L’indécence de la Ville

Unknown
PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Montréal réclame 13 millions $ aux policiers de la Fraternité des policiers de Montréal sous prétexte que ces derniers ont volontairement distribué moins de contraventions routières dans le but de faire pression contre le projet de loi 3. Fort plausible que les policiers aient ralenti leur zèle pour protester contre le projet, mais que la Ville réclame cet argent comme un manque à gagner au budget me paraît vraiment indécent.

Indécent parce qu’en affirmant que la baisse du nombre de contraventions est une question de relations de travail et non d’une amélioration du bilan de la sécurité routière tel qu’affirmé par Yves Francoeur, le président de la Fraternité des policiers, le maire Denis Coderre fait ressortir un malaise qui relève d’une administration abusive de la Ville. On reste sur l’impression que la Ville s’attendait cette année à recevoir le même montant d’argent provenant des contraventions que celui de l’an dernier. La Ville semble considérer ces sommes comme acquises, voilà l’indécence. Le message cache un message de droit de regard sur ces sommes estimées être versées par les citoyens. N’est-ce pas une façon masquée de considérer les citoyens comme une vache à lait ?

M. Coderre parle d’une baisse de 37 % du nombre des constats émis par les policiers du SPVM entre le 22 septembre et le 2 novembre comparativement à celui de 2013, à pareille date. De son côté, la Fraternité évalue que la sécurité routière s’est améliorée de 30 % à 35 %, ce qui expliquerait une partie de la baisse du nombre de contraventions. Mentionnons aussi que la Commission des relations de travail a ordonné aux policiers en septembre de donner des contraventions normalement. Normalement, c’est ce à quoi nous nous attendons….

Quoi qu’il en soit, l’attention de la Ville semble davantage portée sur l’argent que sur le bien-être des individus. C’est le message qu’on perçoit.

L’esprit de la loi serait que les gens améliorent leur conduite en respectant les codes routiers et que les policiers se servent de leur jugement quand une personne commet une infraction. L’esprit de la loi serait que la Ville se réjouisse de voir les contraventions diminuer. On a l’impression que la Ville – tout en faisant la promotion de la sécurité routière – serait déçue dans le futur que les contraventions diminuent.

Les policiers ne devraient pas être obligés de distribuer des contraventions comme on distribue des feuillets pour annoncer une vente de garage, et c’est ce qui se produit avec les quotas qu’on leur impose. Car, il y a quotas à rencontrer.

En juillet 2014, Radio-Canada a obtenu une copie d’une note de service destinée aux policiers de la Régie intermunicipale de police Richelieu Saint-Laurent. Cette note énonce clairement un objectif de 12 constats d’infraction par quart de travail, en prévision de l’été et de l’automne 2014.

Copie de cette note apparaît ci-dessous.

objectifs-gendarmerie

Le président de la Fédération des policiers municipaux (FPMQ), Denis Côté, déclarait en juillet : « Il y a des limites à exiger des policiers de remplir les coffres de la Ville. La mission policière c’est d’appliquer le règlement. Pas être percepteur de taxes. On est là comme policiers. »

L’esprit de la loi est de laisser les policiers exercer leur jugement. M. Côté croit que le policier a le pouvoir de déterminer au cours d’une intervention si un avertissement verbal suffit ou si une contravention est nécessaire. Imposer des quotas peut représenter un fardeau pour un policier, et pour les citoyens, une méfiance envers le système pour ne pas dire une totale perte de confiance. De savoir que des quotas existent mécontente énormément.

Il est vrai que les relations de travail des policiers ne sont pas toujours au beau fixe. À cet égard, M. Côté souhaiterait que plutôt d’imposer des quotas aux policiers, on devrait leur demander de cibler les secteurs dénoncés par les plaintes des citoyens et les secteurs qui présentent des risques d’accident.

Le syndicat des policiers entend contester la réclamation.

