Pacte de suicide en Lorraine, les 2 femmes se rencontrent sur un site Internet

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Deux jeunes femmes suicidaires qui ne se connaissent pas font des recherches pour trouver des moyens pour se suicider. À partir d’un site Internet, elles prennent contact ensemble, se rencontrent et planifient leur suicide. Samedi le 20 septembre, l’événement tragique est complété.

Je reçois un commentaire d’Emy sur l’un de mes billets intitulé « Comment se suicider. Moyens pour se suicider » :

« Après avoir terminé de lire l’article de journal Le détective, paru le 1er octobre en page 24 et 25, je viens vous rendre visite. Ces deux pages vous concernent. Le procureur de la République, ainsi qu’un Colonel de la gendarmerie ont évoqué la fermeture prochaine du site Internet par le biais duquel les jeunes femmes se sont rencontrées. Il s’agit de la jeune Hassina (sous le pseudo de Sina08) et d’une autre appelée Anne… Après s’être rencontrées sur ce forum, elles se sont toutes deux données rendez-vous pour mettre un point final à leurs vies. »

J’ai été ébranlé par cette nouvelle. J’ai demandé à une amie Française, Christine, de me faire parvenir l’article en question qui n’était pas disponible sur l’Internet. À la lecture de l’article, nous pouvons voir des commentaires laissés par Sina 08 sur mon billet.

En faisant des recherches, ma conjointe Danielle a pu retracer plusieurs articles décrivant les événements. Pour n’en référer que quelques uns : Le Post, Le Figaro, L’Express.fr, 20minutes.fr, France2.fr, Libestrasbourg, L’Union

Je ne vous cacherais pas que de lire tous ces articles, en faire la référence et essayer de démêler toute l’histoire n’est pas chose évidente pour moi. Il ne faut pas oublier que l’organisme communautaire pour lequel je m’investis m’occupe déjà 7 jours semaines.

moyens pour se tuer suicidaire se suicider vouloir mourir suicide intervention preventionJe ne pourrais pas, dans un seul billet, tout commenter. Je commencerais par offrir mes plus sincères condoléances aux proches et amis d’Hassina (sous le pseudo de Sina08) et Anne. Perdre un proche est souffrant, le perdre par suicide, encore plus.

Dans les articles il est question de sites Internet incitant les gens à se suicider et ayant permis une rencontre entre Hassina et Anne pour faire un pacte de suicide. Il est vrai qu’Hassina est venu partager sa détresse sur mon site, et ce, jusqu’au 26 juin. Mais aucune trace de Anne et aucun échange ne permettant une rencontre.

Incitation au suicide ?

Maintenant, allons plus loin dans la réflexion. Est-ce que mon billet et ses commentaires sont des incitatifs au suicide ? Pourquoi l’avoir intitulé « Comment se suicider. Moyens pour se suicider » ?

Si une personne suicidaire cherche une ressource pour l’aider, un organisme de prévention du suicide, elle va les trouver. Si une personne suicidaire cherche des moyens pour se suicider, où va-t-elle aboutir ? Sur des forums valorisant le suicide. Des sites pour lui fournir des moyens pour se suicider et peut-être même la motiver à passer à l’acte.

J’ai décidé de faire de la prévention du suicide auprès des gens qui cherchent des moyens pour se suicider. En leur offrant un billet avec le titre qu’ils cherchent. Mais ils y trouverons quelque chose de différents les ressources pouvant les aider et les soutenir, autant par téléphone que par Internet et ce, pour plusieurs pays.

Si ces gens ont besoin de s’exprimer, ils pourront laisser un commentaire et ils recevront une réponse. Une réponse pour tenter de les soutenir dans leurs démarches, les référer aux ressources pouvant les aider, dans une recherche pour trouver des gens de confiance à qui s’ouvrir et exprimer leur détresse. Le billet n’a pas été écrit pour valoriser le suicide, mais participer à sa prévention.

Est-ce que j’ai les qualifications pour le faire ? Pour ceux qui ont besoin de justifications scolaires et professionnelles, depuis maintenant plus de 16 ans que je suis un intervenant de crise auprès de personnes suicidaires. J’ai intervenu dans différentes communautés, différentes cultures, différentes langues. J’ai enseigné pendant 5 ans l’intervention de crise à l’Université McGill et été intervenant pour plusieurs institutions. Le suicide est ma première spécialité suivi par l’intervention auprès de personnes toxicomanes et aussi de joueurs compulsifs. J’ai pris ma retraite en 2000 pour mieux m’investir dans un organisme communautaire. Au-delà de toutes ces justifications, j’ai développé ma sensibilité à intervenir auprès des personnes suicidaires parce que plusieurs personnes proches se sont suicidés et que j’ai moi-même fait 2 tentatives de suicide.

En 2003, nous avons commencé à offrir des textes de prévention et de sensibilisation sur l’Internet avec des forums de discussions pour des sujets tels que suicide, drogue, prostitution, gang de rue, jeu compulsif… Ces lieux permettent à tous et chacun de prendre sa place et d’exprimer ce qu’il vit et de trouver les ressources pouvant l’aider et le réconfort d’une écoute anonyme. Sur mon blogue et celui de l’organisme, nous avons plus de 3 000 billets s’adressant à différentes personnes et touchant différentes problématiques.

Est-ce que les résultats de cette démarche sont positifs ? Est-ce que le pacte de suicide qu’Hassina a fait veut dire que le site est un échec ? Que dire des 78 500 Internautes qui ont passé par ce billet en moins d’une année ? Que pensez des 3 925 Internautes qui ont cliqués sur un des sites des ressources en prévention du suicide présentés dans le billet. Sans compter les milliers de commentaires et partages reçus sur ces billets ? À vous de juger.

Personnellement, je fais du mieux que je peux avec ce que j’ai. Une personne qui se suicide, c’est une de trop. À chaque année, il y aurait près de 30 000 suicides en France, 1 500 au Québec.

Autres textes Suicide

Forum pour personnes suicidaires

Suicide d’un ami

Processus suicidaire

Suicide de notre enfant

Pacte de suicide entre 2 femmes sur Internet

4 pensées sur “Pacte de suicide en Lorraine, les 2 femmes se rencontrent sur un site Internet

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    6 octobre 2008 à 23 11 59 105910
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    Je me souviens que vous êtes versé dans cette question mais j’ai la thèse exactement inverse : je suis pour la légalisation pure et simple du suicide, quel qu’en soit le motif, avec, de préférence, une assistance médicale de manière à le rendre indolore, comme c’est techniquement possible.

    Si la vie avait quelque valeur, le suicide serait légalisé pour ceux qui ne veulent pas poursuivre plus avant cette aventure misérable.

    À cet égard, on s’aperçoit que le suicide est un luxe, il faut être bien renseigné ou bien entouré pour se procurer les substances ou les outils qui vous assurent une mort certaine.

    Car ce qui intéresse essentiellement le suicidaire, c’est la certitude de la mort, ce pourquoi les hauteurs, très fiables en la matière, sont très surveillées.

    L’obligation de la vie est un fascisme insupportable, vous n’avez d’ailleurs aucun argument à avancer à l’exception d’affirmations gratuites, le plus souvent mielleuses et empreintes d’une certaine pitié, on nage dans le flasque intégral.

    Donc, je ne me lamenterais pas comme vous le faites sur des personnes qui ont réussi à se supprimer mais je les féliciterais plutôt post mortem d’avoir su contourner la difficulté.

    Quant à leurs entourages, qu’ils se fassent une raison, ils pourraient même être heureux de ce que des proches ou intimes aient obtenu ce qu’ils voulaient.

    Bien à vous.

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    7 octobre 2008 à 5 05 30 103010
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    M. Rex.

    J’ai beaucoup de difficultés à suivre votre raisonnement. Vous dites être pour la légalisation du suicide pour quelque motif qu’il soit. J’ai fait de l’intervention auprès de personnes suicidaires pour des personnes aussi jeunes que 6 ans ! Croyez-vous que votre affirmation puisse tenir la route dans toutes les conditions, même extrêmes comme celle-ci ?

    Que dois-je dire aux personnes suicidaires que nous avons soutenu et qui aujourd’hui nous remercie de les avoir aidé à traverser des périodes difficiles de leur vie ? Qu’ils ne devraient pas être vivant car on aurait dû les assister pour compléter leur suicide ?

    Vous dites que le suicide est un luxe. Les moyens pour se suicider sont accessibles à tous et n’a rien avoir avec la grosseur du porte-feuille.

    Quand vous dites que ce qui intéresse le suicidaire c’est la certitude de la mort, on voit bien que vous n’avez pas une grande expérience du suicide. Une personne suicidaire veut arrêter de souffrir. Il y a ambivalence et hésitation parce qu’à l’intérieur d’elle, la personne ne veut pas mourir.

