MANIFESTE DU PARTI OUVRIER (4)

 

Nous poursuivons la publication d’une série de neuf (9) articles portant sur quatre questions fondamentales pour le mouvement ouvrier mondial :

1) D’abord nous avons traité des questions du sectarisme-entrisme-dogmatisme cette maladie sénile qui sévit depuis des décennies. Le 3e article est parue ici : http://www.les7duquebec.com/7-au-front/manifeste-du-parti-ouvrier-3/
2) En prolongement du sujet précédent – nous aborderons aujourd’hui la question de l’unité des forces ouvrières.
3) Nous présenterons la semaine prochaine les trois instances de la lutte de classe.
4) Enfin, à l’approche du 97e anniversaire de la Révolution d’Octobre nous présenterons nos réflexions.

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CHAPITRE 2 : L’UNITÉ DU MOUVEMENT OUVRIER

L’unité des révoltés

 

En ces temps politiques difficiles, en cette période où la crise économique étale ses ravages parmi la classe au travail, les «militants» de la ‘Réserve’ s’éveillent à la lutte de classe.

Plusieurs, après avoir répudié la classe des ouvriers, après avoir renié Marx, le Capital, Lénine, Que Faire?, après avoir célébré l’éternité du régime capitaliste des exploités, avaient décidé, il y a des années, de se planquer dans un emploi bien payé; d’autres, de retourner à l’université ou dans une ONG subventionnée; de redécouvrir la Terre et l’éco-vert; de se retraiter, ou de devenir fonctionnaires engagés ou intellectuels brocardés dans ses pensées, tout en haut des «Tours d’argent» universitaires. Quelques-uns sont même devenus curés, marguilliers, illuminés, ou encore porte-parole de Québec Solidaire, du NPD, du NPA, de Lutte Ouvrière, ou des Verts, etc.

La reprise soudaine de la crise les a pris au dépourvu et les a éveillés, sinon réveillés de leur torpeur. Les revoici donc, telles des fleurs printanières sur Cythère, de retour dans l’arène et sur la scène, comme du temps de leur gloire passée (1970-1985), ces affreux oublieux, comme si de rien n’était, de leurs reniements et de leurs méfaits. Surmontant le sectarisme, le dogmatisme et l’entrisme peut-on et doit-on reconstruire l’unité de la «gauche» éclectique?

Les questions pertinentes et importantes

Les questions sous-jacentes à cette lutte pour l’unité sur le front idéologique de la lutte de classe sont : 1) Doit-on s’unir? 2) Dans quel but doit-on s’unir? 3) Avec qui doit-on s’unir? 4) Sur quels principes idéologiques et politiques doit-on s’unir? Abordons chacune de ces questions par un tour d’horizon.

Doit-on s’unir ?

Il va de soi que l’on doive unir les forces militantes avec le mouvement ouvrier. Unis et nombreux nous serons plus valeureux pour affronter l’adversité, dont la dominatrice classe capitaliste monopoliste qui commande la classe bourgeoise en entier, y compris ses sous-fifres petits-bourgeois qui trainent de ci de là. La fraction monopoliste financière de la classe bourgeoise commande à la police, à l’armée, à la justice, aux prisons, aux nervis, en bandes armées-privées, aux politiciens affidés, aux parlements et aux gouvernements d’État.

N’importe quel militant est bien conscient que, réunis, nous saurons mieux riposter à leurs menées. Quand la réponse à une question paraît si évidente qu’elle fait l’unanimité, alors que bien peu de gens l’ont pratiqué, c’est probable que nous nous sommes gourés. Nous n’avons pas posé la bonne question en premier.

Dans quel but et avec qui doit-on s’unir ?


