Remous à la Commission Charbonneau

CAROLLE ANNE DESSUREAULT

Commençons par le faux-témoignage de Martin Dumont

Il nous en avait livré des secrets en octobre dernier ce Martin Dumont, ancien organisateur politique pour Union Montréal! Des révélations sur ce qui se tramait dans les bureaux d’Union Montréal, les rencontres entre les représentants de firmes de génie-conseil et d’entrepreneurs, portes fermées, dans le bureau de son supérieur, M. Trépanier, appelé Monsieur 3 %; le coffre-fort qui ne fermait plus, le comptage d’argent, la machine à compter de l’argent, la double comptabilité, le maire Gérald Tremblay qui était au courant de la situation. Et une quantité d’autres détails sur les fausses facturations, la mafia, les enveloppes glissées au cours des réceptions, un véritable roman-feuilleton.

Mais voilà, on découvre maintenant que Martin Dumont a quelque peu fabulé. On ne sait plus très bien ce qui est vrai dans ses témoignages qui se contredisent. L’affaire de la réceptionniste, Alexandra Pion, qui aurait compté un magot de 850 000 $ à la demande de M. Trépanier et qui se serait plainte à Martin Dumont d’avoir eu à faire cette tâche, s’est avérée inexacte. Après le témoignage de Dumont en octobre, les procureurs de la Commission et les enquêteurs qui n’avaient jamais entendu parler de Mme Pion ont vérifié avec elle les dires de Dumont, qu’elle a fortement niés. Elle a d’ailleurs témoigné à la Commission Charbonneau affirmant qu’elle n’a jamais parlé à Martin Dumont de comptage d’argent. En fait, ce serait M. Trépanier lui-même qui lui aurait demandé de l’aider à séparer des billets de 20 $ et de 50 $, ce qu’elle a refusé de faire. Avant de quitter la pièce où ils se tenaient, elle a eu le temps de jeter un coup d’œil sur la mallette remplie de billets attachés avec des élastiques. Mais elle n’a vu que des billets de 20 $.

Le 11 décembre 2011, les enquêteurs ont rencontré Martin Dumont pour le confronter à son témoignage du mois d’octobre. Dumont avoua avoir inventé le magot de 850 000 $ et sa conversation avec Mme Pion. L’entrevue avec les enquêteurs a été, bien sûr, filmée.

De retour devant la Commission cette semaine, Martin Dumont a maintenu que la somme de 850 000 $ existait bel et bien, il se souvenait que c’était le responsable du financement d’Union Montréal, Bernard Trépanier (Monsieur 3 %) qui lui en aurait parlé. Dumont a ajouté qu’il avait peut-être mélangé les histoires. Mais dans l’extrait de la vidéo qui contient la déclaration de M. Dumont du 11 décembre, on l’entend clairement avouer que cet épisode est faux et qu’il n’aurait jamais dû induire en erreur la Commission.

Qu’en est-il de la crédibilité de Martin Dumont?

Son attitude est déplorable. A-t-il profité de la situation pour se venger de certaines frustrations du passé en même temps que dorer son image? A-t-il voulu salir des réputations?

En tout cas, son avocate, Me Suzanne Gagné, le défend bien. Elle s’est montrée hier tenace et plutôt agressive, un tantinet irrévérencieuse envers la Juge France Charbonneau, présidente de la Commission, attaquant les méthodes de travail des enquêteurs de la Commission. Elle estime qu’ils ont violé les droits fondamentaux de son client pour lui soutirer des aveux. Elle est allée jusqu’à soutenir que son client avait été «détenu illégalement».

Me Gagné a demandé d’exclure de la preuve la vidéo présentée lundi où on entend Martin Dumont déclarer qu’il avait menti au sujet de la somme de 850 000 $. Elle a aussi demandé à la Juge  Charbonneau d’accéder à sa demande de faire entendre d’autres témoins (dont l’épouse de Martin Dumont), pour compléter sa preuve. Devant le refus de la présidente de la Commission, Me Gagné a riposté en disant qu’elle déposerait une requête devant la Cour supérieure le mercredi 23 janvier. La Juge lui donna jusqu’à 14 h pour faire cette démarche.

