QUESTION NATIONALE ET RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE

Bibeau.robert@videotron.ca   Éditeur.  http://www.les7duquebec.com

 

bandung

 

Nation et État-nation deux étendards des thuriféraires de la gauche d’affaires

 

Nation et État-nation sont des formes singulières de rapports de production générés par le mode de production capitaliste (MPC). Quand ce mode de production eut atteint son apogée et que la contradiction fondamentale régissant ce système eut commencé à entraver la valorisation du capital ; quand les rapports de production nationaux bourgeois apparurent trop étroits pour permettre la reproduction élargie du capital et le développement des forces productives sociales (prolétariennes), nation et État-nation devinrent des entraves dont le MPC chercha à se délester, espérant ainsi générer une nouvelle Ère de prospérité globalisée. En 1971, les entraves monétaires nationales furent abolies devant l’impérieuse urgence de libéraliser et de globaliser les échanges internationaux par l’abrogation des accords de Bretton Woods (1).

 

Les efforts catastrophiques pour transformer le dollar national américain en devise du commerce international, de même que les malversations pour faire émerger l’euro comme devise alternative du commerce mondial, ou encore les manigances présentes pour y substituer le yuan national chinois ou les Droits de tirage spéciaux (DTS), ont démontré la futilité de ces billevesées (2).

 

Ni la préservation, ni la transformation des rapports de production nationaux bourgeois ne pourront assurer la pérennité de ce mode de production moribond. La contradiction fondamentale qui régit ce système ne se situe pas entre les forces productives nationales et les rapports de production internationaux, mais au sein même des forces productives sociales, entre le capital mort – constant – robotisé et numérisé – déjà valorisé, et le capital vivant – variable – la force de travail génératrice de plus-value pas encore valorisée par le procès de reproduction élargie, et c’est là tout le drame de ce mode de production, la limite de son expansion.

 

La classe prolétarienne internationale ne doit en aucun cas se mettre à la remorque des bourgeoisies nationales pour tenter de préserver les rapports de production nationaux bourgeois soumis aux vicissitudes des crises systémiques du capitalisme. Les superstructures nationales et de gouvernance étatique bourgeoise, désuètes, ainsi que leurs substituts altermondialistes et gauchistes sont inopérants face à la crise systémique du mode de production. Toutes les superstructures nationales et/ou multinationales du capitalisme, ONU, CPI, FMI, BM, OCDE, OTAN, Union européenne, TIPP, Organisation de Coopération de Shanghai, CEI, États nationaux bourgeois, sont obsolètes et devront être détruites par la révolution prolétarienne. En aucun cas l’État national bourgeois ne peut devenir un agent de libération de la classe prolétarienne révolutionnaire. Au contraire, l’État national bourgeois, et l’idéologie nationaliste bourgeoise qui le légitimise, sont les ordonnateurs de l’oppression de la classe ouvrière, seule et unique classe révolutionnaire – jusqu’au bout – sous le capitalisme décadent. Depuis l’émergence de l’impérialisme, phase ultime du mode de production capitaliste, les luttes de soi-disant « libération nationale » sont des guerres réactionnaires menées par les bourgeoisies nationalistes chauvines pour assurer leur statut de garde-chiourme des intérêts d’une alliance impérialiste ou d’une autre. Toute et chacune de ces luttes de soi-disant libération politique nationale ont mené à la consolidation de factions capitalistes nationalistes et à l’aliénation de la classe prolétarienne. URSS, Chine, Corée du Nord, Mongolie, Vietnam, Cambodge, Algérie, Cuba, Angola, Nicaragua, pays de l’Est, Afrique du Sud, Népal, Palestine, etc. autant d’expériences nationalistes qui sans élimination du mode de production capitaliste, source de toutes les aliénations, ont viré au cauchemar pour la classe prolétarienne surexploitée et qui doit aujourd’hui se libérer de ses nouveaux geôliers.

 

Changements d’allégeances et retournements d’alliances

 

Il est vrai cependant que dans de veine tentatives pour sauver leur capital et leur mode de production moribond la classe capitaliste internationaliste tente de démanteler les anciens rapports de production et les anciennes structures de gouvernance nationale pour les transformer en quelque chose de multinational, mais ayant les mêmes fonctions économiques, politiques et juridiques répressives. Ces transformations cosmétiques de l’appareil de gouvernance impérialiste ne visent pas à transformer l’essence du mode de production capitaliste, et la résilience populiste et gauchiste à ces transformations ne constitue en rien une résistance au capitalisme, pas davantage que les artisans luddites qui brisaient les machines à filer dans l’Angleterre du XIXe siècle ne contribuaient à renverser le capitalisme. Ainsi, le Brexit n’est pas une résistance à l’impérialisme étatsunien, mais une adhésion à l’impérialisme chinois, et une renégociation des ententes avec l’impérialisme européen. Ces futiles efforts de réformes des oligarques du capital ne font que prolonger l’agonie de ce mode de production moribond, tout comme les cantiques de la gauche nationaliste et les complaintes des thuriféraires de la droite réactionnaire pour préserver ces anciennes coquilles nationales évidées.

 

C’est le mode de production qui doit être changé. L’unique solution consiste à créer un nouveau mode de production non pas socialiste, mais prolétarien. De ce nouveau mode de production surgira de nouveaux rapports de production adaptés à cette nouvelle façon de produire, de distribuer, d’échanger et de répartir non pas des marchandises, remplies de plus-value spoliée, mais des biens sociaux pour la reproduction collective. Nous savons très peu de choses à propos de ce nouveau mode de production prolétarien – du nom de la classe qui l’aura fait surgir de ses mains, de son expérience et de ses connaissances –.  Les seules choses que nous sachions avec certitude c’est que ce mode de production sera international, global, au service de l’Homme – sans classe sociale – non mercantile (adieu marchandise, plus-value, profit, monnaie, capital, propriété privée et salariat). Ce nouveau mode de production ne ressemblera surtout pas à ce que nous avons connu sous le capitalisme dans ses déclinaisons occidentale, soviétique, chinoise, cubaine, coréenne, vietnamienne, albanaise, et tiers-mondiste. Nous savons également que ce nouveau mode de production prolétarien, qui ne répondra pas aux finalités de reproduction élargie du capital comme mode d’efficience contre la rareté des ressources, parviendra à combler les besoins sociaux humains, finalité ultime de son développement. Nous reviendrons sur ce concept de finalité d’un mode de production.

 

Marx l’a écrit

 

Marx a mis en garde le prolétariat international contre le nationalisme bourgeois réactionnaire et il a conclu le Manifeste par cette maxime « Prolétaires du monde entier, unissez-vous ! ». Pour déclencher la révolution prolétarienne, Marx n’a pas fait appel aux « peuples opprimés » (sic), aux « nations exploitées » (sic), aux « paysans paupérisés », ni aux « petits bourgeois déjantés » (soupirants du capital revampé). Quand Marx a constaté que les conditions objectives de la révolution prolétarienne n’étaient aucunement réunies en ce début de capitalisme triomphant, il a appelé à dissoudre la Première Internationale lui évitant de devenir une officine de bureaucrates réformistes – et de petits bourgeois parasites stipendiés par le pouvoir bourgeois engraissé par les cotisations de la classe ouvrière spoliée (3).

 

Voici un extrait de la correspondance de Marx portant justement sur ces divisions nationalistes chauvines manigancées par le capital britannique pour diviser les forces internationalistes du prolétariat au sein de l’Empire britannique : « L’Angleterre a maintenant une classe ouvrière scindée en deux camps ennemis : prolétaires anglais et prolétaires irlandais. L’ouvrier anglais ordinaire déteste l’ouvrier irlandais comme un concurrent qui abaisse son niveau de vie. Il se sent à son égard membre d’une nation dominatrice, devient, de ce fait, un instrument de ses aristocrates et capitalistes contre l’Irlande et consolide ainsi leur pouvoir sur lui-même. Des préjugés religieux, sociaux et nationaux le dressent contre l’ouvrier irlandais. Il se conduit envers lui à peu près comme les « blancs pauvres » envers les noirs dans les anciens États esclavagistes de l’Union Américaine. L’Irlandais lui rend la pareille largement. Il voit en lui à la fois le complice et l’instrument aveugle de la domination anglaise en Irlande. Cet antagonisme est entretenu artificiellement et attisé par la presse, les sermons, les revues humoristiques, bref par tous les moyens dont disposent les classes au pouvoir. Cet antagonisme constitue le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, en dépit de sa bonne organisation. C’est aussi le secret de la puissance persistante de la classe capitaliste, qui s’en rend parfaitement compte » (Marx à S. Meyer et A. Vogt-in Marx-Engels, Correspondances. Éditions de Moscou).

 

Lénine et les bolchéviques ont fait tout le contraire. Dans la Russie tsariste féodale – précapitaliste – ils se sont constitués en parti politique nationaliste russe – en secte militaire secrète – sous directoire petit-bourgeois –; ils se sont emparés de la direction de la révolution démocratique bourgeoise soutenue par les masses paysannes analphabètes, empressées d’exproprier et de se partager la terre et les moyens de production agricoles afin d’ériger le mode de production capitaliste mercantile (NEP), plaçant le petit prolétariat russe, faible et inexpérimenté, à la remorque de la populace paysanne avide et de la petite bourgeoisie cupide. Rappelons que la révolution prolétarienne n’est pas une révolte de la misère et de la pauvreté contre l’opulence et la richesse, mais le renversement du mode de production capitaliste paralysé par la classe prolétarienne menacée et asphyxiée. La Révolution nationaliste bolchévique a fait la démonstration qu’un mode de production ne peut pas être escamoté, ni contourné. Pour mener une révolution anticapitaliste il faut vivre sous le mode de production capitaliste. Pour mener une révolution prolétarienne il faut une classe prolétarienne massive, majoritaire, éduquée, expérimentée dans la lutte de classe anticapitaliste.  La Révolution démocratique nationale chinoise en refera la preuve trente années plus tard. En Russie, la révolution démocratique nationale bourgeoise a renversé l’ordre féodal et assuré l’édification d’une société capitaliste, ce que Staline – le « Petit père des peuples » – réalisera de main de maitre, au-delà de toute attente, comme le capital allemand allait l’apprendre, prouvant ainsi que le national-communisme russe était plus efficient que le national-socialisme-allemand.

 

Cependant, soixante-dix années plus tard, l’œuvre nationaliste bolchévique-stalinienne-russe allait connaitre son karma dans la « Pérestroïka » ; dans l’effondrement du bloc impérialiste soviétique et de son centre national russe (incapable d’assurer la reproduction élargie du capital d’État soviétisé) ; dans l’émergence du capital privé libéralisé en concurrence sur le marché mondial avec le capital occidental plus radical et performant. La Chine maoïste, sous la gouverne de Deng Xiaoping et de ses exégètes, poursuivra un chemin nationaliste bourgeois analogue. Aujourd’hui, nous observons la construction d’une nouvelle alliance impérialiste – l’Association de Coopération de Shanghai – autour de la Chine nationaliste et de la Russie nationaliste, chacune de ces puissances capitalistes ayant convenu de son rôle au sein de cette union réactionnaire à laquelle l’Inde nationaliste et le Pakistan nationaliste, tiers-mondistes, se sont joints récemment (4).

