L’Horloge bloquée sur Minuit: l’éternelle nuit religieuse

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28.10.2019-Clock-English-Italian-Spanish-Portugese

Prisonnier de la pensée religieuse pour qui Dieu a déjà scellé le destin de l’homme et de l’univers depuis la naissance du globe, le croyant ne peut concevoir la remise en cause de ce scénario de vie dans lequel il joue le rôle de simple spectateur, sans éprouver la crainte de heurter son créateur. Le croyant, pétri de cette pensée religieuse ou raison paramagique, comme la désigne le célèbre psychiatre algérien Khaled Benmiloud dans son livre éponyme, persuadé de la prégnance de la divinité derrière tout acte, s’interdit d’envisager la possibilité d’une volonté humaine libre capable de dessiner le sort de l’humanité avec sa seule Raison et surtout son productif Labeur.
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Maintenu encore au stade de la raison prélogique, le croyant ne conçoit pas la société comme le produit de rapports sociaux élaborés historiquement par la seule volonté de l’homme, mais comme le fruit de la main invisible de Dieu. Le fatalisme règne en maître absolu. De là s’explique la résignation manifestée devant les phénomènes perçus comme imparables. Aucune main humaine ne peut et ne doit modifier le cours de l’histoire tracée d’avance par la Providence. Il s’ensuit une absence totale d’une quelconque velléité de changement de la vie de sa trajectoire prédestinée. Cela se traduit corrélativement par une soumission au cours du destin que rien ne doit troubler. Pour le croyant, le doute n’est pas permis. Pour ne pas dire : n’est absolument pas intégré dans le mode de cognition et d’appréhension de son existence.  Rien ne doit remettre en cause le Livre Sacré sur lequel sont gravés les fondements de la vie du croyant (de la vie et de l’univers).
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Toute réflexion empreinte de scepticisme et d’incrédulité est perçue avec méfiance, avec défiance. La tranquillité de la communauté ne doit pas être rompue par l’infiltration d’un axiome doctrinal iconoclaste ou d’un élément comportemental novateur, susceptibles de perturber l’ordonnancement rituel du quotidien. Dans l’optique du croyant aveuglé par l’observance obsessionnelle de principes millénaires intangibles, l’innovation est tenue en suspicion, la modernisation, en répulsion, la sécularisation, en exécration.
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Qui plus est, les phénomènes naturels et humains étant prédéfinis dans leur éclosion et leur finitude par une puissance divine, toute curiosité humaine pour tenter de les analyser et les expliquer est vaine. Du berceau au tombeau la vie se réduit ainsi à une existence ascétique (assistée) dans la perspective d’une récompense matérialisée paradisiaquement par une destinée céleste éternelle exaltante. De là s’explique la perpétuation de pratiques et de rites millénaires acceptés comme éternellement valables pour toutes les époques et sous tous les cieux. Dépositaire de cette immuable tradition édictée par Son dieu par la bouche de son prophète, le croyant ne peut concevoir la remise en cause de ces pratiques et rites religieux sans éprouver la crainte de commettre un sacrilège. Toute transformation sociétale, tout bouleversement social, constituent une hérésie. Y compris la tentative de tout renversement de la hiérarchie de la société. Pour le croyant, l’inégalité sociale est une donnée naturelle instaurée par Dieu. La pauvreté est une condition normale, constitutive de la vie en société légitimement divisée en classes. La richesse est un don de Dieu qu’aucune volonté humaine ne doit subvertir, abolir. La pauvreté, une épreuve imposée par Dieu à la majorité de l’humanité croyante pour affermir sa résistance au sacrifice, tester son dévouement au respect de l’ordre divin établi, consolider son sens de fraternité entre tous les membres de la communauté par-delà les divisions sociales.
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Au demeurant, captif de cette pensée magique dominée par l’irrationalité, le croyant vit sous l’emprise de la Peur. Peur omniprésente de ne pas être à la hauteur des exigences doctrinales de son créateur, des impératifs moraux de sa religion. Peur du changement. Peur de la nouveauté. Hanté par la peur de ne pas complaire à son Dieu, il scrute et surveille constamment toutes ses attitudes et paroles. Il vit avec un gendarme moral religieux greffé dans son cerveau constamment tourmenté par la phobie  de la commission d’un péché. Aussi, pour augmenter ses chances de récompenses dans l’au-delà, s’érige-t-il en juge moral ici-bas. Avec un zèle exalté et fanatique, il s’improvise même procureur théologique de Dieu sur terre aux fins de traquer les comportements des autres coreligionnaires ou non pour pourchasser et dénoncer tout manquement à « Ses » principes dogmatiques, pour châtier toute déviation doctrinale et comportementale.
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 Il est Minuit dans le siècle