Mais, entretemps, une entente s’est faite entre le procureur de la Couronne de la Commission et Me Gagné. La Commission a accepté de ne pas se servir de la déclaration du 11 décembre de M. Dumont comme preuve. Me Gagné n’a pas déposé sa requête.

Martin Dumont reviendra témoigner aujourd’hui jeudi devant la Commission.

Un témoin confirme la politique du 3 % au parti politique municipal Union Montréal

Le président-directeur général de Génius conseil, Michel Lalonde, a témoigné à la Commission Charbonneau hier mercredi 23 janvier 2013. Génius conseil s’appelait autrefois Goupe Séguin.

Il l’a confirmé très clairement. Depuis longtemps, les contrats publics de la Ville de Montréal sont soumis à un système de collusion pour le bénéfice des partis politiques.

En 2004, l’argentier d’Union Montréal, Bernard Trépanier – le fameux Monsieur 3 % – avait convaincu Génius de verser une contribution politique de 100 000 $; cet argent alla dans les coffres du parti de l’ex-maire Gérald Tremblay en vue du scrutin de novembre 2005. Cet argent provenait majoritairement de ristournes versées à Génius par des entrepreneurs en construction.

Bien chanceux pour Génius de ne fournir que 100 000 $, car les firmes de génie les plus importantes étaient recrutées par Monsieur Trépanier pour une somme d’au moins 200 000 $. C’est à cette période que Trépanier évoqua l’idée que Génius (et, on s’en doute, les autres firmes de génie qui faisaient affaire avec la Ville) verse une ristourne de 3 % sur les contrats qui lui seraient octroyés. Cette ristourne était destinée à la caisse électorale en prévision de l’élection municipale de 2009.

Même après son départ d’Union Montréal en 2006, Bernard Trépanier continuait à recueillir la ristourne, soit dans un restaurant, un local loué, ou autre.

Michel Lalonde a révélé que les firmes de génie-conseil privées se doivent d’être «accommodantes» avec les entrepreneurs, et même, à leur accorder des montants d’argent supplémentaires pour le travail qu’ils exécutent. L’accommodement s’établissait en quantités avec le surveillant de chantier, et d’autres fois, dans les extras.

Un entrepreneur bien payé et récompensé rendait par la suite 25 % de la somme obtenue en argent comptant à la firme de génie. Cet argent servait au financement des partis politiques.

De plus, en raison de la collusion, les coûts des contrats publics de la Ville étaient haussés de 25 % à 30 %, comme tout le monde le sait maintenant. 30 % d’un argent qui appartient aux citoyens ordinaires! Hier, on montrait aux nouvelles plusieurs écoles primaires qu’on fermait parce qu’elles étaient contaminées et que les enfants tombaient malades. Certaines écoles sont en attente de six ou sept millions de dollars pour procéder à des travaux d’aménagement, mais l’argent est rare pour ce genre de causes … c’est en attente.

Génius a obtenu de nombreux contrats de la Ville de Montréal. Seulement entre 2005 et 2009, il aurait reçu des contrats de services d’une valeur de 26 millions de dollars.

Détail intéressant dans le contexte actuel de la dénonciation de la corruption : Michel Lalonde était un assidu du club privé 357c.

En 2012, la firme Génius fut condamnée à une amende de plus de 30 000 $ pour avoir fraudé le fisc fédéral.

Le témoignage de Michel Lalonde  n’est pas terminé. Il se pourrait que le reste de son témoignage ne soit pas rendu public.

Une saga à suivre.

Carolle Anne Dessureault

 

 

 

 

 

 

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d’argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l’épanouissement de la personne par la pratique de l’attention vigilante : la pleine conscience.

8 pensées sur “Remous à la Commission Charbonneau

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    24 janvier 2013 à 9 09 14 01141
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    Bravo Carolle-Anne!

    Bémol quand même sur:

    « Mais, entretemps, une entente s’est faite entre le procureur de la Couronne de la Commission et Me Gagné. La Commission a accepté de ne pas se servir de la déclaration du 11 décembre de M. Dumont comme preuve. »

    Ce qui est très significatif. Heureusement que Maître Gagné a fait du bon travail; parce qu’on était en train de saboter la commission avec cette « attaque » sur le montant d’argent compté (850,000) dans une mallette par Mme Pion. Ce qui n’a aucune importance dans le mandat de la commission.