 

Prolétariat internationaliste vis-à-vis bourgeoisie nationaliste

 

Pour le prolétariat révolutionnaire, il n’y a rien de rassurant dans ces malversations, ces manigances internationales et ces préparatifs de guerre mondiale issus de l’esprit national-chauvin de Bandung (5). Le prolétariat doit rejeter toute association avec les bourgeoisies nationalistes – tiers-mondistes et soi-disant « non alignées » – qui depuis soixante-dix années ont fait des prolétaires du monde entier la chair à canon de leurs guerres nationalistes bourgeoises et le marchepied de leurs ambitions avec la complicité de la gauche bourgeoise déglinguée. On a enregistré 215 conflits bourgeois armés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et pas une seule « Libération nationale » de l’impérialisme international.

 

Aujourd’hui, les conditions objectives de la révolution sociale prolétarienne sont enfin réunies. La première de ces conditions étant l’existence d’une immense classe prolétarienne mondiale, éduquée, formée, expérimentée dans la guerre de classes, paupérisée et menacée, mais consciente de ses intérêts de classe et obligée de renverser ces conditions d’aliénation ou de périr. Voilà l’alternative qui se présente au prolétariat mondial auquel se sont joints 350 millions de prolétaires chinois et presque autant de prolétaires indiens dans la grande marche des forçats de la faim sans la gouverne d’un César, d’un Lénine, d’un Staline, d’un Trotski, d’un Mao, ou d’un quelconque tribun, car l’émancipation de la classe prolétarienne sera l’œuvre de la classe elle-même.

 

 

libertad

 

NOTES

 

(1) Bretton Woods.  http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/le-troisieme-stade-de-la-crise-systemique-mondiale/

(2) DTS.  http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-invites/mort-et-resurrection-du-veau-dor-americain/

(3)  Message courriel reçu le 11 juillet 2016. Publié avec l’accord de Roland Diagne.

« Recevez ce texte sur les tueries US dont on ne peut partager le nihilisme de l’oppression nationale raciste de l’impérialisme US. En effet difficile de soutenir comme le fait l’auteur que le racisme est inexistant ou secondaire aux USA et plus généralement à l’époque de l’impérialisme, stade suprême du capitalisme pour paraphraser Lénine. Ce sont là des stigmates du trotskisme, du bordiguisme, bref de la maladie infantile bien connue et analysée par les bolchéviques. Les deux piliers de l’impérialisme US et plus généralement de l’impérialisme sont : l’exploitation du travail par le capital et l’oppression nationale. Son renversement par la révolution sera consécutif de l’alliance révolutionnaire entre la lutte de classe des travailleurs et les peuples, nations, minorités nationales opprimées. Voilà pourquoi sont joints ici deux autres textes qui abordent la même problématique en rétablissant cette vérité révolutionnaire contre cette approche nihiliste de la question nationale qui a fait tant de dégâts dans le mouvement communiste et qui a éloigné de lui les victimes prolétaires, paysannes, petites bourgeoises sans lesquelles l’avant-garde prolétarienne unie au-delà des « races » est condamnée au « solo funèbre » dont parlait Engels. »  Auteur  ROLAND DIAGNE.

(4) Alliance de Shanghai  http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/etats-unis-chine-la-grande-confrontation/

Et http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs-invites/la-chine-imperialiste-2/

Et http://www.les7duquebec.com/actualites-des-7/alliance-de-shanghai-contre-union-europeenne/

(5) https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Bandung

 

12 pensées sur “QUESTION NATIONALE ET RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE

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    13 juillet 2016 à 9 09 48 07487
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    Le 13 juillet 2016 à 10:47, roland diagne a écrit :

    Bonjour M. Bibeau.

    La lecture de ta réponse confirme le nihilisme anti-scientifique, anti-matérialiste dialectique, anti-marxiste-léniniste et tout simplement anti-marxiste de l’oppression nationale sous le mode de production capitaliste en général, en particulier à son stade suprême. Le socialisme scientifique est transformé en « socialisme utopique » au service de l’impérialisme US/UE hégémonique contre les rescapés de la défaite du camp socialiste que sont Chine, Corée du nord, Vietnam et Cuba, mais aussi contre les pays, peuples, Nations, États opprimés sans oublier les minorités nationales opprimées Amérindiennes, Noires, Hispaniques et migrantes.

    Le capitalisme financier des monopoles disparaît et devient hors sol comme soubassement de la « révolution prolétarienne mondiale » dont on ne sait par ailleurs « quelle classe sociale » la fera et tout cela au nom de « Marx ». Quelle calomnie et diffamation contre le fondateur avec Engels de l’idéologique de la classe ouvrière fossoyeur en alliance avec les autres travailleurs, notamment la paysannerie pauvre et les peuples et minorités nationales opprimées du système d’exploitation de l’humain par l’humain qu’est le capitalisme arrivé à son stade suprême.
    Karl Marx observait fort justement déjà au 19éme siècle en Angleterre et aux États Unis, ce que l’impérialisme va généraliser au 20éme et 21éme siècle :

    « L’Angleterre a maintenant une classe ouvrière scindée en deux camps ennemis: prolétaires anglais et prolétaires irlandais. L’ouvrier anglais ordinaire déteste l’ouvrier irlandais comme un concurrent qui abaisse son niveau de vie. il se sent à son égard membre d’une nation dominatrice, devient, de ce fait, un instrument de ses aristocrates et capitalistes contre l’Irlande et consolide ainsi leur pouvoir sur lui même. Des préjugés religieux, sociaux et nationaux le dressent contre l’ouvrier irlandais. Il se conduit envers lui à peu près comme les « blancs pauvres » envers les noirs dans les anciens États esclavagistes de l’Union Américaine. L’Irlandais lui rend la pareille largement. Il voit en lui à la fois le complice et l’instrument aveugle de la domination anglaise en Irlande. Cet antagonisme est entretenu artificiellement et attisé par la presse, les sermons, les revues humoristiques, bref par touts les moyens dont disposent les classes au pouvoir. Cet antagonisme constitue le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, en dépit de sa bonne organisation. C’est aussi le secret de la puissance persistante de la classe capitaliste, qui s’en rend parfaitement compte » (Marx à S. Meyer et A. Vogt-in Marx-Engels, Correspondances).

    C’est exactement ce nihilisme de la question nationale que dénonçait Marx qui caractérise ce désordre théorique petit bourgeois de l’opportunisme de gauche trotskiste-bordiguiste qui couvre en réalité l’opportunisme et le réformisme de droite chauvin dont la base sociale est l’aristocratie ouvrière. Il faut lutter contre l’antagonisme qui constitue le secret de l’impuissance du mouvement ouvrier US, Canadien et des autres États impérialistes de l’UE.

    Ne pas faire cela, c’est sombrer dans le chauvinisme nationaliste bourgeois chauvin, c’est être complice des stratagèmes diviseurs sur des bases racistes de la classe ouvrière multinationale de chaque États impérialistes et de ses guerres coloniales contre les peuples, Nations et États dominés.

    Il faut oeuvrer à rétablir l’unité de NOTRE CLASSE, le prolétariat avant-garde dans le processus révolutionnaire de l’émancipation sociale et populaire sur le chemin du socialisme, première étape du futur communiste de l’humanité à l’exemple de la Commune de Paris, puis de l’URSS matrice historique et idéologique de toutes les révolutions nationales, démocratiques, populaires, antifascistes et anti-impérialistes qui ont constitué le camp socialiste temporairement vaincu par l’encerclement capitaliste du 20éme siècle: Chine, Corée, Vietnam, Cuba.

    Une question à laquelle on attend une réponse: QUE FAIT LE SINISTRE PERSONNAGE ALAIN SORAL SUR VOTRE SITE ?

    Déposé ici pour Roland Diagne et avec son accord.

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      13 juillet 2016 à 11 11 08 07087
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      Bonjour monsieur Roland Diagne
      Vous trouverez ci-dessous quelques éléments de réflexion suite à votre commentaire précédent

      1) AINSI, VOTRE AFFIRMATION ICI : “Le capitalisme financier des monopoles disparaît et devient hors sol comme soubassement de la « révolution prolétarienne mondiale » EST TOTALEMENT FAUSSE. Sous l’impérialisme le capital est devenu international – global – mondial et la classe prolétarienne – la classe chevillée au capital pour sa plus grande misère – est devenue aussi internationale – mondiale – et sa révolution sera international (et ne peut être dans un seul pays) encore moins qu’en 1917 et en 1949….

      2) En ce qui concerne votre citation de Marx – excellente – merci – elle confirme totalement mes thèses je l’utiliserai dans mon prochain texte si vous le permettez. Excellente citation contre le nationalisme et les luttes de libération nationales – nationalistes et chauvines.

      3) La Chine un artéfact du “socialisme” ??? Oui peut-être – mais certainement pas un artéfact de la révolution prolétarienne quand on sait le rôle tout à fait secondaire qu’a jouer la petite classe prolétarienne dans la Révolution démocratique populaire – paysanne – chinoise-maoiste. NON monsieur les masses paysannes ne sont pas de bons vecteurs de la révolution prolétarienne. La paysannerie est totalement détruite annihilée par le capitalisme qui transforme les masses paysannes (comme en Chine présentement) en prolétaire salarié forgeant ainsi la classe sociale révolutionnaire internationaliste qui détruira le capitalisme – y compris chinois – vietnamien – cubain et coréen

      4) Pour ce qui est de L’ARISTOCRATIE OUVRIÈRE J’AURAI UN LONG DÉVELOPPEMENT à faire à propos de ce concept léniniste-bolchévique – intimement relié au concept de LUTTE DE LIBÉRATION NATIONALE – NATIONALISTE BOURGEOISE ET CHAUVINE. Pour ma part je nie catégoriquement qu’une nation soit exploiteuse d’une autre nation et que la richesse des pays capitalistes avancés se soit batis sur la surexploitation des coolies coloniaux. La richesse des capitalistes des pays capitalistes avancés s’est construite d’abord (pas exclusivement je l’admet) mais d’abord sur la surexploitation du travail salarié de la classe prolétarienne métropolitaine dans les sweat shops de la misère à fort taux de productivité et de rentabilité.

      5) Sur la question de l’impérialisme – nous divergeons totalement d’opinion. Pour ma part je rejette la définition de Plekhanove, de Kaustky, de Boukharine, de Lénine, de MAO et même de Rosa Luxembourg à l’effet que l’impérialisme serait LA POLITIQUE DE GRANDES PUISSANCES EXPLOITATNT les puissances de deuxième ordre et les nations et peuples colonisées du troisième monde (Théorie des trois-mondes propagée par les maoïstes suite à l’erreur de Lénine et de Boukharine et des bolcheviques). L’Impérialisme moderne c’est le mode de production capitaliste qui a atteint son apogée de développement économique et politique partout dans le monde et qui a amorcé son déclin suite à ses contradictions internes et externes. Nous reviendrons dans un prochain texte sur L’impérialisme qui n’est ni américain, français, chinois, russe, canadien, Suisse, britannique, etc.
      L’impérialisme est global et mondial et les pays vivants sous l’ impérialisme (tous les pays de la Terre) selon la division internationale du travail se rassemble en alliances belliqueuses pour se partager les marchés – les ressources – les sources de plus-value. L’impérialisme est total. A réétudier plus tard.