    Perdre un proche par suicide est très souffrant. Les gens tombent dans l’incompréhension, la culpabilité. C’est pourquoi les proches de personnes qui se sont suicidés se retrouvent souvent eux-mêmes suicidaires.

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    8 octobre 2008 à 1 01 14 101410
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    Je n’ai aucune expérience dans ce domaine, vous avez bien raison de le signaler, je m’exprime simplement en tant que citoyen sur ce sujet comme je le fais sur d’autres, ce qui explique le caractère théorique de ma position.

    Je comprends votre argument : vous voulez dire que certains suicidaires ne le sont pas vraiment en réalité, ils veulent être aidés, ce pourquoi, une fois sortis de leur galère, ils vous remercient de vos bons soins.

    J’essayais de me placer du point de vue du vrai suicidaire et non pas de ceux qui veulent simplement se faire aider par d’autres et emploient des mots-clés disproportionnés et inexacts. Si intérieurement ils ne veulent pas mourir, je ne dirais pas que ce sont des suicidaires.

    Les moyens de se suicider, agréablement si je puis dire, sont difficiles à trouver. Le vrai suicidaire veut mourir vite et de façon certaine. La défenestration est très fiable à condition que ce soit d’assez haut, même d’un onzième étage, il y a eu des survivants à cause de la pelouse qui amortit le choc. Il faut non seulement une grande hauteur mais du bitume qui vous fracasse la tête pour être sûr de mourir.

    Comme le port d’arme est illégal, il est très difficile de se procurer une arme.

    Le livre « Suicide mode d’emploi » a été retiré de la vente et les substances ne sont plus disponibles et probablement pas en vente libre.

    Quant à se jeter sous la métro, c’est déranger tout le monde, notamment ceux qui ne se posent même pas cette question, ce n’est pas forcément ce que cherche un suicidaire.

    Il est clair que la société fait tout pour vous dissuader du suicide au sens où elle vous donne pas la certitude absolue de mourir, le suicidaire doit prendre le risque de se rater et comme il vaut mieux vivre en bonne santé que de se retrouver handicapé à vie pour le cas où vous vous rateriez, nombre de suicidaires abandonnent momentanément leur projet.

    Prenez le cas d’un exclu célibataire, qui n’a pas charge d’âmes, qui est au chômage depuis longtemps et dont l’exclusion sociale est irréversible du fait de son âge, qui ne pourra plus jamais se resocialiser, au nom de quoi lui refuse-t-on la mort puisqu’il est déjà en état de mort sociale ?

    J’ai entendu un jour cette conversation dans un café. Une vieille dame disait à un chômeur : « mais vous êtes un poids pour les citoyens, cela fait des années que vous tournicotez sans retrouver de travail, c’est nous qui payons pour vous ». Ce Monsieur lui a répondu : « Mais on n’a qu’à légaliser le suicide et le problème est résolu ». D’autres qui écoutaient la conversation lui ont fait fermer sa gueule car ces mots, quoique parfaitement exacts, étaient très choquants pour les bien-pensants.

    Votre argumentation consiste simplement à vous positionner du point de vue de faux suicidaires, alors évidemment votre œuvre est tout à fait généreuse, nul ne le niera.

    Mais moi, je me place du point de vue des vrais suicidaires, ceux qui posément et de façon réfléchie, veulent mourir, notamment les exclus sociaux qui n’ont plus aucune chance de se resocialiser.

    Bien à vous

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    8 octobre 2008 à 22 10 02 100210
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    M. Ægidius Rex

    Il n’existe pas de vrais suicidaires et de faux suicidaires. Comment peut-on juger de la souffrance d’une personne ? Un de mes amis, Did Tafari Bélizaire, s’est jeté en bas d’un pont et aurait dû mourir. Le hasard fait qu’il est aujourd’hui en chaise roulante et heureux de pouvoir vivre. Pourtant il a fait une tentative de suicide dont il n’aurais pas dû survivre.

    Quand une personne est en crise suicidaire, elle est aveuglé par la souffrance qui l’habite. La seule chose qu’elle cherche à faire c’est de faire cesser cette souffrance. Il n’y a plus de raisonnement ou de logique qui ne tienne rendu à cet extrême.

    Je vous laisse le témoignage du suicide d’un ami.

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