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Ainsi réglé comme une montre par son Maître horloger qui a bloqué l’heure sur Minuit, le croyant s’interdit de toucher les aiguilles pour régler sa montre afin de (la) remonter vers Notre temps. Fixé éternellement sur l’heure de son créateur, en particulier sur l’époque de son prophète, il demeure enfermé dans cette période reculée plongée dans l’obscurité. Il est toujours Minuit dans le siècle. L’aube ne se lève jamais. Il est toujours Minuit dans le ciel. Le crépuscule règne sans scrupule. Il a le soutien de la voûte céleste. Et l’assentiment de la foule religieuse terrestre.
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Comme dans l’allégorie de Platon, mais a contrario, le croyant vit dans une obscure caverne parmi les ombres. Cependant, il veut nous persuader qu’il s’agit de la réelle et merveilleuse existence qu’il nous invite, nous aussi, à adopter, à partager, à propager, à prolonger.
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Grâce à la révolution industrielle et la naissance de la société de consommation, aujourd’hui qu’il a découvert l’existence d’un autre univers sorti depuis longtemps de sa caverne, menant une vie avec des Horloges réglées sur notre Temps moderne, notre croyant a daigné s’extraire de sa caverne peuplée d’ombres, mais uniquement pour profiter des Bienfaits Matériels produits par cet univers moderne occidental sécularisé. Cependant, il refuse toujours viscéralement de réparer son Horloge, encore moins la reléguer au musée de l’histoire. Il veut continuer de régler son quotidien sur l’Horloge confectionnée à l’époque de son prophète, même si elle ne donne plus l’heure depuis longtemps. Désynchronisé, il oscille entre la temporalité figée et surannée de ses croyances et la réalité contemporaine fondée sur l’accélération du temps et la précipitation perpétuelle des bouleversements socio-économiques et politiques.
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Quoi qu’il en soit, ces dernières décennies le Dieu-capital, nouveau maître absolu sur terre, a déréglé les mécanismes sociaux de toutes les sociétés archaïques encore culturellement fixées sur l’ancien temps religieux, dérégulé les rouages de leur Horloge surannée, restructuré les mécanismes de leur économie, remodelé leur mode de pensée figée pour le moderniser certes timidement mais sûrement.
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 « Chaque heure nous meurtrit ; la dernière nous tue ». Chaque avancée économique bouleverse la société ; l’ultime révolution sociale émancipatrice anéantira les derniers vestiges des sociétés archaïques au temps réglé sur une Horloge obsolète.
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Mesloub Khider

Une pensée sur “L’Horloge bloquée sur Minuit: l’éternelle nuit religieuse

  • avatar
    29 octobre 2019 à 7 07 47 104710
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    En remontant dans le passé pour chercher l’origine de la Religion primitive, nous découvrons qu’elle était basée sur les lois de la Nature, qu’elle était naturelle. Et c’est en cela qu’elle diffère des religions modernes qui, toutes, sont basées sur la violation de la Nature, qui sont surnaturelles. Et comme toutes les erreurs triomphantes sont intolérantes, elles ne se laissent pas discuter, parce que leurs prêtres ont une conscience vague des absurdités qu’ils enseignent. Comme tous les usurpateurs, ils condamnent, avec la dernière rigueur, le régime antérieur au leur, celui qu’ils sont venus renverser.
    L’évolution religieuse a donc eu deux grandes phases bien tranchées :
    – La Religion naturelle.
    – Les Religions surnaturelles.
    L’histoire des religions, c’est l’histoire des luttes de sexes, des luttes de la vérité et de l’erreur, du bien et du mal, de la justice et de l’injustice. C’est parce que c’est l’histoire des luttes de sexes que si peu d’hommes consentent à chercher et à dire toute la vérité dans cette question réputée dangereuse.
    Elle contient un grand danger, en effet, pour les prêtres de tous les cultes qui s’appuient sur le mensonge, puisqu’elle lève entièrement le voile qui cachait la Vérité.
    Leur sécurité relative vient de ce qu’ils s’appuient sur l’ignorance universelle. C’est que, pour faire l’histoire vraie des religions, il faut connaître l’évolution de la pensée humaine et l’évolution des sentiments, et cette histoire complexe restait à faire.
    Dans son ouvrage « La première et dernière liberté », J. Krisnamurti nous rappelait :
    « Il y a partout de nombreux croyants, des millions de personnes croient en Dieu et y trouvent leur consolation. Tout d’abord, pourquoi croyez-vous ? Vous croyez parce que cela vous donne du contentement, une consolation, un espoir, et cela donne aussi un sens à la vie. En fait, votre croyance n’a que très peu de valeur, parce que vous croyez en un Dieu universel et vous vous assassinez les uns les autres. Le riche, lui aussi, croit en Dieu ; il exploite cruellement, accumule de l’argent et bâtit ensuite un temple ou devient un philanthrope.
    « Ceux qui ont lancé la bombe atomique sur Hiroshima disaient que Dieu était avec eux ; ceux qui s’envolaient d’Angleterre pour détruire l’Allemagne disaient que Dieu était leur copilote. Les dictateurs, les premiers ministres, les généraux, les présidents, tous parlent de Dieu ; ils ont une foi immense en Dieu. Sont-ils au service de l’humanité ? Ils disent qu’ils croient en Dieu et ils ont détruit la moitié du monde et la misère est partout. »
    Cordialement.
    Dieu ? : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/dieu.html

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