Pourquoi cultiver notre jardin intérieur ?

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT

Une des joies de l’été réside dans la beauté des jardins. La nature bourdonne, magnifique et vibrante. La  lumière est étincelante. L’air chaud et doux tressaille au son des oiseaux qui se répondent d’un arbre à l’autre. L’herbe sent bon. L’eau des ruisseaux coule comme une musique à nos oreilles, les jardins ensemencés regorgent de légumes et de fleurs. Des bouffées d’énergie coulent comme une sève dans nos veines et nous rendent plus vivants et joyeux.

Pourquoi ne pas nous inspirer de l’activité fébrile de la nature qui se renouvelle sans cesse pour cultiver notre jardin intérieur?

Le travail intérieur sur soi peut se comparer à la culture d’un jardin. Il est possible de transmuter les programmations négatives et les expériences douloureuses en lumière pour se libérer de leur prison, car il existe dans notre jardin intérieur un pouvoir-être que rien ne peut détruire, telle une source. Même si le carré de jardin est modeste, peu importe, il est possible de le cultiver et de le rendre florissant, on peut mettre dans ce jardin tout ce qu’on aspire à voir se développer. Prendre le temps d’ensemencer soi-même les racines de notre bien-être peut devenir un jeu absolument fascinant. L’objectif est de récolter ses propres semences afin de cesser d’attendre comme un mendiant au pied de la verticale du pouvoir. Et couper le courant d’admiration ou de secrète envie projeté sur les autres à l’extérieur. Se nourrir de ses semences pour vivre l’autonomie, la paix et le contentement. Un air de satiété d’été.

Une cure de désintoxication

Commencer par  une cure de désintoxication des pensées négatives et obsédantes dans le but d’éliminer une bonne partie des pensées toxiques qui séjournent dans le mental. À la place, on sèmera  des graines fertiles d’amour et de paix. Choisir de ne laisser entrer en soi que les pensées que nous voulons voir se matérialiser dans notre vie. Notre cœur est comme un jardin dans lequel nous semons constamment. Cette attitude agit comme un tonique très puissant.

L’embellissement du jardin intérieur se fait par la surveillance de nos émotions et pensées, par le remplacement du négatif par le positif. Certes, ce programme n’est pas toujours facile à appliquer. Pourtant, quoi faire d’autre? Ne rien faire ne fait que nous alourdir. Même si nous n’avons pas voulu telle ou telle situation, ce n’est pas en cherchant un coupable à l’extérieur que le conflit se résoudra. Nous sommes responsables de ce que nous transportons. De ce que nous semons.

Choisir ce que nous voulons semer et arracher les mauvaises herbes

En tout premier lieu, il faut choisir ce que l’on veut semer dans son jardin et par la suite s’y conformer.

Si je sème des graines de moutarde, je ne dois pas m’attendre à manger des tomates à la fin de l’été !

Si je désire vivre la paix, l’harmonie, l’abondance, l’amour, la santé, et que toutes mes pensées sont concentrées sur la vengeance, la violence, l’échec, le désespoir, le découragement, l’envie et la critique, je ne devrai pas me surprendre d’obtenir des circonstances inharmonieuses dans ma vie. Car la pensée crée. Ce sur quoi nous portons notre attention finit par nous ressembler.

Il en va de même pour les états d’être qui nous rendent heureux. Au lieu d’attendre que ces états agréables viennent des autres et de l’extérieur, pourquoi ne pas les faire naître en soi ! Par la suite, ces états magnétiseront les circonstances et les personnes qui résonneront à cette énergie. La manière dont la vie nous renvoie le miroir de nos pensées et de nos émotions n’est pas toujours la façon que nous souhaitons, néanmoins, l’essentiel est de vivre l’état désiré. Le fond est plus important que la forme.

Si c’est la paix, les graines seront les pensées de paix à entretenir. Chasser les pensées qui y sont contraires : la haine, la discorde, la violence et les remplacer par la paix.

Un jardin ne se construit pas sans efforts. Il faut arracher les mauvaises herbes, arroser, nourrir la terre. Ainsi pour le jardin intérieur. La partie la plus exigeante est la surveillance de nos pensées. Cette discipline constitue l’ingrédient de base qui permettra aux graines de croître.

Enlever les mauvaises herbes qui poussent en soi sous forme d’émotions négatives, d’empreintes, permet de faire de l’espace pour accueillir du nouveau.

Ne pas déterrer nos racines

Quand on sème des graines en terre, on ne va pas les déterrer le lendemain parce qu’on doute de la capacité de la nature à les faire pousser. On sait intellectuellement qu’il s’agit d’un processus qui doit suivre son cours. On ne tire pas sur les tiges des fleurs pour qu’elles poussent plus vite !

Comment traitons-nous nos semences intérieures ? (en passant, il est impossible de ne pas semer, car chaque pensée est une graine plantée dans la terre de notre être) Un jour, nous pouvons vivre dans la confiance, et le lendemain, tomber dans le doute, le négatif. Rien ne se crée de cette façon.

Le modèle du jardin est extrêmement favorable, car l’acte de semer est positif, joyeux, créatif, proche de la vie. Si nous agissons avec nous-mêmes de la même manière que nous agissons avec la culture d’un jardin, c’est parfait.

Les plantes ont besoin de lumière. Nos désirs aussi. Une pensée claire et lumineuse y donnera de la vigueur. Refuser de céder aux pensées sombres et laides qui nous plongent dans des états émotionnels disharmonieux et déprimants.

Ne pas bloquer le courant de vie

Si une personne arrose son jardin en gardant le pied sur le tuyau d’arrosage, bien sûr, l’eau ne coulera pas. Ce ne sera pas la faute du tuyau, ni au manque d’eau de la centrale.

