Procès de Turcotte : les points sur les « i » sur sa responsabilité

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Guy Turcotte (au centre) Photo de Alain Roberge, La Presse

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT :

Il en aura coulé de l’encre avant de pouvoir mettre les points sur les « i » sur le pourquoi de la responsabilité criminelle de Guy Turcotte, qui a poignardé ses deux enfants en février 2009.

Diagnostiqué atteint d’un trouble d’adaptation avec humeur dépressive par deux psychiatres, la Dre Dominique Bourget et le Dr Louis Morissette, il est jugé non criminellement responsable en 2011. La Dre Bourget a même expliqué que Guy Turcotte ne représentait aucun danger pour la société puisque la raison de son humeur dépressive avait disparu : en l’occurrence, ses enfants, un rappel de sa séparation avec Isabelle Gaston.

Par la suite, la Couronne a plaidé en 2012 que des directives fautives avait été données au jury. Ainsi, la Cour d’appel a ordonné la tenue d’un deuxième procès ; celui-ci a débuté en septembre 2015.

La grande question : Guy Turcotte était-il conscient ou hors de la réalité au moment du meurtre de ses deux enfants qu’il a poignardés de 49 coups ?

Les points sur les « i » ont été clairement mis par deux personnes au cours du procès qui s’est terminé dimanche dernier, 6 décembre, à Saint-Jérôme..

Tout d’abord, le témoignage de la psychiatre France Proulx confirmant le diagnostic des deux médecins Bourget et Morissette en 2010-2011, soit un trouble d’adaptation avec humeur dépressive. À la différence qu’elle conclut que l’accusé était mentalement responsable. Elle dit : « Le trouble d’adaptation ne fait pas perdre contact avec la réalité. »

Puis, le témoignage du Dr Pierre Bleau, psychiatre expert de la Couronne. Le Dr Bleau est psychiatre à l’Hôpital Général de Montréal et professeur à l’Université McGill. Il a été appelé à témoigner pour expliquer des notions sur la maladie mentale.

Le Dr Bleau dit clairement que le trouble d’adaptation ne signifie pas que le cerveau de l’individu est malade. Cette caractéristique est réservée aux maladies qui altèrent biologiquement le cerveau, comme la démence. « Le trouble de l’adaptation, dit-il, peut être souffrant mais le fait de souffrir d’un problème n’empêche pas la personne d’être responsable de ses décisions. » Exemple, lorsqu’une personne a une peine d’amour, elle peut souffrir énormément et se sentir déprimée et suicidaire, mais le fait de savoir qu’on souffre est un signe de conscience.

Enfin, ce qui m’apparaît l’évidence même : « Si la personne n’est pas en contact avec la réalité, c’est qu’elle ne souffre pas d’un trouble d’adaptation. »

Conséquemment, les diagnostics des psychiatres Bourget et Morissette sont inexacts. Pour le Dr Bleau, ces personnes ont mal fait leur travail. Il précise : « Il y a beaucoup de psychiatres qui étirent les concepts… »

Le jury a rendu son verdict dimanche dernier. Coupable de meurtres non prémédités au deuxième degré. Il est condamné à la prison à vie. On saura le 18 décembre prochain par le Juge André Vincent combien de temps le condamnée passera derrière les barreaux avant d’être éligible à une libération conditionnelle. En principe, pas avant dix ans.

Le procureur de la Couronne, Me René Verret, est un avocat qui n’a jamais perdu une cause de meurtre en trente ans de carrière.

Quant à la Défense, elle dispose de trente jours pour aller en appel ! À quoi sert un jury alors ?

 

 

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

5 pensées sur “Procès de Turcotte : les points sur les « i » sur sa responsabilité

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    11 décembre 2015 à 8 08 52 125212
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    « Quant à la Défense, elle dispose de trente jours pour aller en appel ! À quoi sert un jury alors ? »

    Voilà exactement la seule question valable dans tout ce cirque.

    Le jury assiste à tout le procès et le juge leur dit ce qu’il peut décider avant les délibérations. Le jury ne peut certainement pas donner son opinion réelle puisqu’elle n’est pas « libre ».

    Supposons qu’un homme boit une demi bouteille de whisky et qu’il a un accident de voiture tuant ses deux enfants assis à l’arrière. Il devient « automatiquement » criminellement responsable même s’il est complètement saoul. Allons-nous nous demander s’il est conscient de ce qu’il fait? Pourquoi se poser cette question s’il a bu du lave-glace?

    Deuxième question:
    Combien de temps faut-il pour « préméditer » un crime? Un jour? Une heure? Une minute? Il me semble que pour tuer des « innocents », il faut PRÉMÉDITER vouloir faire mal à un « coupable ». Donc la préméditation est inévitable.

    Mais là je parle de « réalités » et non de « système judiciaire ».

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    13 décembre 2015 à 22 10 33 123312
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    Guy Turcotte serait-il un pervers narcissique?

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      10 mars 2016 à 12 12 30 03303
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      C’est un grand plaisir de vous lire de nouveau, cher vous.

      Merci pour votre commentaire. Je prends note du lien fourni que je vais consulter. Je transmets vos salutations à Paul.

      Revenez-nous, vous nous manquez.

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        10 mars 2016 à 20 08 22 03223
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        « Là où la guerre sexiste est originale, comparée aux autres guerres civiles, c’est qu’elle s’attaque en priorité à la filiation de chaque enfant. Tout enfant doit s’estimer heureux d’être amputé de toute la moitié mâle de son ascendance. En obéissance aux buts suprêmes de la guerre sexiste, nos enfants sont contraints de s’amputer de la majeure partie de leur mémoire biographique, ainsi que de la totalité des habiletés et compétences qu’ils avaient eu le tort d’apprendre de celui de leurs parents qui avait le tort d’être un mâle. »

        Une guerre SI VILE.

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