Quand tout est écrit… on meurt d’ennui.

PIERRE JC ALLARD :

Si MM. Couillard et Legault veulent bien jaser un peu, on aura sans doute des élections cet automne au Québec et on verra la fin de cet interlude assez désolant  qu’aura été la gouvernance de Madame Marois. Inutile de faire tout de suite le post mortem, on aura tout le temps…

Ce dont je veux parler ici, ce n’est pas de l’amateurisme du Parti Québécois, ni de cette tristesse d’un retour si rapide vers un centre-droit, seulement de la facilité d’être devin au Québec.    Nous avons une politique sans surprise… Tenez, je veux répéter ici mot-à-mot  ce que j’écrivais quand a été créé Québec Solidaire. Puis, je vous dirai POURQUOI je crois utile de le faire.

*****

LA BOMBE À FRAGMENTATION (7 fèvrier 2006)

Mme David et M. Khadir viennent de se mettre d’accord pour créer un nouveau parti politique : Québec Solidaire. Je partage à peu près toutes leurs idées – et j’en remettrais même avec lesquelles ils seraient eux-même sans doute d’ accord – sauf celle d’avoir choisi d’exister. Je ne crois pas qu’il ait été sage de créer ce parti dans la conjoncture actuelle.

Je serais heureux qu’il y ait au Québec un parti de gauche qui devienne l’alternance et, même si je suis sceptique, je ne suis pas sûr que ce nouveau parti va échouer. Je ne crie donc pas au scandale, mais c’est l’immédiat qui m’inquiète. Car, si je ne suis pas sur de l’avenir de Québec Solidaire, je suis absolument sûr, cependant, que la création de ce parti assure la victoire du Parti Libéral aux prochaines élections et pousse le Parti Québécois un peu plus près de sa mort annoncée dont je parlais il y a quelques mois.

En effet, ce n’est pas la clientèle du Parti Libéral qui se joindra à Québec Solidaire. Le succès de ce dernier passe nécessairement par la fragmentation du Parti Québécois entre, d’une part, ceux qui veulent l’indépendance du Québec et, d’autre part ­ – ce sont parfois les mêmes, mais pas toujours – ceux qui veulent un Québec socialement plus progressiste. Or, le Parti Québécois n’a pu s’assurer le pouvoir à quelques reprises ­ et faire quelques pas timides à gauche – que parce qu’il a réussi ce mariage, parfois d’amour mais toujours de raison, entre les éléments progressistes de la société et ses éléments nationalistes.

Ses éléments nationalistes de droite aussi bien que ceux de gauche, puisque l’idée d’indépendance primait pour ceux-ci sur leur prise de position sociale. Un nationalisme parfois de droite a donc instrumentalisé la gauche québécoise depuis 40 ans, mais ceci ne s’est pas fait sans concessions et j’ose penser que la gauche d’ici ne soit pas si bête quu’elle n’ait pas accepté les yeux bien ouverts ce mariage de raison, le meilleur auquel elle pouvait accéder. C’est ainsi que le PQ a pu constituer une majorité effective.

Aujourd’hui, j’ai l’impression d’une gauche-autruche qui, lasse des redondances nationalistes, se ferme les yeux et file vers un mur de béton, en voulant croire que, si elle le souhaite vraiment, le mur disparaitra et qu’elle passera dans une autre dimension où les Québécois sont ce que la gauche voudrait qu’ils soient

Il est ironique de penser que le parti qui se crée sous le signe de la solidarité va, au contraire, ruiner toute chance que persiste une telle solidarité entre nationalistes et progressistes et donc la possibilité que soit interrompue la course actuelle vers la droite, yeux grand ouverts, celle-la, du Québec qui se dit lucide. Et la ruiner sans y apporter une solution de rechange, car quelqu’un croit-il que, partant d’une base électorale qui oscille entre 5 et 10%, Québec Solidaire puisse rapidement faire le plein de tous les éléments progressistes au Québec ? Même s’il y parvenait, d’ailleurs, ne faut-il pas faire le constat que ces éléments progressistes ne représentent encore qu’une minorité de la population québécoise ? Québec Solidaire ne peut pas obtenir une majorité dans un avenir rapproché.

Privé de l’appui de tous ceux pour qui l’objectif de progrès social est plus important que l’objectif de l’indépendance, pour qui celle-ci est simple moyen –  et qui vont donc donner leur vote à Québec Solidaire – le Parti Québécois ne peut pas non plus former une majorité. Pis encore si André Boisclair joue la carte du renouveau du Parti Québécois, celle de la jeunesse et du changement, plutôt que celle de l’indépendance nationale. Il se retrouvera alors confronté à une ADQ qui, avec une sensibilité de droite plutôt que de gauche, se réclame néanmoins du même objectif.

Le scénario s’impose alors de trois partis qui veulent le changement – mais pas le même changement – s’opposant dans une lutte suicidaire à un seul parti réunissant tous ceux qui ne veulent PAS le changement. Est-il difficile de prévoir qui gagnera cette lutte inégale ? Face à ces trois partis qui se partageront un même bassin toujours insuffisant de rénovateurs, y a-t-il une autre majorité possible que celle de ceux qui n’ont pas de programmes, pas de volonté d’agir ? Dans une situation où de grands desseins s »affrontent dont aucun ne peut réunir une majorité, c’est toujours le parti du statu quo ante, le parti des « sans desseins » qui triomphe.

