l’évolution, une force vitale toujours en marche.

singe et chatCLAUDE BORDELEAU

L’évolution, Charles Darwin a, en 1859, établie les bases de cette théorie avec d’autres érudits de cette époque, tel Wallace et Lamarck. Aujourd’hui comment est-elle définie?

Selon le dictionnaire Le petit Larousse illustré édition 1995 : 1- transformation graduelle et continuelle. 3- Ensemble des changements subies au cours des temps géologiques par les lignées animales ou végétales ayant pour résultats l’apparition de formes nouvelles.

Wikipedia, lui la définie comme tout type d’un ensemble de modifications graduelles et accumulées au fil du temps, affectant un objet (planète, relief, océan, objet manufacturé etc.), un être vivant, une population, un système (climat, historique, économique, social) ou encore la pensée ou le comportement.

Pour les biologistes, l’évolution est la modification, au cours des temps, de groupes d’individus vivants, définies selon leurs différences, comme des espèces : c’est la différence morphologique et génétique que l’on observe d’une génération à l’autre, ce sont aussi les changements dans les effectifs, les aires de répartition et les comportements.

C’est cet aspect de changements comportementaux qui m’intéresse plus particulièrement, mais j’y reviendrai plus tard.

L’évolution est donc un phénomène vaste, très vaste, même universel. Depuis le Bing Bang que l’univers et tout ce qu’il contient est en continuel évolution. Depuis quelques milliers d’années l’homme a peu changé du point de vue biologique, remarquez que moi je fais parti des 20-25% d’adultes de l’espèce à avoir acquis la tolérance au lait; au néolithique tous les adultes étaient intolérants au lactose, comme tous les adultes mammifères. D’accord nous sommes encore loin de L’homo sapiens sapiens sapiens, mais l’évolution se fait pas à pas ne l’oublions pas! Par contre, dans notre façon d’être et d’influencer notre environnement, depuis 10,000 ans il y a eut quelques petits changements, et même si de nouvelles espèces végétales ou animales sont découvertes quasiment chaque jour, moi j’ai souvent l’impression que l’homme ne perçoit pas ces évolutions, comme s’il était la seule espèce sur terre à continuer d’évoluer.

Souvent le moteur le plus puissant de l’évolution semble être la faim. Des changements climatiques ou géologiques amènent de nouveaux environnements, les ressources alimentaires se raréfient et la faune n’a d’autre choix que s’adapter ou disparaître. C’est la théorie la plus acceptée que, en Afrique, il y a des millions d’années, de tels changements ont transformé la forêt, ou nos ancêtres primates vivaient une vie relativement facile, cette forêt leur fournissant une nourriture abondante et une protection contre les prédateurs, donc cette forêt a décliné, remplacer par une savane. Dans la savane peu ou pas de protection et les ressources alimentaires sont éloignées. Se sont ces nouvelles nécessités qui auraient poussé nos ancêtres a adopter la position debout et cette démarche bipède unique. La suite nous la connaissons. Sur ce chemin évolutif menant à l’espèce humaine d’aujourd’hui, l’homme subissait par la force des choses , mais au fur et à mesure que nous développions de nouvelles capacités, que l’ intelligence dépassait le simple instinct et permettait non seulement de prendre conscience de l’environnement, mais surtout de faire des choix par nous même. Pas seulement de s’adapter à l’environnement mais aussi d’adapter l’environnement à nous et à nos besoins. De fabriquer des armes, de contrôler le feu avec tous ses avantages, de domestiquer des loups pour devenir de meilleurs chasseurs, de domestiquer d’autres animaux pour leur lait ( c’est probablement a partir de là que mon évolution de buveur de lait a commencer!), leur laine ou leur viande. L’homme avait cessé de subir et décidait, dans une mesure de plus en plus grande, de son sort. Passant de chasseur-cueilleur aux résultats aléatoires à éleveur-cultivateur, plus efficace.

Je croyais, et ne suis certainement pas le seul à le croire, que notre lignée de primate était la seule a avoir développé de telles capacités. Mais est-ce vraiment le cas?

Nous étudions la faune et la flore depuis bien des années maintenant. Bien avant Darwin des chercheurs collectaient des spécimens, comparaient les morphologies, étudiaient les physiologies ou autres caractéristiques. Ils établissaient des classifications et essayaient de trouver leurs modes d’alimentations. Étudier des animaux dans des bocaux de formol ou empaillés ou en captivités limite toutefois assez les connaissances sur leurs comportements en milieu naturel.

Depuis quelques années des scientifiques passent des années dans les environnements de leurs sujets d’étude, pour étudier leurs comportements en les influençant ou les dérangeant le moins possible; ne citons que cette chercheuse extraordinaire qu’était Dian Fossey qui a littéralement dédié et donné sa vie à de telles recherches. Même les études des plantes, en utilisant des technologies de pointe, démontre la richesse et la complexité de ces organismes qui, loin d’être aussi végétatif que l’on pensait, interagissent entre eux et leurs environnements de façon très active. Ces observations nous présentent le monde sous un jour nouveau et ceux qui le peuplent n’ont pas fini de nous surprendre. Elles apportent un éclairage très différent sur des comportements, surtout au niveau certains primates, qui vont bien au delà de la routine métro-boulot-dodo du primate lambda.