Chaque fois que nous cédons au doute et au négatif, c’est une manière de bloquer le courant de vie. Le merveilleux ne peut passer en soi si le canal est bloqué. Il doit être ouvert.

Cesser d’arroser les herbes mortes

Dans un jardin extérieur, il faut désherber, enlever les mauvaises herbes, et non pas les arroser pour leur donner de la vigueur.

Le jardin intérieur est à l’image de ce modèle. Plutôt que de déverser l’énergie de nos pensées et de nos émotions sur le négatif, réservons-la pour soutenir nos pensées positives. Arrêter de donner du pouvoir au côté négatif.

Il ne s’agit pas de nier la réalité, simplement de ne pas l’envenimer.

En général, les émotions et les pensées négatives se réalisent plus vite que les positives, tout simplement parce que nous ne doutons pas que le négatif se réalisera. La nature humaine est ainsi faite.

La résistance

Nous ne sommes certes pas responsables de toutes les pensées troubles et négatives qui circulent dans notre esprit. Néanmoins, nous sommes responsables de les retenir et de nous en nourrir.

Le Sage, pour atteindre la maîtrise de ses pensées, choisit d’être un observateur impartial. Il ne réprime aucune pensée ni ne la retient, il se contente de les laisser défiler, sans s’y attacher.  Il vit le moment présent en prenant appui sur ses impressions profondes.

Peut-être certains d’entre vous pensez qu’il est impossible de cultiver la paix et la joie dans le monde trouble et violent dans lequel nous vivons, parce que tant que dureront les systèmes corrompus et les gens de pouvoir qui abusent, et le non-partage qui aggrave les écarts entre les riches et les pauvres, on ne pourra pas …

STOP

Il ne s’agit ici pas des autres. Il s’agit de nous-mêmes. Les injustices est les souffrances sont criantes, c’est vrai, et il ne semble pas y avoir de solution ou si peu. Mais pour soi-même, seulement pour soi-même, est-il possible de considérer qu’on peut cultiver la paix et la joie en soi ?

Quant à moi, j’entreprends tout de suite ma cure de désintoxication et de semences..

 

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

4 pensées sur “Pourquoi cultiver notre jardin intérieur ?

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    12 août 2017 à 21 09 33 08338
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    Bonjour,
    Votre réflexion, Madame, me parait tout à fait censée et appuyée par votre métaphore sympathique reliant la culture de son bien être intérieur avec celle d’un jardin extérieur. Une représentation concrète permettant de visualiser rapidement les différentes essences de votre méthodologie. Dans ma petite expérience de vie j’ai pu cultiver, parfois, des jardins de paix et de gaieté…mais qui étaient toujours dépendants du contexte extérieur, social ou environnemental, dans lequel je me trouvais à ce moment là.

    Atteindre une forme de plénitude, tout en occultant les stimulus extérieurs, me semble être le stade le plus difficile à atteindre. Mais après tout, le fait d’avoir pleinement conscience de cela n’est il pas déjà un travail en soi vers un autre jardin moins ombragé?

    Je me permets de terminer par une autre analogie, peut être plus terre à terre, celle d’un extrait de la chanson de Jacques Dutronc (Le Petit Jardin). Des textes qui dénoncent à la base le bétonnage de la nature, mais que l’on peut facilement transposer dans une autre image (la mélodie de ceux qui gâchent votre jardin intérieur par leurs semences):

    C’était un petit jardin
    Qui sentait bon le Métropolitain
    Qui sentait bon le bassin parisien
    C’était un petit jardin
    Avec une table et une chaise de jardin
    Avec deux arbres, un pommier et un sapin
    Au fond d’une cour à la Chaussée-d’Antin

    Mais un jour près du jardin
    Passa un homme qui au revers de son veston
    Portait une fleur de béton
    Dans le jardin une voix chanta

    {Refrain:}
    De grâce, de grâce, monsieur le promoteur,
    De grâce, de grâce, préservez cette grâce
    De grâce, de grâce, monsieur le promoteur
    Ne coupez pas mes fleurs
    (Album studio – Jacques Dutronc 1972 – Label Disques Vogue)

    Cordialement
    David

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      14 août 2017 à 8 08 45 08458
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      Bon matin David,

      J’ai aimé la profondeur de votre réflexion. Quand vous parlez d’occulter les stimulus extérieurs (afin d’atteindre une certaine forme de plénitude),il est vrai que nous ne pouvons pas les ignorer. Nous pouvons en prendre conscience tout en choisissant de créer notre état d’être – cultiver – tout comme lorsque le ciel est nuageux, je sais que le soleil existe quand même et n’est que masqué temporairement par les nuages temporels.

      Merci de l’extrait de la chanson de Jacques Dutronc (Le Petit Jardin).

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    16 août 2017 à 13 01 21 08218
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    Rebonjour Carolle Anne,

    Je vois clairement ce que vous voulez dire. Avec mes mots, certes plus basiques, je peux l’interpréter comme bâtir un sanctuaire de pensées et de sensations agréables, rien que pour soi-même. Un sanctuaire de paix, qui sans nier la réalité, est suffisamment solide pour ne pas se laisser fissurer par le premier facteur externe venu, car celui-ci n’est que de passage…contrairement à la pleine conscience qui est une citadelle durablement imprenable.

    En tout cas votre jardin intérieur me paraît déjà bien fleuri, bonne continuation.
    Merci à vous, Cordialement.
    David

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      20 août 2017 à 13 01 52 08528
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      J’aime bien votre sanctuaire de pensées et de sensations agréables, rien que pour soi-même – et ceci (comme vous l’exprimez si bien) afin de ne pas se laisser fissurer par le premier facteur extérieur venu….

      MERCI.

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