Prospérer malgré l’inflation!!!

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ANDRÉ LEFEBVRE   Le 1er septembre 1715 survient un évènement important pour les Français, mais assez secondaire pour les familles de « coureurs de bois » du Canada comme celle des Lefebvre. Louis XIV décède et son arrière-petit-fils, Louis XV, âgé de 5 ans, fils du duc de Bourgogne, lui succède. Louis XIV est son arrière-grand-père. C’est, cependant, Philippe d’Orléans qui est régent. Il a fait casser le testament de Louis XIV pour enlever la tutelle de Louis XV au duc du Maine.

L’intendant Michel Begon, en poste depuis 1712, échoue dans son projet de rendre la traite des fourrures « libre »; mais comme il amasse, dit-on, une fortune par magouilles, les finances du Canada périclitent. Il est beaucoup plus plausible, cependant, que l’intérêt de Philippe d’Orléans pour le Canada, n’est pas une priorité. D’ailleurs, la supposée « fortune » accumulée par Begon, restera toujours introuvable dans ses finances personnelles, même s’il mène assez grand train au pays, durant son intendance.

La situation est donc très précaire dans la colonie. Les peaux de castor « sèches » se vendent maintenant 34 sous la livre et le castor « gras » est complètement rejeté. La monnaie de carte est dévaluée de moitié. Ceux qui vivaient d’un revenu fixe, c’est-à-dire les employés des différentes autorités, sont les plus touchés par l’inflation. Les magouilles sur le blé et les animaux de boucherie placent les habitants des villes dans des conditions désastreuses. Le pain est vendu à un prix exorbitant. Bégon fait cependant quelques investissements qui aident la colonie; mais le gouverneur Vaudreuil prend finalement le contrôle et l’intendant Bégon boude et se contente, dès lors, d’un simple rôle administratif.

En 1712, Jacques-Charles Renaud Dubuisson fait sa renommée en s’attaquant à la tribu des Renards. Il raconte qu’après la reddition des indiens, suite à 19 jours de siège de leur village, tous les hommes capturés sont massacrés. Avouons que ce n’est pas le meilleur comportement à tenir pour s’allier les amérindiens. Il fait le rapport que 1000 Renards sont tués, pendant que seulement un Français et 60 indiens alliés succombent. La raison de cette « guerre » est que les Renards empêchent la traite des fourrures avec les tribus du Missouri et du Mississipi. Si toute cette histoire avait été vraie, il n’aurait pu y avoir d’autres combats avec les Renards en 1713 et en 1716 par manque de combattants. D’autant plus que des combats où furent « massacrés » 1000 combattants, il n’y en a pas eu en Nouvelle France sauf à la bataille de Carillon. De toutes façon, les autorités françaises du Canada ont énormément de difficultés à convaincre les coureurs de bois de se battre contre les Renards, parce que leur commerce à eux ne souffrent aucunement dans cette région. C’est plutôt le commerce des « Français » qui est obstrué.

On peut faire exception de la guerre de 1716 où les Cherokees, amis des Renards, tuent deux jeunes officiers de la bourgeoisie militaire canadienne. L’un est le fil du gouverneur Ramesay et l’autre, le fils du baron de Longueuil. À ce moment-là, plusieurs Canayens participent volontiers à la riposte. Après quelques jours de siège, les Renards proposent une capitulation acceptée par le commandant Louvigny. Le pays des Illinois est ensuite annexé à la Louisiane. Remarquons qu’en 1730, les Renards ne sont pas encore « écrasés » selon les dires de Dubuisson lui-même. Le rapport de ses « prouesses » contre les Renards est donc, certainement, à prendre avec des pincettes.

De 1715 à 1726, il ne se passe pas grand-chose d’officiellement important dans la colonie. La région de Trois-Rivières ne semble pas affectée par le marasme économique. Les habitants continuent de prospérer malgré les difficultés rencontrées par les autorités françaises du pays. Il est évident qu’il existe une économie « en parallèle »  chez les Canayens.

Au niveau de la famille Lefebvre, notons que leur voisin, Jean Brouillette, décède par noyade, à Cap Santé, en 1718, âgé de 40 ans. Gabriel-Nicolas était parrain de leur première fille Marie Madeleine Brouillette.

