Les poupées femmes

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Il existe des femmes poupées. Il existe aussi des poupées femmes.

Il existe des hommes qui rentrent de leur travail pour retrouver dans leur salon un rassemblement féminin en silicone, beauté et perfection garanties, installées lascivement dans des fauteuils ou debout, suggestives, abandonnées, offertes. C’est selon les critères et fantasmes du client. Des poupées femmes imitation chair apparence satisfaisante.  Certains hommes arrivent même à les percevoir vivantes ! Pour le coeur, pas de mouvement, aucun risque d’être blessé ou confronté par ces présences artificielles, mannequins sexuels grandeur nature destinés à simuler le corps entier ou une partie pelvienne ayant un ou plusieurs orifices, soit vagin, anus ou bouche, pour permettre la pénétration.

Les modèles sont variables. Il y en a pour tous les goûts : beautés classiques ou lascives, provocantes ou infantiles, sages ou vulgaires.

Le phénomène n’est pas nouveau. Déjà à la fin des années 1930, la production artisanale cédait le pas à l’industrialisation. Les équipages sous-mariniers, particulièrement de l’Allemagne et du Japon, bénéficiaient de ces objets sexuels. On les appelait « Sexy Dolly » ou « Little Betty ». À cette époque, les poupées venaient en vinyle et latex  et ressemblaient peu au corps d’une femme. De nos jours, le produit est de meilleure qualité et beaucoup plus cher. Les mannequins sont moulés et réalisés à partir de silicone, modelés sur de vraies femmes et avec de véritables cheveux. Squelettes flexibles en métal permettant de les placer dans des positions variées en vue d’actes sexuels. Notons que ces mannequins pèsent deux fois moins qu’un corps humain de taille comparable.

Tout n’est pas parfait dans le meilleur des mondes de l’apparence. La passivité des poupées sexuelles peut gêner. Des constructeurs de ces produits rêvent de passer à la création d’humanoïdes sexuels. Au Japon, il y a un marché viable pour les friands de technologie et de jouets sexuels : les nerds otakus. La poupée peut être louée à 90 euros pour 90 minutes, ou achetée à 4 500 euros, sans compter le prix des vêtements achetés par le client ou loués en même temps que la poupée. Des clients donnent même un bain à leur poupée femme pour la réchauffer avant de passer à l’action ! Le marché est si fécond que certaines sociétés offrent leurs services 24 heures sur 24 et livrent à domicile. Aussi facilement qu’une pizza ou une tarte à la crème !

La demande est forte. L’offre aussi. Les créateurs-constructeurs de poupées femmes font de bonnes affaires, c’est certain.

On aura beau fabriquer une technologie hautement performante de l’amour, on ne pourra pas créer la tendresse, émouvoir un coeur, élever l’énergie intérieure par la plénitude. Ces ingrédients ne peuvent se mettre en boite.

Les marchands d’objets sexuels ont-ils l’impression de servir l’humanité de leur mieux en offrant des produits qui incitent à la facilité et à l’absence d’implication personnelle ? C’est ce qui m’attriste le plus en écrivant cet article.

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

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