Décidément, l’histoire bégaie.  Et l’intelligentsia rote toujours autant bruyamment son mépris du peuple.  Vomit toujours avec autant de répulsion sa haine contre les classes laborieuses, particulièrement en cette période de soulèvements populaires. Les intellectuels, ces parasites à la plume élitiste vénale, n’ont d’autre utilité sociale que de tresser des lauriers à leurs maîtres (les classes dirigeantes) et de se dresser avec hargne contre le peuple. Avec la révolte du mouvement des gilets jaunes, les médias et les intellectuels, ces voix de leurs maîtres, dévoilent, avec des aboiements rhétoriques emphatiques et dans un lexique mordant pour le peuple et léché pour les puissants, leur rôle de Chien de Garde de l’ordre établi. Leur aversion invétérée du peuple. Leur propension pavlovienne à se mettre au service des classes dominantes.  

 

Depuis deux mois maintenant, journalistes et intellectuels se livrent à une surenchère de propagande haineuse contre le mouvement gilets jaunes, rivalisant d’ingéniosité pour les dénaturer, discréditer, insulter. Pour distiller contre eux les pires calomnies. 

 

Dernière ingénieuse initiative portée par le milliardaire sioniste Bernard-Henri Lévy : publier une tribune au titre évocateur « L’Europe est en péril ». En termes moins hypocrites, le capitalisme est en péril. En défenseur invétéré du capital, dans ce texte, ce plumitif de salon s’alarme de l’émergence des populismes, autrement dit, des mouvements sociaux en lutte en Europe, notamment le mouvement des Gilets jaunes, dédaigneusement catalogué de raciste, antisémite, homophobe. Dans sa croisade contre les mouvements populaires “antisystème”, le sieur BHL a débauché une trentaine d’écrivains célèbres pour mener son opération de propagande et de calomnie contre les peuples révoltés. Conduits par ce calamiteux philosophe à la pensée ruisselant de sang vampirique et nourrie d’activités macabres sur fond de fructueuses opérations financières, ces littérateurs appellent à se mobiliser contre la « vague » populiste qui menace l’issue des élections de mai prochain. Autrement dit, qui menace la stabilité des privilégiés de l’Europe. Plus récemment, dans une émission de télévision 

 

« On n’est pas couché », BHL a fustigé le mouvement des Gilets jaunes, qualifié de « mortifère » le mouvement et ses défenseurs de « populistes qui sont les profiteurs du désespoir, de la misère, pour casser la République et s’en prendre aux institutions« . Traduction : s’en prendre au capitalisme.

 

Ainsi, à l’occasion du surgissement de ce mouvement de masse des Gilets jaunes, l’intelligentsia a dévoilé sa véritable fonction d’auxiliaire intellectuelle servile de la classe dominante. Journalistes, intellectuels et membres de la classe dominante, toute cette mafia officielle, se sont ligués pour pilonner le mouvement jaune. Les journalistes, à coups de projections informatives insidieusement anti mouvement gilets jaunes ; le pouvoir, à coups de projectiles balistiques handicapants ; les intellectuels, à coups de projets de mobilisation de l’armée et de l’incitation de la police à user de leur arme contre les gilets jaunes. 

 

Au demeurant, un autre intellectuel, Luc Ferry, frère d’arme de BHL, professeur de philosophie et ancien ministre, a défrayé la chronique en sommant la police à faire usage de leurs armes. Luc Ferry a demandé à la police de tirer à balles réelles contre les Gilets jaunes lors des manifestations. “ Qu’ils se servent de leurs armes une bonne fois, ça suffit, a-t-il déclaré lors d’une émission radiophonique intitulée “ Esprits libres. (Cela ne s’invente pas. Esprits libres… de massacrer le peuple quand il se révolte contre son esclavage). Mais aussi en exhortant l’armée à intervenir contre le mouvement des Gilets jaunes. Autrement dit, à écraser dans le sang ce mouvement. “On a la quatrième armée du monde, elle est capable de mettre fin à ces saloperies”, s’est-il exclamé sur un ton furibond. 

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La dénonciation génocidaire des Gilets jaunes par Luc Ferry n’est pas le délire d’un esprit égaré, psychopathe. Mais la pensée profonde de ces “Esprits libres”, la majorité de cette intelligentsia décadente, et de ses maîtres, la classe dominante bourgeoise. Cette dernière, incapable d’appliquer d’autre politique pour protéger ses privilèges, notamment par la redistribution des richessesimpossible en cette période crise systémique, envisage officiellement de recourir à la répression de masse afin d’enrayer la révolte des Gilets jaunes. Au reste, dans l’urgence, elle a blindé son régime répressif par le vote de lois despotiques. En outre, le budget alloué à la répression étatique a agressivement augmenté.