J’espère que cette situation éclairera les esprits et permettra d’humaniser un peu plus notre système en pensant au bien-être de tous, à commencer par celui du citoyen.

 

Sources :

http://quebec.huffingtonpost.ca/2014/07/10/une-mesure-purement-financiere_n_5575286.html

http://quebec.huffingtonpost.ca/2014/07/09/contraventions-document-policiers-enonce-quotas-a-atteindre_n_5572446.html

http://ici.radio-canada.ca/regions/Montreal/2014/11/10/002-montreal-policiers-contraventions.shtml

 

 

avatar

Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

5 pensées sur “L’indécence de la Ville

  • avatar
    13 novembre 2014 à 4 04 27 112711
    Permalink

    Que le citoyen respecte ou non le lois municipales il doit payé des contraventions, quel étrange comportement de la part des « élus » municipaux. L’incompétence et la corruption semblent être les deux plus grandes qualités de vos administrations publiques au Québec. Vous pouvez vous consoler en France c’est pire.

    Répondre
  • avatar
    13 novembre 2014 à 16 04 42 114211
    Permalink

    Hélas que ce soit pire ailleurs ne console pas, mais nous fait comprendre que c’est la nature humaine.

    Il ne semble pas y avoir de régime parfait, c’est compréhensible puisqu’il s’agit d’éthique et de penser pour le bien du tout. Je crois qu’on y arrivera. Avec le temps.

    Merci.

    Répondre
    • avatar
      13 novembre 2014 à 18 06 22 112211
      Permalink

      Bonsoir Carolle et André,
      Je ne pense pas que ce soit « la nature humaine », c’est plutôt le système économique actuel (inhumain) qui est trop suivi, sans se questionner, par nos dirigeants panurgistes.
      Et Carolle, je suis beaucoup plus pessimiste que toi : nous n’arriverons jamais au « bien du tout » pour la bonne raison que l’individualisme industriel qui détruit la planète à petit feu, depuis quelques années déjà, a désormais contaminé l’individu, qui ne pense qu’à son nombril et sa propre réussite.
      Et tout cela ne peut être qu’auto-destructif …

      Répondre
      • avatar
        13 novembre 2014 à 20 08 22 112211
        Permalink

        T’es pas le seul Chien Gevara, j’ai le même sentiment que toi. Ceux qui me connaisse se disent que c’est dommage qu’une jeune comme moi d’être aussi pessimiste et que j’ai toute la vie devant moi pour découvrir toute la beauté de la vie. J’ai conscience de la destruction de la vie sur cette planète et eux me disent que tout ne peut être parfait et que ça va s’améliorer et se bonifier avec le temps et que je m’en fais trop. Parfois , de prendre conscience de toute cette malfaisanc, me rend fou de rage et je n’y peux rien.

        Répondre
  • avatar
    13 novembre 2014 à 19 07 59 115911
    Permalink

    @Chien Guevara

    Tu dis : «…. l’individualisme industriel …. a désormais contaminé l’individu qui ne pense qu’à son nombril ». C’est ce que je veux dire par nature humaine. Le fait qu’un individu se fasse influencer ou détruire par un système démontre justement que la nature humaine est influençable… mais j’ai de l’espoir parce que je choisis de croire qu’on va vers l’évolution. Pour survivre, il faut évoluer. Sincèrement, je crois que nos systèmes actuels reflètent le niveau de conscience humaine que nous transportons (il y a une moyenne, des gens plus conscients, d’autres moins). Quand je parle de conscience, je ne parle pas d’intelligence et de la capacité de manipuler. Je parle de voir plus loin que son propre nombril, être conscient que toute cause apporte sa conséquence et comprendre qu’on ne s’entraide pas en se détruisant.

    Si chaque personne s’occupe de croître, jec crois que nous aurons de meilleurs systèmes en place.

    En tout cas, je ne crois pas à que la violence et la guerre soient des solutions.

    Au plaisir,

    J’ai confiance

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *