L’INDE, SOUS RÉGIME CAPITALISTE « NON-ALIGNÉ » !

Robert Bibeau. Directeur. Les7duQuébec.com

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Le principe d’économie politique

 

Sous le mode de production capitaliste, particulièrement dans sa phase impérialiste ascendante, les moyens de production – comprenant les forces productives ouvrières – se développent sans cesse, entrainant dans leur sillage la transformation des rapports sociaux de production, qui en retour renforcent le développement des moyens de production. C’est ce que les marxistes appellent la dialectique du développement. Voyons une application de ce mouvement à travers un fait divers que la chaine de télé ARTE présentait récemment à propos des inondations et de la sècheresse dans le sous-continent indien.

 

La dramatique

 

Il y a quelque temps la chaine de télé Arte a diffusé un documentaire sur la mousson en Inde. Au cours de cette émission, nous avons vu deux situations climatiques aux dramatiques contradictoires et complémentaires. Dans la région du Kerala, au sud du pays, les habitants sont victimes d’inondations, des maisons sont emportées par la crue des eaux, les champs sont inondés, impropres à l’agriculture de subsistance.

 

À l’inverse, dans la région du Maharashtra, plus au nord, depuis plus de quatre ans il ne pleut pas. En raison de cette sècheresse, les paysans n’arrivent plus à nourrir leurs animaux ni leur famille, et ils se suicident par désespoir.

People gather to get water from a huge well in the village of Natwarghad in the western Indian state of Gujarat

La distance qui sépare ces deux régions est d’environ 600 km. Il suffirait de construire un canal, pour régler les problèmes des deux régions, le trop-plein d’eau de l’une deviendrait le juste assez d’eau pour l’autre.

 

Mais en Inde, comme ailleurs dans le Monde, c’est la connerie qui gouverne disait le commentateur du reportage et la go-gauche propage ce mantra opportuniste. Par ailleurs, il y a quelques jours, sur cette même chaine télé Arte, on pouvait voir et entendre un ministre du gouvernement fédéral à New Delhi passer commande de quelques milliards de dollars d’armement à un conglomérat russe de l’industrie de guerre. Un peu avant, le gouvernement français avait fourgué ses avions de chasse Rafales pour 8 milliards d’euros à ce gouvernement indigent, incapable de nourrir ses habitants.

 

Un gauchiste questionnait donc « C’est pour quand la décroissance des budgets militaires ?  La décroissance de la connerie permettrait une croissance de l’humanisme ! » commentait un autre militant altermondialiste « objecteur de croissance », pacifiste en dormance (!?)

 

Analyse marxiste de cette dramatique

INDIA DROUGHT 

C’est faire la partie belle au mode de production capitaliste et aux adjudants politiques qui administre ce système économico-politique décadent que de les taxer de « connards et de sans-cœurs incapables ». Ces politiciens indiens, ces ministres, ces députés, et leurs patrons capitalistes de l’industrie de l’armement, de l’agriculture, des trusts de semences OGM, des engrais chimiques et de l’industrie de l’alimentation, sont tous des assassins, des criminels, parfaitement conscients de leurs crimes intentionnels.

 

Exposons quelques vérités élémentaires sur le système économique et politique en Inde, un pays capitaliste industriel « émergent ». La société indienne moderne est divisée en classes sociales dont la classe capitaliste-bourgeoise est dominante et dirigeante.  Cette classe, monopolisant tous les pouvoirs, décide seule des investissements privés et publics en fonction de ses intérêts de classe.

 

Face à cette classe dirigeante, les classes laborieuses (prolétariats urbains, paysannerie rurale, travailleurs ruraux, artisans ruraux et urbains) n’ont aucun pouvoir, sont aliénés, surexploités, désorganisés et méprisés. Certains des paysans les plus pauvres, par désespoir, ne voyant aucun avenir devant eux se suicident. D’autres se révoltent spontanément, l’armée indienne, entrainée aux techniques de « containment », se charge de ces récalcitrants et en tuent souvent, même si jamais on ne vous en parle au journal télévisé.

 

Il serait techniquement et matériellement possible de régler le problème des uns et des autres – inondation et sècheresse – comme le suggérait le documentaire d’ARTE, mais rien n’est fait !  Pourquoi ? Pas par connerie des administrateurs gouvernementaux et des investisseurs capitalistes, mais parce qu’il n’est pas dans l’intérêt de la classe dirigeante indienne de régler ces deux problèmes agricoles. Pour eux, l’avenir de l’Inde n’est pas dans l’agriculture de subsistance et les petites exploitations familiales, mais dans la concentration, la mécanisation et l’industrialisation capitaliste de l’agriculture. Au lieu d’avoir à mobiliser l’armée pour expulser des millions de paysans et de travailleurs agricoles de leurs terres, ils laissent les forces de la nature chasser, affamer, tuer ces millions de « récalcitrants ». La nature fera innocemment ce qu’ils souhaitaient faire violemment. Tous ces ex-paysans et ex-travailleurs agricoles iront s’agglutiner dans les bidonvilles des grandes métropoles pour éventuellement servir de cheap labour dans les usines de textiles, dans l’industrie de l’alimentation ou dans l’industrie du recyclage des ordures, l’industrie des OGM et la construction des canaux d’irrigation…