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En effet, les dépenses en équipements et matériels des forces de police et de gendarmerie « ont progressé de 181% entre 2012 et 2017, passant ainsi de 132,4 millions d’euros à plus de 372 ». Le budget de l’armée et de la police est le seul à ne pas connaître la crise. 

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Ce ton haineux de l’élite contre le peuple rappelle étrangement celui des écrivains de l’époque de la Commune engagés de manière enragée contre le mouvement de révolte des communards.  En effet, historiquement, ce déversement de haine contre le peuple révolté s’est déjà produit au cours de la Commune de Paris.
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La Commune est cet événement historique où le peuple parisien s’est emparé du pouvoir. En effet, du 18 mars au 21 mai1871, le pouvoir a été concentré entre les mains du peuple. Au cours de cette phase révolutionnaire, la Commune a gouverné dans la ville de Paris. La Commune a organisé la société dans l’unique intérêt du peuple. Elle a été le premier Etat ouvrier, première expérience de la « dictature du prolétariat ». Durant cette éphémère période de prise de pouvoir par le peuple, la classe dominante, réfugiée à Versailles, a déployé tous les moyens meurtriers pour récupérer les rênes de son pouvoir. Jusqu’à se compromettre avec l’Allemagne de Bismarck, la veille encore combattu sur les champs de bataille. 

 

La Commune de Paris a immédiatement donné lieu à des réactions véhémentes.  Tout ce qui comptait en France d’écrivains et d’intellectuels a manifesté pour le mouvement et pour ses acteurs une haine assassine. Toute ressemblance avec l’intelligentsia contemporaine déchaînée contre le mouvement des Gilets jaunes est fortuite. Fort utile. 



Contre la Commune de Paris, la bourgeoisie, effrayée par la mise à mal de l’ordre social, a trouvé aussitôt un allié de poids : l’intelligentsia littéraire, qui a mis sa vénale plume au service des classes dominantes. Dans un sursaut d’union sacrée de classe, la majorité des écrivains s’est associée à la bourgeoisie pour fustiger la Commune de Paris, pourfendre les révolutionnaires. La Commune de Paris a aussitôt déchaîné, chez ces littérateurs, un tombereau d’injures et de falsifications.  

 

A l’exception notable de Jules Vallès, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Villiers de l’Isle-Adam, partisans de la Commune, et partiellement de Victor Hugo qui a conservé une certaine neutralité, tous les écrivains de l’époque se sont soudés dans une haine inexpiable contre les communards. Ces écrivains se sont emportés avec virulence contre la révolution parisienne, « gouvernement du crime et de la démence » (Anatole France). 


Par-delà leurs divergences politiques, tous ces écrivains ont trempé leurs plumes venimeuses dans l’encrier sanguinolent versaillais pour éructer leur belliqueuse hostilité assassine contre la Commune, pour appeler au massacre des communards. Ils ont transformé leurs plumes en baïonnettes. 


Toutes origines sociales confondues, depuis les écrivains conservateurs à l’instar de Maxime Du Camp et Gustave Flaubert, en passant par les royalistes comme Alphonse Daudet, le comte de Gobineau, Ernest Renan, la comtesse de Ségur, Taine et bien d’autres, jusqu’aux réactionnaires Leconte de Lisle et Théophile Gautier, tous ces écrivains ont troqué leur costume de salon contre l’uniforme de mercenaire au service de Versailles. 


Outre ces écrivains de l’ancien régime, est venue s’agréger à la canonnade contre la Commune les plumitifs d’obédience républicaine, comme François Coppée, Anatole France, George Sand, Émile Zola, pour ne citer que les plus célèbres. En dépit de quelques nuances dans leurs diatribes hystériques anticommunardes, la dénonciation des communards était unanimement partagée par l’ensemble de ces écrivains (aujourd’hui encore édités, publiés, enseignés à l’école). Parmi les plus virulents propagandistes zélés, d’aucuns ont rejoint le chef du pouvoir exécutif Thiers à Versailles pour le seconder dans ses préparatifs de la répression. 

 


 Dans leurs violentes campagnes anticommunardes, ces écrivains ont versé dans une outrance verbale haineusement meurtrière, emplie de préjugés de classe. Toute cette engeance littéraire communiait dans une aversion aristocratique des classes laborieuses. Pour ces parasites intellectuels les classes laborieuses étaient avant tout des classes dangereuses. Pour ces plumitifs réactionnaires, la Commune est l’œuvre de la « canaille », de la « populace », « mue par l’envie » (Macron a été à bonne école en usant de termes avilissants contre les Gilets jaunes qualifiés de “foule haineuse”).  

 

Au reste, ils comparaient le prolétariat à une « race nuisible », les travailleurs à des « bêtes enragés », à des « nouveaux barbares » menaçant la « civilisation ». Les Communards ont été affublés de tous les qualificatifs effrayants :« brigands », de « barbares », de « Peaux-rouges », de « cannibales ».
 

Indubitablement, il est de la plus importance historique de rappeler l’issue sanglante de la Commune de Paris. En effet, du 22 au 28 mai 1871, la Commune a été réprimée dans le sang par les troupes de Versailles. Bilan de cette “semaine sanglante” : près de 30 000 morts, 42 000 arrestations, 10 000 déportations (parmi les déportés expédiés dans les bagnes de la Nouvelle-Calédonie figure la célèbre révolutionnaire Louise Michel, qui se liera d’amitié avec beaucoup d’Algériens kabyles internés également dans ces bagnes calédoniens à la suite de lrévolte des Mokrani, monumentale insurrection contre le pouvoir colonial français, survenue en Algérie le 16 mars 1871, deux jours avant le déclenchement de la Commune de Paris. 

 

La bourgeoisie, éprouvée par la frayeur de sa probable disparition, scandalisée par l’audace du peuple d’avoir pris les commandes du pouvoir, d’avoir brisé les bases du système, a fait chèrement payer, pour l’exemple, cette hérésie révolutionnaire aux communards. Edmond de Goncourt ne s’est pas trompé dans son verdict apologétique scélérat lorsqu’il a écrit : les saignées comme celle-ci, en tuant la partie bataillante d’une population, ajournent d’une conscription la nouvelle révolution. C’est vingt ans de repos que l’ancienne société a devant elle.«  Quant à Gustave Flaubert, pour sa part la répression n’a pas été suffisamment cruelle, car il a estimé “qu’on aurait dû condamner aux galères toute la Commune et forcer ces sanglants imbéciles à déblayer les ruines de Paris, la chaîne au cou, en simples forçats. Mais cela aurait blessé l’humanité. On est tendre pour les chiens enragés, et point pour ceux qu’ils ont mordus.  » Des propos qui auraient pu être écrits ou prononcés par Bernard Henry Levy ou Luc Ferry et par la majorité des intellectuels et des journalistes contemporains. 



Ainsi, tous les écrivains ont apporté leur soutien au régime sanguinaire de Versailles. Ont approuvé cette répression sanglante. 

 

Pour cette engeance intellectuelle, la Commune de Paris a favorisé l’éclosion d’une imagination débridée haineusement anti-ouvrière. En effet, cette élite intellectuelle a rédigé dans une prose réactionnaire des textes incendiaires émaillés de métaphores animalières, médicales, à la connotation dégradante dégoulinante de mépris de classe ; a usé de termes hérissés de peurs et d’épouvantes propres à susciter parmi l’opinion publique l’effroi et la terreur. 

 

Pour la majorité de ces écrivains, la Commune est l’expression d’une imperfection congénitale biologique, d’une dépravation moraleLa Commune est l’illustration de la lutte du Bien contre le Mal, de la civilisation contre la barbarie, de l’ordre contre l’anarchie, de l’intelligence contre le la bêtise, de la tête contre le ventre, du devoir contre l’égoïsme, du travail contre la paresse, de l’élite contre le l’engeance populaire. 


 

Voici un florilège des textes de ces écrivains enragés engagés contre la Commune. 

« Que l’humanité est une sale et dégoûtante engeance ! Que le peuple est stupide ! C’est une éternelle race d’esclaves qui ne peut vivre sans bât et sans joug. Aussi ne sera-ce pas pour lui que nous combattrons encore, mais pour notre idéal sacré. Qu’il crève donc de faim et de froid, ce peuple facile à tromper qui va bientôt se mettre à massacrer ses vrais amis ! », assène Leconte de Lisle. 