Si notre camarade, juste à côté, souhaite s’unir pour réformer le système capitaliste afin d’alléger la peine des déshérités, d’atténuer les souffrances des paupérisés, de faciliter le calvaire des ouvriers, au milieu de cette société d’opprimés, vous comprendrez que nous ne pouvons nous associer. Pourquoi peiner et militer pour prolonger cette vie de dégénérer aliéné, cette vie d’ouvrier spolié? Nous le voudrions que nous ne le pourrions. La crise économique emportera le «wagon» de la dépression jusqu’en enfer et qu’est-ce que le «réformiste» pourra y faire, sinon comme les curés, jadis, supplier le désespéré d’endurer son sort jusqu’à la mort pour gagner l’éternité. Loin de nous ce calice que nous ne saurions boire.

Tous auront compris que c’est le but visé, l’objectif du projet collectif de classe, qui impose ses règles d’unité. Si je souhaite la révolution prolétarienne, le reversement total du système impérialiste et son remplacement par le projet socialiste planifié, je ne puis m’unir avec les membres du Parti Libéral, du Parti Conservateur, du Parti Québécois, de Québec Solidaire, du NPD, de l’UMP ou du PS. Il en est de même pour les camarades de France, d’Allemagne, d’Italie, de Tunisie, du Maroc et d’Algérie, etc. car les militants de ces partis politiques bourgeois n’ont pas du tout les mêmes objectifs que moi.

Un camarade convaincu que «l’union fait la force» répliquera qu’il faut unir toute la gauche progressiste. Un projet impossible à réaliser car en réalité c’est l’union des révolutionnaires qui fait la force des révolutionnaires. Unir des révolutionnaires avec des réactionnaires ne fait que les affaiblir réciproquement. Unir des militants ouvriers qui veulent en finir avec l’exploitation, l’oppression, l’aliénation de leur classe et en finir avec ce régime social qui ne fonctionne plus, unir ces gens avec des partisans électoralistes-utopistes qui souhaitent réformer le système capitaliste pour lui donner un nouveau souffle et pour lui faire exprimer plus de «justice» et plus d’«équité» sociale (sic) ne pourra jamais fonctionner.

Les militants pour l’«unicité concertée» ne sont jamais à bout d’arguments, tant ils tiennent à être nombreux dans leur camp (électoralement parlant). Ils argueront que l’on doit unir les «masses populaires» derrière le char des «révolutionnaires», et alors solidaires (sic), tous ensembles, ils remporteront les élections et le contrôle des organisations ouvrières, syndicales, associatives, populaires, populistes, sportives et caritatives (!) Rêve chimérique qui chaque fois qu’un parti de gauche s’est approché du pouvoir ce fut pour s’y brûler les doigts et dégénérer dans la fosse aux élections, au compagnonnage et aux prébendes payantes.

Pour s’unir il faut se démarquer. Ceci signifie que le révolutionnaire résiliant doit patiemment et pour longtemps s’assurer que les ouvriers (la seule classe authentiquement révolutionnaire jusqu’au bout car il en va de son intérêt bien compris) aient eu le temps de comparer et de se faire un jugement parmi toutes les idées qui lui sont présentées au combat, à propos de la nature et des objectifs ultimes de la Révolution socialiste et de ceux qui la préparent et la défendent.

Il est facile de comprendre que le NPD et Québec-Solidaire ne sont pas des regroupements révolutionnaires mais il est beaucoup plus difficile de percevoir que certains groupuscules de la soi-disant gauche radicale et libertaire ne le sont pas davantage même quand il porte le nom de socialiste ou de communiste. Il est compliqué de séparer le bon grain de l’ivraie, considérant toutes ces étoiles filantes qui surgissent au firmament de l’agitation des «masses populaires, étudiantes et ouvrières». Le temps du moins que la bourgeoisie ait ordonné à son État policier et à ses infiltrés au sein des associations de quartiers et des groupuscules d’agités d’écraser ces velléités des révoltés. Ceci ne surviendra qu’a l’approche de l’insurrection alors il deviendra aisée de se départager. D’ici là, ceux qui ont compris que le mode de production impérialiste en est à son terme définitif et qu’il ne peut que péricliter jusqu’à nous entraîner dans la guerre mortifère et la misère en sont quitte pour poursuivre leur propagande et leur agitation ouvrière sans le soutien des opportunistes, des réformistes, des anarcho-syndicalistes et des socialistes utopistes.

Les principes qui fondent l’unité des ouvriers

Ce n’est qu’à ce moment et pas avant, quand l’État aura choisi de sortir son artillerie contre les «malappris» que la classe ouvrière se rapprochera de ceux qui offriront l’unique solution à toute cette misère, la voie révolutionnaire. La classe ouvrière se cherchera alors des meneurs disposés à tout sacrifier pour changer le monde entier. L’État des riches le sait et il se croit prêt à affronter la marée des insurgés. Âmes éplorées, prière de dégager. Ce que l’État bourgeois ne sait pas c’est qu’au moment de l’insurrection son état de gouvernance aura changé et qu’il n’est pas du tout assuré qu’il aura encore la capacité de gouverner et de réprimer. Nous y reviendront au chapitre sur la Révolution d’Octobre en Russie.

La question fondamentale n’est donc pas de «diriger» les révoltés mais de savoir où leur conseiller d’aller, pourquoi, et pour quoi faire? Si la révolution doit nous diriger vers une nouvelle société d’exploiteurs et d’exploités, alors pourquoi changer? Pourquoi tous ces atermoiements qui nous attendent pour simplement changer de maître et retourner à nos souffrances?

Seuls les principes du socialisme scientifique et du marxisme révolutionnaire peuvent nous guider dans cette odyssée – et l’unité des insurgés doit et devra se forger sur ces principes scientifiques et sur nul autre. Sans théorie révolutionnaire, pas de révolution, disait un auteur célèbre. C’est tout simplement l’expérience du mouvement ouvrier révolutionnaire qui nous l’a enseigné. Réformer et tenter de réchapper le capitalisme, ou le renverser pour édifier une nouvelle société, un nouveau mode de production et d’échanges, collectif et planifié, voilà le dilemme qui devra servir de fondement à l’unité de la classe et des militants avancés. Comme disait Lénine, le prolétariat doit «faire sienne cette idée que le mouvement de la dialectique historique nous impose de réfléchir sur ce principe fondamental du marxisme voulant que seul le parti politique de la classe ouvrière, c’est-à-dire le parti communiste, soit en mesure de grouper, d’éduquer et d’organiser l’avant-garde du prolétariat et de toutes les masses laborieuses. Cette avant-garde est seule en mesure de résister aux inévitables oscillations petites-bourgeoises de ces masses, aux inévitables traditions et récidives de l’étroitesse corporatiste ou des préjugés corporatistes dans le prolétariat, et de diriger toutes les activités de l’ensemble du prolétariat, c’est-à-dire le diriger politiquement et par son intermédiaire, diriger toutes les masses laborieuses» (1).

L’unité ne peut se forger qu’entre ceux qui, ici et aujourd’hui, prennent l’engagement sincère, pérenne et résiliant de marcher avec les ouvriers sur les sentiers de traverse jusqu’au sommet des barricades où les insurgés auront levé le drapeau rouge de la liberté de classe. Que jamais l’oubli – second linceul des mots – ne recouvre ce serment.

(1) V. Lénine (1921) Avant-projet de résolution au Xe Congrès du parti communiste de Russie sur les déviations syndicaliste et anarchiste dans notre parti. Œuvres complètes. Moscou.

À SUIVRE…
VIENT DE PARAÎTRE
MANIFESTE DU PARTI OUVRIER
http://www.publibook.com/librairie/livre.php?isbn=9782753900073


3 pensées sur “MANIFESTE DU PARTI OUVRIER (4)

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    2 juillet 2014 à 8 08 53 07537
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    Merci PAUL. J’ai rectifié le lien vers la partie 2 et vers la partie 3 de la série d’articles.

    Espérant qu’il ne demeure aucune erreur de ligne….

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  • avatar
    2 juillet 2014 à 23 11 43 07437
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    Moi je suis du parti de la pensée totalitaire.

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  • Ping :MANIFESTE DU PARTI OUVRIER (6)

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