Justice sociale, occupons les espaces publics

.

Pour sauver l’économie: appauvrir les pauvres et enrichir les riches!

Pour sauver l’économie, il n’y a pas d’autres solutions, selon la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international, que d’appauvrir les pauvres et d’enrichir les riches. D’où l’indignation populaire, le mouvement des Indignés et l’occupation de lieux publics dans les villes pour manifester son opposition à une telle conception de la vie en société.

Normand Charest    Dossiers Économie, Communautaire

utopistes économie finance révolte bourse seat-in

Bien sûr, les dirigeants de ces institutions n’expriment pas leur opinion de manière aussi directe, car elle se révèlerait contraire à l’argument de «justice sociale» dont ils se réclament, eux qui se présentent simplement comme les serviteurs des États démocratiques.

Or, si le terme «démocratique» signifie un gouvernement du peuple, il ne convient plus à la réalité actuelle où tout le pouvoir est aux mains de la finance. Et il serait bien difficile de soutenir que celle-ci œuvre au service du plus grand nombre.

Comment appauvrir le peuple?

C’est ainsi que pour sauver l’euro il faudrait, selon la Banque centrale européenne (BCE), appauvrir le peuple. Comment? En augmentant les taxes, en réduisant les retraites pour tous, en reportant l’âge de la retraite (les ouvriers fatigués pourraient ainsi aider l’économie en mourant avant de toucher leurs rentes), en réduisant les salaires (mais pourra-t-on faire «rouler l’économie» si on ne peut plus consommer?), en augmentant le chômage par les licenciements, en réduisant les aides médicales et sociales (dont n’ont pas besoin les riches)…

Pendant ce temps, les impôts sur les sociétés qui étaient de 50% dans les années 1980 sont maintenant de 33,3%, selon les taux affichés, mais en réalité ils ne sont souvent que de 7%. La hausse des dividendes est de 13%. Et les dirigeants bénéficient de généreux bonus, alors qu’ils licencient ou appauvrissent les employés et qu’ils augmentent sans cesse leur charge de travail. On justifie cela par la nécessité d’offrir une taxation aussi faible dans les pays développés qu’elle l’est dans les pays émergents, afin d’attirer les investissements.

Enrichir les riches

En rendant tout cela abstrait, mathématique, on s’enlève toute responsabilité personnelle, politique ou sociale. On parle même d’«intérêt supérieur» auquel il faudrait se sacrifier et tant pis si cela coïncide, par hasard, avec celui des classes supérieures, ironise le Monde diplomatique (11/2011, p. 10).

Pour que l’on accepte plus facilement de se sacrifier à «l’intérêt supérieur», il faudrait au moins que toutes les classes sociales participent à l’effort de sobriété, y compris celles qui bénéficient des plus grands surplus.

Les réformes économiques

Mais les réformes qui nous sont présentées en ce moment constituent une injustice sociale que l’on cache sous un langage abstrait et inaccessible. On veut cacher la réalité sous un mirage de mots. Sinon, il serait bien difficile de l’assumer dans toute sa nudité.

Plus que jamais «l’argent mène le monde» et contrôle les gouvernements des États qui en dépendent. Une vraie démocratie n’est donc plus possible dans de telles conditions, puisqu’il n’est plus question de défendre les intérêts des populations, mais bien ceux de la finance.

Les manifestations

En réaction à cette perte de pouvoir sur leur destinée, les populations manifestent, en Grèce, en Espagne et ailleurs. On voit des «Indignés» occuper les lieux publics à Francfort (siège de l’économie européenne), à New York, Londres, Paris, Toronto, Montréal…

Il est clair que toute l’économie et le système monétaire actuel reposent sur de fausses bases qui accordent plus d’importance à la spéculation qu’au travail lui-même, qu’à une compensation équitable entre les individus.

