Patrick Lagacé – Débat sur la réhabilitation des prisonniers et la peine de mort

Raymond Viger   Dossier Chronique du prisonnier

Patrick Lagacé vient de publier dans La Presse un article sur le chroniqueur-prisonnier du magazine Reflet de Société, Jean-Pierre Bellemare. Un article qui m’a ému et touché pour son côté humain et sensible.

J’avais oublié que Patrick Lagacé avait aussi un blogue. Un blogue dans lequel il fait la présentation de l’article publié dans La Presse en y faisant un hyperlien. J’avais oublié que les gens commenteraient l’article de Patrick Lagacé. J’avais oublié de tenir compte de tous les préjugés que certaines personnes peuvent avoir envers les prisonniers et les criminels.

Avec toute ma candeur d’enfant, avec toute ma sensibilité d’homme j’ai commencé à lire les commentaires. Malgré que les commentaires soient partagés presque moitié-moitié entre des mots d’encouragements et une volonté de rétablir la peine de mort, j’ai été profondément blessé par plusieurs de ces commentaires.

Je commencerais par remercier les gens qui ont pris le temps de laisser un mot d’encouragement à Jean-Pierre. Ces mots vont le toucher et l’encourager, j’en suis convaincu. Ces mots d’encouragement auront aussi été très importants pour moi. Non pas que j’ai besoin d’encouragement personnel. Dans le choix de m’investir auprès des personnes marginalisés, criminels ou pauvres, je savais que je ne choisissais pas une mission très « glamour ». Je fais mon travail sur le terrain en dérangeant parfois certains principes et certaines valeurs morales, en remettant en question des règles, des façons de faire. Ces mots d’encouragements me sont très utiles pour pouvoir accepter les attaques sur un être humain que je connais et que je soutiens dans sa réhabilitation depuis plusieurs années.

Je voudrais aussi remercier tous ces gens qui ont dit, haut et fort, ce qu’ils pensaient des prisonniers en général et le sort qu’ils voudraient réserver à Jean-Pierre Bellemare. J’avais oublié la méchanceté de certains préjugés encore fortement ancré dans notre société. Votre discours me permettra de mieux me préparer pour soutenir Jean-Pierre lors de sa sortie de prison. Sans votre honnêteté à dire ce que vous pensez réellement, j’aurais sous-estimé le travail qui m’attend à sa sortie.

Finalement, un gros merci à Patrick Lagacé. Un article qui aura été long et pénible à écrire. Les démarches pour entrer en prison n’ont pas été facile. Vous avez eu, M. Lagacé, la patience et la persévérance d’aller jusqu’au bout. En plus des difficultés administratives pour rencontrer Jean-Pierre Bellemare, une émeute à la prison de Cowansville avait cancellé votre premier rendez-vous. De plus, Cowansville nécessite un temps de déplacement qui est non négligeable. Un gros investissement pour une chronique et je vous en félicite. Les réactions obtenues à la suite de votre article me plongent dans une réalité que Jean-Pierre et moi auront à affronter sous peu. Cela nous permettra de mieux nous préparer.

En lisant les commentaires sur le blogue de Patrick Lagacé, j’aurais voulu répondre à chacun d’eux, tenter de justifier, d’expliquer… J’ai changé d’idée. Est-ce que les gens savaient que les prisonniers sont payés 1$ de l’heure pour le travail qu’ils font en prison ? Qu’ils doivent tout acheter leurs effets personnels à la cantine, c’est-à-dire au plein prix du dépanneur ? Que certains de ces travaux permettent des économies appréciables à la société ? Que Jean-Pierre Bellemare ne sera pas libéré au 1/6 ou 1/3 de sa peine, mais qu’il a fait tout son temps ? Dans le milieu on appelle ça LO. Libération Obligatoire. Les plantes qu’il a ne lui ont été pas fourni par le système mais qu’il a dû se les payer ? Est-ce que les gens sont au courant de tout le cheminement et le travail que Jean-Pierre a fait sur lui en assistant à toutes sortes de rencontres avec des professionnels ou des bénévoles ? Est-ce que les gens sont au courant que Jean-Pierre s’est impliqué dans des groupes de prévention du suicide, qu’il a été un réconfort pour plusieurs prisonniers et qu’il a permis à plusieurs de cheminer ?

Sûrement pas. Parce que les gens qui l’ont déjà condamné ne condamne pas Jean-Pierre Bellemare. Ils condamnent tous les prisonniers et tous les criminels, sans prendre le temps de les connaître.

Pour ceux qui ont demandé la peine de mort pour un homme comme Jean-Pierre Bellemare, j’aimerais que vous me condamniez aussi à la peine de mort. Parce que si Jean-Pierre mérite la peine de mort, un homme comme moi qui l’accompagne dans son cheminement doit l’accompagner jusqu’au bout. Qu’on me pende haut et court et qu’on me pende le premier. Parce que s’il est criminel de croire en la réhabilitation d’un prisonnier, je suis un très grand criminel.

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Une pensée sur “Patrick Lagacé – Débat sur la réhabilitation des prisonniers et la peine de mort

  • avatar
    8 juillet 2009 à 20 08 58 07587
    Permalink

    Raymond Viger,

    Très touchant cet article et vraiment réaliste. C’est tellement dommage de parler de peine de mort quand un prisonnier comme Jean-Pierre Bellemare met tout en œuvre pour se rétablir et préparer sa sortie en société.

    Je ne serais pas assez brave pour me écrire que je choisirais de me faire pendre avec vous deux, quoique mes pensées vont dans le même sens que vous, en ce domaine. Quand on pense aux erreurs dans le monde de la loi et justice des hommes, même de 1% me permettrait encore de me prononcer CONTRE la peine de mort. Le cas de l’affaire Coffin de la Gaspésie en est un bel exemple.

    Sachez que j’envoie à nouveau toutes mes salutations amicale même éloignées, à Jean-Pierre Bellemare qui ne doit pas se laisser abattre par des individus qui souvent ne pensent pas plus loin que leurs bouts du nez, lorsqu’ils émettent des opinions très dures, concernant les prisonniers qui font tout pour se réhabiliter en société. La peine de mort psychologique se vit à plein gaz, ça c’est certain, mais de là à remettre la peine de mort en vigueur au Canada, il y aurait des limites. Jamais la peine de mort physique ne devrait revoir le jour, ni même partout sur la Terre; du moins à mon avis personnel de personne et de citoyenne.

    Amitiés de,

    Patricia Turcotte

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