Réduire le coût du système de santé

Obama, aux USA, est à jouer le sort de son administration et sa place dans l’histoire pour mettre en place un systeme de santé  humain.   Nous, nous l’avons !  Hosannah !

Bravo.  Mais Sarah Palin vient de nous dire – ce qui a fait un tabac sur le blog de Lagacé  et ailleurs – qu’il faudrait  liquider ce systeme de santé « socialiste » qui nous ruine.   De quoi elle se mêle, la Palin  ! … mais bien des Québécois  pensent la même chose.   Il coûte cher, notre systeme de santé. En avons-nous les moyens ?…

Avant de penser à le saborder, il faudrait tout de même se demander si on ne pourrait pas en réduire le coût. Or, il y a une façon de réduire radicalement les coûts de la médecine: en formant une autre  sorte de médecins.

En 1996, le Gouvernement du Québec a pris la décision mal avisée de pousser vers la porte une partie non négligeable des médecins en exercice.  Le Québec ne s’est jamais remis de ce sabotage de l’excellent réseau de santé que l’on avait mis une génération à bâtir à grands frais. J’ai dit à l’époque tout le mal tout le mal que je pensais de cette décision (Le Prix Mengele).

Mais pourquoi l’a-t-on prise ? Parce que les médecins, payés à l’acte, y coûtaient trop cher. Un médecin payé à l’acte fixe e fait sa propre rémunération, puisqu’il peut compenser une baisse du nombre de ses patients par une augmentation des actes médicaux par client. L’État n’a donc pas de contrôle réel sur le revenu d’un médecin. Pour diminuer les coûts, au poste de la rémunération des médecins, l’État n’a pas d’autre solution que de réduire le nombre de médecins !

Diminuer le nombre des médecins, alors que les progrès de la médecine exigeraient plus de ressources, signifie une détérioration progressive des services. Aujourd’hui, on console les Québécois du délabrement du système de santé en promettant une hausse prochaine des effectifs…. mais penser que l’on va régler ainsi le problème suppose qu’on a oublié pourquoi, il y a dix ans, on les avait réduits.

Augmentez les effectifs, et les coûts de la médecine vont augmenter et devenir intolérables. Après un intermède qui permettra aux gouvernants actuels de terminer leur mandat et de prendre leur retraite, on sera prêt pour le déluge. Le Québec pourra alors choisir, définitivement, cette fois, la voie de la privatisation

Y a-t-il une alternative  ?  OUI !  La solution passe par une rationalisation de la rémunération des ressources médicales.  Si l’on veut un système de santé gratuit et universel de qualité, en n’y consacrant que les ressources qu’une société peut se permettre, il faut procéder à cette rationalisation. Il faut la faire en deux étapes.

Premièrement, pour les omnipraticiens et les spécialistes dont l’intervention auprès de leurs patients est récurrente ou de longue durée et devrait comporter une part de prévention, il faut remplacer le paiement à l’acte par un régime de capitation. Ce n’est pas une trouvaille, ce régime fonctionne un peu partout en Europe. Même aux USA, meme si la ce sont les assureurs qui en tirent parti !

Pour mettre en place ce mode de paiement, chaque détenteur d’une carte de santé s’inscrit aux cabinets du généraliste et des spécialistes  payés par capitation de son choix. Le montant de la capitation, pour chaque type de patient, est fixé par négociation avec l’État et chaque médecin est ensuite payé selon le nombre de ses clients inscrits. Puisque l’on connaît la population inscrite, le budget de l’État est sans surprises.

Il reste des spécialistes – des chirurgiens, des anesthésistes, etc –  dont l’intervention est ponctuelle et ils sont encore payés à l’acte, mais ce sont ceux dont les « actes » sont bien identifiables. Les statistiques permettent de fixer le coût des interventions pour assurer aussi à ces spécialistes le revenu moyen que l’on souhaite.

Ayant rationalisé ainsi la rémunération des médecins en place, on peut, dans une deuxième étape, se doter pour l’avenir des ressources médicales que va exiger une demande pour la santé que les progrès de la médecine et le vieillissement de la population vont faire exploser.

Il ne faut pas tenter de répondre à cette demande en créant plus de spécialistes à prix faramineux !  Nous n’en avons pas les moyens et, surtout, ce n’est pas nécessaire. Au lieu de spécialistes dont la rémunération élevée est au moins en partie justifiée par une formation prolongée – 6 à 10 ans, au Québec – il faut, dans cette deuxième étape, créer une nouvelle classe d’intervenants qui recevront, DANS LE DOMAINE DE LEUR SPECIALITÉ, une formation identique à celle des spécialistes actuels, mais dont la formation de tronc-commun aura été réduite à un an.

On donnera à ces intervenants spécialisés le titre que l’on voudra; mais ils pourront prendre en charge l’immense majorité des tâches des spécialistes actuels. Il est bien difficile de croire que psychiatres, ophtalmologues et obstétriciens doivent tous, pour être performants, passer 4 ou 5 ans à apprendre la même chose.