    Mme Pion affirme ne pas avoir parlé à Martin Dumont qui lui maintient (pour l’instant). Ce qui ne « prouve » rien et, surtout,ne change rien sur l’importance des révélations de M. Dumont. La crédibilité est égale d’un côté comme de l’autre.

    Mme Pion à refusé de compter l’argent. D’accord. Mais cela confirme:
    1) Qu’il y avait bien devant elle, une mallette pleine d’argent
    2) Que Trépanier lui a bien demandé de « démêler » (qu’elle dit) au lieu de compter.
    3) Qu’elle a refusé (qu’elle dit, mais faisait tout le reste qui lui était demandé dans ce bureau) ce qui confirme qu’elle était mal à l’aise devant ce comptage d’argent « spécial ».

    Finalement M.Lalonde se rendait souvent chez Union Montréal ( où était M. Dumont) rencontrer M. Trépanier dans son bureau au « stores » fermés, pour lui apporter de l’argent DANS UNE MALLETTE. Et Sa cie de Génie conseil payait $100,000 quand la majorité payait $200,000.

    Avouons que les mallettes commencent à être pleines et qu’il est préférable de compter combien elles contiennent.

    Finalement, tout ce que M. Dumont a dit sur le sujet du mandat de la commission est exact. À remarquer que les enquêteurs ont reproché à M. Dumont d’avoir « impliqué » une innocente victime dans son récit. Effectivement, il l’a fait (lui aussi est une victime, en passant); mais elle fut impliquée même si elle n’a pas compté l’argent. M. Dumont n’a jammais accusé Mme Pion d’être de mèche avec Trépanier; il a simplement laissé entendre que des « employés » étaient « manipulés » (es) par le magouilleur (Au moins trois selon lui).

    Il nous reste à trouver QUI avait un intérêt ACTUEL de discréditer l’ensemble du témoignage de Dumont. Ce qui m’inquiète un peu c’est qu’en faisant cette entente, on risque de jamais le chercher. Une chose est certaine, plusieurs ont quitté le navire d’Union Montréal qui coulait. Il ne copule plus aujourd’hui; qu’arrivera-t-il lorsque toutes les infos relatives à la corruption à la ville seront « absolument » corroborées? Glou-Glou???

    Amicalement

    André Lefebvre

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      24 janvier 2013 à 9 09 21 01211
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      Union Mtl ne « coule » plus; quant à savoir s’il « copule » encore, j’ai fait une erreur de frappe. 🙂

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    24 janvier 2013 à 12 12 43 01431
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    Ce jeudi matin, le contre-interrogatoire de M. Dumont s’est poursuivi.

    On monte en épingle que M. Dumont n’a pas mentionné la présence du maire Tremblay lorsque le témoin « a pété sa coche ».

    La réalité est que le témoin a « pété cette coche » face à son inquiétude de la SOMME DES DÉPENSES pour l’élection. Lorsqu’on lui présente la « double comptabilité », les partis en présence n’ont aucune importance sauf celle de celui qui présente cette comptabilité. Le sujet est « le trop de dépense » et non la « collusion du maire ».

    Celle-ci lui est apparu seulement après sa première déposition. Il s’est dit:

    « Mais dis-donc, le maire était présent lorsqu’on m’a montré cette double comptabilité. D’AILLEURS, JE N’Y EST PAS FAIT ATTENTION, parce qu’il est sorti aussitôt qu’on me l’a présenté. Je me rappelle qu’il a dit: « Je n’ai pas à savoir ça! ».

    Ce fut ajouté à la deuxième rencontre et c’est un développement normal d’une enquête.

    Autre détail:

    Maître Dorval veut briser la crédibilité de M. Dumont en relevant les « erreurs » qu’il a pu faire en comparant les différents témoignages )dont deux sont la rédaction d’un résumé par un enquêteur.

    Une chose est évidente; nous n’avons aucun besoin de comparer plusieurs témoignages pour s’apercevoir que Maître Dorval ne cesse, à toutes les 5 minutes, de faire des « erreurs » lui-même que les autres doivent corriger.

    De plus, il ne présente pas de « preuves » mais se permet de suggérer que le témoin a menti sciemment pour « étoffer » son témoignage. Ce qui mériterait de le sortir de la commission car son rôle n’est pas d’enquêter en provoquant le témoin.