Comment pouvons-nous changer ce système, qui résiste à tous les changements puisqu’il détient tous les pouvoirs matériels ? Nous ne le savons pas encore. Mais ce système monétaire risque de se détruire par lui-même, s’il nous demande de consommer davantage tout en gagnant moins par exemple, une aberration que l’on a soutenue temporairement par un crédit qui a lui aussi atteint ses limites…

Illustrations Mabi

Autres textes sur Justice, Économie

6 pensées sur “Justice sociale, occupons les espaces publics

  • avatar
    6 avril 2012 à 1 01 22 04224
    Permalink

    L’emmerdement, c’est que tant que ça allait bien, peu nombreux étaient ceux qui ouvraient leur gueule contre ce système de merde. Alors, maintenant qu’on s’aperçoit qu’on va dans le mur, il est un peu tard pour changer de cap. En effet, tout système possède son inertie. Celle-ci est très importante quand elle touche le quotidien des gens. Ce qu’il se passe avec l’économie, c’est que les ramifications sont multiples et permettent à la majorité de survivre envers et contre tout. Les trafics seront multipliés pour cela. Même si ce mode de fonctionnement occasionne des désordres, personnes ne pourra s’y opposer, sous peine de crever.

    Que les donneurs de leçons s’écrasent donc et cessent leurs ballivernes électorales. Ce qu’il se passe en Grèce nous prouve que l’os est rongé et qu’il va bien falloir le broyer si l’on veut le bouffer.

    Répondre
  • avatar
    6 avril 2012 à 7 07 59 04594
    Permalink

    http://www.lesaffaires.com/blogues/rene-vezina/les-defis-de-la-caisse-de-depot-de-quebecor-media-jusqu-au-bresil/541466

    http://cnrp.ccnmatthews.com/news/releases/show.jsp?action=showRelease&actionFor=363303&searchText=false&showText=all

    Ça demande réflexion à savoir à quelle hauteur on accepte de participer, voire se sacrifier selon l’interprétation, à enrichir les plus riches. Je prédis d’ailleurs que la Caisse de dépôt continuera à souffrir en voyageant au nord.

    Trop de gens essaient d’ignorer que l’on se dirige effectivement droit dans le mur. Tant qu’ils n’auront pas faim et froid eux-mêmes, ils poursuivront leurs automatismes, confiants de pouvoir s’en tirer à bon compte, victimes de leur ego démesuré et de leur aliénation. Ils contribuent par leur silence et leur inaction aux nombreux crimes contre l’humanité, bien que ça aussi ils préfèrent l’ignorer. Ils se sont créés une absolution inconditionnelle: je n’y peux rien, d’autres le font et n’oublions pas l’incontournable je le mérite.

    Le voisin s’est suicidé parce qu’il avait tout perdu et peinait en tout. Quelle tristesse. Il était voisin d’une ville déserte, ce fut son tort. Mais on y peut rien et ce n’est pas un crime contre l’humanité si on l’a croisé en se rendant à la Cage aux sports pendant qu’il pleurait en marchant pour se rendre à l’hôpital se reposer sur la civière des sans nom, car la poubelle qu’il conduisait normalement a enfin rendu l’âme. Après tout on aurait très bien pu prendre une autre rue.

    On a monté la barre ce matin en augmentant encore le prix du carburant. Voyons voir jusqu’où ceux qui tentent d’ignorer méritent de payer pour acheter leur place au soleil, jusqu’où pour ce faire ils enrichiront la machine dévoreuse et jusqu’à quand ils seront muets.

    Belle journée pour marcher.

    Répondre
  • avatar
    6 avril 2012 à 8 08 25 04254
    Permalink

    De quel côté où l’on se tourne au niveau de l’administration sociale, le courage gouvernemental est toujours le même: « frapper celui qui est déjà à terre ».

    Reste à décider du titre de mon dernier article: Est-ce que, pour présenter ces différents budgets, « ça prend des couilles ou des « couillons »?