 

Bientôt, la classe capitaliste indienne expropriera à vil prix ces terres en jachère, désertiques ou inondées, et ensuite, elle exigera de son État bourgeois la construction des canaux d’irrigation entre le Kerala inondé et le Maharashtra desséché, aux frais de l’État, pour irriguer leurs plantations et produire de l’éthanol pour manufacturer du carburant nationalisé et nationaliste « Made in India » sur les cadavres de millions de paysans et d’artisans indiens.

 

Dans ce contexte, les dépenses d’armement visent à équiper adéquatement l’armée indienne pour qu’elle puisse écraser dans le sang tout soulèvement populaire subséquent à ce plan machiavélique. L’État indien indique ainsi que le pays est entré de plain-pied dans le mode de production capitaliste et que l’intégration des anciens moyens de production et des anciennes forces productives, et la destruction impitoyable des anciens rapports de production féodaux (tenure des terres et micro- exploitations agricoles) sont à son programme économique et politique quoiqu’il en coute aux travailleurs indiens.

 

Rien de connard dans ce plan, mais beaucoup de cynisme. La gauche ne devrait pas colporter de mièvreries à propos de ces évènements tragiques – les inondations, la sècheresse, la famine et les suicides qui se poursuivent à l’encontre de millions de paysans déconfits –.  Finalement, notre devoir est de proclamer que seul le renversement violent de ce mode de production décadent pourra apporter la paix, le désarmement, l’irrigation, et le soutien de l’État prolétarien aux populations prolétariennes dans le besoin, non pas pour maintenir l’ancien mode de production féodal et ses anciens rapports de production délétères, mais pour assurer le passage de cette époque ancestrale vers le nouveau mode de production communiste mécanisé, robotisé, irrigué, modernisé, dans le respect de la Terre mère et des sociétés qui en vivent.

 

 

Robert Bibeau    Directeur.  Les7duQuébec.com   À lire sur l’Afrique : http://www.les7duquebec.com/7-au-front/afrique-le-dernier-eldorado/

 

Robert Bibeau (2014) Manifeste du parti ouvrier. http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782924312520

 

 

 

8 pensées sur “L’INDE, SOUS RÉGIME CAPITALISTE « NON-ALIGNÉ » !

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    6 janvier 2016 à 9 09 13 01131
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    Bonjour Robert,

    La concentration des moyens de production est un mal nécessaire.

    1- Elle transforme les petits paysans réactionnaire en prolétaire (potentiellement révolutionnaire)
    2- Lorsque la révolution surviendra il sera beaucoup plus facile de gérer scientifiquement une grosse exploitation plutôt qu’une multitude de petites exploitations (qu’il va falloir dans tout les cas concentrer pour rationaliser)…

    C’est malheureux pour les personnes qui doivent subir la famine et les inondations mais c’est un passage obligatoire avant de pouvoir changer de mode de production.

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    6 janvier 2016 à 18 06 14 01141
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    @ Didier

    Je le sais – sans pour autant approuver cette misère qu’on impose – L’INDE doit passer du mode de production agraire – féodal de subsistance pré-capitaliste = au mode de production capitaliste – impérialiste pour espérer ensuite renverser ce mode de production et construire le socialisme

    Robert Bibeau. Directeur. Les7duQuébec.com

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    6 janvier 2016 à 23 11 21 01211
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    Cette dimension de la géopolitique échappe à une majorité des gens. René Lévesque avait raison de dire qu’un peuple informé, c’est un peuple libre. Il y a de moins en moins de peuples informés, je dirais moins qu’au milieu des année 1960-80.

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      7 janvier 2016 à 11 11 09 01091
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      @ M. Mainguy

      Je ne crois pas qu’un peuple informé soit un peuple libre. Ainsi, si on en croit cette maxime – puisque les peuples étaient mieux informés dans les années 1960-1980 ils auraient été plus libre ?!!!

      Les peuples n’étaient pas plus libres et la misère en Inde à cette époque était exactement la même qu’aujourd’hui et les famines en Afrique et ailleurs aussi. Et au Québec la situation économique et politique était identique qu’aujourd’hui sauf que les professeurs devaient rembourser une partie de leur salaire déjà touché au gouvernement PQ après le Premier référendum perdu…

      Pour ma part je crois que les gens sont mieux informé aujourd’hui EXEMPLE Ils sont – les ouvriers du moins – de moins en moins nombreux à voter aux élections signe de leur prise de conscience politique profonde (:-))

      Robert Bibeau. Directeur. Les7duQuébec.com

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    6 janvier 2016 à 23 11 34 01341
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    L’agriculture industrielle est un échec cuisant.

