucon de partage cet excellent article avec nous.

      Une remarque parmi d’autres TU écris « « que le temps de travail socialement nécessaire à son extraction ». Ce qui veut dire en clair, que la hausse vertigineuse du prix de l’ once d’or, au dessus de sa valeur aura un atterrissage brutal dés qu’une autre valeur refuge se présentera comme plus sécurisante et rentable. »

      De fait l’or – métal vaut le temps de travail socialement nécessaire à son extraction ET À SON AFFINAGE ET TRAITEMENT POUR EN FAIRE UN LINGOT OU AUTRE CHOSE.

      L’or a connu des chutes mais il a toujours remonté plus haut que sa valeur d’avant sa chute TOUJOURS et il en sera ainsi tant que nous vivons sous le mode de production capitaliste. C’est ce mode de production mercantile – marchand – fondé sur la loi de la valeur comme l’écrivait MARX qui done à l’Or – le symbole fétiche de la valeur – son rôle et sa mission de GRIGRI de l’économie politique capitaliste.

      Robert Bibeau. Éditeur http://www.les7duquebec.com

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  • Ping :Les mystères aurifères enfin dévoilés | Réseau International

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    1 août 2016 à 2 02 56 08568
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    Grave erreur:

    « ce qui comprenait les petites bourgeoisies eurocommunistes ainsi que d’autres comme ces communistes indonésiens que Soekarno le « non-aligné » fera exécuté, etc. »

    Ce n’est pas Soekarno qui a fait éxécuter les communistes mais le général Soeharto, après le coup d’Etat contre son prédécesseur Soekarno le 30 septembre 1965, soit disant pour contrer un coup d’Etat du parti communiste! Soekarno qui était en effet non-aligné (Conférence de Bandung en 1955) avait créé un gouvernement « d’union nationale » comprenant nationalistes, socialistes, communistes, libéraux, islamistes… On sait aujourd’hui que c’est la CIA via son ambassade américaine qui a fomenté, financé et conseillé le général Soeharto pour dégager Soekarno, soit disant pour éliminer la menace communiste, mais surtout pour éradiquer ce pays « non-aligné » et les faire rentrer sous le giron euro-atlantiste. Le coup d’Etat donnera lieu a l’interdiction du parti communiste (interdiction toujours en vigueur en 2016) ainsi qu’au massacre de 500000 a 1million de communistes, journalistes, intellectuels et… Indonésiens d’origine chinoise.

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      1 août 2016 à 6 06 50 08508
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      @ Anthony

      Je ne crois pas que ce soit UNE GRAVE ERREUR que j’ai commise. Je te concède que c’est Soeharto, le général, piloté par la CIA qui a commandé les exécutions. C’est vrai.

      Mais le point que je présente dans ce texte est à l’effet que le NON-ALIGNEMENT est une fumisterie – une impossibilité. Sous le mode de production capitaliste chaque pays et aligné en faveur du capitalisme – sous la bannière américaine, russe, européenne, chinoise, japonaise, etc.

      Soekarno flirtait un peu trop avec les chinois ET LES RUSSES avec sa coalition nationale qui de fait assurait le pouvoir à une faction de la bourgeoisie indonésienne… L’autre faction qui souhaitait rester alignée sur les USA a donc mener un coup d’État – prouvant comme je l’ai écrit que le NON – ALIGNEMENT EST UNE IMPOSTURE, une impossibilité dans une société de classes.

      Merci beaucoup de votre commentaire
      Robert Bibeau Éditeur http://www.les7duquebec.com

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