Non seulement ces chercheurs ont-ils découverts que plusieurs espèces de primate utilisaient des outils, mais qu’ils les fabriquaient sur un site et les transportaient sur le lieu de leur utilisation, comme élaguer et préparer une baguette de la bonne dimension et apporter cette outil à une termitière éloignée, il y là préparation réfléchie, une préméditation certaine. D’autres utilisent des plantes pour se soigner, bien entendu plusieurs espèces d’animaux font de l’automédication; les chats et les chiens mangent du chiendent lorsqu’ils en rencontrent pour libérer leurs bronches ou leurs intestins selon la dose, plus au hasard des rencontres que de recherches délibérés. Mais les primates eux vont cueillir ces plantes, souvent loin de leur habitat normal, pour soigner différents maux et se débarrasser de parasites ou soigner des blessures. Il y a là connaissance des ressources et préméditation dans l’action Les gorilles, avec l’accès et l’usage efficace de cette pharmacopée naturelle, peuvent vivre jusqu’à 65 ans et en bien meilleur santé que nous.

 

Un documentaire de Jean-François Barthod, photographe animalier et intitulé: « Quand les babouins adoptent des chiens » nous amènent quasiment aux portes de la science fiction, On dit que la réalité dépasse la fiction; peut être est-ce le cas! Ce documentaire fut tourné en Arabie Saoudite, près de la ville de Taïf, ville de près de 600 000 habitants située dans les monts Sarawat, à une altitude de 1450 m, dans la région du Hedjaz. Elle est reconnue pour ses nombreuses colonies de singes vivant en parfaite liberté. Il est intéressant de noter, à ce point, que pour ces habitants, les singes sont considérés comme sacrés, contrairement aux chiens et aux chats considérés comme animaux impurs et rejetés. Les singes eux sont même nourris, surtout aux abords de la ville, tandis que certains vont même porter cette nourriture dans la montagne près de leur aire d’habitation en signe de respect. M. Berthod avait déjà documenté cette colonie de babouins Hamadryas il y a 10 ans. Pas un temps géologique, 10 ans! Mais des amis l’on informé qu’une situation complètement inattendue s’est créée durant cette période. Les chiens sauvages, et il y en a plusieurs meutes, sont les prédateurs de ces babouins. Autrefois élevés et utilisés comme gardiens de troupeau pendant des générations, maintenant rejetés par leurs anciens maîtres et amis, ils se sont regroupé en meutes et attaquent les singes, surtout lors des déplacements de ces derniers entre leur habitat et la ville.

Je disais plus tôt que la faim me semblait être le principal moteur de l’évolution; mais, est-ce que l’abondance peut déclencher des changements de comportements? Est-ce que d’avoir le ventre plein facilement et régulièrement libère ou active des fonctions cognitives et permet de trouver des solutions originales à d’anciens problèmes comme celui de la prédation?

En revenant filmer la même troupe de babouins, M. Barthod s’est rendu compte que des chiens et même des chats vivaient au milieu du groupe. Ils n’étaient pas seulement tolérés par les singes mais ceux ci les traitaient comme des singes, allant même jusqu’à jouer avec eux et, chose quasiment incroyable, allant jusqu’à les épouiller : comportement très important chez la société des hamadryas et normalement réservé aux membres de la famille. La société des babouins Hamadryas en est une de Harem, un mâle avec plusieurs femelles formant la famille, plusieurs familles forment un clan, plusieurs clans forment des bandes et les bandes forment le groupe, qui dans ce cas est estimé à environ 800 individus. Cela prend donc toute une organisation et des règles sociales bien établies et structurées pour maintenir la cohésion et la paix.

Mais d’où viennent ces chiens? Simple, on kidnappe les chiots de force! Le kidnappeur gardera le chiot près de lui avec une main de fer et lui inculquera les bonnes manières simiesques et rapidement le chiot agira comme un singe respectueux d’une hiérarchie différente de celle de la meute et reconnaîtra les différents signaux régissant la société des babouins. La nuit tombée, les chats dorment avec les babouins mais les chiens demeurent dans le périmètre externe, des chiens de gardes? Le matin le groupe part déjeuner en ville accompagné par une vingtaine de chiens. Chemin faisant une meute de chiens sauvages passent à l’attaque, les babouins fuient mais leurs alliés canins font face et contre-attaquent leurs congénères, des chiens combattent des chiens pour défendre des singes! Singulier, non? Le danger écarté, toute la bande hétéroclite de singes, chiens et chats arrivent au buffet libre-service gracieuseté des habitants de Taïf. Encore là, surprise! Tous mangent ensemble en parfaite harmonie ( j’ai déjà vu des cafétérias de Cégep avec pas mal plus d’agitation!), ce qui diverge du comportement normale des singes qui, dans des situations similaires, vont chasser les autres espèces pour ensuite manger et après, une fois repus, laisser la place. Ceux restés dans l’aire d’habitation ne sont pas en reste car des habitants se font un devoir de livrer à la porte, et là encore, singes, chiens et chats mangent en harmonie. Lorsqu’ un chacal attaque la colonie, encore là les chiens protègent les singes au péril de leur vie. Ce groupe a mis sur pieds une société mixte de trois espèces, du jamais vu! Bien sûr on l’a déjà vu!, je vois cela tous les jours, la plupart des occupants de mon immeuble possèdent des chats, et des dizaines de personnes promènent leurs chiens ou les utilisent pour leur protection.