      Merci de participer ainsi au développement du débat et de la pensée révolutionnaire prolétarienne.

      PS : je ne suis pas maoiste, ni trotskyste, ni marxiste-léniniste, ni communiste, ni anarchiste, ni autre gauchisme petit-bourgeois voilà pourquoi vous ne retrouvez pas ces référents dans mes textes que je vous invite à lire pour ce qu’ils sont et NON EN RÉFÉRENCE AUX DOGMES INTÉGRÉS À VOTRE PENSÉE FORMATÉE.

      ENCORE MERCI MONSIEUR DE VOTRE PRÉCIEUSE PARTICIPATION http://www.les7duquebec.com/7-au-front/question-nationale-et-revolution-proletarienne/

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    13 juillet 2016 à 11 11 30 07307
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    Je n’ai pas le temps de tout lire tout de suite, j’ai juste eu le temps de jeter un oeil au mail, et j’ai accroché à cette phrase :

    « Ni la préservation, ni la transformation des rapports de production nationaux bourgeois ne pourront assurer la pérennité de ce mode de production moribond. La contradiction fondamentale qui régit ce système ne se situe pas entre les forces productives nationales et les rapports de production internationaux, mais au sein même des forces productives sociales, entre le capital mort – constant – robotisé et numérisé – déjà valorisé, et le capital vivant – variable – la force de travail génératrice de plus-value pas encore valorisée par le procès de reproduction élargie, et c’est là tout le drame de ce mode de production, la limite de son expansion. »

    cela résume tellement bien tout le problème actuel.
    Le Livre 3 du Capital est incontestablement la clé pour comprendre les enjeux du 21ème siècle.

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    13 juillet 2016 à 17 05 37 07377
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    Salut,

    Marx n’a pas dit :

    « Prolétaires du monde entier, unissez-vous ! »

    Il a dit :

    « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous »

    Cette phrase étant la conclusion du manifeste du Parti Communiste de 1848, c’est facile à vérifier.

    Table des matières :

    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000.htmhttps://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000d.htm

    Et lien vers le dernier chapitre :

    https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000d.htm

    A+
    do
    http://mai68.org/spip

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    14 juillet 2016 à 7 07 26 07267
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    À la demande de Monsieur Diagne Roland nous rediffusons sa réponse à M. Robert Bibeau.
    Bonne lecture.

    Bonjour, Réponse de Diagne Roland à la réponse de Robert Bibeau,

    La lecture de ta réponse confirme le nihilisme anti-scientifique, anti-matérialiste dialectique, anti-marxiste-léniniste et tout simplement anti-marxiste de l’oppression nationale sous le mode de production capitaliste en général, en particulier à son stade suprême. Le socialisme scientifique est transformé en « socialisme utopique » au service de l’impérialisme US/UE hégémonique contre les rescapés de la défaite du camp socialiste que sont Chine, Corée du nord, Vietnam et Cuba, mais aussi contre les pays, peuples, Nations, Etats opprimés sans oublier les minorités nationales opprimées Amérindiennes, Noires, Hispaniques et migrantes.

    Selon ton analyse le capitalisme financier des monopoles disparaît et devient hors sol comme soubassement de la « révolution prolétarienne mondiale » dont tu ne sait par ailleurs « quelle classe sociale » la fera et tout cela au nom de « Marx ». Quelle calomnie et diffamation contre le fondateur avec Engels de l’idéologique de la classe ouvrière fossoyeur en alliance avec les autres travailleurs, notamment la paysannerie pauvre et les peuples et minorités nationales opprimées du système d’exploitation de l’humain par l’humain qu’est le capitalisme arrivé à son stade suprême.
    Karl Marx observait fort justement déjà au 19éme siècle en Angleterre et aux Etats Unis, ce que l’impérialisme va généraliser au 20éme et 21éme siècle : « L’Angleterre a maintenant une classe ouvrière scindée en deux camps ennemis: prolétaires anglais et prolétaires irlandais. L’ouvrier anglais ordinaire déteste l’ouvrier irlandais comme un concurrent qui abaisse son niveau de vie. il se sent à son égard membre d’une nation dominatrice, devient, de ce fait, un instrument de ses aristocrates et capitalistes contre l’Irlande et consolide ainsi leur pouvoir sur lui même. Des préjugés religieux, sociaux et nationaux le dressent contre l’ouvrier irlandais. Il se conduit envers lui à peu près comme les « blancs pauvres » envers les noirs dans les anciens Etats esclavagistes de l’Union Américaine. L’Irlandais lui rend la pareille largement. Il voit en lui à la fois le complice et l’instrument aveugle de la domination anglaise en Irlande. Cet antagonisme est entretenu artificiellement et attisé par la presse, les sermons, les revues humoristiques, bref par touts les moyens dont disposent les classes au pouvoir. Cet antagonisme constitue le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, en dépit de sa bonne organisation. C’est aussi le secret de la puissance persistante de la classe capitaliste, qui s’en rend parfaitement compte » (Marx à S. Meyer et A. Vogt-in Marx-Engels, Correspondances).

    Cette citation de Marx montre bien sa prise en compte du facteur national pour lutter contre la division coloniale de la classe ouvrière multinationale de Grande Bretagne et des USA par les bourgeoisies de ces pays. Tu procède à l’inverse. C’est exactement ce nihilisme de la question nationale que dénonçait Marx qui caractérise ce désordre théorique petit bourgeois de l’opportunisme de gauche trotskiste-bordiguiste qui couvre en réalité l’opportunisme et le réformisme de droite chauvin dont la base sociale est l’aristocratie ouvrière. Il faut lutter contre l’antagonisme qui constitue le secret de l’impuissance du mouvement ouvrier US, Canadien et des autres Etats impérialistes de l’UE.
    Ne pas faire cela, c’est sombrer dans le chauvinisme nationaliste bourgeois chauvin, c’est être complice des stratagèmes diviseurs sur des bases racistes de la classe ouvrière multinationale de chaque Etats impérialistes et de ses guerres coloniales contre les peuples, Nations et Etats dominés.

    Il faut oeuvrer à rétablir l’unité de NOTRE CLASSE, le prolétariat avant-garde dans le processus révolutionnaire de l’émancipation sociale et populaire sur le chemin du socialisme, première étape du futur communiste de l’humanité à l’exemple de la Commune de paris, puis de l’URSS matrice historique et idéologique de toutes les révolutions nationales, démocratiques, populaires, antifascistes et anti-impérialistes qui ont constitué le camp socialiste temporairement vaincu par l’encerclement capitaliste du 20éme siècle: Chine, Corée, Vietnam, Cuba.

    Une question à laquelle on attend une réponse: QUE FAIT LE SINISTRE PERSONNAGE ALAIN SORAL SUR VOTRE SITE ?

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    15 juillet 2016 à 7 07 47 07477
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    Marxisme, nationalisme et luttes nationales aujourd’hui
    Document de discussion du New Socialist Group (1996)
    1996, par David McNally

    Première partie : le défi du nationalisme au marxisme
    1. Le nationalisme domine la politique mondiale – et il le fait avec une surprenante facilité. Ouvrez n’importe quel quotidien, écoutez les discussions au travail ou à l’école, regardez ou écoutez n’importe quelle émission de nouvelles, examiner les cours qui se donnent dans les universités et vous trouverez que la division de la population globale en entités nommées « nations » est de façon écrasante prise en considération. Au moment où j’écris ces lignes, les Jeux olympiques d’été se déroulent à Atlanta. Tous les athlètes des ces jeux sont organisés par les États nations, ils représentent « leur » État, ils portent leur couleur et leur drapeau. Les médailles gagnées par ces athlètes appartiennent à leur pays, ils sont les garants de l’honneur de leur pays et de sa fierté. Chaque jour, un tableau des médailléEs est dressé par nation et est diffusé aux millions de personnes qui suivent cet événement.

    Pour la vaste majorité des gens, il n’y a rien là de bizarre, d’insidieux ou de dangereux à cela. Ils prennent pour acquis qu’ils sont membres d’un État nation ; ils sont fiers de cette réalisation ; ils souffrent quand la nation est dans l’embarras ou humiliée (rappelons-nous l’affaire Ben Johnson ?). On leur dit rarement, si jamais cela a lieu, que le système des États nations est une création récente dans l’histoire humaine, que la plupart des sociétés humaines n’ont jamais eu un concept de nation qu’elle qu’il soit et que la montée du système des États nations correspond au développement international du capitalisme. De plus, rarement, on ne retrouve dans le débat politique le fait que le système de l’État nation est la forme politique qui régule, contrôle et discipline les personnes de façon à faciliter leur exploitation par le capital. Le plus souvent, nous vivons dans un univers mental où les discussion se mènent en terme national – autos japonaises, acier canadien, films américains, athlètes russes, musique jamaïcaine et ainsi de suite – et font partie du sens commun qui organise notre compréhension politique et culturelle du monde.

    Même la montée de nationalismes ethniques virulents – comme ceux de l’ex-Yougoslavie, ou ceux qui tuent des centaines de milliers de personnes au Burundi ou au Rwanda actuellement, rarement nous amène à questionner l’idée de nation ou notre propre nationalisme. De façon écrasante, on examine le nationalisme des autres qui est vu comme un problème et presque jamais le nôtre.

    2. Pour toutes ces raisons, le nationalisme représente sans doute le plus grand défi posé au marxisme. « Les travailleurs n’ont pas de patrie » disaient Marx et Engels dans le Manifeste communiste. Dans cet esprit, le marxisme a lancé le premier mouvement politique qui enseignait dans des termes internationaux, qui cherchait l’émancipation de l’humanité à l’échelle mondiale et affirmait que l’élimination de l’État national était son objectif le plus élevé. L’Association Internationale des Travailleurs (connu le plus souvent comme la Première Internationale), lancé en 1864, représentait la forme d’organisation qui cadrait avec cette conception d’un mouvement politique international de la classe ouvrière.

    Mais, durant presque toute la période des 150 ans depuis la publication du Manifeste communiste en a été une durant laquelle les mouvements de la classe ouvrière ont tendu (en dehors de la l’interlude de 1917-23 ou à peu près) à devenir de façon de plus en plus écrasante dominé par le nationalisme. Les mouvements ouvriers sont presque tous des organisation entièrement nationales. Ils pensent à organiser les travailleurs d’un pays donné en ayant peu de préoccupations pour leurs sœurs et leurs frères d’ailleurs. Plus encore, ils sont dominés par le nationalisme : ils tendent à soutenir les contrôles des importations (et les autres formes de protectionnisme national) à protéger « nos jobs » et « notre mode de vie ». Il n’est pas exagéré de dire que le nationalisme de gauche est l’idéologie dominante des mouvements ouvriers à travers le monde.

