Oser enlever le masque

 

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT:

La semaine dernière, le texte portait sur les masques que nous choisissons ou subissons de porter pour se protéger. Des autres. Des blessures. Des jugements. Et même de l’amour. Les masques décrits s’inspirent du livre de Lise Bourbeau Les cinq blessures qui empêchent d’être.

Pouvons-nous enlever ces masques appliqués sur notre identité bien souvent à notre insu, résidus de l’éducation et de nos perceptions?

Plus le coeur s’ouvre, moins le masque se manifeste.

Avoir été capable de se créer un masque pour ne pas souffrir a été dans un sens un acte de courage, qui a aidé à survivre et à s’adapter à l’environnement dans lequel on évoluait.

Rappelons les cinq blessures et les masques qu’elles incitent à porter :

Le FUYANT – masque de la blessure du REJET

Le DÉPENDANT – masque de  la blessure de l’ABANDON

Le MASOCHISTE – masque de la blessure de l’HUMILIATION

Le CONTRÔLANT – masque de la blessure de la TRAHISON

Le RIGIDE – masque de la blessure de l’INJUSTICE

 Petite mise au point

Nous NE PORTONS PAS TOUJOURS un masque, seulement lorsque nous avons peur de souffrir, de revivre la blessure que le masque est supposé protéger.

Il faut bien comprendre que nous ne possédons pas TOUTES les caractéristiques décrites dans l’article de la semaine dernière relatives à une certaine blessure. La description des caractères aide à nous reconnaître dans des des comportements reliés à une blessure présente en soi.

Chaque type de caractère a tendance à se leurrer

S’il est très facile de voir objectivement les autres et leurs comportements, il n’en est pas ainsi pour nous-mêmes. Voici quelques leurres faciles à reconnaître.

Le FUYANT (masque de la blessure du REJET) se fera croire qu’il s’occupe bien de lui-même et des autres pour ne pas sentir les différents rejets vécus.

Le DÉPENDANT aimera faire l’indépendant et répéter à quel point il se sent bien seul et qu’il n’a besoin de personne.

Le MASOCHISTE se convaincra que tout ce qu’il fait pour les autres lui fait énormément plaisir. Il trouvera des excuses aux situations ou personnes qui l’ont humilié.

Le CONTRÔLANT sera convaincu de ne jamais mentir, qu’il garde sa parole et que personne ne lui fait peur.

Le RIGIDE aimera dire à tout un chacun combien il est juste, que sa vie est sans problèmes. Il aimera croire qu’il a beaucoup d’amis qui l’aiment comme il est.

Comment guérir les blessures?

Pour qu’un problème disparaisse, il faut d’abord le voir et l’accepter. S’accepter inconditionnellement, c’est-à-dire s’accepter même si nous ne sommes pas d’accord avec ce qui nous arrive et même si nous ne comprenons pas le pourquoi de certaines situations. Parfois, il faut même accepter de ne pas être capable d’accepter telle chose.

Pour s’accepter véritablement, la notion de responsabilité est essentielle. En tant qu’être humain, on ne peut pas plaire à tout le monde et on a le droit d’avoir certaines réactions humaines qui peuvent déplaire.

 Qui se cache derrière le masque?

Quand nous commençons à prendre conscience des peurs qui influencent nos pensées et nos comportements, le masque devient inutile, et tombe. Il n’y a alors plus de raison de stagner dans une énergie négative, soit réactive. Se révèlent alors dans toute leur plénitude nos forces innées. Si une personne par la suite réagit encore par la peur, au moins elle en sera consciente et pourra se regarder avec objectivité.

QUI SE CACHE DERRIÈRE LE MASQUE? Voici les forces cachées derrière les blessures et les masques.

DERRIÈRE LE MASQUE DU FUYANT (blessure du rejet) SE CACHE UNE PERSONNE …

  • efficace, dotée d’une bonne endurance au travail, capable de travailler seule
  • débrouillarde, douée d’invention, d’imagination, de créativité
  • apte à réagir; habilitée à faire ce qu’il faut en cas d’urgence
  • autonome

Lorsque le FUYANT prend de plus en plus sa place, ose s’affirmer, et ce, même si une autre personne semble oublier qu’elle existe, qu’elle peut quand même être bien dans sa peau, on peut dire que sa blessure est en voie de guérison.

DERRIÈRE LE MASQUE DU DÉPENDANT (blessure de l’abandon) SE CACHE UNE PERSONNE…

  • habile sachant faire ses demandes. Qui ne se sent pas abandonnée si on lui dit non
  • qui a des dons artistiques et de  comédien. Personne qui sait capter l’attention des autres
  • qui peut aider les autres sans entrer dans leurs problèmes
  • qui, bien que sociable, a besoin de moments de solitude pour se retrouver

Lorsque le DÉPENDANT se sent bien et n’est pas en train de chercher l’attention d’autrui pour se sentir valable, quand il s’occupe des projets qui l’inspirent (il peut même se passer de l’appui d’autrui), on peut dire que sa blessure est en voie de guérison.

DERRIÈRE LE MASQUE DU MASCOHISTE (blessure de l’humiliation) SE CACHE UNE PERSONNE …

  • audacieuse, aventurière, possédant de grandes capacités dans divers domaines
  • sensible aux besoins des autres, capable de respecter la liberté de chacun
  • qui est bon médiateur, conciliateur, susceptible de dédramatiser des situations difficiles
  • joviale qui aime le plaisir et met les autres à l’aise
  • généreuse, serviable et altruiste
  • qui a des talents d’organisatrice
  • sensuelle, personne qui sait se faire plaisir en amour
  • digne et fière

Lorsque le MASOCHISTE (blessure de l’humiliation) prend le temps de vérifier ses besoins AVANT de dire oui aux autres, et qu’il en prend moins sur ses épaules, cesse de se créer des limites, sa blessure est en voie de guérison.

DERRIÈRE LE MASQUE DU CONTRÔLANT (blessure de la trahison) SE CACHE UNE PERSONNE …

  • qui possède des qualités de chef et qui, par sa force, rassure et protège
  • sociable, bon comédien, possède le talent de l’art de oratoire
  • aide les autres à acquérir plus de confiance en eux, en faisant valoir leurs talents
  • capable de déléguer – permet aux autres de se valoriser
  • capable de gérer plusieurs choses à la fois, de prendre des décisions rapidement
  • s’entoure des bonnes personnes pour passer à l’action
  • capable de grandes performances et capacité de lâcher priser complètement

Lorsque le CONTRÔLANT réagit moins négativement lorsque ses semblables dérangent ses plans, lorsqu’il commence à lâcher prise (signifiant arrêter de s’attacher aux résultats), et lorsqu’il cesse de désirer que tout doit se passer selon sa planification, c’est le signe que sa blessure est en voie de guérison.

DERRIÈRE LE MASQUE DU RIGIDE (blessure de l’injustice) SE CACHE UNE PERSONNE…

  • créative, très énergique, dotée d’une grande capacité de travail
  • ordonnée et excellente pour produire un travail de précision
  • capacité de simplifier et d’expliquer clairement
  • très sensible – perçoit ce que les autres ressentent
  • enthousiaste, vivante et dynamique
  • qui, tout comme le FUYANT (blessure du rejet), sait quoi faire en cas d’urgence

Lorsque le RIGIDE (blessure de l’injustice) se permet d’être moins perfectionniste, de faire des erreurs sans vivre de colère ou de critique, qu’il se permet enfin de montrer sa sensibilité aux autres sans la peur d’être jugé, sa blessure est en voie de guérison.

Enlever le masque

En conclusion, les personnes qui se cachent derrière un masque sont tellement plus belles, productives et riches que les attributs même qu’elle se sont créés à travers le masque, pourquoi attendre?

Oser enlever le masque, c’est oser se montrer dans sa vulnérabilité et sa condition humaine. Oser juste être soi, audacieusement, sans se laisser intimider par les peurs de rejet, d’abandon, d’humiliation, de trahison et d’injustice.

Un aveu de mon plus jeune frère lors d’une réception m’avait profondément touchée : «Je n’apprécie plus les personnes trop parfaites, lisses, que l’on ne peut jamais atteindre… les personnes qui me touchent sont plutôt celles qui montrent leur vulnérabilité. Elles sont attachantes. Je les crois dans leurs propos.»

Ces personnes qui ne sont plus occupées à bien paraître et à chercher l’approbation, à être parfaites, ou à avoir peur d’être rejetées, ont de l’énergie à consacrer au bien du tout. Elles aiment et accueillent les autres personnes pour ce qu’elles sont, ou tentent de le faire.

C’est l’affaire de chacun de rayonner davantage. Devenir limpide comme l’aube qui se lève.

Carolle Anne Dessureault

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

5 pensées sur “Oser enlever le masque

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    18 juillet 2013 à 7 07 37 07377
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    Carolle,
    Bon, les défauts, le faux soi sont du genre masculin et les qualités sont du genre féminin.

    Une blessure c’est féminin, un masque et ses variétés c’est masculin.

    Je me demande si le spécialiste en linguistique Paul Laurendeau arriverait aux mêmes conclusions ?

    Comme les ongles des cinq doigts de la main de l’article précédent, puisque je possède toutes les qualités de toutes les personnes qui se protègent dans le présent des blessures du passé, j’en conclu que je porte tous les masques.

    Cela fait de moi un « pierrot » à cinq couleurs. Riche, riche, riche.

    A+

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    18 juillet 2013 à 18 06 30 07307
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    Bonsoir,

    Vous dites : «une blessure c’est féminin, un masque et ses variétés c’est masculin.»

    J’imagine que vous voulez parler des aspects féminin et masculin qui sont à l’intérieur de chaque personne.

    Merci.

    CAD

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      18 juillet 2013 à 19 07 13 07137
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      Carolle,

      Non, je ne pensais pas à cela, mais si vous me l’expliquiez, je pourrais mieux vous répondre.

      Bonne soirée.

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        23 juillet 2013 à 18 06 00 07007
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        J’ai trouvé ceci aujourd’hui dans « Trouvailles ». J’aime mieux que le « yin et le yang ». La relation avec l’enfance est implicite, même intergénérationnelle.

        LES DEUX LOUPS

        Un soir, un vieux Cherokee parlait à son petit-fils du combat

        qui a lieu à l’intérieur des gens. Il disait :

        « Mon petit, il y a une lutte entre deux loups à l’intérieur de chacun de nous.
        « L’un est le Mal – c’est la colère, l’envie, la jalousie, le chagrin, le regret, la cupidité, l’arrogance, l’apitoiement, la culpabilité, l’amertume, le sentiment d’infériorité, le mensonge, l’orgueil, la supériorité et l’égo.

        « L’autre est le Bien – c’est la joie, la paix, l’amour, l’espoir, la sérénité, l’humilité, la bonté, la bienveillance, l’empathie, la générosité, la vérité, la compassion et la foi. »

        Le petit-fils a réfléchi pendant quelques instants, puis il a demandé à son grand-père :« Quel loup va gagner? »

        Le vieux Cherokee a simplement répondu : « Celui que tu nourris. »

        ***

        Gaëtan Pelletier

        8 septembre 2012

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    5 juin 2014 à 11 11 25 06256
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    Bonjour.
    J’ai bien lu tout votre article mais je ne sais pas comment retirer mon masque. Je me suis retranchée derrière un masque il y a 6 ans, et aujourd’hui ma meilleure amie a dit quelque chose qui m’a fait beaucoup réfléchir: » Si ça se trouve, je ne suis pas amie avec Esuteru mais je suis amie avec ton masque. » J’aimerais le retirer, mais j’ai peur. Si je l’ai mis, c’est bien pour une raison, et j’ai peur que ma vraie personnalité lui déplaise. Et aussi, j’ai oublié qui j’étais vraiment. Comment pourrais-je me retrouver vraiment ?
    A bientôt

    Répondre

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