En allégeant ainsi les programmes, on ne réduit pas seulement les coûts de formation ; on ramène surtout les attentes de revenu des nouveaux spécialistes au niveau de celles des autres diplômés universitaires formés en 4 ans. Si ce nouvel intervenant touche le tiers ou la moitié de la rémunération d’un spécialiste actuel, on peut en avoir deux ou trois fois plus.

On peut en avoir assez pour une médecine humaine, ouverte à l’innovation. Les délais d’intervention et les listes d’attentes disparaissent. La rareté disparaît. L’offre devient abondante: c’est une nouvelle dynamique.  POURQUOI ne considère-on pas cette approche ? Serait-ce que prévaut au Québec la même situation que confronte Obama aux USA, où songer à réduire le revenu des médecins est une idée séditieuse, blasphématoire…. puisque l’American Medical Association est l’une des premieres sources de financement des partis politiques ?

Je ne le crois pas.  Je pense qu’au Québec on pourrait en discuter sobrement et faire  le choix de la solidarité.  Le faisant, nous garderons un système « humain » . Si nous ne réalisons pas cette économie –  ou d’autres, mais lesquelles ? – rien n’est moins sûr.

Pierre JC Allard

13 pensées sur “Réduire le coût du système de santé

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    30 novembre 2009 à 1 01 48 114811
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    hors sujet
    Qu´est-il arrivé de Suntzu que j´amais bien et qui ne participe plus ici. Je viens d´essayer de joindre son blog: suntzu.vox.com et j´ai reçu la réponse que ce blog a été supprimé.
    J´espère que ce n´est pas de la censure pour ses critiques à israel et au sionisme !

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      30 novembre 2009 à 12 12 21 112111
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      @sopadeajo

      De ce que j’ai compris du dernier courriel que j’ai reçu de lui, il vivait une période difficile et demandante dans sa vie personnelle. Par respect de sa vie privée, je n’en dirai plus, mais je crois qu’il avait besoin de temps pour se concentrer sur ces trucs. Je suis certain qu’il sera éventuellement de retour. Rassurez-vous, rien à voir avec une censure quelconque.

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    30 novembre 2009 à 5 05 30 113011
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    Je t’arrête tout de suite Pierre !

    Le cout de santé n’est pas si énorme et équivalent au cout par habitant de la France.
    Ce qu’il faudrait c’est améliorer c’est la QUALITE des services (avec la disponibilté), les droits des patients et la couverture pour le dentiste au dela de l’âge de 12 ans et tout cela avec le meme budget.

    Le long hiver m’ennuye mais c’est surtout les services de santé digne du tiers monde qui me donne le gout de quitter le Québec. Est ce assez clair ?

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    30 novembre 2009 à 7 07 38 113811
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    Très bon billet ! Maintenat, il faut convaincre les médecins et le Ministre Bolduc du bien-fondé de votre proposition, ce qui n’est pas fait….

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    30 novembre 2009 à 8 08 54 115411
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    Bonjour à tous,

    Selon l’article ci-dessous paru dans le Star de Toronto ce matin même, le gouvernement fédéral et ceux des provinces (incluant le Québec) doivent annoncer plus tard aujourd’hui qu’il reconnaîtront la formation professionnelle reçue à l’étranger par les citoyens canadiens immigrants, et ce, dans plusieurs domaines, y compris en santé.

    Ce nouveau système entrera en vigueur dès le mois de décembre 2009.

    Il vise notamment les infirmières, les architectes, les ingénieurs, les comptables et vérificateurs financiers, les technologues médicaux de laboratoires, les egothérapeutes, les pharmaciens et les physiothérapeutes.

    Par la suite, au cours des 3 prochaines années, d’autres occupations vont être ajoutées, soit les médecins, les professeurs de la maternelle jusqu’au secondaire V (12e année), les dentistes, les techniciens en ingénierie, les infirmiers auxiliaires, et les techniciens en radiologie.

    http://www.thestar.com/news/canada/article/732463–deal-nears-to-recognize-foreign-credentials-of-immigrants?bn=1

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    30 novembre 2009 à 9 09 18 111811
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    Comme dans tous les ministères, le système de santé a besoin d’un « BON » ménage.
    Beaucoup trop de « paparasse » qui fait perdre énormément de temps aux médecins et au personnel.
    Toutes les exigences pourraient être diminuées au minimum.
    Une cotisation pourrait être exigée comme le système de médicaments.
    Je suis certain que le système peut être aminci avant de le faire disparaître.