    Bien que l’emprise du nationalisme peut être brisé, les perspectives sont vraiment faibles pour les politiques de l’internationalisme socialiste. C’est pourquoi, la discussion « sur la question nationale » revient de façon récurrente dans le mouvement socialiste. Dans ce qui suit, j’essaie de passer en revue les éléments principaux des débats marxistes sur le nationalisme, pour examiner leurs forces et leurs faiblesses et pour appliquer quelques leçons qu’on peut tirer de cette étude à la discussion sur les questions nationales au Canada aujourd’hui.
    Deuxième partie : La question nationale de Marx à Trotsky

    3. La persistance du nationalisme et de la réalité des luttes nationales ont forcé les socialistes à revenir régulièrement sur ce sujet. Mais il est connu que les généralités ne fonctionnent pas en ce domaine. La vaste majorité des socialistes se sont adaptés ou se sont accommodés du nationalisme ; ils ont vu leur projet comme une façon plus humaine et plus éclairée de diriger un État national (et non son élimination dans le cours d’une lutte internationale contre la « misère du monde ».) Une petite minorité de socialistes ont simplement essayé d’ignorer les réalités des luttes nationales, en lançant sans cesse des appels à l’unité internationale des travailleurs du monde qui n’ont mobilisé personne et qui ignoraient les questions nationales réelles et concrètes. Il y a quelques situations importantes où les socialistes ont lutté pour trouver une voie internationaliste liée aux réalités de l’oppression nationale. L’attitude de Marx envers l’Irlande dans les années 1860 et l’approche de Lénine vis-à-vis les peuples opprimées de la Russie tsariste s’inscrivent de cette optique. Avant d’examiner ces exemples, cependant, je veux m’étendre un moment sur les deux tendances auxquelles j’ai fait allusion.

    4. Le mouvement socialiste mondial s’est acquis un caractère de masse d’abord en Allemagne à la fin des années 1880. L’Allemagne à ce moment là était une monarchie avec un parlement qui était élu par une petite minorité de la population adulte. Avec les ans, de plus en plus de travailleurs ont obtenu le droit de vote et le parti de la classe ouvrière a été organisé, le Parti social-démocrate (mieux connu par ses initiales allemandes, le SPD), qui devint une force politique de première importance. Le SPD s’est identifié rapidement avec la « prise de contrôle » de l’Etat allemand et non à son renversement. Cela mena les dirigeants du SPD à être de plus en plus influencé par l’idée de l’intérêt national . Peu à peu, les dirigeants ont commencé à défendre l’idée d’un colonialisme allemand « progressiste ». Ils ont affirmé, qu’un gouvernement du SPD ne donnerait pas leur liberté aux colonies allemandes ; il les traiterait simplement mieux. L’identification à l’État national était si puissant, si ancrée que la majorité de la direction du SPD, en est venu à soutenir le gouvernement allemand lors de son entrée dans la Première guerre mondiale. La plupart des partis de la dite Deuxième Internationale (fondée en 1889) l’ont rapidement suivi dans cette voie.

    5. La marxiste germano-polonaise, Rosa Luxemburg et le marxiste russe V.I. Lénine ont été à l’avant-garde de l’opposition socialiste à la guerre. Les deux ont dénoncé la Guerre comme le produit de l’impérialisme et comme la conséquence de la concurrence des principales puissances capitalistes pour se diviser le monde. Luxemburg et Lénine ont développé les politiques de l’opposition socialiste internationale à la guerre et ont soutenu que les travailleurs devraient refuser de soutenir « leurs » classes dirigeantes nationales et qu’ils devraient travailler à transformer les crises sociales liées à la guerre en guerre de classe des travailleurs contre le système capitaliste.

    6. Luxemburg et Lénine ont ainsi apporté une contribution essentielle au courant internationaliste et anti-impéraliste à l’intérieur du mouvement socialiste. Malgré leurs convergences significatives en ce domaine, ils divergeaient beaucoup sur la question de l’attitude socialiste envers les luttes nationales. Luxemburg défendait qu’à l’âge de l’impérialisme et d’un capitalisme pleinement internationalisé, les luttes nationales étaient dépassées. L’économie mondiale était tellement développée, que l’idée d’un État nation économiquement indépendant était devenue ridicule. Au milieu du XIXè siècle, disait-elle, les guerres nationales ont fait éclater les vieux empires et ont créé des nouveaux États démocratiques bourgeois et cela a été progressiste. Mais cette époque est révolue. À l’époque du capitalisme international, il est réactionnaire de soutenir la création de nouveaux États nations. La tâche était maintenant de mobiliser la classe ouvrière internationale contre le capitalisme mondial. » à l’époque du capitalisme déchaîné, il ne peut plus y avoir de guerres nationales » disait-elle. Les luttes nationales « ne peuvent servir que des moyens de démoralisation », de duperie des masses.
    La position de Rosa Luxemburg avait un point fort : celui d’un internationalisme de principe, sa vigoureuse opposition au nationalisme. Mais selon Lénine elle avait deux faiblesses importantes. Premièrement, elle néglige le caractère hiérarchique des rapports entre les nations — en réalité certaines sont dominantes et d’autres sont opprimées – et sa position peut conduire les socialistes à une position d’indifférence ou de neutralité dans les luttes entre les nations opprimantes et les nations opprimées. Deuxièmement, sa position sous-estime l’importance pour les socialistes de défendre les droits des peuples opprimés à leur autodétermination comme moyen de défier le chauvinisme national qui frappe les travailleurs et les nations dominantes. L’erreur de Luxemburg, en d’autres termes, vient du fait qu’elle considère les luttes nationales du point de vue généralement abstrait de l’économie mondiale. En faisant cela, elle perd de vue les dynamiques politiques concrètes, la façon dont les conflits nationaux structurent le terrain de la lutte politique et la conscience de classe de la classe ouvrière. Si les marxistes doivent être réellement partie prenante des débats politiques dans la société, affirme Lénine, une position abstraite et intemporelle de cette espèce « toutes les luttes nationales sont dépassées » ne sert à rien. Au contraire, les socialistes révolutionnaires doivent essayer de comprendre comment des luttes nationales données affectent le terrain général de la lutte politique dans la société et construire leur démarche à partir de là. Lénine a présenté la thèse qu’il a développée dans ce domaine comme une élaboration de la position que Marx avait pris dans la lutte pour l’indépendance irlandaise. En fait, la position de Lénine était plus originale que ça. Il a développé une approche complètement nouvelle de tout le problème des luttes nationales. Mais commençons par examiner la position de Marx sur l’Irlande et nous verrons ce que Lénine en a fait.

    Marx et Engels avaient d’abord accordé peu d’importance à la lutte de l’indépendance irlandaise face à la Grande-Bretagne. En 1848, par exemple, ils avaient affirmé que le mouvement ouvrier de masse britannique de cette période (connu comme le Chartisme) devrait se préoccuper de ce problème. Ils voyaient la question irlandaise comme un aspect vraiment mineur de la lutte de la classe ouvrière d’Angleterre et ils ont souvent accusé les nationalistes irlandais de ne pas s’allier avec le Chartisme. Après le déclin du Chartisme, comme le sentiment anti-irlandais commençait à jouer un rôle plus important dans la politique britannique et que le mouvement Fenian pour l’indépendance de l’Irlande se développait de nouveau dans les années 60, la position de Marx a de nouveau changé.
    La thèse de Marx s’exprimait comme suit. Premièrement, il affirma qu’étant donné que le sentiment anti-irlandais amenait les travailleurs anglais à s’identifier aux classes dirigeantes, cette réalité était le plus important obstacle à une politique d’indépendance de classe de la classe ouvrière.
    Le travailleur anglais ordinaire hait le travailleur irlandais comme un concurrent qui abaisse son niveau de vie. Dans ces rapports aux travailleurs irlandais, il se perçoit lui-même comme un membre de la nation dominante et se positionne lui-même comme un instrument des aristocrates et des capitalistes de son pays contre l’Irlande, renforçant ainsi leur domination sur lui. Cet antagonisme est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise (Marx et Engels, L’Irlande et la question irlandaise).

    Deuxièmement, Marx défend maintenant que la lutte nationale en Irlande était la clé qui allumera la révolution ouvrière en Angleterre. En cela, il reconnaît que c’est un renversement de sa position antérieure. « Pendant longtemps, j’ai cru qu’il serait possible de renverser le régime irlandais grâce à la montée de la classe ouvrière anglaise. Une étude plus approfondie m’a convaincu de l’opposé : La classe ouvrière anglaise ne fera rien de décisif, ici en Angleterre, tant qu’elle ne rompra de façon la plus nette , dans sa politique irlandaise, avec la politique des classes dominantes ; tant qu’elle ne fera pas, non seulement cause commune avec les Irlandais, mais encore ne prendra pas l’initiative de la dissolution de l’Union forcée de 1801 et de son remplacement par une confédération égale et libre. » (ibid 294). L’expérience de repenser la question irlandaise a été d’une importance générale pour Marx et Engels. Cela a conduit Marx, par exemple, à faire cette magnifique réflexion « toute nation qui en opprime un autre forge ses propres chaînes. » À bien des égards, ce qu’a fait Lénine est de reprendre cette intuition et de l’appliquer systématiquement.

    L’empire des Tsars de Russie renfermait des dizaines et des dizaines de communautés nationales opprimées. En essayant d’organiser un mouvement de la classe ouvrière dans l’empire tsariste, les marxistes russes étaient inévitablement confrontés aux aspirations nationales. Beaucoup de marxistes russes ont refusé ça et ont suggéré que les enjeux nationaux n’avaient pas leur place dans un mouvement marxiste. Les premiers écrits de Lénine ne prêtaient pas attention à ces questions. Mais avec le temps la question nationale en vint à jouer un rôle de plus en plus important dans sa pensée. Avec la Première guerre mondiale, il a développé une attitude très spécifique envers cet enjeu.

    Les conceptions de Lénine reprennent les éléments suivants. Premièrement, l’ordre du monde impérialiste établit une hiérarchie entre les nations ce qui produit inévitablement des révoltes nationalistes. Deuxièmement, le problème principal pour les marxistes est comment trouver une assise comme internationalistes dans un monde dominé par les conflits nationaux. Troisièmement, le problème stratégique central est d’essayer d’amener les travailleurs de sentiments nationalistes à des sentiments internationalistes. Quatrièmement, le plus grand obstacle pour ce faire c’est le nationalisme des travailleurs des nations dominantes (comme l’affirmait Marx au sujet des travailleurs anglais dans le cas de l’Irlande) ce qui les conduit à s’identifier à leur classe dirigeante, ce qui renforce le nationalisme des travailleurs des nations opprimées. (car ces derniers ne voient pas que les travailleurs de la nation dominante ont le moindrement sympathique à leurs aspirations de se libérer de l’oppression nationale). En conséquence, selon Lénine, les marxistes doivent soutenir le droit des nations opprimées à l’autodétermination, y compris le droit de former un État indépendant.
    Le point central de la thèse de Lénine est son insistance sur le politique (contrairement à Luxemburg qui s’appuyait sur une thèse fondamentalement économique.). Lénine insiste que le nationalisme représente une division politique importante à l’intérieur de la classe ouvrière. L’approche marxiste prend cette division politique comme le point de départ de l’effort pour le dépasser. Dans ce but, la principale question n’est pas celle de la viabilité économique d’un État nation donné, mais quelles tactiques seront les plus importantes pour construire la solidarité de classe et l’internationalisme. Et la réponse de Lénine est claire : miner le chauvinisme national des travailleurs de la nation dominante en faisant campagne ouvertement pour le droit des nations opprimées à déterminer leur propre futur. Pour gagner les travailleurs dans la nation opprimée une telle position devrait représenter le principal coup porté aux identifications nationalistes.