En regardant ce documentaire j’ai remonté des milliers ou même des millions d’années en arrière et j’imagine très bien nos ancêtres hominidés kidnapper des louveteaux et lentement les transformer en amis et alliés développant des liens non seulement pratiques mais aussi affectifs; et ces milliers de générations humaines et canines ont créé des liens inscrit au niveau génétique tellement ils sont profonds. D’ailleurs certains scientifiques pense que les ancêtres de ces chiens de cette région ayant été si longtemps au contact de l’homme puis, se voyant rejeté et renié par lui, sont peut être porté a considérer ces autres primates comme des substituts aux hommes, et leur instinct les poussent à s’associer aux humains et, par défaut peut être, à des êtres qui s’en rapprochent. Du côté des babouins il y a le fait que la plupart des kidnappings observés sont le fait de jeunes adultes mâles ou femelles. Leur motivation? La société de harem des babouins induits un stress très grands sur ces individus qui n’ont pas accès à une possibilité de reproduction, le fait de capturer des chiots serait donc une sorte de catharsis, une façon de sublimer ces pulsions, finalement ces kidnappings et intégration de deux ou trois espèces en une société mixte stable serait une forme de zoothérapie.

Pour moi se sont des facilitateurs de ces comportements qui mettent en place des possibilités, des ouvertures évolutives. Venant en appui à cette impression, à quelques 400 Km de là, à An Amas, près de la frontière du Yémen, un autre groupe de babouins hamadryas a adopté les mêmes comportements. Le climat de cette région est beaucoup plus rude et An Amas étant une ville touristique, l’abondance de nourriture accessible dure le temps de la saison touristique. Hors saison, la quantité de nourriture diminue beaucoup et les singes doivent retourner à leurs habitudes alimentaires ancestrales. Les babouins peuvent survivre avec très peu et ce, sur de longues périodes. Malgré cette pénurie, les relations tissées avec les chiens et les chats demeurent inchangées; donc ces liens ne semblent pas dictés par la seule abondance mais aussi parce que cette association augmente les chances de survie de chacune des espèces, c’est ce que l’évolution recherche : des conditions ou les individus sont vigoureux et sains et se reproduisent avec plus de succès.

 

Il est intéressant de noter que, plus près d’ici, lorsque les premiers explorateurs ont parcouru le centre du continent dans leur exploration du Nouveau Monde (l’Amérique du Nord), ils ont remarqué que les amérindiens des plaines utilisaient et imitaient les techniques de chasse des loups contre les bisons, allant même jusqu’à se couvrir de peaux de loups. Mêmes s’ils étaient concurrents, chassant les mêmes proies sur les mêmes territoires, les loups en vinrent probablement a les considérer comme une autre meute, facilitant ainsi le rapprochement avec certains loups moins agressifs qui lentement se sont transformés en chiens, car encore ici, cette association favorisait le survie des deux espèces. Nos ancêtres hominidés ont suivi cette voie et, jusqu’à aujourd’hui, l’homme était le seule espèce à domestiquer d’autres espèces animales. Il semble bien que ce monopole n’est plus et que d’autres semblent vouloir emprunter des chemins similaires.

Toute évolution doit avoir un point de départ, un ou des individus qui changent quelque chose, qui empruntent un chemin qui mène nul ne sait où! Mais c’est cela l’évolution, on peut toujours déterminer le commencement d’un changement et même les raisons de ce changements; mais, bien bon celui qui pourra dire ce qui en résultera dans un millier d’années : j’aime imaginer un groupe de babouin, la nuit, assis au coin du feu et caressant leurs chiens. J’imagine autant que j’espère que nous les humains auront assez évolué pour les laisser être et devenir.

 

 

 

 

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Claude Bordeleau

Né à Montréal en 1950. Diplôme de technologue en chimie, carrière de 37 ans comme technicien en travaux pratiques au Collège Ahuntsic. Études en guitare populaire et piano classique, accompagnateur instrumentiste dans un groupe vocal et une chorale. Ceinture noire 3ième Dan en karaté, toujours actif dans le Groupe Karaté Sportif. But dans la vie: apprendre et devenir une meilleure personne à chaque instant, physiquement et spirituellement avec le plus grand sourire possible.

Une pensée sur “l’évolution, une force vitale toujours en marche.

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    20 août 2015 à 20 08 28 08288
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    Je trouve cet article fort intéressant. L’histoire des babouins qui adoptent des chiens… Qu’on découvre que l’homme n’est plus la seule espèce à dominer d’autres espèces animales, ça modifie beaucoup de certitudes.

    L’évolution n’a pas fini de nous étonner.

    Merci beaucoup.

    Carolle Anne Dessureault

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