    Personnellement, son témoignage est assez « étoffé » sans parler de Mme Pion, du 850,000 dollars et de la grosseur du coffre-fort qu’il fut possible de fermer après avoir enlever quelques liasses d’argent. Même s’il existe une facture pour « réparer » ce coffre-fort.

    Le simple fait que M. Dorval travaille en périphérie du témoignage démontre la valeur du témoignage de M. Dumont.

    Amicalement

    André Lefebvre

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      24 janvier 2013 à 17 05 36 01361
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      Au sujet du « parjure » il n’y en a pas eu puisque la déposition qui fut éliminée,n’a pas été fait sous serment

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    25 janvier 2013 à 8 08 42 01421
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    Il est important de comprendre que le travail de la commission Charbonneau a éviter d’être bousiller grâce à maître Gagné.

    Si Martin Dumont avait été accusé de parjure sous les points « périphériques » relevés, et causés par les dépositions des enquêteurs, aucun autre témoin « victime » ne se serait présenté à la commission.

    Les seuls témoins qui seraient apparus, par la suite, auraient été des « bandits » venant témoigner pour éviter la prison comme ce M. Lalonde qui déballe tout son sac pour éliminer les chefs d’accusation possibles au criminel.

    Gardons un raisonnement objectif en évitant de tomber dans l’objectivité « raisonnée » assaisonnée d’émotivité superficielle.

    Si j’avais été M. Dumont, à un moment donné je n’aurais pu m’empêcher, à cause de la « bouffonnerie en action, de dire:

    « Mme la Présidente, je suis venu témoigner pour aider à l’enquête de la commission. Si mon témoignage n’est pas recevable, jetez-le au poubelle et permettez-moi de me retirer ».

    Amicalement

    André Lefebvre

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      26 janvier 2013 à 19 07 56 01561
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      @Nicolas Beaudin,

      J’ai répondu à votre commentaire par courriel … je ne parvenais pas à entrer dans Cent papiers.

      merci.

      CAD

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    25 janvier 2013 à 20 08 28 01281
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    À mon avis, il est clair qu’on essaie d’intimider M. Dumont pour faire peur à ceux qui auraient l’idée d’incriminer des gens haut placés. Et ce sont justement des gens haut placés qui ont institué, contre leur gré, cette commission. Et chacun sait qu’on ne mord pas la main qui nous nourrit. Évidemment cette commission n’est pas là pour faire la lumière sur les agissements des gens du haut de la hiérarchie. C’est pourquoi les enquêteurs de la commission utilisent des méthodes d’enquête illégales et abusives. En transformant un témoin en personne suspectée de mentir, d’avoir un passé trouble, etc. on essaie de faire peur aux futurs témoins qui parleraient trop.

    Souvenez-vous de la commission Bastarache quand on cherchait plus à prendre en défaut Marc Bellemare, qu’à écouter ce qu’il avait à dire sur le financement des partis politique et autres. On a même analyser son écriture. On essaie de changer de cible pour éviter des problèmes aux plus haut placés. D’ailleurs la commission Gomery s’est elle rendu jusqu’à la source du problème concernant le scandal des commandites? Bien sûr que non. Jean Chrétien n’a jamais été inquiété. Pourtant tous les gens lucides savent bien d’ou venait les directives au départ. Tant que des politiciens nommeront les commissions d’enquête, celle-ci tentera de les protéger. J’ai bien hâte de voir ce qui sortira concernant le parti libéral et Jean Charest. C’est là que nous verrons si la commission a réussie à les protéger. Pour ce qui est de Gomery et Bastarache ils ont bien réussi, alors il ne faut pas avoir trop d’attente.

    Cordialement,

    Nicolas

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    26 janvier 2013 à 19 07 55 01551
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    @André Lefebvre

    TOUT À FAIT D’ACCORD AVEC CE QUE VOUS DITES CI-APRÈS …

    «SI J’avais été M. Dumont, à un moment donné je n’aurais pu m’empêcher, à cause de la “bouffonnerie en action, de dire:
    “Mme la Présidente, je suis venu témoigner pour aider à l’enquête de la commission. Si mon témoignage n’est pas recevable, jetez-le au poubelle et permettez-moi de me retirer”.

    BONNE FIN DE SOIRÉE,

    Carolle Anne

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