Produire autre chose… autrement

PIERRE JC ALLARD:

Il y a quelques semaines, j’annonçais ici la mise en ligne d’un bouquin – « La crise de l’abondance«  – paru à Strasbourg en 2010, et qui a été le premier en format papier de la collection Nouvelle Société. Une collection dont l’objectif ambitieux est de proposer une projet de société tout a fait distinct des modèles actuels d’inspiration marxiste, libérale, fasciste, islamiste ou que sais-je…

Le Tome 2 de la série, publié en 2011, est maintenant accessible, gratuitement aussi.  Dans le premier volume, nous étions remontés quasi au déluge, pour en redescendre et constater comment, vers le milieu du XXe siècle, l’humanité, presque sans s’en rendre compte, avait franchi un seuil unique dans son évolution : celui de l’abondance.  Une longue marche l’y avait menée que nous suivons,, dont  ressort surtout une impression de  ‘relativementvement) bienveillante fatalité.  Puis, en 2008, est venue la crise prévue.

Une crise ? Tout accouchement est une crise. Nous avons parlé de « métamorphose », ce qui, gémissements en moins, est bien le plus radical des accouchements.  Mais aucune raison de croire que cette crise ne se terminera pas pour le mieux. L’abondance, c’est ce que nous cherchions, plus ou moins consciemment, depuis des millénaires.  Ce but maintenant atteint, il faut passer à autre chose. Se recréer un projet d’éternité, ou trouver un autre accommodement astucieux pour vivre dans l’absurde.

On le fera. Avant tout, cependant, faire le constat et le compte des bouleversements que signifie ce passage à l’abondance, pour toutes les structures sociales et économiques que nous avons mises en place depuis que nous marchons sur deux pattes et que nous vivons en groupes. Après une euphorie tempérée par le déni, l’humanité va s’apercevoir qu’il n’y a AUCUNE de ses activités collectives actuelles qui ne doive être repensée.

Repensée à la lumière de ce simple fait que l’abondance transforme en un réseau de préférences – et donc de choix – ce qui, durant les siècles de pénurie, était un tissu dense d’obligations imposées par la survie.  TOUT va donc changer. Il faudra s’y faire.

Après le travail millénaire pour mettre au monde l’abondance, on mettra certainement quelques décennies à sortir du post-partum  Un post-partum durant lequel, quoi qu’on fasse, c’est encore produire qui sera au coeur de notre existence. Produire autre chose, produire autrement… mais produire ! Ce deuxième volume de la série Nouvelle Société traite donc de la production. Au cours de la période de rééquilibrage que sera ce post-partum, c’est ça qu’il faudra surveiller de près: l’évolution accélérée du système de production.

N’est-il pas paradoxal que, l’abondance acquise,  alors que tout va basculer et que notre vision du monde va complètement changer, nous nous attardions sur la production ?  Est-ce que cette question de production n’est pas devenue secondaire, oiseuse même ?   Ne devrions-nous pas réfléchir plutôt au sens de la vie, à nos valeurs qui vont changer, à l’impact sur nos relations interpersonnelles, voire à notre place dans l’univers?

On le croirait, mais, dans le monde imparfait où nous vivons, le choix de la production comme thème de ce deuxième volume est au contraire incontournable, pour trois (3) raisons.

D’abord, parce que toute la structure de pouvoir de notre société repose sur la capacité qu’on prête à ceux qui nous gouvernent de satisfaire nos besoins en répondant aux exigences de ce qui est encore perçu comme un état de pénurie; ceux qui ont le pouvoir ne s’empresseront pas de nous détromper…

On ne nous dira pas: « braves gens, la pénurie n’existe plus, nous, vos chefs et maitres à penser, somme devenus gentiment surannés. »  On va plutôt prudemment apporter à la société les changements qui permettront d’adapter sans heurts celle-ci à l’abondance…   et à la population d’apprivoiser le concept d’abondance et ses effets, sans volonté excessive d’émancipation.

Aujourd’hui, on ne proclame donc pas l’abondance, on la cache. On la cache sans ostentation, si on peut dire  : on n’en parle pas. Or, aussi longtemps que nous n’aurons pas pris collectivement conscience de l’abondance, produire continuera logiquement d’apparaitre comme notre premier objectif.

Ensuite, la majorité des gens vont continuer à penser « production » parce qu’ils ne verront rien de plus motivant a faire. Non seulement le ver à soie ne sait pas qu’il va pouvoir voler, mais il ne voit pas ce qu’il pourrait bien y avoir de plus intéressant que de bouffer des feuilles de mûrier.  L’être humain dans la pénurie, ne peut comprendre l’abondance que comme la solution aux problèmes de la pénurie. C’est en vivant l’abondance que l’on en découvrira les possibilités.

Enfin, parce que tous les changements viendront encore via la transformation du système de production. Comme toujours…   Le meilleur indicateur des changements à venir dans une société est son système de production, car une société produit ce que lui dicte sa « majorité effective » – ceux dans cette société qui, ensemble, ont la force d’imposer leur volonté aux autres –… et elle le fait et en mettant à profit  les techniques dont elle dispose.

Or, les progrès de la science et de la technologie modifient ce qu’une société peut produire. Ils ont aussi un impact sur ce qu’elle VEUT produire, car ces innovations rendent certains besoins plus faciles à satisfaire et réduisent d’autant l’importance de ceux qui peuvent les fournir, accroissant au contraire la demande pour de nouvelles compétences… et  le pouvoir de ceux qui peuvent les offrir. Ces changements bouleversent les rapports de force au sein d’une société. Ils modifient la composition de sa majorité effective… et annoncent les priorités que celle-ci va se fixer.

