Mission ratée

699150-des-forces-de-securite-yemenites-en-patrouille-a-aden-le-8-decembre-2014Des forces de sécurité yéménites en patrouille à Aden le 8 décembre 2014

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Finalement, les otages n’ont pas été libérés. Ils sont morts tous les deux.

Les ravisseurs terroristes de l’AQPA (Al-Qaïda dans la péninsule arabique) les ont éliminés. L’opération de sauvetage menée par les forces spéciales américaines a donc complètement avorté puisque les ravisseurs ont refusé de se rendre et ont tiré sur les deux otages.

L’affrontement s’est déroulé samedi dernier 6 décembre dans la région de Wadi Abdan al-Daqqar dans le sud-est du Yémen. Après avoir été déposées au lever du soleil  à une dizaine de kilomètres de l’endroit de la captivité, les forces spéciales américaines ont marché sur un terrain vallonné mais ont été découvertes par les ravisseurs à une centaine de mètres de leurs bâtiments. Il y eu des coups de feu de part et d’autre. Au cours de cette opération de sauvetage ratée, dix combattants présumés d’Al-Qaïda ont été tués et quatre membres des forces antiterroristes yéménites blessés. La mort des otages a été confirmée par le secrétaire général à la Défense, Chuck Hagel. L’opération avait été autorisée par le président Barack Obama en coopération avec le gouvernement yéménite. Le président a qualifié de « barbare » le meurtre des deux otages.

Qui étaient ces otages ?

1) LUKE SOMERS
LUKESOMERSImage Archives Reuter

Luke Somers était un photojournaliste américain de 33 ans qui fut kidnappé en septembre 2013 à Sanaa. Il s’était rendu au Yémen en 2012 avec l’ambition d’y enseigner et de raconter la vie quotidienne des gens ordinaires. Il a travaillé comme photographe « freelance » pour la BBC et des journaux locaux, tel le Yemen Times où il fut éditeur et traducteur. Puis, un jour, il fut enlevé dans une rue à Sanaa.

Ironie du sort : Luke prévoyait quitter le Yémen en août 2013, un mois avant d’être kidnappé, mais les choses se sont déroulées autrement.

ÉDIFICE À SANAA OÙ LUKE SOMERS RÉSIDAITL’édifice où Luke Somers résidait dans le vieux quartier de la ville de Sanaa, capitale du Yémen.

Dans la vidéo qui suit, on voit Luke Somers nous parler de sa condition critique. Il  demande qu’on l’aide. C’est dit avec beaucoup de dignité. Très touchant.
Vidéo sur Luke Somers

La famille du jeune homme a critiqué l’opération américaine et aurait souhaité « voir plus de tentatives pour résoudre le problème diplomatiquement avant qu’il ne se transforme en crise. » Son père prétend que s’il n’y avait pas eu de tentative de sauvetage, son fils serait toujours vivant. Disons que personne ne peut savoir ce qui se serait passé s’il n’y avait pas eu d’intervention.

2) PIERRE KORBIE, Sud-Africain
Yemen
Pierre Korbie, un Sud-Africain, enseignait au Yémen depuis quatre ans quand il fut enlevé à Taëz (sud-ouest) par des membres d’Al-Qaïda, ainsi que son épouse Yolande, en mai 2013. Cette dernière fut relâchée en janvier 2014. Pierre Korbie, âgé de 56 ans, avait des problèmes de santé et souffrait d’une hernie

Ses ravisseurs réclamaient une rançon de trois millions de dollars. Le gouvernement sud-africain refusait – par principe – de verser l’argent. L’organisation Gift of the Givers a négocié pendant l’année une entente et s’attendait à ce que Pierre Korbie recouvre la liberté incessamment dans les prochains jours. L’ONG sud-africaine avait récolté 200 000 $ auprès de proches pour être versés aux bédouins qui servaient d’intermédiaire.

Le corps de Pierre Korbie sera autopsié avant d’être rendu à sa famille. Madame Yolande Korbie ainsi que sa famille ont choisi de pardonner et de ne répondre à aucune question qui pourrait les attirer sur le terrain de la controverse.

Une mission difficile
Pourquoi l’opération a-t-elle avorté ? Il est évident qu’il s’agissait d’une opération extrêmement dangereuse et compliquée qui comportait de grands risques. D’autre part, les Américains connaissaient mal le lieu de détention des otages et des déplacements des ravisseurs. Ils n’auraient pas non plus été au courant des initiatives prises par l’association caritative sud-africaine Gift of the Givers pour la libération de Pierre Korkie qui était sur le point d’aboutir, semble-t-il. Pourtant, les Américains se targuent d’être les mieux informés au monde, c’est du moins l’impression qu’ils nous laissent. Selon Mustafa Alani, un expert du Gulf Research Centre à Genève, les Américains ont la capacité de mobiliser des commandos mais leurs renseignements restent faibles.

Néanmoins, il faut souligner que le temps pressait et que l’ultimatum de l’AQPA expirait le dimanche. La vie de Luke Somers était en réel danger. L’ultimatum prononcé était sérieux. Ce ne sont pas des situations où les mots ne veulent rien dire.

Une dizaine de jours auparavant, une opération de même nature avait pu libérer huit otages, mais pas Luke Somers.

Unknown
L’attention mondiale n’est pas souvent tournée vers le Yémen, un pays qui vit des moments difficiles.

Les États-Unis sont le principal allié du Yémen dans la lutte contre Al-Qaïda. Ils y mènent des attaques de drone contre le réseau.

Le saviez-vous ? Mais, anciennement, on appelait le Yémen, l’ex « Arabie heureuse ».

 

Sources :

http://www.jeuneafrique.com/actu/20141209T072226Z20141209T072154Z/

http://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/201412/08/01-4826164-la-famille-de-luke-somers-critique-loperation-ratee-au-yemen.php

Wikipedia – Le Monde

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

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