Musée des Beaux-Arts de Montréal

RAYMOND VIGER

L’impressionnisme, une contre-culture fin 19e siècle ?

Une exposition qui nous permet de retrouver la fraîcheur d’un art dont on oublie qu’il fut hors norme en son temps.

Normand Charest – chronique Valeurs de société, dossier Culture

reflet de société débat reflexion socialeUne collection exceptionnelle de tableaux impressionnistes fait le tour du monde, en ce moment, pendant que l’on agrandit les locaux du Sterling and Francine Clark Institute du Massachusetts. Et son seul arrêt au Canada se fait au Musée des Beaux-Arts de Montréal, du 13 octobre 2012 au 20 janvier 2013. En tout, 74 tableaux dont 21 de Renoir.

L’exposition occupe quatre salles de l’ancien édifice dont l’ancienneté lui convient parfaitement. Dès le départ, avouons notre préférence pour les œuvres de Renoir, ainsi que pour quelques Monet et Pissarro.

1. Les précurseurs

La première salle est réservée aux précurseurs, les peintres paysagistes Millet et Corot. On est aussi content de voir une petite toile bien vivante d’Honoré Daumier, dont on connaît surtout les gravures, les illustrations de livres qui se rapprochent de la caricature.

Mais ce que l’on peut retenir de la première salle, ce sont deux natures mortes de Renoir : « Oignons » (1881), des oignons rosés sur fond d’azur, des couleurs modulées comme on lui connaît. Et « Pivoines » (1880) qui est superbe de vie, de spontanéité, de fraîcheur, de naturel.

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Renoir, «Pivoines»

2. Peindre dehors

Dans la deuxième salle, un merveilleux Monet de 1874, « Les oies dans le ruisseau ». On y trouve déjà les petites touches familières, mais en couleurs automnales, discrètes, sauf pour l’orangé citrouille du toit de la maison.

Un Pissarro surprenant, « La maison de Piette à Montfoucault » (1874). Un paysage de neige gris, vert-de-gris et blanc bleuté, des couleurs ternes en principe. Pourtant, l’effet général est frais et vivant. Beau défi de peindre dehors en hiver. La rapidité d’exécution a donné beaucoup de vie au tableau, avec un coup de pinceau qui va à l’essentiel.

Un autre tableau de Pissarro, un paysage fait de couleurs primaires, cette fois, « Saint-Charles, Éragny » (1875). La belle lumière de l’été, vive mais douce, comme si la petite brume du matin venait juste de disparaître.

Frédéric Back, dans L’homme qui plantait des arbres, a repris un peu ce style – et avec bonheur. Soit dit en passant, on a exposé les œuvres de Frédéric Back dans des musées japonais où on lui a rendu honneur, mais jamais chez nous. Bien sûr, c’est un autre sujet sur lequel il faudrait revenir plus tard. Mais ce n’est pas inutile de le souligner au passage.

Sur les murs des salles, on a écrit des citations de Renoir, qui n’aimait pas se mêler de théorie. En voici une : « La seule récompense que l’on devrait offrir à un artiste, c’est de lui acheter ses œuvres. »

Un autre paysage : « Les falaises à Étretat » (1885). Du grand Monet, mature. Bel équilibre de couleurs, des bleus superbes ravivés par un rose orangé que l’on désespère de reproduire. Outre les couleurs, la composition est remarquable. Des rochers solides, verticaux, par opposition à l’horizontalité des strates rocheuses, de l’eau, des vagues, du ciel. Un tableau à la composition plus forte que d’autres paysages de Monet.

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Monet, «Falaises…»

3. Les couleurs magiques de Renoir

Dans la troisième salle, il y a foule. C’est là que se trouvent les portraits bien connus : du Renoir à son meilleur. Le bleu rêveur qui lui est unique, des bleus magiques relevés de violet, de vert. Renoir est à son sommet lorsqu’il peint des portraits féminins et des fleurs. Chez lui, les deux se confondent.

D’accord, on a trop vu ces tableaux en reproduction. Mais en « personne », quelle différence ! On n’en revient pas. Rien, absolument aucune reproduction ne peut rendre la vie de ce genre de tableau. Leurs couleurs, leurs textures, les interactions entre les couches superposées, agissant l’une sur l’autre. Des tableaux qui ont même une sorte d’aura.

4. Du sang neuf en art, hier et aujourd’hui

Dans la quatrième salle, on expose des tableaux non impressionnistes de l’époque pour nous mettre en situation. Des tableaux de Gérôme, par exemple, plein de mélodrames et de mises en scène. Rien de naturel, mais c’est ce que l’on croyait être du grand art, en ce temps-là.

Que l’art puisse se servir de sujets modestes et réalistes, qu’il puisse peindre la vraie vie, tout en prenant des libertés, voilà qui était nouveau dans les milieux artistiques et littéraires. Et c’est ce que les « avant-gardes » allaient changer graduellement, à la fin du 19e siècle et au début du 20e, autant en peinture qu’en poésie et dans tous les arts.

Quel lien peut-on établir avec cette exposition impressionniste et l’art actuel ? L’impressionnisme fut d’abord rejeté par les écoles, les académies, les acheteurs et le public de l’époque. On riait de cet art considéré comme naïf et maladroit, et l’expression « impressionnisme » fut d’abord une insulte inventée par un critique.

De la même manière, l’art urbain ne vient pas des écoles et des académies, mais de la rue. Tout n’est pas de valeur égale, mais en définitive, il faut constater que les arts populaires ont toujours apporté du sang neuf aux différentes cultures et qu’il faut en tenir compte.

  • Exposition « Il était une fois l’impressionnisme » au Musée des Beaux-Arts de Montréal, du 13 octobre 2012 au 20 janvier 2013. L’entrée est de 20 $. (À ce prix, ce n’est pas à la portée de tous. Dommage.)

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