On ne mourra pas d’en parler ….


 

Non, on ne devrait pas mourir d’en parler. De la mort. Ce moment dans nos vies qui représente un passage obligé. Toute notre vie pointe vers ce moment unique, et même en l’occultant, nous ne parviendrons jamais à l’effacer de notre conscience, surtout lorsque les années passent et que le moment fatidique se rapproche.

J’assistais à Pâques à la représentation du documentaire «On ne mourra pas d’en parler – un regard plein de vie sur la mort» au cinéma Beaubien. À la fin, une des comédiennes du documentaire, et la réalisatrice, Violette Daneau, entretinrent un échange avec le public sur le thème. C’est un très beau film à voir, dépouillé et lumineux de vérité.

Un homme de quarante ans, accroché à ses barreaux, criait qu’il ne voulait pas y aller

Une scène bouleversante dès le début du film, celle d’un homme de quarante ans qui, accroché à ses barreaux, criait qu’il ne voulait pas y aller … Je n’ai pu m’empêcher de noter l’intensité de la préposition Y, signifiant le lieu de destination, ici celle de la mort. Madame Daneau a dit avoir beaucoup pleuré quand son amie infirmière, Françoise, lui avait raconté cette scène. Mme Daneau elle-même a fait face à des deuils, dont celui de son conjoint.

Personne ne veut mourir, même si parfois, dans le désespoir on peut prononcer ces paroles, parce que la douleur est trop intense. Mais au fond de soi, on ne veut pas mourir, on voudrait ne plus souffrir.

 Si mourir ne s’apprend pas, peut-on apprivoiser la mort?

La réalisatrice, Violette Daneau, confie à son amie Françoise un rôle majeur dans le film en raison de son expertise comme accompagnatrice auprès des mourants depuis une quinzaine d’années.  Pendant le tournage, Françoise tombe malade, et meurt avant la fin du film. Un choc pour l’équipe. Ainsi, du jour au lendemain, cette femme se retrouve de l’autre côté, sur la chaise du mourant. Elle nous laisse un témoignage émouvant. «Ce n’est pas facile, dit-elle allongée sur son lit d’hôpital, en tamponnant ses yeux gonflés de larmes, je connais tous les exercices préparatoires à la mort, les respirations, les détentes à faire, les méditations. Je sais quoi faire comme intervenante, mais pas pour moi, je ne me souviens plus de rien. J’ai la trouille. J’ai peur de mourir. J’ai de la peine. Je voudrais continuer ma vie. Nous avions des projets mon mari et moi pour notre retraite.» Ce dernier l’accompagnera jusqu’à la fin. Il en garde un souvenir impérissable. «À un moment, Françoise est devenue plus calme. Je la serrais dans mes bras, je gardais le silence, puis je lui murmurais des poèmes, une prière. C’est ainsi qu’elle s’est endormie dans mes bras pour toujours.»

 Notre vie est un roman que nous écrivons dont nous ne connaissons pas le dernier chapitre

Nous vivons comme si nous étions les propriétaires de la vie, bâtissons nos rêves, construisons nos maisons, nos rêves, assurons notre sécurité financière autant que possible. Nous tentons de planifier notre vie. C’est le roman de notre vie que nous écrivons avec nos désirs, notre personnalité, notre force de caractère. Mais la fin, nous ne pouvons l’écrire, le dernier chapitre va s’écrire sans nous.

 La mort, quelles que soient les croyances, c’est surtout la peur de ne plus vivre que celle de mourir qui nous angoisse

Peut-être est-ce davantage la peur de ne plus vivre que celle de mourir qui nous fait peur.

Un sociologue disait dans le film qu’il ne croyait pas à une existence quelconque après la mort. Il croyait qu’il n’y avait rien après. Mais, a-t-il ajouté, s’il n’y a rien, je ne le saurai jamais puisque je n’existerai plus!

Des personnes qui croyaient à quelque chose après la mort ne savaient pas comment cela se passait. D’où la peur de l’inconnu. Quel que soit ce quelque chose, il reste que la destruction du corps est inévitable.

Mourir, pour beaucoup, représente une naissance à une autre réalité. Même si le cœur accepte ce concept, le corps va se révolter et se battre pour lutter contre la mort.

Naître, venir au monde, n’est pas facile non plus. Ni pour la mère ni pour l’enfant. Dans les deux cas, c’est un passage obligé.

Mourir, c’est arrêter de vivre, mais la vie ne meurt pas. C’est l’individu qui disparaît. Il continue à vivre dans la pensée et le cœur de ceux qui l’aimaient.

En vieillissant, on apprend à se détacher ….à lâcher la vie peu à peu, mais en réalité, c’est la vie qui nous lâche

Il y a cet homme retraité à la fin de la projection qui  nous a partagé ses impressions. Il a soudain réalisé que oui il devait se détacher de plus en plus, de son travail, de ses enfants, de ses possessions terrestres (leur accorder  moins d’importance, on ne les emporte pas avec nous), de son énergie puisque celle-ci diminue avec le temps. En fait, il réalisait que c’était beaucoup plus la vie qui allait le lâcher que lui laisser aller la vie!

