L’impérialisme chinois à l’assaut de l’Afrique

Par  Mesloub Khider

EDITORIAL IN ENGLISH-PORTUGESE-ITALIANO-SPANISH:
21.07.2018-ENGLISHMesloub

« La tendance du capitalisme aux expansions soudaines constitue l’élément le plus important, le trait le plus remarquable de l’évolution moderne ; en fait l’expansion accompagne toute la carrière historique du capital, elle a pris dans sa phase finale actuelle, l’impérialisme une énergie si impétueuse qu’elle met en question toute l’existence civilisée de l’humanité. » Rosa Luxembourg.

 

Autrefois chasse gardée des puissances colonialistes européennes, en particulier de la France et de l’Angleterre, l’Afrique glisse progressivement sous domination impérialiste de la Chine. Parmi les multiples pays africains massivement exploités par la puissance capitaliste chinoise s’illustre le Congo. Avant l’implantation des chinois,  le Congo était dominé par le capital « occidental ».  A la faveur de l’essor de la production du caoutchouc impulsée à la fin du 19ème siècle, longtemps le Congo a été éventré pour satisfaire la nouvelle demande en pneumatiques. De manière générale, l’exploitation effrénée des ressources naturelles de l’Afrique s’est traduite par la mort de millions d’Africains.

De nos jours, au Congo le caoutchouc n’a plus les faveurs des investisseurs capitalistes. En effet, avec l’émergence de l’économie numérique, les sociétés minières chinoises en quête de profits  ont investi dans l’exploitation des gisements de cobalt. Pour alimenter les smartphones, les ordinateurs ou voitures électriques au lithium, matière première indispensable pour  la fabrication  de ces produits,  le capital chinois a investi directement dans les gisements du cobalt. En 2016, 60% du cobalt provenait du Congo.

Une grande partie du cobalt extrait du Congo est acheminé vers la Chine. En 2016, environ 90% du cobalt chinois provenait du Congo, où les entreprises chinoises dominent l’industrie minière. Au début de l’année 2018, la voracité du capital Chinois pour le cobalt s’est aiguisée,  affermie par l’annonce de GEM – un fabricant de batteries – de l’achat  du tiers du cobalt expédié par Glencore (le plus gros producteur mondial de métal), soit près de la moitié de la production mondiale de 110 000 tonnes en 2017.  Cet investissement massif dans les gisements du cobalt répond à l’augmentation de la demande pour les voitures électriques, qui nécessite généralement 5-10 kilogrammes de cobalt par rapport aux Smartphones qui en nécessitent 5-10 grammes.

Au Congo, selon les sources officielles, le nombre de travailleurs exerçant dans les mines s’élèverait à 100 000. Au mépris des règles de sécurité et d’hygiène, ces mineurs œuvrent avec des outils rudimentaires. D’après L’UNICEF,  40 000 enfants travailleraient dans ces exploitations minières, payés à moins d’un euro par jour. Certains œuvrent en surface aux lavages des minerais collectés dans les rivières locales (au péril de la santé publique NDLR).

Sur ces gisements, un quart du cobalt proviendrait de mines «artisanales». Ces mines de fortune, exploitées par des mineurs locaux, vendent leurs extractions minières aux entreprises chinoises. En effet, pour d’évidentes raisons de rentabilité, ces entreprises chinoises préfèrent acheter du minerai artisanal pour la modicité de son prix, mais aussi pour ne pas devoir procurer des salaires stables aux mineurs congolais, et s’acquitter du coût de la sécurité sur les sites des gisements.

Au plan strictement professionnel, les conditions de travail dans ces gisements sont très précaires. Les accidents de travail sont fréquents.  La mortalité élevée. Les éboulements souterrains réguliers. En dépit de ces risques, les ouvriers acceptent, faute de choix, de travailler dans ces conditions pour un salaire dérisoire.

Outre les risques inhérents à la dangerosité du métier d’extraction du cobalt exercé de surcroît dans des conditions « artisanales », vient s’ajouter la dégradation écologique de l’espace environnemental, et les répercussions pathogènes  à long terme sur la santé des populations locales. Les dommages sanitaires sur ces populations se révèlent dramatiques. Effectivement, dans certaines aires géographiques minières, des études médicales ont constaté  l’apparition de pathologies inquiétantes. Sur certains habitants de régions minières on a relevé des concentrations urinaires de cobalt 43 fois plus élevées que la moyenne, des niveaux de plomb cinq fois plus élevés, des niveaux de cadmium et d’uranium quatre fois plus élevés. Et les taux  étaient encore plus élevés chez les enfants. En outre, ces régions connaissent une prévalence de malformations congénitales  auparavant inexistantes.

La barbarie de ce monde en putréfaction provient de son ordre économique dont est issue sa structure politique. Partout où le capitalisme implante sa domination, l’abomination s’implante. Partout où le capital investit, il travestit la société. Partout où une seule usine se construit dans une région, toutes les spécialités de la médecine s’installent aussitôt après pour tenter de soigner les multiples nouvelles pathologies générées par la production morbide de cette usine. L’infecte économie capitaliste produit plus de maladies qu’elle ne peut payer de remèdes. Partout, en dépit d’une progression extraordinaire du budget de la sécurité sociale, la pathologie gagne sans cesse sur les soins apportés aux malades.

Au plan géostratégique, la domination croissante de l’impérialisme chinois en Afrique inquiète de plus en plus  l’empire américain déclinant. Incapables de soutenir la concurrence devant la domination économique chinoise en Afrique, les États-Unis s’appuient sur leurs puissantes forces militaires pour contrer l’influence de la Chine. En effet,  en net recul sur le plan économique, les États-Unis, en guise d’investissements économique, de diplomatie et de partenariat politique, se rabattent sur leur supériorité militaire écrasante pour maintenir leur domination sur l’Afrique, notamment sous le couvert de » la lutte contre le terrorisme.  Faute de pouvoir engager des investissements financiers à l’instar de la Chine pourvue d’un trésor de guerre financier colossal, les États-Unis usent en effet de leurs forces militaires pour sécuriser leurs intérêts économiques stratégiques en Afrique.

La supériorité militaire étasunienne est incontestable et écrasante. En comparaison avec la Chine dotée d’une seule base navale présente dans la Corne de l’Afrique, les Etats-Unis sont militairement présents dans 49 des 54 pays africains. Après le Proche-Orient transfiguré  (défiguré) en zones de guerres et de terrorismes permanents par les États-Unis et ses alliés sur fond d’intérêts économiques et géostratégiques, l’Afrique, objet de convoitises impérialistes, s’achemine-t-elle vers le même scénario ?

 

L’Afrique sera-t-elle la prochaine région d’affrontements impérialistes entre les deux puissances étasuniennes et chinoises ?

 

« Il y a une guerre des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette guerre et qui est en train de la gagner. » Warren Buffett.

 

Mesloub Khider

3 pensées sur “L’impérialisme chinois à l’assaut de l’Afrique

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