    Lénine a rendu très clair que cela ne signifie pas que les marxistes voudraient voir de plus en plus d’États nations indépendants. Au contraire, comme internationalistes marxistes, il favorisait les fédérations qui amèneraient les travailleurs dans une vie politique commune. Mais de telles fédérations devraient être volontaires. On devrait s’opposer à des associations politiques forcées ou coercitives ou oppressives.

    Si nous demandons la liberté de sécession pour les Mongols, les Perses, les Egyptiens et toutes les autres nations opprimées sans exception, ce n’est pas parce que nous favorisons la sécession, mais seulement parce nous défendons l’association volontaire et différente d’une association forcée (cité in James M. Blount, The National Question : Decolonising the Theory of Nationalism, 67).

    Soutenir le droit des nations à l’autodétermination est ainsi devenu un élément clé de l’approche stratégique de la construction de la solidarité internationale des travailleurs. Non pour soutenir que ce droit signifie l’alignement avec le nationalisme dominant. Cela signifie que se contenter d’un internationalisme abstrait échoue à reconnaître l’importance de l’expérience de la domination, ou ce que Lénine a nommé » la psychologie qui est si importante en ce qui concerne la question nationale ». (Collected Works, v. 19, 499.) La solidarité internationale nécessite, en d’autres mots, que les travailleurs des nations dominantes se fassent les défenseurs les plus conséquents du droit des peuples opprimés dans « leur » État à s’autodéterminer (y compris à se séparer).

    En même temps, Lénine défend, une telle opposition de principe au nationalisme dominant permet aux travailleurs des nations opprimées de cheminer du nationalisme au socialisme. Alors que les socialistes des nations opprimantes défendent le droit des opprimé-E-s à l’autodétermination, les socialistes des nations opprimées « doivent accorder une importance centrale à l’unité et à l’alliance des travailleurs des nations opprimées avec ceux des nations opprimantes ; autrement ces sociaux-démocrates deviendront involontairement les alliés de leur propre bourgeoisie nationale ». (Œuvres choisies, vol. 1, p. 409). Dans le même ordre d’idée, les Thèses sur les questions nationales et coloniales de l ’Internationale communiste affirment que même en apportant son soutien aux luttes nationales bourgeoises contre le colonialisme, les socialistes insistent sur « l’indépendance de classe du mouvement prolétarien ».

    Cette analyse a considérablement renforcé la capacité des socialistes à s’engager sérieusement dans les luttes nationales en cours sans abandonner leurs objectifs socialistes. Pour ces raisons, nous pouvons apprendre énormément des écrits de Marx sur l’Irlande et des discussions de Lénine sur la question nationale. En même temps, ces écrits n’offrent guère plus que des balises. Après tout, défendre le droit de séparation ne dit rien sur les conditions où on le défend. Plutôt que de fournir une formule qui peut simplement être appliquée dans tous les contextes, ils sont un point de départ pour guider notre analyse. Essayer de les utiliser n’est pas un substitut à une analyse sérieuse. Avant de discuter comment nous devons utiliser ces analyses dans notre approche des luttes nationales dans l’État canadien, il est important de les examiner les enjeux du nationalisme et de l’internationalisme tels qu’ils se sont exprimés après la mort de Lénine en 1924.

    Le mouvement communiste international a glissé de l’internationalisme au nationalisme sous l’impact de la dégénérescence de la révolution de 1917 en Russie et la montée du stalinisme. Aussi tôt qu’en 1923, l’idée du « bolchevisme national » a été développé par le Parti communiste allemand. Une fois que Staline a déclaré qu’il était possible de construire » le socialisme dans un seul pays », la porte était ouverte à l’adoption de l’idée de luttes nationales distinctes pour le socialisme, termes de référence des nationalismes dominants. Ainsi, par exemple le Parti communiste du Canada a rapidement découvert que le nationalisme canadien était « progressiste » alors que les membres du PC au Québec qui essayait de promouvoir une compréhension plus différenciée de la lutte nationale du Québec étaient régulièrement expulsés pour « nationalisme bourgeois ».

    Une des grandes contributions historiques de Léon Trotsky a été de résister à la notion de lutte pour le socialisme comme étant une lutte nationale et de s’en tenir fermement à l’internationalisme marxiste. Avec tous leurs terribles problèmes, les groupes trotskistes ont joué un rôle important en sauvegardant ces idées vivantes à l’époque où le nationalisme dominait la gauche. La contribution spécifique de Trotsky à cette époque a été sa théorie « de la révolution permanente ». Originellement formulé comme la perspective stratégique pour la révolution russe à venir, à la fin des années 20, Trotsky l’a reformulée comme la théorie des relations entre les luttes de classes et les luttes nationales à l’époque de l’impérialisme.

    La théorie de la révolution permanente a été une contribution brillante et originale à la pensée marxiste. En rejetant l’idée schématique, linéaire et mécanique que toute société devait passer par des stades historiques donnés avant de lutter pour le socialisme, Trotsky a défendu que l’analyse concrète des dynamiques des classes dans une société donnée devait se faire dans le contexte des ses rapports avec l’économie mondiale. Ainsi, alors que la plupart des marxistes russes défendaient que la Russie devait d’abord faire une « révolution démocratique bourgeoise » contre le tsarisme et alors compléter un stade du développement capitaliste avant que la lutte pour le pouvoir ouvrier soit à l’ordre du jour, Trotsky a défenfu que la bourgeoisie russe était trop effrayée par le pouvoir grandissant du jeune prolétariat russe pour conduire la lutte contre la monarchie tsariste.
    Effrayé que le mouvement révolutionnaire pour la démocratie libérale puisse déboucher sur des grèves de masse et faire descendre un prolétariat insurgé dans les rues se battant pour ses revendications de classe particulières (ce qui s’était en fait passé en 1905), la bourgeoisie russe a rapidement abandonné une telle lutte, soutenait-il. Il en a résulté, que la direction de la lutte anti-tsariste passerait au prolétariat qui donnerait sa marque au mouvement, l’amenant vers la lutte pour la démocratie ouvrière. Empruntant une phrase à Marx, Trotsky a décrit cela comme la « révolution permanente » – qui commence comme un mouvement révolutionnaire pour la démocratie libérale et qui transcroît dans un lutte pour la démocratie socialiste et le pouvoir ouvrier.

    La théorie de Trotsky (développée en 1905-1906) a démontré une profonde anticipation de la dynamique de classe du processus révolutionnaire de 1917. Sous l’impact du mouvement révolutionnaire en Chine dans les années 20, Trotsky a rapidement étendu la théorie de la Russie au monde colonial en général. Dans les colonies, il suggère, que le même modèle soit appliqué : une bourgeoisie craintive se retire de la lutte anti-coloniale, cette dernière triomphera seulement sous la direction du parti révolutionnaire de la classe ouvrière. Bien qu’il y ait des enseignements importants à tirer de cette analyse, il existe le risque d’une surgénéralisation. Après tout, en l’absence d’une classe ouvrière auto-organisée et combative comme celle du mouvement ouvrier russe de 1905 et 1917, pourquoi des groupes bourgeois et petits bourgeois se retiraient-ils de la direction des luttes nationales. En effet, ils ne se sont pas retirés. Dans des pays comme l’Inde, l’Algérie, le Pakistan, le Bangladesh et des dizaines d’autres, les mouvements nationalistes n’ont pas été dirigés par la classe ouvrière et ont mis en place des États nations indépendants. En Chine, le dit Parti communiste a conduit une lutte avec aucune activité auto-organisée de la classe ouvrière, et sans aucune apparition d’organes de démocratie ouvrière.

    Le monde d’après 1945 a été le témoin d’une succession d’indépendances nationales dans lesquels les mouvements de la classe ouvrière n’ont pas joué de rôle significatif. Clairement, ces réalités demandent que soit révisée de la théorie de Trotsky. Quel que soit sa force, elle ne peut être utilisée comme une prédiction universellement valide concernant les luttes nationales à l’époque de l’impérialisme. Certains trotskistes tentent de discuter de ces événements qui ont clairement été en porte-à-faux avec la théorie de Trotsky. D’autres, cependant, continuent à défendre dogmatiquement la lettre des écrits de Trotsky. La plus grande organisation trotskiste américaine (le Socialist Workers Party) a produit un document en 1974 par exemple qui affirme : « à l’époque impérialiste, la bourgeoisie nationale dans les pays industriellement retardataires trahit sa propre révolution et les tâches démocratiques bourgeoises, y compris la réalisation de l’indépendance nationale ne peuvent être réalisées que par la révolution socialiste ». (La dynamique de la révolution mondiale aujourd’hui », 137)

    8) Maintenant, le fait que cette prétention soit évidemment fausse (c.-à.-d. que l’indépendance nationale peut être réalisé sans révolution socialiste) ne semble pas compter. Trotsky l’a dit, par conséquent cela doit être vrai. Et nombre de trotskistes qui défendent une telle ligne ont commencé à voir des révolutions socialistes et des États ouvriers un peu partout. En Algérie, en Égypte où un régime nationaliste progressiste prenait le pouvoir. Après tout, si l’indépendance nationale ne peut être réalisée que par une révolution socialiste, alors la réalisation de l’indépendance nationale devrait vouloir dire qu’une telle révolution a eu lieu. Le fait que rien semblable à une révolution socialiste peut être reconnue – comme des millions de personnes opprimées descendant dans les rues et attirant les bases de l’armée de leur bord, comme des grèves de masse et l’occupation des lieux de travail, comme de nouvelles institutions populaires d’autogouvernement apparaissant sur les lieux de travail et dans les communautés – ne semblent importants. Allant plus loin que Trotsky avait été, quelques groupes ont commencé à défendre qu’il y avait une logique cachée qui conduisait les luttes nationales à la révolution socialiste. Même s’ils ne le savaient pas, des nationalistes bourgeois et petit-bourgeois menaient actuellement des révolutions ouvrières. La primauté de l’auto-émancipation ouvrière a rapidement disparu (comme si la plupart des groupes sociaux pouvaient construire le socialisme). Et inévitablement, la ligne entre le nationalisme et le socialisme s’est estompée. Après tout, si le nationalisme anti-impérialiste transcroît automatiquement en socialisme, alors la ligne entre les deux est vraiment très mouvante. Certains trotskistes qui ont défendu de telles conceptions sont éventuellement devenus plus ou moins a-critiques et ont adhéré au nationalisme d’allure progressiste (Cuba, Nicaragua, Grenade) et ont abandonné l’idée de la révolution permanente et son insistance sur l’indépendance de la classe ouvrière et de son organisation socialiste dans la lutte nationale. C’est ainsi qu’a évolué le SWP américain.