Ailleurs, à propos des communards, Leconte de l’Isle dénonce ainsi « cette ligue de tous les déclassés, de tous les incapables, de tous les envieux, de tous les assassins, de tous les voleurs, mauvais poètes, journalistes manqués, romanciers de bas étage ». Tandis qu’Alphonse Daudet voit plutôt des « têtes de pions, collets crasseux, cheveux luisants. ». Pour Anatole France, les Communards ne sont qu’« un comité d’assassins, une bande de fripouillards, un gouvernement du crime et de la démence ».  

Ernest Feydeau précise que « ce n’est plus la barbarie qui nous menace, ce n’est même plus la sauvagerie qui nous envahit, c’est la bestialité pure et simple ». Théophile Gautier acquiesce : les Communards sont des « animaux féroces », des « hyènes » et des « gorilles », qui « se répandent par la ville épouvantée avec des hurlements sauvages ». 

Avec des métaphores médicales, la Commune fut selon Maxime Du Camp « un accès d’envie furieuse et d’épilepsie sociale », et selon Émile Zola « une crise de nervosité maladive », « une épidémique fièvre exagérant la peur comme la confiance, lâchant la bête humaine débridée, au moindre souffle ».  

Sur un ton paternaliste, un autre écrivain, Maurice Montégut, s’épanche avec sollicitude sur les pauvres :
« La paix et la concorde doivent venir d’en haut, descendre, ne pouvant monter. C’est le devoir des compréhensifs, des forts, de tendre la main aux faibles, aux enténébrés. Comment en vouloir à la foule – puisque l’on ne fait rien pour l’éclairer, l’instruire – d’avoir gardé l’atavique instinct des brutes préhistoriques, au temps où les ancêtres cannibales, dans les forêts monstrueuses, ne se rencontraient que pour se dévorer sur le seuil des cavernes ? Avec un peu de douceur, beaucoup de charité, on apaise les bêtes frustres qui tendent le dos, se soumettent sous l’étonnement d’une caresse ». 
Pour certains écrivains, l’esprit égalitaire de la Commune offusquait leur conception élitiste de la société. Ainsi, Taine écrit avec ironie, sur un ton persifleur : « Le patron, le bourgeois, nous exploite, il faut le supprimer. Moi ouvrier, je suis capable, si je veux, d’être chef d’entreprise, magistrat, général. Par une belle chance, nous avons des fusils, usons-en et établissons une République où des ouvriers comme nous soient ministres et présidents ». Renanpour qui l’Allemagne constitue un modèle, estime que « l’essentiel est moins de produire des masses éclairées que de produire de grands génies et un public capable de les comprendre ». 
 

De même, les femmes “communardes” n’ont pas été également épargnées par les outrances verbales de ces écrivains sanguinaires versaillais. Ces femmes, appelées aussi les pétroleuses (femmes qui, pendant la Commune, auraient allumé des incendies avec du pétrole), sont souvent comparées à des « louves » ou des « hyènes ». Ainsi, Arthur de Gobineau écrit : « Je suis profondément convaincu qu’il n’y a pas un exemple dans l’histoire d’aucun temps et d’aucun peuple de la folie furieuse, de la frénésie fanatique de ces femmes. » 


Un autre écrivain moins célèbre, Ernest Houssaye, déclare quant à lui : « Pas une de ces femmes n’avait une figure humaine : c’était l’image du crime ou du vice. C’était des corps sans âme qui avaient mérité mille fois la mort, même avant de toucher au pétrole. Il n’y a qu’un mot pour les peines : la hideur ». 

Au moment de la répression sanglante des Communards, Anatole France jubile : « Enfin, le gouvernement du crime et de la démence pourrit à l’heure qu’il est dans les champs d’exécution ! » Emile Zola se montre pour sa part indulgent envers les Versaillais : « Le bain de sang que le peuple de Paris vient de prendre était peut-être d’une horrible nécessité pour calmer certaines de ses fièvres. Vous le verrez maintenant grandir en sagesse et en splendeur. » 

Décidément, sous le règne de la domination de classe règne toujours l’abomination de classe. 

Dès que le peuple relève la tête, la haine de la classe dominante s’abat sur lui. Suivie ensuite par la répression, puis les massacres. 

 

Et pour les prolétaires qui se laissent amuser par des promenades ridicules dans les rues, par des plantations d’arbres de la liberté, par des phrases sonores d’avocats, il y aura de l’eau bénite d’abord, des injures ensuite, enfin de la mitraille, de la misère toujours« . (Auguste Blanqui, 1850)

 

Mesloub Khider