Chaque fois qu’une société succède à une autre, on y produit autre chose parce que le progrès le permet…  et on y produit autrement parce que les rapports de force ont changé.  Notre société d’abondance ne fera pas exception.   L’enrichissement ne s’est pas arrêté le seuil de l’abondance franchi… et les priorités de production continueront d’évoluer, au rythme de cet enrichissement qui restera prémonitoire.

On peut dire « comme toujours », mais cette fois le changement sera bien plus profond. Nous disions, en conclusion du premier volume de cette série, qu’avec l’abondance qui la met à l’abri du besoin l’humanité « devient autre chose ». Elle ne change pas que d’oripeaux…  C’est une métamorphose. Après des millénaires de pénurie et quelques générations dans le cocon d’une industrialisation intensive, l’humanité a définitivement quitté l’indigence.  Elle change de morphologie.

Elle entre dans un monde d’infinies possibilités, avec les ailes que lui donne une capacité de produire qui rend inutiles les luttes incessantes du passé pour satisfaire ses besoins matériels. C’est en ce changement d’attitude – le passage obligé d’une relation humaine basée sur l’affrontement vers une nouvelle relation basée sur la collaboration – que consiste la véritable métamorphose de la société.

Toute la société se transformera et aucun des rapports sociaux, économiques et politiques  que nous connaissons ne restera inchangé. Pour prévoir ces changements, c’est l’évolution de la structure de production qui restera le meilleur indicateur, car c’est d’abord la prise de conscience d’une croissante abondance matérielle qui entrainera les changements d’attitudes.  Le système de production, source de cette opulence matérielle en devenir, à n’est  donc pas seulement la corne d’abondance, il est aussi, plus que jamais, la boule de cristal où se profile l’avenir de la société.

Ce que décrit ce deuxième volume de la série Nouvelle Société, ce sont les étapes prévisibles des changements qui seront apportés pour adapter notre société à l’abondance et habituer la population à vivre dans cette société d’abondance.

La structure de ce second volume, comme du premier, est celle d’une collection de mini essais et chacun peut faire seul l’objet d’une lecture. Il est résulte la répétition en leitmotiv de certains concepts, dont on m’a assuré qu’elle était tolérable. Mes regrets à ceux que cette redondance pourrait ennuyer.

Nous allons voir de nouvelles règles du jeu pour produire, ainsi que les attitudes et les comportements qui conditionneront ces règles.  Elles sont l’ossature invisible sur laquelle se développera la nouvelle structure bien visible du système de production.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2013/12/02/tome-2-produire-autre-chose-autrement/

 

Pierre JC Allard

5 pensées sur “Produire autre chose… autrement

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    2 décembre 2013 à 7 07 07 120712
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    Par contre, l’économie de cette société « d’abondance » repose exclusivement sur le « principe de consommation ». Et pour assurer la pérennité de ce principe, notre société a développé chez chacun de nous, ce « complexe de la pauvreté ».

    Tous, sans presqu’aucune exception, sommes convaincus inconsciemment que nous sommes « pauvres » individuellement; que nous vivons constamment un « manque »; de sorte que même les plus riches d’entre nous ne sont jamais satisfaits. On veut toujours plus. Notre société est atteinte de la maladie de la « pauvreté dans son esprit ».

    André Lefebvre

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      3 décembre 2013 à 21 09 36 123612
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      @ André Lefebvre,

      SECONDÉ.

      « Tous les enfants font, au début de leur vie et même avant la naissance, deux expériences majeures – vous les avez tous faites aussi – qui sont totalement banales tant qu’un enfant grandit dans le ventre d’une mère.IL EPROUVE LA CROISSANCE D’UNE PART, ET, D’AUTRE PART, LE LIEN. Ce sont deux expériences de base faites par chaque être humain. »

      http://www.le-carnet-de-jimidi.com/article-le-tres-enthousiasmant-professeur-gerald-huther-121134472-comments.html#anchorComment

      En Allemand, sous titre traduit en français.

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        3 décembre 2013 à 22 10 09 120912
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        Pour ceux qui font du survol, voici la conclusion du professeur:

        « Ça veut dire qu’IL NOUS FAUT DES ENFANCES QUI RENDENT LES ENFANTS MALHEUREUX, il nous faut des enfances au cours desquelles les deux besoins de base des enfants ne sont pas satisfaits,… »

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    2 décembre 2013 à 9 09 29 122912
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    Très juste ! Instaurer ce désir fébrile d’avoir plus et faire de la consommation le premier but de la vie a été la riposte de la classe dominante pour maintenir sa suprématie, alors que l’abondance, en rendant la richesse matérielle triviale, menaçait de la lui faire perdre. Un coup de génie des « maitres » … et le plus sale tour qu’on ait joué à l’humanité. Mais la parade est évidente et il ne tient qu’a chacun de l’appliquer. TOUT DE SUITE. C’est la simplicité volontaire. Vengez le Christ: tuez le Père Noel 😉

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2012/12/11/pere-noel-alias-santa-claus-abattre-sans-coup-de-semonce/

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2013/03/18/le-pape-francois-et-la-simplicite-volontaire/

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2013/01/08/lepiphanie-de-la-mechancete/

    PJCA

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      2 décembre 2013 à 10 10 07 120712
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      Amazon vient d’annoncer que des drones vont livrer les clients dans les 30 minutes autour des entrepôts. Il va falloir s’armer de fusils pour tirer ces oiseaux qui vont encore ajouter à la pollution sonore et vite ramasser les colis dans son jardin. C’est sûr qu’on produire autrement : la chasse est ouverte ! 😀

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