    Répondre
  • Ping :Justice sociale, occupons les espaces publics * | hda-quebec-info.com

  • avatar
    6 avril 2012 à 12 12 27 04274
    Permalink

    @Raymond Viger
    Un grand champ désolé que devient de plus en plus l’humanité … était-il nécessaire pour ceux qui détenaient le pouvoir de créer eux-mêmes – par leur cupidité – une potentialité d’APOCALYPSE dont tout le monde souffrira, néanmoins?

    Les points forts de votre article qui élargissent mon regard :
    1) lE TERME DÉMOCRATIQUE (GOUVERNEMENT DU PEUPLE) NE CONVIENT PLUS À LA RÉALITÉ ACTUELLE …. CAR LE POUVOIR EST AUX MAINS DE LA FINANCE. Un abus de pouvoir impardonnable!

    2) LES TACTIQUES POUR APPAUVRIR LE PEUPLE : encore une fois, augmentation des taxes; réduction des retraites et de l’âge de la retraite; réduction des salaires … mais pas chez les riches où les dividendes et bonus vont continuer d’abonder; augmentation du chômage; réduction des aides médicales

    3) LE MAINTIEN DES IMPÔTS BAS SUR LES SOCIÉTÉS POUR ATTIRER
    LES INVESTISSEMENTS est une chanson que je ne peux plus entendre, elle me fait dresser les cheveux sur la tête. Potentiellement, il y a certainement «du vrai» dans cette constante approche gouvernementale, le problème est dans la gestion de l’argent du peuple qu’on nous prend en impôt et taxes pour nous assurer des services de haute qualité. Or, une fois cette donnée réalisée, c’est toujours le même refrain. L’argent semble mal administré, et on finit par baisser de plus en plus la qualité des services offerts. Pendant ce temps, on baisse les impôts des sociétés parce que celles-ci nous font vivre en nous accordant du travail, mais de quelle manière? L’écart des salaires entre les dirigeants et les employés est déloyal. Une image me traverse l’esprit : autrefois, lorsque le Roi passait dans les rues où s’entassait le peuple, on mettait du velours aux fenêtres, du tapis là où le roi s’arrêterait …. aujourd’hui, rien n’a changé vraiment, le tapis rouge est tissé des pauvres dollars arrachés à la masse pour soutenir les excentricités et les demandes de la classe dirigeante.

    4) LE MOTIF DE «L’INTÉRÊT SUPÉRIEUR» – Je crois profondément à l’intérêt supérieur et suis prête à faire ma part … MAIS, car il y a un MAIS, j’ai une confiance minimale pour ne pas dire ZÉRO dans la conscience des CERVEAUX LIMBIQUES ET DU PEU D’ÉLÉVATION DES DIRIGEANTS …. pas si intelligents que ça, en fait, mais malins comme des singes primates …
    Je m’arrête ici. Merci, Raymond, de nous garder sur la ligne du gros bon sens.

    Carolle Anne Dessureault

    Répondre
  • avatar
    7 avril 2012 à 14 02 16 04164
    Permalink

    Il faut réaliser que l’élite mondialiste au pouvoir exploite la peur du peuple le rendant ainsi plus manipulable et docile. Certes, il y a quelques relents de résistance ,de ci de là, d’une minorité de la population mais que le reste regarde sans broncher. D’ailleurs, ça va jamais très loin. Soit ça finit par l’usure de cette minorité ou ça finit dans un bain de sang. Et lorsqu’il y a effectivement changement, c’est celui que l’élite avait planifié au départ. Peut-on parler de changement alors ? Le système monétaire va se détruire par lui-même mais volontairement car l’élite tire les ficelles. Elle n’a rien à foutre de la population. Tout ce qu’elle veut c’est contrôler la population. Mais un jour, ce nouvel ordre mondial et leurs instigateurs vont disparaître, évolution oblige. Entretemps, essayons, chacun de notre côté, de faire évoluer un peu l’humanité dans l’autre direction. Utopique direz-vous ! Réaliste, je vous répondrai.
    Paix et joie !

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *