Mega-hôpital anglophone. Le sur-financement doit cesser

Publié aussi sur louispréfontaine.com

Aujourd’hui, premier avril 2010, est un jour triste pour Montréal et l’ensemble du Québec. Jean Charest, après avoir saigné la classe moyenne et les plus démunis avec son dernier budget, va inaugurer la construction du McGill University Health Centre (MUHC), un super-hôpital qui coûtera près de 1,5 milliards de dollars au contribuable québécois pour une minorité de 8,2% d’anglophones.

En fait, le déséquilibre de financement entre le Centre hospitalier de l’université de Montréal (CHUM) et le MUHC est à ce point critique qu’on ne pourrait qu’en rire si ce n’était de la survie de notre langue qu’il est question. Pensez-y: 1,5 milliards de dollars pour 575 555 anglophones de langue maternelle et 1,8 milliards pour un CHUM desservant les 5 877 660 francophones. 1L’investissement total pour chaque Québécois sera donc de 306$ (1,8 milliards / 5 877 660 contre 2606$ pour chaque anglophone vivant sur notre territoire (1,5 milliards / 575 555). En clair, pour le gouvernement libéral actuel, la santé d’un francophone vaut 8,5 fois moins que celle d’un anglophone!

Certains rétorqueront qu’on ne peut pas utiliser ces chiffres car l’hôpital servirait principalement aux anglophones de la région métropolitaine. Même s’il a été démontré que pareille structure permettrait le développement de la recherche et serait au service de l’ensemble du territoire québécois, le déséquilibre est criant même si on accepte l’idée que les méga-hôpitaux profiteraient surtout à la population de la région métropolitaine. Selon des données que j’ai compilées pour un billet précédent sur l’anglicisation des banlieues, j’ai calculé qu’il y a 2 072 410 Québécois et 564 010 anglophones à Montréal et dans ses banlieues rapprochées. En faisant le même calcul que pour l’ensemble des Québécois, on arrive à une valeur de 869$ par Québécois de la région montréalaise en soins de santé donnés par le futur CHUM contre 2660$ par anglophone pour le MUHC. Encore une fois, et malgré toutes les modifications possibles pour dorer la pilule des anglophones, on en arrive à une situation où le Québécois de la région montréalaise vaut trois fois moins que l’anglophone.

Qu’on se comprenne bien: personne ne s’offusque du fait que les anglophones de souche aient le droit de recevoir des soins dans leur langue. Leurs acquis sont protégés à la fois par la Charte des droits et libertés et par la loi 101. Il s’agit d’une simple demande de respect. Comment peut-on accepter, dans un Québec où le français est si gravement menacé, de financer une institution anglophone à trois ou huit fois la hauteur de ce qu’on consacre à son équivalent francophone? Comment peut-on tolérer le fait que les francophones soient des citoyens de seconde classe en leur propre pays?

Le sur-financement des institutions anglophones, que ce soit le MUHC ou les universités anglophones, qui reçoivent 27% du financement pour 8,2% de la population, est ce qui permet non seulement à la minorité anglophone de se maintenir, mais de prospérer, et de gagner du terrain sur les francophones. Ce sur-financement, en fait, permet à la minorité anglophone du Québec de s’arrimer à la vaste majorité linguistique du continent et de contribuer à faire régresser le fait français.

Soyons honnêtes un peu. Nous aimons le français, nous voulons le protéger. Mais comment rivaliser avec des institutions qui, grâce à leur sur-financement, constituent autant de pôles d’attraction pour les nouveaux arrivants? Comment convaincre un Pakistanais ou un Hindou d’apprendre la langue commune si, à l’ombre de son modeste appartement, se dresse ce gigantesque majeur de 1,5 milliards de dollars?

Le ministre Bachand a parlé d’une révolution culturelle pour justifier son budget rétrograde. Il serait peut-être temps de penser à une révolution linguistique et à financer les institutions anglophones à la hauteur de la population des anglophones de langue maternelle au Québec. Ceux-ci représentent 8,2%; qu’on finance leur MUHC à 8,2% de ce que coûtera le CHUM. Et si on obtient une binerie avec cela, c’est peut-être que le nombre d’anglophones ne justifie pas autre chose qu’une binerie, après tout. La différence, entre cette binerie et cette grosse verrue de 1,5 milliards de dollars qu’on veut implanter sur le statut francophone de notre métropole, porte un nom: assimilation.

Il serait peut-être temps d’arrêter de tergiverser dans le dossier linguistique à Montréal et au Québec. Si on ne fait rien, les reculs majeurs enregistrés depuis une décennie vont s’accentuer et il risque de devenir encore plus difficile d’agir pour renverser la vapeur.

Jacques Parizeau a déjà dit: « Toute l’histoire du Québec, avant même la bataille des plaines d’Abraham, est une quête : celle de la reconnaissance de ce que nous sommes et de l’égalité avec les autres peuples. » Il serait peut-être temps pour nos politiciens, et surtout ceux de son ancien parti, qui se prétendent de l’opposition sans jamais s’opposer autrement que pour la forme, de prendre acte de cette quête et de réclamer, pour les Québécois du présent et du futur, l’égalité du financement des institutions de la santé à Montréal et la fin d’un sur-financement non seulement coûteux au niveau financer, mais peut-être encore davantage quant à notre identité et à notre capacité à survivre en tant que collectivité ayant adopté le français comme langue commune.

Quand on a une épine dans le pied, on l’enlève. On n’y rentre pas un cure-dent de 1,5 milliards de dollars en plus.

Louis Préfontaine

20 pensées sur “Mega-hôpital anglophone. Le sur-financement doit cesser

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    2 avril 2010 à 6 06 10 04104
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    Je suis d’accord avec vous qu’un méga-hôpital profite surtout à la région métropolitaine. Le déséquilibre est plutôt entre Montréal et les régions et non entre les francophones et anglophones. Je ne vois pas pourquoi un francophone ne pourrait pas se faire servir dans sa langue dans un hôpital d’une université anglophone. On doit faire la promotion du bilinguisme, non du clivage entre francos et anglos et cessez de véhiculer notre éternel complexe d’assimilé. Notre identité est changeante comme tout le reste du monde, nous devons nous adapter et bien sûr protéger notre langue. La vie demeure par l’adaptation à son environnement en constante mutation.

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    2 avril 2010 à 9 09 31 04314
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    Au Préfontaineland, il n’y a que deux hôpitaux. Un hôpital francophone pour les francophones et où les anglophones sont interdits et un anglophone où les francophones sont interdits.

    Au Préfontaineland, les individus qui ont eu la malchance d’avoir des parents anglophones ne peuvent pas devenir citoyens.

    Moi, je ne veux pas vivre au Préfontaineland.

    Je suis très bien au Québec, là où je peux me faire soigner dans plusieurs hôpitaux indépendamment de la langue. Là où un anglophone a autant le droit qu’un francophone au titre de Québécois.

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    2 avril 2010 à 11 11 35 04354
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    Ces 2 commentaires sont plus intéressant et censés que l’article torchon que je n’ai même pas lu en entier. En France ,le vin préfontaine c’est du vin piquette que boivent les clochards. :mrgreen:

    Bordel, Jean-Pierre qu’en vas tu de décider à virer ce jeune crétin ? Marre de tous ces cons qui trainent sur le net et qui donne des arguments aux intellectuels à l’ancienne qui méprisent le net et ces blogs poubelles.

    http://espritlogique.wordpress.com/2010/04/02/marre-de-tous-ces-cons-et-intello-de-pacotille/

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    2 avril 2010 à 15 03 09 04094
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    @ Paul,
    Mais en quoi est-il « torchon »?
     » Pensez-y: 1,5 milliards de dollars pour 575 555 anglophones de langue maternelle et 1,8 milliards pour un CHUM desservant les 5 877 660 francophones. 1L’investissement total pour chaque Québécois sera donc de 306$ (1,8 milliards / 5 877 660 contre 2606$ pour chaque anglophone vivant sur notre territoire (1,5 milliards / 575 555). En clair, pour le gouvernement libéral actuel, la santé d’un francophone vaut 8,5 fois moins que celle d’un anglophone! »
    Évidemment, il y est difficile de voir ces chiffres « réels » si les francophones utilisent aussi ce centre.
    Au delà de la lutte anglo-franco…lolo…
    J’imagine – n’étant pas Montréalais- qu’il y a une « clientèle » de minorité ethnique qui babouine l’anglais suffisamment pour se faire soigner…
    Mais dire 1.5 et 1.8 en milliards et les diviser par la suite. Il faudrait trouver le bon facteur de division.

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    2 avril 2010 à 17 05 13 04134
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    Gaetan,
    J’arrive pas a me faire soigner correctement au Quebec que je baragouine le francais, l’anglais ou le turc.

    Ceci dit quand j’ai le choix avec le dentiste (privé) je prend un qui sait parler le français. Le dernier m’a détroussé de 2700$ pour 2 couronnes et quelques soins! Assez cher pour 3h de services et s’il parlait juste le chinois et a moitié prix, ca me conviendrait mieux. :mrgreen: Enfin j’ai reussi a négocier un petit rabais de 130$ car je n’ai pas comme Philippe d’assurance dentaire. Je paye 100% de ma poche et j’ai d’autres frais que le dentiste.

    J’ai pas envie de décortiquer les articles de Louis. J’ai qu’a voir sa face pour comprendre ce qu’il est.

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    2 avril 2010 à 17 05 34 04344
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    @Paul,
    Il reste la solution « globaliste ».
    Le peso colombien ne vaut presque rien.
    Un billet pour Bogota ou Medellin coûte, si on « magasine », environ 800$ aller-retour.
    À ce prix-là, un Colombien menteur vous aurait fait ça pour 300$ maximum.
    En plus, il vous aurait soulagé à la feuille de coca…

    Bâtissons des hôpitaux en Colombie.
    🙂

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    2 avril 2010 à 18 06 27 04274
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    @Gaetan,

    Oui, le tourisme médical va probablement continuer de se développer.

    Personnellement, j’ai déja fait coincider des soins dentaires avec mes voyages en France. Ils ont souvent pas d’assistante ni d’hygieniste, une seule secretaire pour 2 dentistes et des tarifs bien plus compétitifs malgré les fluctations de l’euro tout en étant remboursé pour partie par la sécurité sociale. J’ai un ami tunisien qui vit à Paris et profite de ses séjours en Tunisie pour voir le dentiste.

    Va pour la feuille de coca. 😉 J’évite généralement les analgésiques qui m’occasionnenet des désagrements.

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    2 avril 2010 à 20 08 42 04424
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    Je crois qu’on aurais du avoir fait 1 hopital…pas 2 et a chaque 5 ans tu change le directeur…francais/anglais…whatever…pour qu’il y est un equilibre et pas de chialage

    qui sait peut etre les francais apprendrais des juifs de comment on gere un hosto….y’ont pas de probs avec leur infirmieres eux

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    3 avril 2010 à 3 03 53 04534
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    @ Tous

    Je ne vois pas la logique d’avoir deux méga-hopitaux selon un clivage linguistique. Je n’en vois même pas à ce q’un médecin qui ne parle pas un français très correct puisse avoir un droit de pratique au Québec.

    @ Paul Napoli. Traiter de torchon le texte de LP me semble inconvenant; c’est son opinion et elle est argumentée; votre critique ne l’est pas.

    Vous avez annoncé dès le départ, avant que son premier article ne soit publié ici sur les 7, que vous aviez déjà eu des différends avec lui; j’en ai pris acte et ça ne me préoccupe pas outre mesure, mais vous ne mettrez pas de votre côté ceux qui sont impartiaux dans cette querelle, en insultant in absentia un blogueur qui a été un pionnier au Québec et qui est largement respecté.

    J’ai déja souligné, sur un autre fil, qu’il faut le faire avec BEAUCOUP non pas de véhémence, mais d’esprit, si on ne veut pas que les rieurs sur le net soient du côté de l’insulté qui devient l’offensé et contre celui qui l’insulte.

    PJCA

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    3 avril 2010 à 6 06 59 04594
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    @Pierre,
    Il me semble que vous m’avez dit une fois, vous intéresser à la philosophie. C’est très bien mais j’aperçois peu la partie flottante de l’iceberg dans votre commentaire ou alors nous avons pas les mêmes lectures.

    Sachez que je moque du nombre et des rieurs idiots. Effectivement je pourrai davantage argumenter pour ceux qui comprennent les finesses du raisonnement. Si je fait trop d’esprit, une bonne partie ne vont rien comprendre :mrgreen: alors mes interventions sont plus accessibles au commun des mortels.

    Quand à votre pionnier, vous savez déjà ce que j’en pense. Il a le mérite parfois d’initier des discussions plus intéressante que ces articles. Mais il peut faire fuir aussi des esprits fins. Je ne sais pas si le bilan est positif pour la qualité (versus le nombre).

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    3 avril 2010 à 8 08 23 04234
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    @Paul
    à mon avis le bilan est positif et fait tomber quelques masques.

    Le discour socratique est basé sur l’argument avant même l’ironie et son objectif est « de révéler l’être véritable derrière le paraître, d’introduire la réflexion dans le monde des opinions. » Philosophie, raison, vérité, connaissance, Larocque et Rowell

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    3 avril 2010 à 8 08 25 04254
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    Je ne vois pas la logique d’avoir deux méga-hopitaux selon un clivage linguistique. Je n’en vois même pas à ce q’un médecin qui ne parle pas un français très correct puisse avoir un droit de pratique au Québec.

    Connaissant Louis, il milite probablement pour un système de santé 100% francophone et au diable les anglos. Mais en réalité, j’ai moi-même de la difficulté à comprendre pourquoi, pour respecter les droits de la communauté anglophone, il doit exister un système de santé parallèle en anglais. Ne suffirait-il pas de garantir qu’ils puissent recevoir les soins dans leur langue? Il me semble que ça serait tout simplement plus efficace, quoique j’ai abandonné depuis longtemps l’idée que l’état puisse faire quoique ce soit d’efficace.

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    3 avril 2010 à 8 08 37 04374
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    @Denis G

    Connaissez vous le principe de récursivité ? ou dit plus simplement d’appliquez à vous même ce que vous suggerez aux autres.

    Quels masques sont tombés ? Et quel est votre nom, Monsieur G ?

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    3 avril 2010 à 10 10 01 04014
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    @ Philippe David:

    « Mais en réalité, j’ai moi-même de la difficulté à comprendre pourquoi, pour respecter les droits de la communauté anglophone, il doit exister un système de santé parallèle en anglais. »

    Existe-t-il vraiment un système de santé parallèle? Parallèle, c’est quand les lignes ne se touchent pas. Il n’y a pas d’intersection. Les francophones sont interdits du côté anglophone et vice versa.

    Au Québec, la plupart des hôpitaux sont affiliés d’une façon ou d’une autre à une université. McGill est une université anglophone. C’est pourquoi Louis considère que c’est un hôpital anglophone.

    Mais les services sont offerts dans les deux langues. Et je n’ai pas les statistiques (évidemment…), mais je crois que la majorité des patients de cet hôpital seront francophones. Ce qui sera anglophone, ce sera l’université affiliée.

    Ah, et en passant, Louis prétend que les universités anglophones sont surfinancées car elles reçoivent 27% du financement alors qu’il n’y a que 8% d’anglophone au Québec et cet argument est très séduisant.

    La vérité, Louis le sait mais ne le dit pas, c’est que 31,5% des étudiants universitaires fréquentent des universités anglophones. Cela veut dire que les universités anglophones reçoivent moins d’argent par étudiant que les universités francophones (http://louisprefontaine.com/2010/02/03/etude-isq-scolarite-quebec-ontario#comment-33769)

    En d’autres mots, les universités anglophones sont sous-financées.

    Et si McGill est la meilleure université au Québec, comme plusieurs le croient, je suis content de pouvoir en bénéficier. Et plus cet hôpital pourra traiter de patients, plus il y aura de Québécois qui profiteront de l’expertise de McGill. À moins qu’on doive limiter les meilleurs traitements aux anglophones?

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    5 avril 2010 à 14 02 14 04144
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    Quantité de médecins formés à McGill iront travailler à l’étranger. Nous payons cher pour nous auto-peluredebananiser. Il est rare de voir une nation oeuvrer à son propre génocide. Au Québec, les minorités détiennent le haut du pavé, comme à l’époque de l’apartheid sud-africain.

    Nous portons toujours nos stigmates de colonisés. Deux méga-hôpitaux à Montréal c’est le symptôme de notre schizophrénie collective. Au secours docteurs! Dire que nous manquons d’argent…

    Je ne suis pas médecin- résident, je me nomme citoyen- résistant.

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