Depuis 1718, François Duclos, beau-frère de Gabriel-Nicolas Lefebvre est lieutenant de milice à Batiscan. Il est certain que François est au courant du commerce de la famille de son beau-frère; mais il est également assuré que chez les Canayens, les lois officielles sur le commerce, ne sont pas du tout une priorité. Aucun Canayens ne s’immisce dans les sources de revenus de ses compatriotes. C’est une question de survie pour chacun d’eux. François Duclos s’occupe beaucoup plus de la sécurité et de la « bonne entente » entre les habitants, que de contrebande. Lorsqu’il doit rassembler une troupe de miliciens pour une expédition, seuls ceux qui sont d’accord avec la raison invoquée se présentent; les autres se trouvent des excuses ou même, refusent tout simplement. Le mouton ne sera jamais un emblème possible pour les Canayens.

Le 7 mai 1721, Madeleine Pezard de la Touche et de Champlain, veuve de notre ami Joseph Desjordy de  Cabanac décédé en 1713, demande à Alexis Lemoyne de Monière, d’engager 4 coureurs de Bois pour se rendre au poste de Chagouamigon, sur le lac Supérieur. Ce poste de traite a été construit 28 ans auparavant, par Pierre-Charles Le Sueur en 1693, pour protéger la voie vers le Mississipi. C’est à ce moment-là, à la fin du XVIIe siècle que les Canayens commencent leur commerce avec les Sioux. Par contre, Pierre Esprit Radisson et Des Groseilliers avaient déjà traité avec eux en 1659.

Le Missouri est visité de plus en plus constamment par les coureurs de bois qui viennent y faire la traite. De 1716 à 1722, plusieurs postes sont fondés dans le nord du lac Supérieur, parce que, selon Pachot la traite des peaux de castor « commençoient à être tout à fait détruits dans tous le autres postes ». On a vu que les Lefebvre avaient déjà constaté le fait très tôt et avaient prit les dispositions nécessaires en étendant leur territoire de traite jusqu’à la région des Grands lacs grâce à Winnetou.

Depuis 1714, la famille de Gabriel-Nicolas Lefebvre et de Louise Duclos est complétée. Le dernier-né, Julien, se présente le 24 juillet 1714. L’aîné Jacques-François est alors âgé de 20 ans et Winnetou d’environ 38 ans. Antoine est âgé de 15 ans, Joseph 14 ans, Charles-Gabriel 12 ans, Louis-Alexis 9 ans, Jean-Baptiste 8 ans, Nicolas 6 ans, Pierre 5 ans, et Michel 3 ans.

Lorsque François Duclos est nommé lieutenant de milice à Batiscan, il y a déjà quatre des fils Lefebvre qui sont « coureurs de bois » : Jacques-François, Antoine, Joseph et Charles-Gabriel. Si nous ajoutons le père Gabriel-Nicolas âgé de 53 ans et leur « entraîneur » Winnetou, nous sommes devant une équipe capable de mener deux canots du nord vers les territoires de traite autour des Grands lacs. Il est indéniable qu’à plusieurs reprises, on raconte à Batiscan qu’ils sont actuellement à Montréal, pendant qu’à Montréal, on affirme qu’ils se trouvent à Batiscan. En réalité, ils courent les bois. Il existe déjà, à cette époque, des établissements Canayens dans le pays des Illinois et à l’Est du Missouri.

Quant aux filles de la famille, aucune n’est encore mariée. Marie-Marguerite décède, célibataire, le 12 mai 1715, âgée de 24 ans. Marie-Catherine et Marie-Madeleine ne prendront époux qu’en 1729, quatre ans avant le décès de leur mère Louise Duclos.

