Paix aux hommes de bonne volonté !

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Il y a dans la fête de Noël un appel au rassemblement qui me touche profondément. Que la fête soit devenue commerciale avec échange de cadeaux, parures vestimentaires, bijoux, lumières et boules dans le traditionnel sapin, aucun de ces artifices n’a de sens s’il n’y a pas de fête autour d’un repas avec des gens qu’on aime pour partager, rompre le pain, boire à la santé de chacun et se souhaiter le meilleur jusqu’à la fin des temps … ou plus humblement, croiser une personne, visiter un malade, être avec l’autre … avec un autre que soi !

Antérieurement au Noël chrétien, les fêtes païennes célébraient le solstice d’hiver, un symbole de la renaissance du soleil. La fête chrétienne nous parle à son tour de naissance; et de renaissance pour tous les hommes de la terre.

En pelletant dimanche dernier l’amoncellement de neige lourde accumulée dans l’entrée de garage durant la nuit, j’ai eu tout le temps de réfléchir à ce qu’était devenu Noël pour moi. Pourquoi fêter encore Noël, période souvent épuisante et coûteuse ? Je fête encore Noël, parce que j’aime. Je le fête pour ma famille, mes filles et mes deux petits-enfants, surtout pour ces deux-là, car les enfants sont le jardin de la terre. Les enfants sont ouverts à la magie. Ils aiment jouer. Ils savent qu’ils font semblant mais feignent de ne pas le savoir, c’est pourquoi ils sont plus légers que nous les adultes qui prenons nos rôles tellement au sérieux que nous nous y emmurons nous-mêmes, à double tour. Les enfants nous permettent de renaître en sortant de nos rôles, le temps d’un éclair qui ouvre un espace inaltérable dans le coeur, un goût de « chez-soi, home made, fait-maison  ».

Je pensais aussi, en plantant le tranchant de la pelle dans la neige durcie et compacte, hostile ce jour-là, au célèbre « Paix aux hommes de bonne volonté ! »

Pendant que la lumière du jour baissait, une clarté intérieure montait, un cantique vibrant qui m’échappait, mais que je suivais comme une égarée suit l’étoile polaire. Oui, quelque chose montait, et j’attendais, concentrée sur le déneigement, indifférente à mes épaules qui brûlaient, encore plus concentrée en moi-même comme si je rentrais vraiment en moi. J’étais plus en dedans qu’au dehors.

Je cherchais le sens du « Paix aux hommes de bonne volonté ! » Des bribes montaient, éparses, dans le désordre, qui faisaient pourtant battre mon cœur. Le vent soufflait sur mes joues, mais je ne sentais que celui de l’intérieur qui mouillait mes yeux comme si j’allais m’abreuver à une oasis.

Des images sur le morcellement m’habitaient. Je comprenais que j’étais morcelée et que ma faim d’être unifiée – toujours la même faim depuis toujours – ne partirait jamais et pouvait trouver son sens dans ce merveilleux « Paix aux hommes de bonne volonté ! »

Cinq heures plus tard, l’entrée grattée jusqu’à l’asphalte, les trottoirs dégagés, les bancs de neige sur le terrain hauts d’au moins un mètre et demi, j’avais ma réponse. Si au départ, j’avais pressenti qu’il fallait souhaiter la paix aux autres, être de bonne volonté, je savais maintenant que c’était à moi que s’adressait le « Paix aux hommes de bonne volonté !»

C’est moi qui dois devenir une personne de bonne volonté. Neutraliser ce qui est excessif en moi et chez l’autre. Ne pas me vêtir uniquement de ma plus jolie robe, mais m’habiller de lumière en dedans. Mon désir est d’être une personne de bonne volonté. Je sentais la paix descendre en moi comme un manteau de protection doux et floconneux.

Et si à Noël je me faisais le plus beau des cadeaux ? Ouvrir mon cœur pendant une journée, fêter la joie d’être en vie, sur terre, dans un corps pas toujours parfait, mais fidèle … Se faire soi-même le cadeau de ne plus participer à la continuation de la folie collective de la haine et du ressentiment. C’est difficile, mais en l’occasion de la fête de l’amour, s’aimer suffisamment soi-même pour être capable d’ouvrir et de se vêtir de cette bonne volonté, comme on enfile un habit neuf.

Noël c’est le temps du pardon. Pardonner comment ? D’abord comprendre que les actions qui causent des blessures proviennent toujours de l’ego, et que ce dernier est l’expression d’un dysfonctionnement humain collectif …

Noël, une fête de rassemblement, d’amour. Donner et recevoir. Ce n’est pas tout de donner un cadeau bien enrubanné avec le sourire, c’est soi qu’il faut donner. Regarder l’autre avec la meilleure volonté du monde pour apporter la paix. L’humanité souffre d’être mal regardée. Elle en devient aveugle. Donner un joli cadeau, mais si le regard manque de lumière, l’autre le sentira. La division se maintiendra. Pour rassembler, il faut d’abord rassembler toutes ses parties divisées, devenir une seule maison.

Je ne lutterai pas contre l’appel profond qui me pousse à croire en l’étoile de l’amour – pour mon équilibre et ma joie – Pour moi, Noël, c’est la fête du rassemblement.

Je vous souhaite à l’occasion de Noël et de la période des Fêtes, un habit neuf intérieur. Jouons à nous vêtir de lumière et d’une infinie compassion. Pour soi, juste pour soi. Nécessairement, cette eau purifiée coulera sur les autres.

Et si avec la meilleure bonne volonté, l’autre ne réagit pas aussi bien qu’on l’espérait, surtout ne pas se dévêtir de l’habit de lumière. Car, vous savez bien, vous, qu’il n’est pas facile d’être une homme de bonne volonté ! Une personne de bonne volonté !

Paix à tous !

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.