    J’ai rappelé ces éléments parce qu’ils soulignent comme il est important de résister aux formules simples quand nous parlons des luttes nationales. Il n’y a pas de loi générale ou de dynamiques des luttes nationales aujourd’hui (et il n’y en a jamais eu). Une des erreurs de beaucoup de marxistes a été d’en chercher une plutôt que de prendre en compte la tâche de loin la plus importante de développer une analyse concrète des particularités des luttes nationales dans une conjoncture historique déterminée. Avec cette préoccupation en tête, je veux rapidement faire quelques considérations préliminaires sur les luttes nationales dans l’Etat canadien. Mais avant, je veux souligner des secteurs dans lesquels l’approche marxiste du nationalisme reste faible et nous devons être conscients que ces secteurs doivent être des secteurs de travail pour développer une compréhension plus large du nationalisme dans le monde moderne.

    Partie 3. Les problèmes de la théorie marxiste du nationalisme

    10. Une des éléments forts des conceptions de Marx sur l’Irlande et des écrits de Lénine sur la question nationale, c’est qu’elles fournissent un façon de soutenir les luttes nationales des peuples opprimés sans se faire les champions d’un forme quelconque de nationalisme. C’est ce qui fait que leur héritage est un héritage des plus important. Mais une fois cela dit, nous devons être conscients que ni Marx ni Lénine nous ont réellement fournis une théorie nous permettant de comprendre un des problèmes les plus importants que nous rencontrons dans ce domaine : l’incroyable pouvoir et la persistance du nationalisme et des identifications nationales. Plutôt qu’une diversion temporaire ou épisodique d’une conscience de classe plus développée, le nationalisme a dominé et continue de dominer les pensées de la vaste majorité de la classe ouvrière et des peuples opprimées. Je ne prétends pas avoir toutes les réponses pourquoi il en est ainsi. Mais laissez moi fournir quatre explications partielles de ce qui devra être exploré et développé.

    11. Le premier sujet est ce que nous pouvons nommer l’attirance pour la citoyenneté. Rappelons-nous que dans les premiers mouvements de la classe ouvrière ont été créés dans des contextes où la vaste majorité de la classe ouvrière ne votait pas. Pour cette raison, la lutte pour les droits démocratiques, spécialement le droit de vote, occupait une place majeure dans l’agitation socialiste. En effet, le socialisme – habituellement désigné sous le nom de social-démocratie – est souvent apparu pour l’inclusion de la classe ouvrière à l’intérieur de la démocratie capitaliste. Cela a produit toute une tradition historique où la démocratie capitaliste était critiquée simplement pour ne pas être suffisamment inclusive. Résultat, la question de la forme du pouvoir politique capitaliste – l’État nation bourgeois – et ses problèmes inhérents (bureaucratisme, définition nationale de la citoyenneté, séparation du pouvoir économique du pouvoir politique) ont été rarement soulevés. Cela a voulu dire que les mouvements ouvriers ont cherché généralement la pleine citoyenneté à l’intérieur de la démocratie capitaliste. On ne peut nier l’importance de cette lutte. Après tout, la lutte pour les droits démocratiques bourgeois, la bataille pour être considéré comme un membre à part entière de la société a un signification fondamentale. Mais dans le processus, la classe ouvrière devient souvent liée à cette espèce d’idée, ils ont peu de liens avec les traditions politiques qui mettent de l’avant une critique radicale des limites inhérentes et des biais de la démocratie libérale elle-même. Ainsi une définition libérale-capitaliste des droits et de la citoyenneté s’enracinent historiquement et profondément dans les mouvements ouvriers – dans laquelle les personnes sont définies comme des entités séparés appelés « individus » qui sont en compétition économique sur les marchés qui sont régulés par des lois qui ne reconnaissent que les droits des individus (et de leurs familles) qui sont largement des acheteurs et des vendeurs de biens et de services (tout ceci est, dans un sens, le plus souvent défini comme le « réformisme »). On a dit que les marxistes ne prêtaient pas suffisamment attention au pouvoir idéologique des notions de citoyenneté, préférant simplement souligner la corruption et le caractère de vendu des dirigeants qui ont trahi le mouvement socialiste. Si nous devons développer une alternative sérieuse au réformisme, il sera cependant nécessaire non seulement de dénoncer les « dirigeants corrompus », mais, et c’est plus important, de trouver les façons d’avancer une critique de la démocratie capitaliste et de la citoyenneté en reconnaissant l’importance des droits quand nous faisons une critique de leurs limites, critique qui pourrait ainsi avoir un écho dans les expériences de la classe ouvrière, au lieu de sonner comme des slogans réducteurs.

    12. En lien avec cet élément, il y a un deuxième problème : les versions du socialisme centré sur l’État ont dominé le XXe siècle. Durant toute cette période historique la plus important partie de la gauche a présenté la propriété étatique comme l’essence sociale et économique du socialisme. Marx a mis au centre de sa critique du capitalisme ce qu’il a appelé les rapports sociaux de production, ce qui signifie les rapports de domination, de contrôle, d’aliénation et d’exploitation induits par la façon dont la richesse est produite dans la société capitaliste.

    Ce qui a découlé de cette approche a été l’idée que le socialisme mène au développement de nouveaux rapports de production basés sur des formes non-aliénées de contrôle et d’autogestion de la production par la classe ouvrière. Le contrôle ouvrier sur la production et de nouvelles institutions gouvernementales autogestionnaires sont au cœur d’une telle perspective.
    Durant l’époque où les partis communistes stalinisés ont dominé la gauche (1925-1980 ou à peu près), ces acquis ont été perdus. La propriété étatique des moyens de production et l’ »économie planifié » étaient présentés comme l’essence de la nouvelle société. En dépit des meilleures intentions, nombre de trotskistes ont aussi placé le point essentiel à ce niveau. Il en résulta que l ’idée de la propriété d’État est en soi progressiste , qu’elle est en soi socialiste est devenu largement partagée dans la gauche. Cela a contribué à des politiques centrées sur l ’État où les idées de régulation étatique et de planification d’Etat ont été élevées à une position de premier plan dans la propagande socialiste. Une des conséquences de ceci a été que la nature oppressive inhérente à l’État nation a été rarement attaquée. En fait, à ce jour, beaucoup, dans la gauche, continuent à avancer de telles conceptions et semblent oublieux de l’hostilité de masse aux bureaucraties étatiques centralisées qui s’est développée – pour de bonnes raisons – dans les rangs de la classe ouvrière dans la majorité des parties du monde.
    Ce qu’oublie ces politiques socialistes étatistes (que nous pouvons appeler le socialisme d’en haut) c’est que l’État nation s’est développé avec le développement du capitalisme par les classes bourgeoises qui cherchaient à intégrer le marché national par un système uniforme de lois et de taxes, une langue commune, un gouvernement unifié et une armée nationale pour défendre et avancer leurs prétentions contre les capitalistes « étrangers » (et d’écraser les révoltes domestiques lorsque cela est nécessaire). Ainsi a été perdu le sens propre de la forme démocratique inhérente à la démocratie bourgeoise (comme l’avait souligné Marx dans La guerre civile en France).
    Enfin, les versions étatistes du socialisme tendent à perdre de vue le fait que les structures nationales et les institutions de l’État nation perpétuent la division du monde entre un « nous » (qui appartient à une nation donnée) et un eux (les étrangers, ceux du dehors). Les conséquences du socialisme étatiste est de renforcer le nationalisme au dépend de l’internationalisme.

    13. Cela nous amène au troisième point : la politique de l’espace. Les marxistes ont, curieusement, été indifférents aux questions de l’espace, spécialement en ce qui concerne les identités des peuples qui ont des points de référence spatiaux et géographiques. Même les mémoires personnelles invariablement ont des dimensions spatiales : nous nous pensons nous-mêmes comme étant nés à un certain endroit, ayant vécu, grandi, travaillé, être allé à l’école dans différents endroits, et ainsi de suite. Jusqu’à maintenant, pour la plus grande part de l’histoire de l’humanité, les rapports à l’espace n’avaient rien à voir avec l’appartenance à une nation. De fait, les gens appartenaient à des groupes ayant des espaces plus petits et plus grands. Mais le capitalisme a construit ce que Benedict Anderson a décrit comme des « communautés imaginaires ». Les nations sont ainsi, en partie, des constructions imaginaires, — organisées autour de symboles comme les drapeaux, les hymnes, les couleurs nationales et les des mythes et des histoires en grande partie artificielles liées à des unités administratives nommés État nation. Nous n’avons besoin que d’observer un phénomène comme les Jeux Olympiques pour réaliser le pouvoir d’attraction des communautés imaginaires. Des millions de personnes qui n’ont jamais rencontré Silken Laumann ou Donovan Bailey agissent néanmoins comme s’ils étaient « leurs chair et leur sang », se glorifiant de leurs victoires, se morfondant de leur défaites.
    Je dis cela non parce que je pense que tout est inévitable en ce qui concerne les identifications nationales, au contraire. Mais sans la compréhension socialiste révolutionnaire que de telles identifications répondent à un besoin réel — le désir d’appartenir à une communauté avec d’autres, d’avoir des objectifs communs — nous sous-estimerons la nécessité pour les mouvements socialistes de masse dans l’avenir d’aider à développer des sentiments internationalistes d’une communauté qui est liée aux expériences locales et globales. Il se suffira pas d’avoir une « avant-garde » qui pourra dire que le nationalisme est leur ennemi ; il sera nécessaire de favoriser de nouvelles expériences de l’espace basées sur des formes d’organisation qui créent de nouvelles solidarités et de nouvelles identifications, forgées dans la lutte commune, et qui va au-delà de l’État nation.

    14. Et cela m’amène à mon quatrième point : la montée du nationalisme à l’âge de la globalisation. La globalisation économique se déchaîne ; aucune partie de la planète ou presque n’est épargnée par l’ascension considérable des entreprises transnationales et par les marchés financiers globaux. La plupart des États nations sont économiquement plus petits que les grandes entreprises transnationales et les marchés monétaires mondiaux déplacent des sommes tous les jours qui excédent de beaucoup tout ce que possède une banque centrale quelconque (voir mon article « La fin des États nations », New Socialist, no. 3, mai-juin 1996). Ces entités économiques globales causent des ravages dans les vie des peuples : les entreprises qui ferment, les communautés qui sont détruites, les services sociaux qui sont saccagés : des hôpitaux communautaires, des écoles, des bureaux de poste qui disparaissent, au nom de la globalisation.

    Dans de telles circonstances, le nationalisme devient le premier et le plus simple moyen pour comprendre et résister à ces forces. Rappelons-nous qu’un gouvernement national peut apparaître comme beaucoup plus proche et plus compréhensible que des transnationales ou le marché monétaire électronique et global centré sur le cyberespace.(…). Mais demander à l’État national de « nous » protéger contre le capital global conduit inévitablement à voir le problème en termes nationaux. Les étrangers (et ce qui est étranger) deviennent l’ennemi de notre sécurité et de notre bien-être. Des politiciens dangereux et sans scrupules deviennent rapidement les adeptes nourrissant et manipulant de tels sentiments. Ainsi, les Travailleurs Unis de l’automobile se sont engagés dans le bannissement des autos japonaises, des jeunes sans emploi en Allemagne ont tiré des bombes incendiaires contre des hôtels bondés de travailleurs immigrants d’origine turque, des gens de Californie ont soutenu les propositions contre les illégaux du Mexique, des canadiens-anglais ont dénoncé les Québécois cupides. Des Serbes, des Croates, des Musulmans ses sont opposés les uns les autres dans l’ex-Yougoslavie ; les Hutus et les Tutsis se sont affrontés dans des conflits sanglants au Rwanda et au Burundi – et la liste pourrait s’allonger.

    Ce n’est pas un hasard, si dans cette période de restructuration féroce du capital, d’anciens et de nouveaux nationalismes relèvent la tête — et pour beaucoup d’entre eux de façon virulente et violente. Rarement, nous n’avons entendu le cri du clairon des nationalismes anti-colonialistes depuis les années 50 et 60 car la plupart d’entre eux ont été discrédités par leur échec à répondre aux espérances de développement. Et dans un contexte de rage et de désespoir, alors que la gauche et le mouvement ouvrier apparaissent affaiblis, les nationalismes ethniques de droite reprennent l’initiative politique. Mais, il n’y a rien là, encore une fois, d’inévitable.

    Mais il serait imprudent de sous-estimer la montée du nationalisme dont nous sommes les témoins dans cette période de globalisation. Et nous devrons nous rappeler que le besoin pour les socialistes de mettre de l’avant leurs positions internationalistes est peut-être plus urgent que jamais alors que la majorité de la gauche a adopté le nationalisme en 1914. Pour ce faire, nous aurons besoin des analyses de la tradition du socialisme international et de les développer davantage en rapport aux questions des politiques de l’espace, des États nation, de la globalisation économique et la critique de la forme de l’État nation bourgeoise à partir d’une perspective du socialisme d’en bas.
    Quatrième partie : les questions nationales au Canada aujourd’hui.

    15. Le Canada est un produit de l’expansion impérialiste des puissances européennes. Établi comme colonie de peuplement, le Canada a basé sa domination sur l’oppression et la domination des peuples autochtones et des habitants français qui avaient peuplé la Nouvelle France et d’autres parties des Canada conquis par les britanniques en 1759. Le Canada a été formé sur l’oppression de ces groupes : pour cette raison, les politiques canadiennes ont été modelées par deux luttes nationales principales : celles des peuples autochtones (ou les Premières nations) et celles des QuébécoisEs.
    16. Parce que les peuples autochtones étaient économiquement marginaux, politiquement non-affranchis, et terriblement opprimés par des politiques d’apartheid de la Loi des Indiens, ils ont pris beaucoup de temps à trouver les leviers pour exercer des pressions politiques. C’est principalement au milieu de l’explosion de protestations sociales des années 60 et 70 que les mouvements autochtones politiquement organisés ont fait leur marque. Inspirés par des groupes comme le Black Panther Party et l’American Indian Movement de États-Unis, les militants autochtones ont commencé à mener des luttes plus militantes et plus coordonnées (voir « Red Power, une entrevue avec Howard Adams, dans New Socialist, no.2, Mars-Avril 1996).

    Depuis les soulèvements de la fin des années 60 et du début des années 70, il y a eu des tentatives de professionnaliser le mouvement autochtone, pour en faire un mouvement de pression plus ordinaire. A l’avant-garde de ce glissement, il y a eu la direction de l’Assemblée des Premières Nations. L’AFN a centré son travail sur les changements constitutionnels, en particulier la tentative d’obtenir la reconnaissance du « droit inhérent à l’auto-gouvernement » pour les peuples autochtones inséré dans l’Acte constitutionnel. Il est essentiel que les socialistes soutiennent cette revendication. Étant donné que les peuples autochtones n’ont jamais accepté d’être gouvernés par l’État canadien, le droit inhérent à choisir quelle sera la forme de l’auto-gouvernement qu’ils désirent doit être reconnu et défendu.

    De même, nous devons reconnaître que toute une couche de militants autochtones (beaucoup parmi eux étant la jeune génération des dirigeants de l’AFN) rejettent l’insistance sur les changements constitutionnels et les réclamations territoriales par l’intermédiaire des Cours ce qui domine le courant principal des politiques autochtones. Ces militantEs ont été à l’avant-garde des formes d’actions directes de désobéissance civile comme les blocus des routes et des autoroutes et des occupations des terres ancestrales comme nous l’avons vu à Oka, Gustafen Lake et Ipperwash. Il est essentiel que les socialistes, tout en défendant les revendications d’un groupe comme l’AFN, essaient aussi d’organiser la solidarité avec ces formes plus militantes des luttes autochtones. Nous devons rendre clair que nous soutenons l’auto-activité et l’auto-organisation militante des autochtones et que nous dénonçons les pratiques colonialistes de l’Etat canadien pour toutes les violences qui se produiront.

    16. La question nationale qui domine la politique officielle au Canada est celle des Québécois. Cela a à voir avec le fait , qu’en voulant profiter du développement de l’agriculture et du commerce de la Nouvelle France et désirant que les fermiers français continuent à travailler leur terre, les colonisateurs britanniques n’étaient pas intéressés à expulser les gens de la colonie. Alors que les autochtones ont été de plus en plus poussés à la marge de la vie économique, les choses étaient plus compliquées pour les habitants français. D’abord, les Britanniques ont essayé de supprimer l’Église catholique et la langue française. Ils se sont rapidement rendu compte, cependant, qu’ils avaient besoin d’une alliance avec l’élite française, – les seigneurs, le clergé et quelques capitalistes— s’ils voulaient gouverner la région réellement. Il en résulta l’enfermement de la Nouvelle France dans des rapports de domination coloniale par les autorités britanniques en place qui ont aussi fait des concessions : tolérance pour la langue française, l’Église catholique et le code civil français. Quand le mouvement pour l ’intégration des colonies britanniques d’Amérique du Nord eut lieu dans les années 1860, le Québec a obtenu une autre concession : la restauration de sa propre assemblée législative. Il en résultat qu’une entité politique a été créée (la province de Québec) où l’on retrouvait la deuxième plus importante population du pays, dont la vaste majorité était francophone – et où se trouvaient quelques uns des plus importants centres agricoles, manufacturiers et commerciaux. Ce qui voulait dire que les griefs du Québec étaient habituellement négociés par une classe dominante parlant d’abord l’anglais.

    Tant que les pressions nationalistes venant du Québec régulièrement (et cela est très frustrant pour eux en période de guerre) tant que l’Église catholique dominait la vie culturelle et politique, le nationalisme du Québec ne semblait pas particulièrement menaçant pour la classe dirigeante du Canada. Cela a changé dans les années 60 avec la montée d’une classe moyenne laïque et un nouveau mouvement ouvrier en rupture avec la domination de l’Église et l’apparition d’un nouveau mouvement nationaliste (qui s’est cristallisé finalement dans la création du Parti Québécois). La Révolution tranquille des années 60, la Crise d’octobre 1970 (dans lequel le gouvernement Trudeau a utilisé l’armée et la police pour écraser le Front de Libération du Québec), la grève générale militante de 1972 et l’élection d’un gouvernement du PQ sous la direction de René Lévesque en 1976, tout cela a amené à placer « la question du Québec » à l’avant-scène du débat politique. Et cela est resté ainsi pour une période d’une trentaine d’années. Cependant, l’obsession des politiciens fédéraux à résoudre la question du Québec a été exploitée par des politiciens de droite suggérant qu’au milieu des épreuves, les Québécois cherchaient à obtenir un traitement spécial.

    17. D’abord, l’attitude des socialistes doit être claire, Québec est une nation opprimée dans l’État canadien. D’abord conquis par l’impérialisme britannique, l’État canadien continue à nier les droits démocratiques du Québec à déterminer son propre avenir. Les socialistes défendent le droit du Québec à l’autodétermination y compris le droit de sécession de la Confédération canadienne (ce qui ne signifie pas d’accepter le droit du gouvernement du Québec à nier le même droit aux nations autochtones). Mais à partir de là, les choses se compliquent. Comme je l’ai souligné plus haut, il n’y a pas de règles générales ou de loi universelle qui disent aux socialistes s’ils doivent défendre ou s’opposer à la séparation ou à la sécession. Pour choisir, nous avons besoin d’une analyse concrète.
    Fondamentalement, l’attitude socialiste doit ressembler à celle de Marx concernant l’Irlande. Si un mouvement ouvrier puissant, uni démontre la capacité d’aborder les problèmes de l’oppression nationale, alors la séparation nationale n’est pas nécessaire. Marx pensait que c’était le cas en Angleterre durant la période du Chartisme qui a culminé en 1848. Mais si le chauvinisme envers la nation opprimée devient un moyen continuel de bloquer le développement de l’indépendance politique de classe de la classe ouvrière, alors il devient sensé de défendre l’indépendance comme une façon d’en finir avec l’antagonisme national que peut défendre des politiques de gauche.
    Quoi qu’on dise au sujet du passé, je crois qu’un bon exemple peut être tiré des conséquences des débats sur la loi 101 et la loi 172 (les récentes lois linguistiques du Québec), sur les accords du Lac Meech et de Charlottetown, et de l’énorme hostilité qui a été généré dans tout le pays à l’idée de garantir la reconnaissance du Québec comme une « société distincte » ; le chauvinisme anti-québécois fonctionne de la même façon que la chauvinisme anti-Irlandais dans les années 1860 : une façon de lier les travailleurs anglophones avec leurs propres dirigeants et les traditions de l’État canadien. Toutes les tentatives de répondre aux revendications nationales du Québec rencontrent aussitôt une puissante opposition d’une partie considérable des gens ordinaires de langue anglaise. Au milieu de ce tollé anti-Québec, l’identité nationale de la classe ouvrière unie derrière les traditions de l’Etat canadien s’est affirmée. Nous pouvons poser la question comme celle de défendre une « nouvelle confédération libre et égalitaire » ce que Marx propose dans le cas de l’Angleterre et de l’Irlande, de façon à définir notre position sur cet enjeu.

    Je voudrais rendre clair à cette étape que ma suggestion que les socialistes devraient probablement défendre l’indépendance du Québec n’a rien à voir avec la pensée qu’un nouvel État du Québec serait en soi progressiste, ou que la lutte pour cela devrait inévitablement déclencher un mouvement social radical. Au contraire, contrairement aux camarades de Gauche socialiste, je pense qu’un Québec bourgeois indépendant réalisé sans soulèvement massif est une possibilité très réelle. Il en résulterait, un État du Québec indépendant avec des contrôles de l’immigration, des pratiques racistes et une hostilité envers les peuples autochtones ce qui me semble très possible. En fait, je pense que les camarades de Gauche socialiste se trompent lorsqu’ils suggèrent que les nationalistes bourgeois au Québec (comme Lucien Bouchard) ne veulent pas réellement d’un État indépendant et que les socialistes devraient essayer de les déborder en étant plus souverainistes que les « souverainistes ». Je pense, en fait, qu’une telle position court le risque de ne pas être suffisamment critique du nationalisme québécois et de l’État national comme forme politique.

    18. Un autre point doit être fait en ce qui concerne les questions nationales au Canada. La plupart de la gauche qui s’adresse à ces sujets vient d’une période où les immigrants et les peuples de couleur n’était pas encore organisés politiquement. Souvent les socialistes ont parlé comme s’il existait une entité homogène appelé « English Canada » de façon qui semblait ne pas voir le caractère multiethnique et multiracial du pays. Il en a résulté, que le caractère systématiquement raciste de l’État canadien était sous-estimé ou ignoré. Cela doit être corrigé. Les socialistes ne doivent pas « privilégier » les questions autochtone ou québécoise d’une façon qui ignore l’oppression raciale des gens de couleur au Canada. Pour cette raison, un soutien conséquent à l’antiracisme doit aller de pair avec un soutien de principe aux droits des peuples autochtones et québécois à l’autodétermination.
    19. Les questions nationales deviendront plus importantes dans la politique mondiale dans les années à venir. Les socialistes révolutionnaires ont l’obligation d’essayer de trouver les façons de faire face aux débats et aux crises qui en découleront. Ce ne sera pas toujours facile. Si on peut utiliser les contributions historiques des marxistes du passé pour guider nos analyses, nous devons rester sur nos gardes contre des réponses dogmatiques et simplistes qui échouent à rendre justice à la complexité des enjeux impliqués. Et en soutenant le droit des nations opprimées à déterminer leur futur, nous ne devons jamais pas perdre de vue qu’un des traits essentiels du socialisme d’en bas, c’est l’engagement pour une communauté mondiale sans État nation.

    (Traduction, La Gauche)

    MERCI À GÉRARD BAD POUR CE RAPPEL D’UN TEXTE IMPORTANT QUE NOUS ALLONS COMMENTÉ UN PEU PLUS TARD.

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    17 juillet 2016 à 14 02 00 07007
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    Au fil de mes lectures j’ai découvert cette perle de Engels

    « Abolissez l’exploitation de l’homme par l’homme et vous abolirez l’exploitation d’une nation par une autre nation. »

    Friedrich Engels

    Quoique je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’une nation exploite une autre nation, mais il ne faut pas en tenir rigueur à Engels qui a vécu avant l’apparition de l’impérialisme moderne

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    21 juillet 2016 à 8 08 51 07517
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    Nous avons reçu par courriel ce commentaire du groupe LUNITERRE. L’adresse courriel étant luniterre@laposte.net en date du 21.07.2016.

    Nous le transmettons tel que reçu…

     » Bonjour, camarade.

    Juste un mot pour te signaler que pour l’essentiel les réponses que je pourrais te faire sont dans l’article présenté ci-dessous.

    Quelques ajouts seraient nécessaires, mais rien de bien nouveau:

    De la vieille théorie révisionniste du développement des forces productives, les droitistes (comme Roland Diagne et ses « camarades chinois »…) déduisent qu’il faut encore développer le capitalisme, ce en quoi ils sont en apparence cohérents avec cette « théorie », vue l’inégalité qui persiste, évidemment…

    Évidemment, vu qu’elle est intrinsèquement liée au phénomène impérialiste: lorsque l’inégalité se réduit, les impérialistes la recréent par la guerre, de toutes façons. Dans le lit à peine sec des rivières de sang couleront de nouveaux flux de capitaux, supposés réparer ces ravages…

    Et donc, cette théorie reste bidon, aujourd’hui comme hier…

    De ton côté, avec les « gauchistes », tu préfère penser que le « niveau » est atteint… Tu sembles donc vouloir « gommer » ces inégalités, pourtant flagrantes, entre les différents stades d’évolution des différentes formes de capitalisme à travers le monde.

    En fait, c’est une négation de la réalité complexe de l’impérialisme.

    Les luttes de libération nationale n’ont évidemment aucun avenir en dehors d’une dialectique internationaliste prolétarienne qui leur donne un sens politique révolutionnaire.

    Tout aussi évidemment, on en est encore loin, malgré la crise…

    (Et d’autant plus que les éléments supposés conscients s’en éloignent…!)

    Vers la fin des années 60, un point de bascule avait pratiquement été atteint. Ce qui a sauvé l’impérialisme, c’est la division et l’absence de direction ML du mouvement, que ce soit en Chine ou en URSS…

    Il ne s’agit donc pas de « reconstruire à l’identique », mais au contraire de tirer les leçon, en faisant la part des choses, bonnes et mauvaises, positives et négatives, et non en faisant un amalgame métaphysique idéaliste bourgeois, même, « petit », entre toutes ces histoires…

    En espérant que tu émerges de ce confusionnisme…

    Luniterre

    PS: l’article du GIGC : long, verbeux, truffé de contradictions, sinon d’absurdités, ne mérite pas une critique plus détaillée, même s’il contient quelques rares éléments intéressants.

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      21 juillet 2016 à 16 04 29 07297
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      @ LUNITERRE

      1) Il est inexact de déclarer comme vous le faites que « lorsque l’inégalité se réduit, les impérialistes la recréent par la guerre, de toutes façons. Dans le lit à peine sec des rivières de sang couleront de nouveaux flux de capitaux, supposés réparer ces ravages… » Vous présentez la une vision petite bourgeoise de la contradiction principale qui meut le mode de production capitaliste. L’INÉGALITÉ – ET VOUS REPRENEZ CETTE IDÉE À TROIS REPRISES EN QUELQUES LIGNES – n’est pas le moteur du développement capitaliste – C’EN EST LA CONSÉQUENCE.

      2) L’expression « les impérialistes font ceci ou cela » est métaphysique. L’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte de classe et « les impérialistes » = mauvaise dénomination = sont la classe capitaliste monopoliste qui ne cherche pas à creuser les inégalités (vision moraliste de l’histoire du monde) mais cette classe a pour fonction de reproduire le capital ce qui en effet a pour CONSÉQUENCE d’approfondir les « inégalités ». Mais dites moi croyez-vous que si tous les prolétaires de la terre avait un bon boulot et une bonne paye on serait en crise économique systémique et sur le bord d’une insurrection populaire ???? NON – Pourtant les « inégalités » pourraient ne pas être « gommées » et demeurer très grandes entre les classes sociales. De fait je me fout totalement des inégalités de richesses et la classe prolétarienne également s’en fout si elle a de quoi vivre et se reproduire… Ce sont les petits bourgeois qui passent leur vie à envier l’accumulation de richesses factices des riches.

      3) Vous écrivez ceci « Les luttes de libération nationale n’ont évidemment aucun avenir en dehors d’une dialectique internationaliste prolétarienne qui leur donne un sens politique révolutionnaire. »
      FAUX. Les luttes de libérations nationales n’ont aucun avenir POINT FINAL. La « dialectique internationaliste prolétarienne » est l’exact NÉGATION des luttes de libération nationale bourgeoise… une lutte de LIBÉRATION D’UNE NATION NE PEUT ÊTRE QU’UNE LUTTE BOURGEOISE. Le prolétariat n’a pas de nation – pas de pays – pas d’État-nation qu’il veut abolir.

      4) VOUS écrivez ceci : « Ce qui a sauvé l’impérialisme, c’est la division et l’absence de direction ML du mouvement, que ce soit en Chine ou en URSS… » FAUX. Il n’y a jamais eu de POINT DE BASCUL entre le mode de production capitaliste et l’émergence du mode de production communiste (l’objectif ultime de la RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE). Vous croyez que parce que quelques milliers de jeunes couraient dans les rues des capitales occidentales en brandissant le petit livre Rouge réactionnaire de Mao et autre saltimbanque – le point de bascule était atteint ???
      En 1960 Il restait 1 milliard de paysans chinois et 1 milliard de paysans indiens à PROLÉTARISER C’est fait ou presque alors observer maintenant ce qui va se produire –

      Le mode de production capitaliste international a son stade ultime – impérialiste – est au bout de son rouleau et l’insurrection qui se lèvera sera telle que vous n’avez rien vu de pareil. LOIN DE NOUS SVP LES PARTIS COMMUNISTES ET ML ET TROTskystes et anarchistes ET MAOISTES À GOGO – et toute la gauche bourgeoise qui joue aux élections – arrière MANANT – la classe prolétarienne s’avance – de ses rangs naitra l’organisation requise pour aller de l’avant et loin de nous LES ÉTEIGNOIRS RÉFORMISTES QUI VOUDRAIENT SAUVER CE MODE DE PRODUCTION MORIBOND. On a rien vu de tel en 1960 !!!???… On le verra dans les années 2020.

      Robert Bibeau Éditeur http://www.les7duquebec.com

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        22 juillet 2016 à 6 06 05 07057
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        Bonjour, camarade

        Je te remercie d’avoir bien voulu rectifier cette « erreur » malencontreuse…

        Mais outre le fait de ne pas citer l’article auquel mon commentaire fait allusion, (alors que le lien figurait dans le mail d’origine, envoyé depuis la messagerie de « solydairinfo » et non « luniterre »), il y a une déformation manifeste des propos qui y sont tenus.

        Du reste, on ne peut que s’interroger sur un lien assez probable, sinon évident, entre ces deux procédés…

        Tu me réponds:
         » L’expression « les impérialistes font ceci ou cela » est métaphysique. L’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte de classe et « les impérialistes » = mauvaise dénomination = sont la classe capitaliste monopoliste qui ne cherche pas à creuser les inégalités (vision moraliste de l’histoire du monde) mais cette classe a pour fonction de reproduire le capital ce qui en effet a pour CONSÉQUENCE d’approfondir les « inégalités ».  »

        Effectivement, les inégalités sont le maitre mot du processus de développement impérialiste, que tu ne veux plus même « nommer »!

        Mais évidemment, il s’agit d’abord, au stade impérialiste, de l’inégalité de développement entre les nations, entre les différentes régions du monde, ce que tu sembles donc vouloir absolument ignorer.

        Les inégalités sont, tout aussi évidemment, la conséquence de la concurrence effrénée qu’ils se livrent, et je n’ai pas dit autre chose, mais seulement apporté cette « nuance », assez évidente, elle aussi:

        Lorsque l’un écrase l’autre, au cours de tel ou tel conflit, de telle ou telle guerre, il recrée délibérément de l’inégalité… C’est le moins que l’on puisse dire… Et c’est une inégalité qui est bien nécessaire à sa propre survie en tant que capitaliste et impérialiste « concurrent »…

        En réalité, c’est donc bien ton propos qui néglige totalement la dialectique et par conséquent, pèche par idéalisme métaphysique bourgeois!!

        En espérant que tu émerges de ce confusionnisme…

        Luniterre

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