    Ces gros dinosaures vont disparaître
    ne serait-ce qu’à cause des forces du marché
    qui ne peuvent ignorer bien longtemps la loi du rendement.

    « Le rendement à l’hectare qu’atteint La Grelinette fait 60 fois celui des champs de soya industriels! »

    Voici ce qu’en dit Roméo Bouchard
    qui a à mes yeux beaucoup de crédibilié :

    GARDE-MANGER… le bio-intensif de Jean-Martin

    Vous pouvez encore écouter en reprise l’excellente émission (la première d’une série sur Unis), sur la révolution du bio-intensif tel qu’initié au Québec par le jardinier-maraîcher Jean-Martin Fortier et sa compagne Marie-Maude (Les Jardins de la Grelinette).

    Je n’ai pas de mots pour qualifier l’excellence de ce document et de cet homme, que j’ai eu le plaisir de fréquenter à ses débuts et qui a préfacé mon livre Les champs de bataille.

    On est bien loin des débats mesquins des chiqueux de guenilles qui continuent à défendre Monsanto (quelques exemples dans le débat précédent sur le Round Up).

    Le rendement à l’hectare qu’atteint La Grelinette fait 60 fois celui des champs de soya industriels!

    Vraiment l’agriculture écologique de proximité de l’avenir, de la Survie.

    http://unis.ca/garde-manger/?e=zvb7tqekuqt74

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    7 janvier 2016 à 7 07 29 01291
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    En ce qui concerne les paysans, ils doivent être transformer en salariés, c’est à dire exproprié.Mais pas brutalement comme c’est le cas sous le capitalisme(Voir l’accumulation primitive de Marx dans le Capital livre 1).

    Il faudra mettre en place des coopératives de production(transitoire).Là les paysans deviennent salariés mais posséderont toujours collectivement la terre donc la propriété privée persiste.Pour résoudre ce problème, il faudra transformer leurs coopératives en propriété d’Etat(c’est là que l’URSS a échoué).

    Pourquoi les paysans ne souhaitaient transformer leur coopérative en propriété d’Etat en URSS par exemple ? Parce que la situation des ouvriers de la grande industrie d’Etat n’était pas enviable.Etant donné que ces ouvriers subissaient le travail spécialisé, il ne recevaient que des salaires d’ouvriers parcellaires(c’est à dire au bas de l’échelle des salaires).

    Donc en l’absence de travail varié comme principe ou loi de production sous le socialisme(Voir Marx, le Capital livre 1, p.165-166), impossible d’exproprier rapidement les paysans.C’est ce qui s’est passé en URSS.

    La propriété privée se développe à tout les niveaux dans un système économique basé sur le travail spécialisé.

    Voilà.Aujourd’hui, impossible de parler marxisme, communisme sans critiquer le « communisme » du siècle passé.

    Comme d’habitude l’article critique très bien le système capitaliste mais tombe toujours dans les erreurs léninistes.

    En ce qui concerne la révolution, on ne doit pas se précipiter sur l’aspect violent.
    La tâche actuelle est d’abord une révolution culturelle: il faut l’union des sciences économiques et du salarié moyen.Ce sont ces salariés conscient qui feront du prolétariat une force politique décisive dont les décisions influenceront radicalement les forces militaires.

    Donc oubliez les barricades du siècle passé.Non, ce sera une guerre entre une partie majoritaire des forces de l’ordre contre une minorité de celle(celle qui restera toujours à l botte des capitalistes).

    Vous voyez que ces conditions font défaut actuellement.Il faut du temps avant que la révolution culturelle, commencé depuis la découverte de la plus-value, puisse atteindre la majorité.Aujourd’hui avec les nouvelles technologies de l’information, cette tâche dévient plus facile.

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    7 janvier 2016 à 11 11 18 01181
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    Je ne doute pas que l’agriculture non industrielle soit plus saine et offre des produits de meilleures qualités que l’agriculture industrielle.

    Le problème qui confronte le mode de production capitaliste est que ce mode de production artisanale des aliments (La grelinette) ne répond pas à l’impératif du système – générer des profits colossaux.

    Pour le Mode de production communiste le défi sera de s’appuyer sur ce mode de production artisanale (rien à foutre des profits ici) mais pour nourrir 8 milliards d’individus. Je ne dis pas que c’est impossible – je dis qu’il y aura quelques problèmes à réguler. L’agriculture en ville me parait une voie de solution – qui permettra de répondre à quelques uns de ces problèmes.

    Robert Bibeau. Directeur. Les7duquebec.com

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