Dans ces conditions – gagnantes pour lui si jamais il y en eut – même Jean Charest pourra être réélu. À plus forte raison, le Parti Libéral remportera-t-il une victoire écrasante sur une opposition ainsi divisée, si Jean Charest pose le beau geste de céder la place à l’image benoîte et paternaliste de Couillard, image sécurisante qui colle parfaitement avec la promesse d’un parfait immobilisme.

Cela dit, y a-t-il une solution ? Sous prétexte qu’elle ne gagne jamais, la gauche québécoise doit-elle renoncer à jamais tenter de gagner ? Sous prétexte que ceux qui croient au changement, doivent bien lucidement s’admettre qu’ils ne peuvent gagner aujourd’hui, doit-on cesser de promouvoir les idées auxquelles nous croyons ? Dans l’immédiat, la fondation de Québec Solidaire met évidemment les forces favorables aux changements en position de faiblesse. Cette initiative n’en aura donc valu la peine que si, après un dur moment à passer qui correspondra sans doute aux prochaines élections, un réalignement des forces permet que se constitue une alternative réelle au Parti Libéral.

Il faut penser tout de suite à faire de ce nouveau parti le véhicule d’idées et de solutions vraiment nouvelles. Québec Solidaire ne doit pas se contenter de récupérer du PQ les tenants de la gauche traditionelle. Il faudra que Québec Solidaire aille chercher l’adhésion de tous ceux qui veulent un monde meilleur. Qu’il propose un nouveau but et l’espoir d’une nouvelle société.

Pierre JC Allard

*****

Aujourd’hui, la « fragmentation » est complétée. « Québec solidaire rejette toute alliance avec le PQ »… ( dixit La Presse) et on a Option Nationale sur l’autre flanc du PQ, pour rendre encore plus évidente la victoire annoncée du Parti Libéral.  L’ADQ a été remplacée par le parti de Legault, mais ça ne change rien. Ce qui était prévu arrivera.

Or, c’est ça le drame: TOUT A ÉTÉ PRÉVU et arrivera comme prévu.  Il ne restera rien a traiter comme un espoir de changement.  Pourquoi je vous dis ça ? Parce que c’est cette routine qui sera notre perte.  Il faudrait que l’on vive une grande passion et, au point où nous en sommes, il est devenu secondaire qu’elle soit de gauche ou de droite, nationaliste ou fédéraliste et je dirais même qu’elle soit bonne ou mauvaise.    Ceux qui ne peuvent pas etonner dans un monde qui change sont laissés sur le bord de la route de Histoire. Le Québec va mourir s’il ne devient pas IMPRÉVISIBLE.

Pierre JC Allard

 

 

4 pensées sur “Quand tout est écrit… on meurt d’ennui.

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    6 mai 2013 à 6 06 33 05335
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    Heureusement que les dix dernières années ont déterminé une chose importante: Dans l’administration du Québec il n’est pas besoin d’avoir de l’expérience. Les deux partis principaux et expérimentés ont administré d’une façon plus que « amateure » et surtout à la « va comme je te pousse ». On ne peu plus donc s’inquiéter d’une gouvernance sans expériences. Cela ne peut être pire et promets des corrections indispensables.

    André Lefebvre

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    6 mai 2013 à 8 08 11 05115
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    Le seul événement qui pourrait changer la donne est la crise financière mondiale qui perdure et cela personne ne peut prédire exactement ce qu’il en ressortira. C’est probablement le seul espoir, selon moi, d’un réveil politique vers un changement pour des politiques progressives. Mais ce n’est qu’un infime espoir rien de plus.

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    6 mai 2013 à 19 07 33 05335
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    Fraudrait simplement interdire les sondages durant les campagne. Ce sont les sondages qui permettent de d.terminer qui est qui, région par région, village par village et rue par rue.

    Bien sure que ce n’est pas une science exacte mais cela permet d’identifier assez bien quelle sont les intentions, le profil des électeurs et autres données a un point tel que les politiciens n’ont qua cibler de petits groupes a l’intérieur de grand groupes qui leurs sont acquis.

    Il y as longtemps que je ne répond plus aux sondages et que j’ai constaté la perspicacité des sondeurs a soutirer, coûte que coûte, une réponse.

    faudrait interdire les sondages des l’annonce officiel du d.clenchement des élections…ce serait déja un début pour atteindre la surprise dont vous parlez !

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    6 mai 2013 à 21 09 26 05265
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    Les enfants assis sur les chevaux de foire pensent sans doute qu’ils vont quelque part… Même s’ils tournent en rond.
    J’adore ce billet qui nous réveillent à ces faits.
    Dès lors, les discussions à propos des changements politiques, de la « place » de Q.S., n’a plus aucun intérêt.
    Le Club des EX est dans les sables mouvants du discours qui ne mène nulle part. Encore l’éternel discours du un petit peu à gauche, un petit peu à droite.
    La réussite de QS est d’avoir créé deux emplois…
    Quand on ne sera pas élu, on a tout le plaisir de faire de la « gauche » virtuelle….
    🙂

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