Jacques-François épousera à Louiseville, le 20 février 1719, Marie Catherine Lemaitre dit Auger âgée de 22 ans. Jean Sicard de Carufel assiste au mariage. L’épouse décède à Batiscan le 29 juin 1721, sans enfants.  Son père est engageur et marchand de fourrures jusqu’en 1718, et capitaine de milice de Louiseville en 1717. Il était venu s’installer à rivière du Loup (Louiseville), venant de Montréal, en 1700. Il faisait la traite des fourrures  principalement dans l’Outaouais. Jacques-François Lefebvre, en épousant Catherine Lemaître, devenait le beau-frère de Marie-Anne Sicard de Carufel, fille de Jean Sicard de Carufel, ami de Gabriel-Nicolas Lefebvre. 92 ans plus tard, il y aura encore une autre union entre les descendants des deux familles. L’époux sera Ignace Lefebvre et l’épouse, Marie Gervais fille de Marie Sicard de Carufel. Les liens entre les familles avaient la vie dure chez nos Canayens.

Le 28 avril 1723 Joseph Lefebvre, 25 ans, fils de Gabriel-Nicolas, est charpentier au poste des Miamis dans l’actuel Indiana (USA). Il engage son frère Jacques-François, 29 ans, pour y faire la traite, là et au poste de Ouyatanon (Indiana). Il leur est défendu d’échanger leur fusil sous peine de trois mois de prison. Remarquez que pour promulguer une telle loi, il fallait qu’un Canayen « coureur de bois » puisse revenir de l’Indiana jusqu’à Montréal sans arme à feu. Ce qui indique la valeur de ses liens d’amitié avec les « sauvages », sa maîtrise à traverser des territoires ennemis et ses connaissances de la  survie en forêt. Nos ancêtres n’étaient vraiment pas des « deux de Pique ».

Notre famille de « coureurs de bois » est rendue officiellement au centre des futur USA. Au même moment, Jean-Baptiste Lefebvre, âgé de 19 ans devient propriétaire d’un emplacement au fort Détroit. Les points de contrôle pour la traite des fourrures de la famille sont dorénavant bien installés. L’année suivante, son frère Pierre,âgé de 17 ans, viendra s’installer chez lui, à Détroit, pour quelques années. Il restera sur place lorsque Jean-Baptiste viendra épouser Marie Josephe Papilleau dit Perigny en 1730, à Batiscan.

Begon est remplacé en 1726 par Claude Thomas Dupuy. Celui-ci ne restera que deux ans en poste; mais son rapport aux autorités françaises dévoile un fait important : « les Canadiens sont en passe de devenir un peuple nouveau, différent des Français, et que la métropole, si elle n’y prend garde, aura bientôt du mal à gouverner… » Il demande surtout une injection de sang nouveau qui permette de développer les Canadiens, dont l’esprit d’indépendance l’a frappé ». Il est le premier à se réveiller mais il est déjà en retard de plus d’une cinquantaine d’années sur la réalité « canayenne ».

La « francisation » des Canayens sera tentée par les Anglais après la conquête pour les écraser socialement. Comme cela ne fonctionnera pas, ce sont les autorités du Bas- Canada qui le tenteront après la rébellion de 1837 -38 avec l’appui du clergé. Ils réussiront un peu mieux. Au point que, par la suite, les « Canayens » se laisseront convaincre d’être des « porteurs d’eau ». Ils relèveront la tête vers 1960, mais auront perdu leur vraie identité « canayenne » tellement remarquable et surtout, superlativement honorable.

À suivre.

Amicalement

André Lefebvre

 

 

 

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Andre lefebvre

Mon premier livre "L'histoire de ma nation" est publier chez: http://fondationlitterairefleurdelyslibrairie.wordpress.com/ André Lefebvre

3 pensées sur “Prospérer malgré l’inflation!!!

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    30 octobre 2012 à 10 10 53 105310
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    Bonjour,

    Cher « ami » toujours aussi éloquent sur la dynastie, nous nous retrouvons sur Les Voix si tu le souhaite une fois l’article posté.

    Nous en débattrons sans armes mais avec quelques flèches, c’est possible, je maintiens toujours mon « idée »

    Le regret de ne pas l’avoir publié en « e-book »

    Amicalement,

    Le Panda

    Patrick Juan

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    30 octobre 2012 à 10 10 55 105510
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    Mot général à l’ensemble des Québequois, j’ose croire que personne de vous ou de votre famille n’aura à souffrir de la tempête qui se dirige vers vous.

    Soyez assuré de toute notre surveillance et amitiés les plus sincéres.

    Bien à vous tous,

    Le Panda

    Patrick Juan

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