L’homme-joie

Unknown

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

La joie est souvent absente de nos vies occupées à toutes sortes d’activités et de désirs inassouvis, d’insécurité et d’impuissance face aux événements extérieurs.

La joie semble une étoile difficile à atteindre.

Le très beau livre L’homme-joie de Christian Bobin nous permet de nous ressourcer profondément à ce qu’il y a de plus précieux en nous-mêmes : la paix du cœur, la communion avec la vie.

Le journaliste et producteur français François Busnel exprime très bien en quelques mots l’inspiration que sucitent les textes de M. Bobin. Il écrit : « On lit Bobin le stylo à la main, recopiant ici, soulignant là. On le lit lentement puis on s’arrête pour sentir avec lui la vie jusque dans le bitume et la fumée du quotidien. »

L’homme-joie est constitué de quinze récits faits de portraits d’êtres chers et de rencontres au cours de sa vie. Surtout d’une longue lettre écrite à la femme qu’il a aimée avec passion et douceur, totalement, sans ombre, juste de la lumière. C’est « la plus que vive » que l’on connaît déjà, livre publié après le décès de son amour. Mais ici, à l’intérieur de ce manuscrit sensible et poétique, il écrit cette lettre à la main en plein milieu du livre. Des mots qui viennent du cœur et qui ne se laissent pas détourner par le jugement personnel du paraître car Christian Bobin, tout en étant d’une grande pudeur avec une économie de sentiments, parvient à se révéler dans la transparence et la plénitude.

Il faut lire aussi le chapitre sur les « yeux d’or ». Un regard neuf sur ce qui l’entoure. « Aujourd’hui, dit-il, deux choses importantes sont arrivées. J’ai tout de suite su qu’il n’y en aurait pas d’autres … le premier miracle c’était la tête du cheval brun chocolat enfoncée dans l’herbe noyée de boutons d’or. L’animal mangeait, éclaboussé d’or et d’émeraude…. J’étais si heureux de le voir … Allons, le ciel ne s’effondrerait pas encore puisqu’un sage à tête de cheval mâchait la lumière verte mouillée de pièces d’or. » Et plus loin : « Ce qui compte c’est la puissance de la joie qui éclate à la vitre de nos yeux…. Après la paix fabuleuse incarnée par le cheval mâchant, une deuxième rencontre : un bouquet de pois de senteur sur la table. Des fleurs bleues et roses, une haleine divine, des fantômes aristocrates, la légèreté d’un chagrin d’amour… le miracle arrive quand s’éveille ce qui dormait sous nos yeux, quand ce qui surgit de la vie crève nos yeux et les remplace par des yeux d’or. »

Christian Bobin aime passionnément les livres et ne peut s’éloigner plus d’un jour. Il avoue avoir lu plus de livres qu’un alcoolique boit de bouteilles. Il écrit : « J’ai passé des étés dans leurs chapelles fraîches, taillées dans la falaise crayeuse d’un beau silence… Je n’aime que les livres dont les pages sont imbibées de ciel bleu – de ce bleu qui a fait l’épreuve de la mort. Si mes phrases sourient c’est parce qu’elles sortent du noir. »

Il parle de la guerre. Les gens qui vaillent à leurs occupations, courent le monde, n’ont jamais le temps de s’arrêter pour regarder l’empreinte de la vie sur la nature. Le monde que nous voyons, dit-il, n’est qu’un champ de bataille. « Des cavaliers noirs partout. Un bruit d’épées au fond des âmes. Eh bien, ça n’a aucune importance. Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d’eau – ça oui, c’était important. Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle revient encore plus abondante. La guerre n’a rien d’énigmatique – mais l’oiseau que j’ai vu s’enfuir dans le sous-bois, volant entre les troncs serrés, m’a ébloui. »

« Il y a une vie qui ne s’arrête jamais. Elle est impossible à saisir. Elle fuit devant nous comme l’oiseau entre les piliers qui sont dans notre cœur. Nous ne sommes que rarement à la hauteur de cette vie. Elle ne s’en soucie pas. Elle ne cesse pas une seconde de combler de ses bienfaits les assassins que nous sommes. »

Christian Bobin dit avoir passé sa vie à lutter contre la persuasive mélancolie. « Mon sourire me coûte une fortune. Le bleu du ciel, c’est comme si une pièce d’or tombait de votre poche et qu’en l’écrivant je vous la rendais. Ce bleu en majesté dirait la fin définitive du désespoir et ferait monter les larmes aux yeux. Vous comprenez ? »

L’homme-joie c’est le « Roi-Soleil assis sur son trône rouge dans la grande salle de notre cœur. Et parfois, quelques secondes, ce roi, cet homme-joie, descend de son trône et fait quelques pas dans la rue. C’est aussi simple que ça.

N’est-ce pas splendide ! Un homme-joie vit debout, et ne détruit pas ce qui l’entoure. Il a trop le sentiment d’union pour diviser.

Bonne journée et bonne lecture.

(Article déjà publié au printemps 2015)

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

2 pensées sur “L’homme-joie

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    12 novembre 2015 à 9 09 02 110211
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    L’homme-joie = recueille de contes de fée contemporaines servant aux esprits infantiles et naïf à fuir la réalité

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    12 novembre 2015 à 10 10 08 110811
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    @ Carolle

    Merci pour cette présentation d’un livre que tu nous donne envie de lire – après une telle tenue … (:-))

    Robert Bibeau
    Directeur Les7duQuebec.com

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