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    30 novembre 2009 à 12 12 39 113911
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    Et si au lieu d’augmenter les effectifs, couper ici et là, remodeler un systéme ( un de plus) qui ne fait pas la job, bref, si au lieu de travailler sur les effets on bossait sur la cause ? éduquer les gens à mieux se nourrir, à mieux fonctionner, enelever la marde qui est partout dans l’air, dans la bouffe, dans les écrans de tv , dans le stress inutile d’une job sous-payée … peut être que là on aurait soudainement une population qui aurait moins besoin de tous ces services …

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    30 novembre 2009 à 13 01 08 110811
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    Merci pour la réponse, François.Mais avouez qu´il n´est pas du tout normal qu´un blog soit supprimé. Car même si l´on n´a plus le temps d´y écrire, le blog peut rester tel qu´il est, gardé dans le serviteur qui le loge.Or je n´ai pas pu trouver son blog et ses articles passés. J´espère que ce n´est pas une question de vulgaire argent (l´éternel problème dans ce qu´ils appellent le libre marché), ce qui aurait pu aussi arriver, et serait équivalent à de la censure et à une sévère restriction de la liberté d´opinion; s´il avait perdu son emploi, par exemple

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    30 novembre 2009 à 16 04 46 114611
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    Je suis assez d’accord avec Marc.
    Les augmentations des systèmes de santé sont une question de co responsabilités.

    Oui les médecins abusent parfois (mais pas tous )
    il y a AUSSI des patients qui vont voir leur médecin non pas parce qu’ils souffrent d’une cause physique, mais parce qu’ils ont envie de parler à quelqu’un . Des patients abusent, dans tout système de soins . Ce n’est pas pour cela qu’il faut supprimer un système solidaire, accessible à toutes les bourses. Mais il m’apparait comme certain que plutôt que de s’attaquer aux conséquences de mauvaises gestions et tenter d’y remédier tant bien que mal, il serait plus efficace d’y remédier en cherchant les causes.

    En France, notre système d’assurance santé est fort coûteux aussi et depuis plus de 40 ans , on ne cesse de nous dire qu’il est de plus en plus déficitaire, cela en devient abyssal. Il m’apparait moi, que bien des médecins payés à l’acte, et devant ne pas dépasser 22 € la consultation, ne peuvent plus faire leur job de façon correcte.( mon garagiste et mon plombier me coûtent combien rien qu’en déplacement ? et en heure de main d’oeuvre déjà ? )

    Parce que pour peu qu’ils aient une secrétaire pour prendre les rendez vous, une femme de ménage pour nettoyer le cabinet etc…. ce genre de tarifs les contraints à prendre chaque patient en moins de 10 minutes. Et donc de prescrire des examens forts coûteux parce qu’en 10 minutes, ils n’ont matériellement pas le temps de poser les questions suffisantes, ni de procéder à un examen clinique sérieux dans bien des cas. Du coup , analyse de sang sur radio , radio sur échographie, échographie sur scanner, on en arrive à une prescription de sur-examens démentiellement coûteuse, à laquelle il faut bien entendu ajouter la seconde visite qui s’impose pour qu’ils re-tentent en 10 minutes de faire le bilan de tous ces examens. Une scintigraphie, ça coûte pas mal plus cher que de payer correctement un médecin pour lui permettre de faire autre chose que de la médecine à la chaîne.

    Les bons médecins que je connais sont tous obligés de faire du dépassement d’honoraires (à la charge donc du patient, ou de sa mutuelle , et il vaut mieux pour lui avoir les moyens de s’en payer une bonne sinon…) mais ces médecins là prescrivent peu de médicaments, très peu d’examens, et au final font de la vraie prévention. Si on additionne tous les coûts, je crains que ce genre de médecine serait bien moins onéreuse au final. Les décisions du ministère public ont donc aussi leur part de responsabilité dans la baisse de qualité des soins en France, dus aux diminutions de personnels et aux non augmentations des prestations fournies.

    Sérieusement je trouve que les infirmières ont une sacrée responsabilité et qu’elles sont sous payées. En terme de coût, aussi , combien ça coûte en négligences les infirmières surbookées stressées à qui on confie trop de malades à surveiller à l’hôpital ? Quand ma grand mère a été hospitalisée en 1983 ( déjà ) dans le service d’orthopédie où elle était, les dimanches et les jours fériés, il y avait une infirmière pour 45 malades. Dont certains incapables de manger seuls. Indécent. Aujourd’hui c’est pire….

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    30 novembre 2009 à 19 07 57 115711
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    Ma chère Sophie,
    La situation des soins au QC est assez differente avec celle en France. Viens ici et tu adorera ensuite les soins de santé français. :mrgreen: J’ai parlé de « tiers monde » mais c’est plus ex-pays de l’est pour ne pas trop exagérer.
    Ici on paye aussi cher pour un service souvent médiocre. Pas d’assurance publique au dela de 10 ans pour les dentistes et qui facturent presque 2x fois plus cher qu’en France.

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    30 novembre 2009 à 23 11 42 114211
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    @ tous:
    Je suis en deplacement en Asie et j’ai lu vos commentaires, mais je ne suis pas en condition d’y repondre adequatement. Heureusement, vous vous repondez tres bien les uns les autres. je serai plus disponible la semaine prochaine.

    PJCA

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    4 décembre 2009 à 18 06 14 121412
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    @ Aimé Laliberté:

    Je fais un article sur un aspect de cette question… avec une proposition concrete, comme d’habitude. On n’en tiendra évidemment pas compte, mais ça permettra à quelqu’un, dans 20 ans, de s’étonner qu’on ne l’ait pas fait :-))

    PJCA

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