 La sculpteure qui faisait des masques intérieurs des mourants

Une sculpteure qui faisait les portraits de ceux qui venaient de mourir eut un jour l’intuition de faire aussi un masque de la personne morte. Elle contempla ce masque avec attention, en silence, et il lui vint l’intuition de faire un autre masque, mais celui-ci intérieur. Et un autre par la suite. Elle se tournait vers l’intérieur de la personne et la découvrait davantage dans son essence.

Ce passage m’a beaucoup touchée. Tourner notre regard de l’extérieur vers l’intérieur est sans doute une manière d’apprivoiser la mort, car nos visages intérieurs se rapprochent davantage de l’inconnu invisible que le masque extérieur social d’une personne.

S’intérioriser pourrait aider à apprivoiser la mort, afin qu’elle soit moins brutale. À l’accueillir.

Que faire devant un mourant?

Se retrouver devant un mourant n’est pas le moment de sortir nos grandes théories et nos convictions sur la vie et la mort. On ne sait pas quoi faire quand on est en face d’une personne qui va mourir.

Les gens que la mort appelle ont besoin d’être touchés. L’infirmière, Françoise, a laissé cette recommandation : «Devant une personne face à la mort, accompagnez-la en silence. Prenez-la dans vos bras, touchez ses mains, ses cheveux. Parfois, il suffit de prendre une personne dans nos bras pour qu’elle se détende et se laisser paisiblement aller. Et surtout, conseille Françoise, taisez-vous. Gardez le silence ou parlez peu. Chuchotez certains mots qui vous viennent, de temps en temps.»

 Il ne faut surtout pas essayer de remplir le vide causé par le malaise que nous ressentons devant un mourant.

Vivre l’instant présent

Vivre dans le passé ou le futur nous fait penser à la mort. Vivre dans l’instant présent nous fait penser à la vie.

Plus nous vivrons intensément l’instant d’après, et mieux nous serons préparés à mourir sereinement.

Carolle Anne Dessureault

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

7 pensées sur “On ne mourra pas d’en parler ….

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    12 avril 2012 à 6 06 33 04334
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    La majorité des gens qui ont peur de mourir on d’abord très peur de vivre. Si on regarde leur vie, ils ne vivent pas ils survivent. Les gens auraient moins peur s’ils étaient conscients que la mort est seulement un passage d’une dimension à l’autre dimension. C’est de laisser son corps de matière pour retourner chez soi. La vrai vie commence avec la mort. Ce n’est pas la personne qui a peur de mourir mais c’est l’égo. L’égo qui s’identifie et qui s’accroche à ce corps de matière. Nous sommes d’abord des êtres de lumières qui s’incarnent afin de venir diviniser la matière et se réaliser. Ce que nous vivons ici, nous le vivons en haut mais en conscience. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. Ce n’est qu’une question de conscience. C’est mon opinoin.
    J’aurais pu élaborer mais le temps me manque ce matin. Je suis certaine que plusieurs personnes me comprennent.
    Bonne journée

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    12 avril 2012 à 6 06 43 04434
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    La mort c’est le plus beau cadeau de la vie…,si précieux, que nous le gardons pour la fin…

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    12 avril 2012 à 6 06 45 04454
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    « Il ne faut surtout pas essayer de remplir le vide causé par le malaise que nous ressentons devant un mourant »… Après avoir vu ma soeur chérie dépérir jour après jour et se retrouver, durant 6 longs mois, incapable de bouger, de parler et être devenue complètement dépendante du personnel dévoué de l’endroit et de ceux qui la chérissaient… ces mots prennent un sens très profond.
    Je n’oublierai jamais l’intensité de son regard qui vous traversait jusqu’à l’âme; là ou les mots sont devenus inutiles. J’ai senti sa peur, oui! Mais j’ai surtout entendu son besoin d’être aimée, rassurée et accompagnée. J’ai aussi senti son « Aurevoir, nous nous reverrons quelque part »… parce qu’elle croyait que l’Amour trouve toujours le chemin vers la Maison lumineuse ou se rassemblent ceux qui s’aiment.

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    12 avril 2012 à 12 12 34 04344
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    @Viviane,

    Tout à fait. C’est aussi ce à quoi je crois. Toutefois, je n’oublie pas que l’ego – ou le corps/personnalité / résistera au moment du passage.
    Se nourrir intérieurement est ce qui prépare le mieux à la mort.

    En attendant, l’important est de vivre le moment présent comme si c’était le dernier jour de notre vie.

    Merci du témoignage,

    Carolle Anne Dessureault

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    12 avril 2012 à 12 12 36 04364
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    @A.Julien

    Ah, je n’y avais jamais pensé de cette façon …

    Bonne journée,

    Carolle A. Dessureault

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    12 avril 2012 à 12 12 41 04414
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    @Estelle,

    Votre témoignage me touche, très fort. Votre soeur a vécu, ce que j’appelle, l’agonie de la mort. C’est surtout de cette souffrance qu’on a tous peur. L’idéal est de mourir dans son sommeil avant d’avoir été prévenu quelque temps auparavant intérieurement qu’on partirait!

    Vous avez vécu vous aussi une grande épreuve de voir votre soeur dans cet état. Si la mort délivre celui qui la traverse, qu’en est-il de ceux qui restent? Les êtres aimés laissent un vide difficile à combler.

    Merci de nous avoir livré cette expérience.

    Carolle Anne Dessureault

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